Voir sur le môme sujet, le chapitre III do la 2® partie
Ce chapitre avait été publié, en partie, dans le Journal général de V instruction publique. M. Diesterweg, dans deux articles do sa revue, a cru devoir jeter feu et flamme. Nous avions, il faut le^ croire, mis trop net-
Telle est, au yrai> certains voiles écartés, la physionomie générale des écoles dans les pays que j'ai nommés. A coup sûr, les traits de cette physionomie ne sont point tirés des programmes; ils sont le reflet de la réalité. Or, une telle situation étant donnée, quiconque cherche les effets dans les causes est amené à s'adresser cette question : une société (je ne parle pas des individus) une société peut-elle conserver la vie morale, et combien de temps, quand elle n'a plus, pour la ranimer, le
tement le doigt sur la plaie. Nous renvoyons quiconqae voudra s^édifier sur la pensée religieuse de Tancien directeur du séminaire de Berlin, au morceau dont nous citons des extraits.
M. Diesterweg nous livre, au reste, le secret de sa colère : « J^ai dû, nous apprend-il , m'entendre déclarer, par un haut fonctionnaire, que j*aYais été apprécié par M. E. Rendu comme il convenait. » {Ans dem Munde eines dirigirenden Mannes dos Uriheil hSren musste, dtLss Ht. E. Rendu mich zutreffend charakterisirt habe.) Nous regrettons, pour M. Diesterweg , que ses opinions et son influence ne soient pas jugées , par les hommes qui l'ont vu à Tœuvre, plus favorablement qu'elles ne le sont par nous- même.
M. Diesterweg, pour des raisons qu'il connaît sans doute, s'est plu à représenter le fragment sur leque^ï il s'est acharné, comme formant la totalité de nos études sur l'instruction populaire au-delà du Rhin. Juger en quatre colonnes de journal un ensemble aussi compliqué que le système pédagogique de l'Allemagne! Il n'y a qu'un Français pour cela! Et, à ce propos, mille gracieuses épithètes à l'adresse des écrivains de notre pays qui osent jeter un regard critique sur les grandeurs mystérieuses de la patrie allemande. Nous ne relèverons pas ces épithètes : il faut sourire de ces puériles colères; le teutonisme du directeur des Rheinische BlStter s'en prend, en même temps qu'à nous, à MM. Cousin et Saint-Marc Girardin. Nous sommes, pour nous plaindre, insultés en trop illustre compagnie.
M. Diesterweg écrit en termes grossiers, que les convictions religieuses qui inspirent nos jugements sont une flatterie aux passions régnantes, et, pour parler crûment, un calcnl d'intérêt. Il est des noms, l'auteur devrait le savoir, qu'une incontestable notoriété met à l'abri de certaines accusations. — Nous n'insisterons pas du reste. Nous n'avons voulu que signaler quelques-unes des aménités de M. Diesterweg. Nous ne discutons pas ; on ne discute pas avec un écrivain qui , dans la polémique , ignore le langage des honnêtes gens.
foyer d'une croyance positive? Voilà le problème; il se formule aujourd'hui dans toute sa gravité. Qu'il se pose ailleui*s encore qu'au delà du Rhin, on le voit assez; mais il se rattache particulièrement à l'état général des doctrines religieuses et des idées philosophiques en Allemagne. Or, s'il touche, dans ses développements complexes, aux spéculations les plus hautes, c'est dans l'école qu'il prend naissance; et c'est pourquoi cette question de l'école, dans sa modestie apparente, est le premier des intérêts sociaux.
Je sais que les gouvernements d'Allemagne se préoccupent fortement du péril. Depuis que les commotions révolution* naires ont mis à nu le travail souterrain de cette propagande redoutable qui, almentée, trente années durant, aux plus hautes sources de l'enseignement, se poursuit aujourd'hui, partout présente et partout insaisissable, dans les dernières couches de l'ordre social, la politique a indiqué, parfois peutêtre en l'exagérant, la tâche que le sentiment des intérêts moraux et religieux du peuple ne suffisait pas à révéler. A Texception du duché de Saxe-Weymar, qui, sous l'influence de l'Université d'Iéna, résiste au mouvement où sont entraînés les États voisins, partout ailleurs, en Prusse et en Saxe, comme en Hanovre et en Hesse, j'ai pu me convaincre que, pour les hommes d'État, la question de l'instruction primaire en Allemagne est devenue une question de haute politique. Partout les mêmes appréhensions révèlent les mêmes dangers et inspirent des mesures analogues : révocations d'instituteurs, remplacement de directeurs de séminaires suspects de propagande anti-chrétienne par des directeurs orthodoxes^ direction nouvelle imprimée à l'enseignement, sévérité plus vigilante dans la répression, tous ces moyens sont mis en œuvre.
« Il faut lutter sous le drapeau de la croyance, me disait un personnage illustre, car j'ai à combattre l'anarchie dans le ciel conmie l'anarchie sur la terre ; et la seconde est fille
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légitime de la première. C'est pourquoi, moi protestant, je tends la main h tout croyaot sincère. » Or, précisément, le remède est l'aveu du maL En indiquant le caractère, il permet d'en mesurer l'étendue. Qu'on lise la loi du 5 mai 1851, promulguée en Saxe par M. le baron de Beust : en même temps qu'elle améliore, par une élévation de traitement, la condition matérielle des instituteurs, cette loi multiplie les peines en multipliant les cas de répression^ Et quels sont les cas particulièrement prévus? Les insultes à Dieu {Gotte$4à$terung)^ les outrages publics envers la religion {ôjfenûiche Heraàsetzung derBeligion)^ les atteintes portées aux bonnes mœurs par l'inconduite, le commerce et la diffusion d'écrits immoraux ; la négligence des devoirs religieux a dont la pratique a été la condition de l'admission à l'emploi, » l'indiscipline vis-à-vis des fonctionnaires de l'État et des ministres ecclésiastiques (art. 3 et 4), etc.
Je sais tout ce qu'il est permis d'espérer, pour la formation des maîtres nouveaux, pour le retour de l'éducation populaire dans la voie de la tradition religieuse et du bon sens, des efforts concertés d'hommes tels que MM. Stolzenburg, à Buntzlau; Furbringer, à Berlin; Zahn, à Meurs, Robbelen, à Hanovre, etc., sous la haute impulsion des chefs actuels de l'instruction publique, dans les différents pays de l'Allemagne ; je sa^s, pour les avoir vus à rœuvi*e, pour avoir été à même de recueillir l'expression de leur pensée, tout ce qu'on peut attendre de leurs lumières et de leur dévouement ; mais je connais aussi, pour l'avoir sondé, la profondeur de Tabime qu'ils ont entrepris de combler.
Un document administratif doit ici trouver place. En donr>ant une confirmation indirecte aux faits et aux appréciations
1. Voyez la loi de Saxe de 1835 et les modifications qu'y a apportées la loi da 3 mai 1851.
FAITS COPiTBUPOBAINS. 59
qui précèdent, ce document témoigne tout à la fois et de la nature du mal et des efforts sinon toujours heureux, du moins sincères qu'on fait chaque jour pour le combattre.
Il s'agit d'une circulaire adressée de Kœnigsberg, parle président [Oberprasident) de la province de Prusse, aux jRégences [Regiervngen) placées SOUS sa juridiction. Telle était l'universalité des plaintes auxquelles il était urgent de faire droit, que le ministre de l'instruction publique, en Prusse, M. de Raumer, n'a rien cru pouvoir mieux faire que d'adresser cette circulaire à chacune des régences et à chaque PracineiaU Sclivi-Coltegium du royaume entier. Je traduis cette circulaire dans son ensemble.
« Il est venu à ma connaissance qu'en beaucoup d'endroits {an vielen Orien), notamment dans les villes, les instituteurs primaires, aux jours de dimanche et de fêtes, fréquentent très irrégulièrement on ne fréquentent pas du tout {gar nickt) le service religieux. Comme ces instituteurs sont chargés d'instruire leurs élèves dans la connaissance du christianisme , objet capital de l'enseignement élémentaire, et qu'ils ne doivent pa§ seulement les instruire, mais les élever chrétiennement; comme, en conséquence, ils doivent donner le bon exemple aux enfants ainsi qu'aux parents, vous penserez avec moi que beaucoup de maitres ayant provoqué des plaintes à cet égard, il importe de prendre des mesures efficaces.
« Pour le moment il est permis d'hésiter sur le point de savoir si tous les instituteurs peuvent être contraints par des voies disciplinaires à l'accomplissement du devoir d'assister au service religieux ; mais ceux qui %ovii organistes , chantres, sacristains, sont tenus, en raison de leurs fonctions, de fréquenter régulièrement l'église, et il va de soi qu'ils doivent rester dans le temple non-seulement pendant l'exercice du chant, mais encore pendant le prêche. Or, plusieurs de ces employés de TÉglise ont l'habitude de quitter le temple au
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moment où le pasteur monte en chaire et de n'y revenir qu'an moment où il en descend. J'engage donc la régence à prendre des mesures générales d'après lesquelles les employés ecclésiastiques ci-désignés soient tenus d'assister au service divin sans interruption, et d'exercer leur surveillance sur les eo« fants de l'école qui se trouvent à l'église.
« A part les chantres, organistes, sacristains, dans les endroits où l'usage s'est conservé jusqu'à présent pour le maître de conduire les élèves à l'église les dimanches et jours de fêtes, et de donner même dans l'école quelque instruction pieuse, l'instituteur, sans aucun doute, est tenu de se conformer à cet usage, alors même que l'acte de la nomination ne contient à cet égard aucune stipulation expresse, et il peut y être contraint par des moyens disciplinaires.
« Pour les autres instituteurs, il est possible de pourvoir, au moins par voie indirecte, à ce qu'ils fréquentent régulièrement l'église. Le règlement général de 1763^ prescrit que les maîtres, dans la leçon du lundi, s^assureront si les élèves ont retenu quelque chose de la prédication du dimanche. En vertu du même principe, une décision de la régence de Gumbinnen, en 1829, ordonne que, chaque lundi, la première leçon de l'école ait pour objet de revenir sur l'instruction religieuse de la veille. Ces prescriptions n'ont pas seulement une importance intrinsèque, elles ont aussi pour but de rendre nécessaire l'assistance de l'instituteur au service religieux, conjointement avec les élèves et la population de la commune. Il importe que partout elles soient comprises et
maintenues.
< Je recommande que, dans l'appréciation des titres aux
récompenses et gratifications, ne soit jamais négligé le point
de savoir si le maître, par la fréquentation du service reli-
1 . Voyez^ce remarquable document au chapitre I de la 2* partie.
gieax, donne le bon exemple aux enfants de la commune. Il CD doit être de môme pour les nominations aux places d'instituteurs.
c Les inspecteurs des cercles auront à s'informer dans leurs tournées si les maîtres fréquentent régulièrement le temple, et s*ils ont fait preuve de sentiments religieux en harmonie avec Tesprit de l'Église (Ob religiôsen kirchlicAen Sinn bewieien kaben). >
Les nécessités qui, en Saxe et en Prusse, provoquaient ces rigueurs de législation et dictaient de telles circulaires, ont inspiré en Hanovre et dans la Hesse des mesures analogues. Mnsi partout dans l'Allemagne du nord, les mêmes effets témoignent d'une même cause.
On l'a vu, les doctrines ou les tendances dont je viens de signaler la nature, dont j'ai saisi l'application dans l'enseignement du peuple, et, qu'on me passe l'expression, constaté le flagrant délit, ces doctrines ne sont pas restées ensevelies dans l'obscurité de l'école. N'avaient-elles pas conscience de la force que leur donnait une popularité de longue date? Pourquoi n'eussent-elles pas aspiré au grand jour, envoyé des représentants aux parlements nationaux, et tenté d'emporter la tribune de haute lutte? Et, en effet, le drapeau de Vémand'^ potion de Vécole a été arboré dans les assemblées délibérantes, avec quelle hardiesse I on s'en souvient.
Les écoles dont je viens d'esquisser la physionomie morale, \ école hégélienne, Y école rationaliste, ont eu leurs députés an parlement de Francfort. M. Yogt (de Giessen), M. Rosmaesler de Tharand (royaume de Saxe), M. Vischer, de Tubingen, H. Reinhard, de Boitzenburg, etc., ainsi que le rapporteur du comité des écoles, M. Paur, n'avaient pas d'autre caractère. Suppression de l'enseignement confessionnel, c'était le cri de ralliement que le politique jetait au pédagogue et que
le pédagogue renvoyait au politique : « Eh quoi! répétait-on à la tribune, on enseigne, dans nos écoles du peuple, que le pauvre est fait pour le ciel, non pour la terre; on lui prêche je ne sais quelle religion, afin de lui rendre supportable cette vallée de larmes. On inculque aux enfants un christianisme spécial pour qu'ils se résignent à leur pauvreté * !» — Apprendre à se résigner, voilà le crime I « Le mal fondamental, le mal intime des écoles primaires, c'est que la jeunesse y soit élevée en vue d'un salut éternel*. » Comment! l'école primaire « dressera la génération nouvelle pour l'église et pour le ciel ! » quand les universités professent que c le but de la question sociale est de nous donner sur la terre les joies qu'on nous représente dans le ciel ; qu'alors seulement nous serons délivrés de ce monde imaginaire que créaient nos désirs ina^ souvis'! » Harol donc sur renseignement dogmatique; que l'école du peuple soit soustraite à toute influence traditionnelle; qu'elle échappe à ce « triumvirat tyrannique, l'État, l'Église, la commune ; » et « que la jeunesse en sorte avec un but indéfini, entraînée dans une sphère d'activité sans limite^.» En vain quelques orateurs essayaient de rappeler le comité des écoles au sens moral et au sens commun^. « Non, s'écriaient
1. Discours de M. Goltz sur la rédaction de Tarticle 4 de la GonstitQtion. Voyez, à ce même point de vue, le discours de M. Rosmaesler.