‹ De l'éducation pȯpulaire dans l'Allemagne du word et de ses rapports avec les doctrines philosophiques et religieusesChapitre 62 sur 136 · RÔLE DE L^ÉGLISE ÉVANGÉLIQUE · texte numérisé non relu

RÔLE DE L^ÉGLISE ÉVANGÉLIQUE

le savons, notre chemin est semé d'épines. Reste-t-il un coin de terre où puisse germer la fleur de l'espérance? où laisser tomber un vœu de bonheur qui ne soit pas un son vain et stérile?»

Je le répète, je ne reprocherai à H. Uhlich ni la reveu^ dication hardie du principe protestant contre l'Église évangélique, ni la mélancolie poétique et résignée de ses plaintes. Hais où l'application de ce principe l'a-t-elle conduit? A l'athéisme ! Quels hommes a-l-il acceptés pour les associer à son œuvre? Des élèves déclarés de Feuerbach et de Slirner. « Je représente, entendais-je dire au pasteur Uhlich, je représente l'élément modéré et conservateur des libres communes; mon rôle est de préparer prudemment la transition. Mais mon collègue a l'ardeur de la jeunesse, il est plus près de Vavenir. >

Ce collègue, c'était un autre pasteur, collaborateur de M. Uhlich dans la direction de la libre commune de Magdebourg. L'avenir dont s'était déjà emparé cet autre pasteur, et vers lequel il poussait la foule, cet avenir, quel est-il?

c n est temps, me disait à Magdebourg M. Sachse, que l'humanité cesse d'objectiver les attributs qui lui appartiennent, pour les concéder à un être extérieur et factice qu'on appelle Dieu. Il faut qu'elle revienne enGn au véritable objet de Tadoration, c'est-à-dire à elle-même. »

Nous voici au centre de la faction philosophique des athées. Feuerbach s'adressant à un confrère en athéisme, Stirner, lui faisait cette admonition : « Il n'y a pas de Dieu, il n'y a que des perfections de Dieu; et ces perfections appartiennent à l'homme qui les appelle Dieu, quand, dans l'enivrement de son cœur, il oublie que son cœur lui appartient. Vous, Stirner, qui soutenez que Dieu c'est le néant, vous êtes encore un athée bigot; car le néant, c'est une définition de Dieu ^ »

1. A quoi Stirner répond : > Je sais meilleur athée que vous, qui pensez

SECONDE PARTIE

Feuerbach peut être satisfait : ses doctrinesont fait du chemin ; elles sont populaires dans les libres communes^ et ce sont des pasteurs qui en sont les apôtres.

c Le christianisme est passé, répond au pasteur Sachse la voix du pasteur Wislicenus; froid et mort, il ne s'empare plus des forces vivantes de Fesprit. Il pétrifie et paralyse les ftmes, parlons un autre langage au peuple devenu majeur ^ > Wislicenus et Sachse, voilà quels ont été finalement les collaborateurs de M, Uhlich».

On se rappelle le mot de M. Diesterweg : « Élançons-nous, et vive le voyage en pleine mer! > le pasteur, on le voit, s'entend merveilleusement avec l'instituteur, l'École avec l'Église : «Advienne que pourra ! »

Sur la grand' place deMagdebourgon admire une cathédrale, monument immortel qu'éleva la foi des siècles évanouis.

Sortie vivante des mains du catholicisme, la cathédrale est aujourd'hui déserte et morte. Une fois la semaine elle 8*ouvre à quelques rares fidèles ; et sous les voûtes qui, depuis Othon le Grand, abritèrent la pensée religieuse de l'Al-

Télre parce que vous ne croyez pas à Texistence du sujet divin ; moi, je ne crois pas à Texistence des qualités divines, à la justice, à Pamoar, à la sagesse, que vous vous imaginez voir dansThomme. le ne crois pas davantage à rhomme. L'homme, le moi, n'est qu'un mot. Il n'y a qu'une essence réelle; c'est l'individu particulier dans sa jouissance égoïste; c'est toi, Pierre ou Paul. • J'ose à peine renvoyer le lecteur à Podieux et pitoyable ouvrage de Feuerbach : Qu'est-ce que la Religion?

1. Il y a un an, M. Wislicenus publia un livre : la Bible du peuple^ résumé d'invectives grossières contre le christianisme ^ poursuivi en justice, et certain , par avance, de sa condamnation, il a préféré l'exil en Amérique aux deux années de prison dont il était menacé.

2. Voyez la revue périodique^ Nouvelle réforme pour la conquête de la religion de T^umanif^, par Wislicenus. Décembre 1851. « bas Ghristenthum kann nicht mehr genUgen ; kalt und todt, besitzt es nicht mehr die wirkenden KrUfte von etwas Lebendem; es erstarrl und lâhmt die Seele; sprechen wir eine andre Sprachc zum mUndigen Volke...» etc., ^c.

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lemagne, règne un silence qu'interrompent seulement les pas des voyageurs et le cri des oiseaux de nuit qui se disputent les chapiteaux gothiques, La vie s'est retirée avec le catholicisme ; dans ce corps on ne sent plus palpiter une ftme.

Non loin de là, s*ouvre le temple, ou, pour mieux dire, la maison commune où, trois fois la semaine, un matérialisme qui ne se voile pas, convoque aux pieds de I^IM. llhlich et Sachse une foule compacte et empressée. Et ainsi , Ton peut toucher du doigt le résultat des déchirements intérieurs de l'Église évangélique prussienne. Le cycle des erreurs a été parcouru ; une pente irrésistible a dirigé le cours de la pensée populaire de la chaire de Hégel à la tribune des pasteurs de Magdebourg. La tradition des âges chrétiens vient se briser contre les formules des amis protestants; le flambeau qu'alluma sur rAllemagnc le génie du spiritualisme s'éteint sous le pied des disciples de Feuerbach. La cathédrale est vaincue par le ' Gemeindehausy saint Boniface par M. Sachse ; et — ô dérision de la pensée humaine f — tout le travail des siècles aboutit à la libre commune dclilagdebourg'.

Assurément, Userait injuste d'accuser le protestantisme allemand tout entier de complicité avec de tels emportements. La croyance du grand nombre échappe tout à la fois et à la contagion d'un nihilisme insensé, et aux étreintes de cette orthodoxie boiteuse reconstituée sur la base d'une sorte de protestantisme honteux^ par M. le professeur Hengstenberg. Ce ne sont ni le docteur Strauss, ni Feuerbach, ni Stirner qui donnent l'impulsion aux facultés de théologie de Berlin, de Halle,

1. Depuis que ces lignes ont été écrites, la police est venue en aide à PÉglise évangélique. ,0n a accusé la libre commune de Magdebourg d'entretenir un foyer d'agitation politique ; et , le directoire de la commune ayant, par suite de scissions intérieures, donné sa démission, il a été enjoint de ne plus tolérer les réunions des Amis protestants.

SECONDE PABTiE.

OU de Bonn; le doux et pieux Néander est invoqué, je le sais, par quelques disciples fidèles, comme le juge du camp entre deux partis également absolus. Méander a le double mérite, pour beaucoup d*esprits modérés , d'un côté d*aYoir donné le premier signal de la protestation contre le panthéisme hégélien, de Tautre d*avoir toujours répugné, par principe et par caractère^ aux exigences de Torlhodoxie ofGeielle; c'est sous le drapeau de Néander que des théologiens tels que MM. Lucke, Tholuck, Muller, Dorner s'empressenlaujourd'hui de chercher un abri ; et tout dernièrement le souvenir du savant ami de Schleiermacher avait assez de puissance pour conquérir la chaire d'histoire ecclésiastique de l'Université de Halle, au profitde son disciple préféré,M. Jacobi ; tout cela est vrai! mais ce qui est vrai aussi, c'est que l'Église protestante allemande, affaiblie qu'elle est par le développement de l'idée même qui la créa, logiquement envahie par des puissances réciproquement hostiles, n'a plus, en face de l'anarchie morale qui se déchaîne, ni force de cohésion, ni principe de gouvernement. Nel'a-t-on pas vue, au moment même où le rationalisme néo-hégélien marchait tète levée à la conquétedes esprits, faire alliance avec les organisateurs des libre$ communes'i u^aA-on pas vu quatre-vingt-six dignitaires de cette Église, pasteurs, prédicateurs, membres des consistoires, avec deux surinlendants en tète, n(5uer une coalition de tactique avec les amis protestants, et le premier prélat de la hiérarchie évangéli^ue donner la main au pasteur Uhlich* ?

1. En 1845, M. Hengstenberg , dans la Gazette évangHique» cmbattail cette coalili^. — • Le beaxi spectacle, disait -il, que prépare cette astucieuse ugesse! le bel ordre avec lequel elle ménage son triomphe! Vovezja faire : elle va pousser à Textrôme droitd ia Gazette évangélique^ rejetée par un si grand écart, en dehors de toute influence; à l'extrême gauche, les rationalistes de WisHcenus! au centre, al%; Texcellent Uhlich d*un côté, et les demi partisans de Torthodoxio de Tautro; puis les paisibles élèves de Schleiermacher. Abrs arrivera sans

EÔLE DE l'Église evangéliqce.

Ce qn*cst révangélisme en théologie, il le sera nécessairement sur le terrain pédagogique; s'il laisse Tesprit de critique envahir le temple, il ouvrira au scepticisme les portes de r école. Et ainsi, la tradition religieuse et sociale sera viciée dans sa double source.

Je ne parle pas ici de l'enseignement donné, dans certaines écoles populaires, sous l'inspiration de ce groupe de pasteurs qui, ouvertement ou in petto, conspirent, au nom de révangélisme, contre l'autorité morale de l'idée chrétienne; et déclarent sans façon que la christologie tovi entière est à transformer^. Je laisse là ces extrêmes ; je me place au sein de ce clergé qui est sorti des mains des professeurs de théologie les plus renommés, il y a quinze ans» Eichhorn, Staudlin, Wegscheider ; je prends pour type un homme dont l'influencé pédagogique a été considérable, et qui, au titre de pasteur, a joint les fonctions de directeur d'école normale, de conseiller scolaire et de conseiller consistorial, Frédéric Dinter. Qu'était le christianisme de Dinter? une doctrine dépouillée du caractère surnaturel, la doctrine du bienfaiteur le plus illustre de r humanité ^, en somme, le rationalisme de Reimarus, à peu de chose près. Toute une génération de pasteurs et d'instituteurs a été formée à l'image de Frédéric Dinter. Quand parurent les amis de la lumière rejetant lesmiracles de l'Évangile au rang des prodiges du Coran; quand la faction audacieuse qui se ralliait auteur des Annales de Balle, vint rajeunir, pour les imaginations allemandes, sous la phraséologie de Feuerbach, les théories d'Helvétius et de d*Holbach, le nerf de la résistance était

doute le règne de Dieu : les loups et les brebis, les chevreaux et les panthères habiteront joyeusement ensemble. • Voyez aussi, à ce sujeU deux lettres de M. de Stahl.

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