ACTE II. SCENE IX
malheureux mari éprouva , dans un commerce considérable, des pertes que sa prudence ne pouvait prévoir : plusieurs bâtimens pris par les ennemis, d’autres submergés, deux banqueroutes que nous eûmes à supporter, amenèrent en quelques mois notre perte totale. Le père de Cécilia , dont la mémoire est toujours présente à mon cœur, ne put survivre à ces événemens; il me laissa livrée à la misère la plus affreuse et aux rigueurs de ses créanciers. Lady Arabella m’imputa bien à tort la ruine de son frère. Son orgueil excessif se trouvait humilié de l’abaissement de sa famille. Elle déclara qu’elle ne me pardonnerait jamais ; et , comme nous lui devions une somme considérable, elle me fît poursuivre sans pitié. Je ne dus ma liberté qu’à la fuite et à la nouvelle de ma mort qui se répandit peu de temps après ; il y a deux mois que , forcée de quitter ma retraite , j’appris que ma fiUe était élevée dans votre maison ; je vins m’établir près d’elle , et je vis de l’argent quelle me fait parvenirTpar une jeune personne intéressante. Ma Cécilia ne doit, je le sais, cet argent qu’à son travail. La crainte quelle n’altérât sa santé , en s’y livrant avec trop d’ardeur , m’a décidée à risquer aujoui'd’hui de la voir pour la première fois.
CÉCILIA
Votre tendresse vous faisait craindre pour moi l’occupation la plus douce, et ce léger essai de mes devoirs m’a procuré des jouissances dont le souvenir sera toujours cher à mon cœur.
CÉCILIA
MISTUKSS TÉACHUM.
Je jouis de ces doux épancliemens , et je passe avec délices de la plus vive émotion à l’admiration de toutes vos vertus ; mais il faut faire cesser une position aussi pénible, et j’ose entreprendre d’employer tous mes moyens auprès de lady Arabella pour y parvenir.
CKCILIA.
C’est justement ce que j’ai voulu éviter; pourquoi ces peines, que je sais renfermer dans mon cœur, vous attireraient - elles les reproches et la haine de ma tante?
MISTRESS TÉACHUM.
Ne craignez rien , ma chère Cécilia, elle prononcera elle-même sur votre position , et je ne compromettrai point votre secret : je connais Arabella depuis long-temps ; la vivacité de ses passions l’entraîne et la porte à se soustraire à une sévérité de principes dont elle ne s’éloigne jamais pour les autres; et si nous blâmons à regret les torts auxquels elle se livre par passion , il est au moins consolant d’avoir à reconnaître en elle de l’élévation d’âme et une grande générosité.
CÉCILIA
Je crains que votre bonté pour moi ne vous expose à des peines réelles sans nous faire parvenir au succès.
MISTRESS TÉACHUM.
11 faut savoir courir quelques chances désagréables lorsqu’elles sont nécessaires pour servir ses amis.