‹ De l'éducation populaire dans l'Allemagne du nord et de ses rapports avecChapitre 37 sur 104 · Cireulaire du conseil supérieur ecclésiastique · texte numérisé non relu

Cireulaire du conseil supérieur ecclésiastique

« Nous faisons savoir au consistoire que, d'après l'ordonnance royale du 29 juin de la présente année, nous commençons aujourd'hui à exercer les attributions qui ont été conférées au conseil supérieur ecclésiastique...

M Profondément pénétrés du sentiment de notre responsabilité et de notre propre faiblesse, au milieu des difficultés du temps présent, nous avons cherché des forces dans la prière, et imploré la protection de Dieu pour l'Église fondée sur sa parole et sur son sang.

« Puisse-t il nous envoyer l'esprit de foi et de prière, et nous permettre, avec son assistance, de jeter les bases de la constitution nouvelle que nous avons mission de donner à l'Église!

• Berlin, 11 juillet 1850.

M Le Conseil supéuieur évangéliqué. «

RÔLE DE l'Église ÉviNoÉLiQUE. 4 54

perpétaer les querelles des deui communions protestantes. Il imogiiie d'en mêler la substance et d'en tirer lin culte qui sera la religion officielle; et sur les ruines des deux sectes réprotfvées , 11 élève l'établissement évangélique. La religion sortie toute faite dû ministère des cultes n'impose pas, sans rencontrer de résistance, son infaillibilité de fraîche daté. Shpprimées par coup d'État, les consciences réagissebt. Ce qu'elle a perdu par ordonnance, la vieille passion sectaire le regagne par esprit d'opposition. Bref, en 1847, nn édii de iûléranee* replace les deux conmiunions risiblement taxées d'hérésie par le culte improvisé, au même rang que l'évangélisme légal. Voilà , en deux mots, l'histoire contemporaine des cultes dont les interprètes officiels s'efforcent au sein de YOberkirchenraih de Berlin, de t^onstituer une Église. Mais qui neleyoit? des synodes et des conventicules, la lutte a dû passer et est passée en effet dans le conseil supérieur ecclésiastique. Que représente ce conseil? quatre principes en guerre. A qui adresse-t-il ses ordonnances ? à des sectaires qui, divisés entre eux, s'unissent en ce seul point qu'ils lui dénient ses titres et contestent son autorité. A l'heure qu'il est, Y Union évangélique d'Allemagne ignore si, oui ou non, elle est en possession d'un symbole '» et, quand elle cherche à

1. Patent die BUdung neuer Reiligionsgesellschaften hetreffend* (80 mare 1S47.)

« Notre volonté inébranlable est de maintenir intacte, ponr nos sujets, la liberté de croyanceSet de conscience garantie par VAllgemeines Lanâ' reeht, et de leur assurer, dans la mesure des lois générales, la liberté de réunion pour la célébration du culte. »^

• In allen anderen FSllen bleibeA bei neuen nach den GrandsUtzen des allgemetnen Landrechls zur Genehknigung vonSeiten desStaats geeignet befundenen Religionsgesellschaften die zur Feier ibrer Religionshandlun* gen besteliten Personen sich beziehende Âmtshandlungen der oben be* zeicbnelen Art mit zivilrecbtlicher Wirkung vorzunehmen... ••

2. Voyez Tunedes dernières publications de l'Union évangélique (I/ri(n»ndenbuch der evimgelischen Union), par le D*" Niizscb, conseiller de consis-

86 rendre compte de rautorité qu'elle est appelée h exercer sur les consciences, elle en est encore à se poser cette question : Qui suis-je ?

Le conseil supérieur, on Ta vu, était chargé, par Tordon* nance même qui Tinstitua, de présidera l'application d'aa règlement des Communes ecclésiastiques: ce conseil se trouvait appelé à établir, au sein des communions protestantes, une sorte d'unité dont il eût été la clef de voûte. L'article premier de l'ordonnance ecclésiastique du S7 juin 1850 était ainsi conçu :

« Chaque commune évangélique a le devoir, sous la direction du ministère ecclésiastique, de développer en elle le sentiment chrétien et la vie chrétienne. Comme membre de l'Église évangélique , elle fait profession de la doctrine fondée sur la parole intelligible et claire de Dieu , à savoir les écrits des prophètes et des apôtres, l'Ancien et le Nouveau Testament, et formulée dans les trois symboles principaux et les professions de foi de la réformation; elle se soumet aux lois générales et aux règlements de l'Église. •

Il semble que Vorthodoxie exigée par cet article n'enfermftt pas les consciences dans un cercle bien menaçant. Pourtant, les prétentions au gouvernement des esprits révélées par la promulgation de l'ordonnance ont soulevé partout des protestations passionnées. Toutes les questions que l'organe supérieur de l'évangélisme avait pu croire un instant résolues,

toire, professeur de théologie à l'université de Berlin; ce livre commence ainsi : • Puisque non-seuiement les vaines objections dirigées contre lUnion évangélique par ceux qu'on appelle les amis des symboles^ mais encore los erreurs de ses propres enfants sur ses droits et sur les éléments qui la constituent so résument en cette question : TUnion a-t-elle une profession de foi?... (06 sie ein Bekenntniss aufzuioeisen habe.)

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oDt été posées de nouveau : De quel droit YOberkirehenraih parle-t-il au nom de l'Église? de qui tient-il sa mission? — Du roi. — Mais à quel titre le roi nomme-t-il le conseil? — - A titre de premier membre de lÊgHêe. — Et pourquoi est-il pre« mier membre de TÉglise? — Parce qu'il est roi^ — Combinent donc » s'écriait - on » nous enfermer dans ce cercle vicieux? faut-il qu'éternellement s'appesantisse sur les consciences la main d'un pouvoir étranger, et l'Église ne vivrat-elle jamais de sa vie propre? Le prince est l'évèque né, le chef naturel del'évangélismel mais alors mieux vaut le pape de Rome, représentant d'une pensée indépendante, que ce pape dont le pouvoir n'est autre chose que le signe de l'asservissement des consciences, qu'un insirvmeni de règne. Eh quoi! le roi lui-même ne l'a-t-il pas dit : « Je bénirai le jour où il me sera permis de remettre l'autorité de l'Église évangélique, eotre des mains légitimes? > Quelles sont ces mains? sinon celles de l'Église elle-même? Que l'Église donc nomme ses délégués; qu'elle se trouve et s'afQrme elle-même; que le conseil de l'Église soit librement élu, et convoquons un synode général^.

Synode 1 grand mot, petite chose pour FÉglise protestante d'Allemagne I formule des aspirations vagues et des espérances incertaines! Ce ne sont pas les synodes qui ont manqué, depuis dix années, au protestantisme d'outre-Rbin.Qu'esUil

1. • .Der ROoig mUssealsvornehmstes Glîed der evangeliscbenKircbe derea oberbaupt sein. Waram ist aber der KOnig das vornebmste Glied? eben weil er KOnig ist.... ' Bewrikeilung der evangdischen Gemeindôordnung vom 29 juin 1850, par Haseniano, diakonos zu U. L. Frauen in Halle). La promulgation de Tordonnance dont il s'agit a donné lieu à nne multitude de brochures dont les objections exposées ici ne sont qae le résamé.

2 Dass der Kirchenrath ohne Vorschlag frei gewablt, und eine

Generalsynode berufen wird, welche der Kirche zur vollen Selbslândigkeit Qod namenllich den Gemeinden zur Wahl ihrerGetstiichen verhllfl.» (BturtheUungy etc., p. 47.)

AM 6BC0NDE PAftTlE.

sorti de la conférence des Égliset évangiKques^ et dti concile nalidfial qui, en 184«» ont délibéré û Berlin? Qu*ont prodoit les synodes tout réceiïiment convoqués à Morburg^è Eiseâach? 11 ne manquait fa ces assemblées que deux choses : le point de départ, et le but. < Rdssurez-vous, disait un membre du synode de 1846, à qui lui reprochait de déserter la confession d'Augsbourf ; nous attendrons longtemps avant de vous donner une confession de Berlin, >

rétais fa léna, deux mois avant TôuvertUre du syhodequi devait réunir fa Eisenâob les pfastèurs des différents États d'Allemagne. tS'occupera-t-on, demandai- je fa un pasteur, professeur célèbre de théologie fa l'Université, de questions dogmatiques et de doctrine? — Non, répondit le théologien; on traitera de liturgie, et de simples questions de forme. Sur le reste, on ne peut penser fa s'entendre; dès qu'on se rencontre sur le terrain dogmatique, psssst... tout disparaît. »

CQpsssst du théologien d'Iéna n'est que l'expression familière de la pensée réelle de l'Église évangélique allemande. 11 est fa la fois un sarcasme et un aveu ; il fait comprendre ce cri de douleur poussé par les derniers tenants du vieux culle luthérien : < Là réforme imposait au peuple allemand une double tâche : renverser uù édifice vieilli, et le remplacer par un nouveau sur les fondements de l'Évangile. Nous avons bien renversé en effet; mais où est le motfdment Aouveau?.... Le principe du protestantisme a, dans son développement

1. Lesynoddtenu à Marborg, au mois de mars 1852, d^estoccapé de rorgaaisaiion da coite. Oa y a emprunté à peu près complètement les formes de la liturgie catholique. On en peut jog^lr par ce qui suit :

• Introït (eingang)* — Confession des péchés. — Kyrie Eleison. — Absolution. — Actiun de grâces. — Gloria.

« Collecte. — Lecture de la Bible. — Symbole. — Prêche.

« Préface. ~ Sanctus. — Prière générale pour tous les besoins de l'Église. — ConsécratioB. — Âgnus Dei. — Action de grâce. — Bénédic* tion. •

ROLE D£ l' K6L1SE £▼ AflQéUQUE . 4 54

e&tréme» ravagé TÉglise presque entière. L'Église est réduite, pen s'en faut, à un état plus misérable c|ue celui où la trouva Luther quand H éle%a sa puissante voix *. »

Ce n'est pas seulement l'origine du comeil supérieur qu'incriminait la crilique. Chaque ligne de Yordonnance est dè^venoe le teite d'une protestation : que parlez-vous du ministère ecclésiastique constitué dans chaque commune pour diriger les consciences? Ce ministère, commencez par en établir les titres. La mission d'enseigner est-elle donnée d'en haut par la grâce divine, ou d'en bas par l'élection da peuple^? Et quel caractère concédez-vous déèidément à l'Égliso allemande ?Ëpiscôpal' ou presbytérien? D'autre part, comment nous imposer la direction du pasteur de la commune? Le but, le principe même du protestantisme n'est-il pas que le sacerdoce, èessant d'être le monopole de qaelques-

1. «... Und dass der darau() erzeugte Rationalismns, nacbdem er die Âuktorilât des Evangeliums angegriffen und herabgeselzt, den Gbristen auch dièses selbst zu énlziehen suchte, und eine schale Heidenlehre an seine Stelle bracbte, dass dann aber das einmal angeregle und immerfort trf ibenie Princip des Proies la niismos , jeden zum eigenen Herrn seines Glaubens zu machen , beinabe die ganze evangeliscbe Rircbe verwUslet, and fasl zu etwas noch scblimmeren herabgebrachl bal, als wogegen Lntber ainsi seine mScblige Stimme erhoben. • {Das Schulwesm impro^ tê$tùrUiehen Staate, par le D** GUnCbei", p. 13; f S5t!, Elberfeld.)

2. Voyez un article de la célèbre revue de M. Hengslenberg, EvangelishéKirchen-Zeitung (janvier f852) : «Ob das Ami in der Kircbe eine unmitlelbare Sliftung des Herrn oder ein Âusfluss des allgemeinen Priesterthums ist, ob die Tr9ger des Amies ein unmillelbar gOilliches Recht fUr sich haben, oder ob sie zunSchslnur Beauftragte der Gemeinde sind. • Voyez aussi une brocbnre du D^ Hofling , Grundsâtze evang, lutherischer Kirchenvetfassung (1851 , Erlangen) Ces poinls ont élé débattus sans résultats dans la conférence ecclésiastique de Leipzig, et dans celle d*£lberfeld.

3. On se rappelle le bruit que fit l'ouvrage de H. Bunsen : Constitution de l'Eglise de Vavenir, où Tailleur a développé le plan de VÈpiscopalisme.- Ce plan fol appuyé par M. de Stahl , mais combattu par des hommes tels que MM. Hengslenberg, Gucricke, etc.. «

456 SECONDE PAETIE.

DOS, devienne peu è peu le privilège de tous; que chaque rhet de famille devienne prèlre, chaque maison une église*? Et d'ailleurs, le pasteur dont vous nous imposez les décisions que pense-t-il lui-même? Avez-vous, en lui conférant sa charge, exigé de lui une profession de foi? Non. Vous le créez prêtre d'une religion que vous ne déterminez pas; vous le laissez libre de se faire le ministre ou du luthéranisme, on du culte réformé, ou de Tévangélisme*? Pourquoi donc imposer au fidèle le dogme dont vous affranchissez le pasteur, et enlever an premier la liberté que vous laissez au second? Que le pasteur soit Thomme de la commune; et que celle-ci le choisisse au gré de ses préférences, sous l'impulsion de son Doute on de sa Foi , selon le point de vue religieux auquel elle est placée'. Hors cela, il n'y a qu'impossibilité et non sens *. Car, enfin, il faut choisir : ou la liberté de critique, ou l'autorité; ou le protestantisme, ou le dogme traditionnel de rÉglise catholique. Que nous parlez-vous donc de formules immuables, d'un sacerdoce indépendant xle la commune? Vous n'êtes plus l'Église de ceux qui protestent, mais lÉglise de ceux qui acceptent. Arrière donc la Gemeindeordnung 1 Vieux luthériens, anciens réformés, rationalistes, se sont

1. Das ieder Familienvater ein Priester, und jedes Uaus eineKircbe werde... • (D<m Schuiwtien, im protestantischen Staate ; p. 9.)

2. Le promotear de la réaciion orthodoxe protestante, le D' Hengstenberg a demandé qu^aucun pasteur ne fût chargé d'une paroisse avant qu'on ne se fût assuré de ses croyances religieuses. On ne peut, en vérité, trouver la prétention exoibitante : « .. Niemanden ins Pfarramt einzofUbren. von dessen lebendiger kirchlicher Uberzeugung sie nicht vorher gegrttndete Uberzeugung gewonnen haben. • {Evang, kirchen Zeiiwig. p. 37 1S52.)

3. «... Dass die Gemeinde ihren Prediger w9hlt, dass er also ein Mann ist, wie sie ihn nach ihrem religiOsen Standpunkte wUnscht. • (Beuriheilung der evang *, etc., p. v3.)

4. Ëine foroiulirte gOUliche Warbeit ist fUr das Zeitbewnsstsein eine baare UnmOgUchkeit, ein Unsinn geworden.* (Ibid.)

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donc accoordés à repousser Y ordonnance communale ecclésiastique : ceax-là par esprit de rivalité, ceux-ci par dédain d*Qne orthodoxie sans fondements, tous par besoin de protestation contre une autorité sans titre.

Les vieux luthériens se sont fait remarquer par l'énergie de leur opposition ^ Dans une conférence ecclésiastique des surintendants de Poméranie, vingt-huit pasteurs sur trente et un repoussèrent la Gemmndeordnung . Les Altlulheraner ont fait tous leurs efforts pour soustraire leurs écoles è Tinfluence de rÉglise évangélique : quoi donc, r(7n?an contrôlerait Luther! Et tout récemment, la régence de Francforl-sur-leHein a reconnu qu'au point de vue de Tinstruction religieuse les établissements dissidents n'auraient pas à subir l'examen des inspecteurs de cercle*.

L'évangélisme, en subissant ce compromis, s'est senti piqué au vif. Il a déclaré que si Ton souffrait les écoles spéciales des vieux luthériens, du moins ces écoles ne seraient tolérées

1. Les vieux luthériens forment une fraction du luthéranisme prussien, moins nombreuse chaque jour, mais très remuanle. VAUlutheraner est on type qui devient rare et qu'il faut se hâter d'étudier. Voyez-le : il gémit sur la dissolution dogmatique du prolestantisroe, et, volontiers, ferait de la Confession d'Augs^bourg une loi de TËtat. Rien avant Luther, rien après lui. Il hait également deux choses : le catholicisme et la philosophie. Il satisferait sa conscience en brûlant le pape, mais il aurait une joie extrême à voir pendre le docteur Strauss.

Dans un cercle où je me trouvais, on vint à parler dupiétwne. J'en d^ mandai la définition. «Un piétiste, répondit une dame de beaucoup d'esprit, c'est un être hargneux qui , d'une main , tient les clefs du ciel , et de l'autre un paquet de verges pour inviter les gens à entrer. •

Entre l'ancien piétisme, celui de Spener« et le piéti^me actuel, il n'y a, do reste, de commun que le nom Spener, dans ses Pia desideria, s'insurge, en restant un fervent chrétien, au nom de VesprU^ contre la forme. Le piéti>me contemporain retournerait volontiers la devise.

2. Circidar-Erlasa der koniglichen Regierung zu Frankfurt, 21 mars 1854 : «Der Kreis-Schulinspector wird den Ruligionsunterricht in dieseo Schttlen nicbt in den Bereich seiner Gognition ziehen... •

438 SBCOHPB PiliTIE.

que comme un mal nécessaires et il a recommandé à ses représentants officiels de saisir toutes les occasions d*ameDer la suppression de ces établissements schisma tiques.

Sur le terrain religieux proprement dit, le dissentiment est plus vif encore, et le combat plus ardent. Là éclatent des faits qui rappellent les tristes scènes d'âges qui ne soqt plus. De temps à aut|*e, gr&ee è VUnion décrétée par révangélisme, on peut se croire au seizième siècle.

Yoici la pétition que provoquait» en 1852, dans le duché de Bade, un des épisodes auxquels je fais allusion.

« Messieurs les députés de la seconde chambre,

« A la pétition par nous présentée, lors de l'ouverture de la session, nous avons à ajouter que les persécutions dont nous sommes l'objet n'ont fait qu'augmenter, ainsi qu'il résulte des faits suivants :

« Le 25 décembre, mourut un enfant d*un an et denii, fils de Jean Yirmele, luthérien, habitant d'Ihringen, et l'un des signataires de la présente pétition. Conmie le pasteur luthérien ne peut plus exercer ouvertement son ministère, les parents désirèrent que leur fils fût inhumé sans rintervention d'aucun ministre.

« Mais défense de procéder à la cérémonie leur fut faite par l'autorité ecclésiastique unie d'Ihringen. Il fut signifié qu'elle aurait lieu selon le rite de l'Église unie (nach unir^em RituM)^ et au besoin avec la coopération de la police.

« En effet, le 29 décembre au matin, on epleva aux parents le corps de leur enfant, lequel, sous la garde de deux agents ^e la police, et sans être accompagné du père ni de la mère, fut enseveli selon le rite de l'Église officielle par un ecclésiastique uni.

1 Kann die Errichtong eigener Schalen der Altlutheraner nar

aïs eîn Uebelstand bedauert... • (^ir«4/^-Wa«<, etc )

BÔLE DE I.'ÉGU8E KTAN6ÉLIQ€E. 459

«Le pasteur luthérien Eichhorn» Appelé par le père pour donner quelques consolations à la mère désolée, fut arrêté par deux agents et eondpit en prison par les gendarmes à lllbreifaeb, et avec lui deui luthériens de notre commune qui Youlaient défendre leur pasteur.

« Nous nous abstenons de toute réflexion, et nous supplions la haute chambre de prendre en considération les malheurs de notre Église et de nous protéger auprès du gouvernement.»

{Suivent les signoiares^)

De tels faits parlent par eux-mêmes.

A rheure qu'il est, plus des deux tiers des communes prussiennes ont refusé de se ranger sous la bannière de Févangélisme, et, sur les ruines des symboles, revendiqué leur indépendance absolue.

En 4846, dans une adresse présentée solennellement au roi, le magistrat de Berlin ne craignait pas de traiter de #02disant Église l'Église à laquelle appartiennent le roi, lecon^il supérieur, tous les consistoires de Prqsse.

On répète asse^ volontiers aujourd'hui les arguments du magistrat de Berlin ; et bien des convictions se sentent à l'aise dans cette singulière profession de foi : « Pour la inajorité des citoyens, disait qe fpnclionnaire au nom du protestantisme berlinois, récriture et les livres symboliques sont des témoignages sur le travail dç forinalion de l'église, des œuvres purement humaines, dont le fond , comme la forme, porte l'empreinte du siècle qui les créa. Là ne réside point la vérité absolue* \a vérité est dans l'esprit qui agit et se meut éternellement dans l'humanité. Le temps est venu de modifier des formes d'un autre âge... Nous supplions Votre Majesté d'inviter les autorités ecclésiastiques à ne point gèper la liberté d'enseignement dans l'Ëglise évangélique. Nous la supplions de convoquer une commission tirée de toutes lospro-

vinoes» formée de laïques et d'ecclésiastiques, chargée, sous la sanction royale, de préparer pour TÉglise un projet de constitution qui satisfasse aux besoins du temps ^ »

Quelles crises se développent au sein de l'Église protestante allemande, on le voit assez. Ce n'-est pas tout cependant. En proie aux déchirements intérieurs, cette Église est assaillie an dehors. Une horde d'envahisseurs au fâcheux renom, amis proiesianis, et sectaires des libres communes^ prétendent s'y installer à bon droit ; et s'élancent à l'assaut de la forteresse démantelée, sous les drapeaux unis de pasteurs bien connus. Uhlich, Wislicenus et Sachse.

C'est ici le lieu de retracer un curieux épisode. Cet épisode éclaire d'un jour singulier l'état intérieur de l'Église évangélique de Prusse ; et nous avons assisté nous-mème à la dernière phase des événements que nous voulons rappeler.

En 1841, un pasteur de Magdebourg attaque, dans un sermon, la divinité de Jésus-Christ. C'était le moment où les Annales de Halle suspendaient sur la (ète des luthériens ortkodoxes, comme sur celle des disciples de Schleiermaeher, la menace du despotisme hégélien. Le consistoire cite le pasteur à sa barre, et fulmine une destitution. Grande rumeur dans la commune ! on crie, on menace, on intimide le tribunal. Bref, la sentence de destitution est rapportée, pour faire place à une réprimande. C'est trop encore : une vingtaine de

1. Le magistrat attaquait dans celte adresse le parti de l'orthodoxie, et notamment son chef, le directeur .de V Evangelische B^rchen-Zeitung, M. Hengsteiiberg. • Ce parti, disait- il , recommence, vis-à-vis des vrais protestants, le rôle des Juifs vis-à visdes premiers chrétiens * —Le roi répondit à cette singulière sortie avec une dignité pleine de finesse II fit sentir en même temps ce qu'une telle manifestation devait avoir de fâcheux : > Toute PEurope a les yeux sur nous et sur 1 agitation de noire Ëglise. Que peuvent penser de nous les Confessions étrangères et les hommes impartiaux ?. . . •

tÔTE DE L^ ÉGLISE ÉTANCéilQUE. 464

pasteurs se rassemblent à Gnadau, puis* en plus grand nombre» à Halle* et protestent contre la sentence. « Nous sommes atteints, disent-ils, dans la personne du pasteur condamné; on vient de frapper, en lui, le droit d'examen, le principe même du protestantisme. Que les pasteurs qui veulent croire librement se concertent. » — \J apôtre du rationàliame populaire se révélait; c'était un pasteur du petit village de Pômmelte, celui même qui avait provoqué les deux assemblées de Gnadau et de Halle : il venait de créer l'association des Amis protestants ou Amis de la lumière; dès les premiers pas, soixante confrères le suivaient; il se nommait Uhlich.

Quatre ans après, quatre mille cinq cents adhérents soutenaient de leurs deniers le journal des Amis protestants, VÉdi-* JicatUm chrétienne {hXdXiev fur christliche Erbauung); onze mille neuf cents habitants de Magdebourg signaient de leurs noms une déclaration de rupture avec rÉglise officielle, et, invoquant, aux termes du Landrecht^^ les droits des sociétés tolérées, à l'exemple des Amis de Eônigsberg, de Nordhausen, de Halberstadt, etc., se constituaient en libre commune. A ce moment, M. Uhlich était dépossédé de la cure qu'il occupait depuis dix-huit ans. La libre commune de Magdebourg appela le condamné, et le mit à sa tète : c'était le placer sur un piédestal.

i848 éclate. Le mouvement de séparation de l'Église ortho^ doxe se propage, sans obstacle, sur tous les points de l'Allemagne. Des libres communes se forment en Prusse, en Saxe, dans le duché de Weimar, dans la Bavière septentrionale , en Hesse, en Ba^e. Amis protestants de Uhlich et catholiques allemands de Ronge se donnent la main, sur le terrain d'une protestation radicale contre toute croyance positive et tout flamboie consacré. Les gouvernements laissent le champ libre

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