M. Saint-Réné Taillandier
des masses. Nous parlerons des doctriDes religieuses et des systèmes philosophiques; mais nous en parlerons pour en apprécier l'influence sur le développement moral des classes inférieures.
11 est temps qu'on veuille enûn le comprendre : le génie même n a ni le droit ni le pouvoir de reléguer son trône, pour y régner à sa fantaisie, dans une région solitaire. Si haut qu'il monle, la loi de la responsabilité le rattache à la foule. Tout ce qui se dit en haut se pratique en bas. Dans le monde moral comme dans le monde physique tout se transforme^ mais rien ne se perd. Un paradoxe, débauche de l'esprit, tombe un jour sur la multitude; il s'y inûltre et, lentement, la pénètre; puis tout à coup il s'y traduit en actes; et une révolution se charge de rétablir la solidarité qui, unissant les masses aux penseurs, constitue, dans le plan providentiel, l'unité morale du genre humain, line sécurité trompeuse avait élevé une sorte de muraille de la Chine entre le boudoir des faiseurs de systèmes et la scène vivante où la passion soulève la foule. Cette muraille, on le verra , depuis longtemps est percée à jour; et toute parole, si bas que vous la prononciez , a son contre-coup dans les profondeurs de Tordre social. « Ce n*est pas pour le peuple que j'ai prétendu écrire, me disait, à Weimar, l'auteur de la f^ie de Jésus; et je me serais gardé d'attaquer sa croyance ! « Vous pensez, ô docteur Strauss, n'avoir écrit que pour quelques lettrés; prêtez l'oreille : une voix vous répond de la foule, ei votre parole y réveille un écho !
\ll
PHÉFACI-:.
On commence au surplus , au delà du Kbin , à s< douter du péril. La peur devient un frein, si la raisoi n'est pas toujours une lumière. Les beaux esprits qu dissertaient à cœur joie, dans les petits soupers pbi* losopbiques, se sont aperçus que le vulgaire écoutai indiscrètement aux portes. On s'est pris à parler i voix basse ; quelques-uns, et ce ne sont pas les moin: hardis, sont allés jusqu'à se frapper la poitrine et i faire leur confession : « Quand je reconnus que h populaire s'ingéniait à discuter les mêmes thème dans des »ympo$ium crapuleux où la chandelle et h quinquet remplaçaient les bougies et les girandoles quand l'athéisme commença à sentir le suif, l'eau-de vie de schnaps et le tabac, alors mes yeux se dessillèrent ; je compris par les nausées du dégoût ce qm je n'avais pu comprendre par la raison, et je Cs mei adieux à Tathéisme^ »
Voilà le meâ culpd de M. Henri Heine.
Ce n'est pas la naissance de quelque grande idée qui peut attirer aujourd'hui sur TAIIemagne l'attentive sollicitude de l'Europe. D'antiques illustraiion: s'y éteignent, et nul astre nouveau ne s'y révèle : l'horizon. Mais si le spectacle a moins de séductions il a des leçons' plus saisissantes : en métaphysique la philosophie de l'absolu est venue aboutir au: étranges théories de Stirner : u La pensée allemande entendais-je dire à M. de Schelling, est aujourd'hu dans un cul-de-sac; et je ne vois pas qui pourra l'ei tirer !» — En reli(;ion, l'église évangélique, engagé<