III. - INSTRUCTION PRIMAIRE
La part de l'État, sur une dépense totale d'environ -14,800,000 fr. consacrée à l'instruction primaire en Prusse, est, nous l'avons dit, de 594,858 thalers, ou de ^,489,942 fr. ; plus, 200,000 thalers environ, 750,000 fr., pour suppléments de traitements et frais de bâtiments, résultant du droit de patronage : le tout, en vue d'une population de ^ 5,000,000 d'habitants. Cette même part, dans le budget français, pour 55,000,000 d'âmes, est de 4,970,00p fr.; plus, 718,000 fr. affectés aux frais d'inspection, — c'est-à-dire que l'État en Prusse, par million d'habitants , affecte k l'instruction primaire 449,996 fr., tandis que la France y consacre 458,855 fr.
J'ajoute immédiatement qu'en vertu d'un principe dont l'application semblerait plus difficile en France, l'État en Prusse n'intervient que gracieusement {aus gnade) dans les dépenses de l'instruction primaire. Ainsi qu'en Angleterre, un grand nombre d'écoles sont entretenues par des fonds particuliers provenant de fondations. Les autres vivent de subsides payés par les communes, les sociétés Héeoles^ dans les campagnes (Landschulverein) ou les cercles de régence (départements).
Uue société d'école est composée de tous les propriétaires fonciers sans distinction et des pères de famille domiciliés dans la circonscription de la commune, ou en certains cas, de plusieurs communes. Les ressources communales ordinaires, jointes à la rétribution scolaire ou aux revenus des donations, venant à être insuffisantes pour faire hce à des frais de fondation ou de reconstruction d'é-
eolet Its dép0nf«B ntfcetfairtl lont mises par un impôt spécial et dODt li quolilé est esseotiellémeol variable^ à la ciiarge des pértê de fwmiU» (BauÊvater),
Ce dernier mot présente toi un sens analogue à celui que lui donnait le droit romain.. Il désigne tout habitant de la commune, $u% jur%9. Hormis les ecclésiastiques, Ul maîtres d*école , les militaires , les personnes i gage, nul n'est dispensé de lacontribuiion» qu'on ait ou qu'on n'ait pas d'enfanls i récole* Il s'agit d'un intérêt général auquel la loi ni les mosurs ne permettent qu'on demeure étranger.
La contribution est ordonnée par la régence , et la répartition en est calculée par les autorités communales^ d'accord avec les représentants des êociétéi d'éeok.
Cette contribution est proportionnelle aux rentes, produit des biensfonds, des industries, des bienâ de toute nature. C'est, à vrai dire, un impôt sur le revenu, genre d'impôt qui^onlesait, n'a rien de nouveau pour la législation ni de redoutable pour les mœurs de l'Allemagne.
L'impôt dont il s'agit présente ceci de remarquable, qu'il pèse sur les biens-fonds comme une charge réelle. La propriété à laquelle il s'attache vient-elle à être démembrée, chaque partie reste de plein droit grevée d'une quotité proportionnelle de contribution^. — Et c'est ainsi que le soin des intérêts moraux et intellectuels du peuple est élevé, au delà duRbin^au premier rang des devoirs publiée.
C'est seulement en cas d'insufGsance de ces ressources diverses, qu'un appel peut être fait aux secours de larégence(du département) et aux libéralités de l'État.
On peut maintenant se rendre compte de la disproportion des dépenses mises à la charge de l'État | pour des services de même nature, dans le budget français et dans le budget prussien.
BSDSSnr VtAIIÇiM t
StU^MUoct au% conmunes |M>or dépenses ordiuaires de leurs écoles communales 8,860,000 ît.
Plus, subventions pour constructions, réiiarations el locations ex- / U'aordioairef de* maieoiM d'école. . 000,000
«,4aSî000 fr.
BOBOBT nvttiiM :
Id.
Id.
IjSlS,*?*» fr.
I. Le fait ënonoé Ici se retrouve en article de lof dans le projet de lSi9, cilé, dans aao rnseniile, par M. Cousin, ce projet, nous avoM eu iJcetsÀon de le dire, r*& Jamats abouti. Uo autre projet de tS40 a eu le même sort. Quoi qu'on ait pu afânner« 4 part te hègkmeni deê Ecoles de 1765, règleoienl que nous avons fait connaître aiUeurSi il n'existe iMw en i^russe de loi générale sur Pinstructtoù publique.
Encore faut- il comprendre, dans ce chiffre de <! ,448,760 fr., des dépenses dont la plus grande partie esl miseï en France, ft la Charge da ministère de rintériedr, satolr :
Etablissements de jeunes afeugUs et de sourde^ muets. . . • * » *
établissements d'orphelins el de bienfaisanco.
45,448 thalers.
(50,547 fr.) 75,198 thalers.
(204J93fr.)
Pouf les dépenses spécialement applicables aux écoles primaires proprement dites (secours k des maisons d'éoole , et complément de traitement des maltres)i il ne faut compter qu'une
somme de« . i • • «•••••.•.•••••« 4 87,26T thalers.
(ou 702, 254 fr. 250.)
Il n'est pas inutile de connaître la répartition de cette somme entre les 20 orrcfet de régtneê. Elle correspond au crédit Inscrit au budget français sous le titre de • sabteotions aux communes pour les dépenses ordinaires des écoles publiques» » crédit s*élevant au ehiffhi de 5,479,966 fr.; et comme le cercle de régence (regieruHgs bétifh) allemand répond au département fk'ançais, Il est possible d'établir une comparaison qui ne Sera pas sans Intérêt t
Cercles de régence.
Nom des ctraUa,
Kflwigsiierg .... *
OUBbioBen
nsBiiig.
roBea
Uromberg.
SmuId. . . .
Coslin ^ . . .
Stfalsund.
Breslau...
Uegfiitî. . .
OppelD . . i Berlin. ..
Soounei attrtbuMi iflftMitfi.
IM^I tbalsn.
(60,166 frT
4,BIS (16.9S5 fr.)
8 841 (30.999 fr.)
(8S.50B fr.) ft,66S
(1(0,840 tr,)
(18.SW fr.)
(t5.8M fr.) 3.S45 (8,666 fr.)
(«4)08 fr.)
i,4as
Nmm des MrdM.
Potadam
ftaBofwt .•«*....
màgùBÊmxrg
Krmrt
Utnàïèf
UiDÙeû
Avusbirg
Cobleotz
DOsseldorf. . . Cologne
TfVTSB» • • • é •
Aix4a-Cbapefle . . .
SoBimM attribnéM è«lMi«tttoé
I7|888 tbatan.
Siiao 9,«é
8»«I8 4,Mt|
Prenons maintenant 26 départemouts français :
Noms dM dépwtMiiMiU.
AiD
Aisne
Allier
Alpes (Basses-). . . .
Alpes (Hautes-). • . .
Ardècbe
Ardennes
Ariëge
Aube
Aude
«■vcyroD. •••• ••••
Cantal
Charente
Sommet attribaies à chacan*
T7.746 fr.
1K,859 1S5,3iS
99fo96
Noms dei déparlemenU.
Charente-lDférieare
Cher
Gorrëze
Corse
Cdtes-du-Nord. . . .
Creuse
Dordogne
Doubs
Drôme .,
Gard
Garonne (Haute-). .
Sommes attribuées à clucuD..
8,327 fr.
Gers ! 98!98i
Il Lozère | 101,598, etc.
La moyenne de la subvention pour chaque cercle de régence est de 27,009 francs ; pour chaque département français , elle est de 56,976 francs. Encore, il ne faut pas l'oublier, et nous le répétons, ne sont comprises dans le chiffre de 5,479,966 fr. répondant aux 702, 254 fr. 25 c du budget prussien, que les subventions pour dépenees ordinaires des écoles publiques ; en dehors de cette somme, les dépenses extraordinaires et spéciales à la charge de l'Etat s'élèvent k 4 ,855,745 fr. 29 c.
La moyenne du traitement des instituteurs enseignant dans les villes en Prusse est d'à peu près 800 fr. ; celle d'un maître de village ne s'élève pas à plus de 550 fr.
Un tel traitement est hors de toute proportion avec les charges auxquelles un instituteur, père de famille, est obligé de faire face.
Cette insuffisance a déterminé un usage qu'on ne peut citer assurément comme exemple à suivre, mais qui témoigne du zèle des populations rurales en Allemagne à subvenir aux besoins des humbles fonctionnaires auxquels sont confiés les intérêts de l'éducation : dans un assez grand nombre de villages, Tinstituteur est en possession de ce qu'on pourrait appeler le droit d la table ; il va dîner de porte en ipovie (Wandeltisch)^ et son couvert est mis successivement chez tous {espères de famille {Hausvàter) de la commune ^ 11 y a plus, dans les hameaux de plusieurs régences, notamment des régences d'Oppeln et de Goblentz, Ites habitants, plutôt que de se passer de l'instituteur pour qui n'a pu être construite une maison d'é-
1. ce système est comparable à ce qui se passe encore, à Theure qu'il est, dans certains départements de France, notamment dans le département de la Haute-Loire, où les pauvres institutrices appartenant, sous le nom de Béates^ à une sorie de tiers-ordre, ne reçoivent des municipalités aucune rémunération pécuniaire. Ces femmes dévouées opposent au dénûment le plus absolu un esprit d*abnégation que faii nailre et que soutient la pensée religieuse; elles quêtent de porte en porte ce qui est nécessaire au soutien de leur laborieuse existence.
cole, lui donnent, chacun ii son tour, le gtte et le feu ; l'instituteur devient successivement l'hôte nocturne de tou$ les habitants.
En dcpil de ces expédients , le sort des instituteurs de village, on le comprend , a été l'objet de réclamations très yives. Dans un pays voisin de la Prusse, en Saxe, la loi , par imitation de la loi française , a fixé un minimum pour le traitement des maîtres d'é* cole (450 fr.). Et, en ce moment même , l'administration supérieure en Prusse, s'occupe des moyens de mettre la situation matérielle des insliluleurs plus en rapport avec la considération dont ils sont entourés.
Toutefois, si le principe d'un minimum de traitement semble devoir être adopté par l'administration prussienne , il n'est pas question de déroger à l'usage d'après lequel les jeunes instituteurs exerçant, à leur début, en vertu d'un titre simplement provisoire, ne reçoivent un traitement normal et complet qu'après une nomination définitive.
Ne peuvent être nommés, avec un titre définitif, dès leur entrée dans la carrière, que les candidats qui, lors de l'examen, ont obtenu le brevet de capacité {WahlfàhigkeihZeugniss) de premier ordre,
- Les autres doivent exercer, en vertu d'une délégation provisoire, deux années au moins dans une école publique ou privée. Ces deux années sont un temps d'épreuve à Texpirulion duquel les témoignages des autorités scolaires, lémoignages portant sur l'aptitude , les dispositious morales, la vocation, en un mot, peuvent seules assurer au candidat la conquête d'un tilre définitif. Jusqu'à ce moment, l'instituteur n'a pas droit à la jouissance intégrale du traitement affecté au poste qu'il occupe *.
Tandis que la plus grande partie des dépenses relatives aux écoles primaires, en Prusse, est à la charge des communes , l'État y assume» au contraire, la j[>resque totalité des frais occasionnés par les écoles normales.
Il y a en Prusse 48 écoles normales pour l'entretien desquelles l'état accorde, chaque année, une subvention de 'l^ 8,955 thalers (446,081 fr.). La somme correspondante dans le budget français ne s'élève pas à 200,000 fr. Les rentes et revenus propres des établissements prussiens forment un total de 58,-1 02 thalers, ou de 2^ 7,282 fr.