‹ De l'éducation pȯpulaire dans l'Allemagne du word et de ses rapports avec les doctrines philosophiques et religieusesChapitre 66 sur 136 · ËmiU · texte numérisé non relu

ËmiU

SECONDE PARTIE

c n n*y a pas de perversité origîDelle dans le cœur hamain, > s'écrie Roussean ; par cette seule afflrmatioDy le point de départ de la science pédagogique «st changé. L'instituteur n*a plus à relever la nature de l'enfant, mais simplement à la développer ; sa tâche n'est plus un combat contre des inclinations qu'il faut diriger, mais la culture facile de facultés qui se révèlent. L'éducation n'a point pour but le redressement, mais rémancipation ^.

De là, dans le domaine des faits généraux, des conséquences qu'il est aisé de déduire : comme le but assigné à la marche d'une société ne saurait être différent du but proposé à chacun de ses membres, la pensée qui préside au gouvernement intime des individus devient le principe générateur des phénomènes de Tordre social. Pour la nation comme pour chaque citoyen, ce n'est plus l'idée de la tradition qui est la règle, c*est le besoin de Yémancipaiian qui est la loi. Et dans le principe posé par Rousseau, est contenue, par avance, la théorie insurrectionnelle dont nous avons trouvé l'éclatante expression dans les débats passionnés du parlement de Francfort.

Déjà Basedow rattache ses doctrines pédagogiques à

1. M. Saint-Marc Girardin a exposé ces deux points de vue, en comparant la théorie de Roussean et celle de madame Necker-Saos- Bure : • Rousseau croit que Thomme est bon primitivement , et que la société seule l'a gâté; madame Necker croit, selon la religion chrétienne, que rhomme est né disposé au mal, et que la nature humaine, pervertie par le péché originel, a besoin d'être redressée par la règle religieuse et morale. De là suit que Rousseau croit que la meilleure éducation est celle qui, ne faisant rien ou presque rien, et laissant Thomme se développer lui-même, le laisse le plus près possible de la nature, c'est-à-dire du bien primitif. Point d'instruction religieuse, point d'instruction morale, sinon le plus tard possible... Madame Necker-Saussure, au contraire croyant à la corruptibilité originelle de la nature humaine, pense que l'éducation morale et religieuse ne peut pas commencer trop tôt. • /.-/. R ousseau, sa vie et ses ouvrages.)

Faxiome fondamental de Rousseau : Tenfant nait bon ; Fessentiel, c*est de laisser s* épanouir ses facultés et se manifester ses instincts. Suivez la nature; ses lois sont infaillibles. Dès lors, Faction habituelle de Dieu sur la vie humaine, action constante et soutenue qui est le fondement de la pédagogie chrétienne, tend à s'effacer peu à peu. Qu'est-ce que le christianisme? La réhabilitation de la nature humaine par Fintervention divine. Le christianisme ne jouera donc qu'un rôle essentiellement négatif dans le nouveau système d'éducation présenté à F Allemagne avec quelque fracas ^ « Je suis chrétien, dit Basedow, sans être attaché ù aucune église particulière... Mon plan d'éducation est paiement adapté à Fusage des catholiques, des grecs, des protestants, des juifs, ou même de ceux qui n'admettent aucune révélation. > Et sur le fix)ntispice du livre on voit briller cette dédicace ; « Aux adorateurs de Dieu> quelque religion qu'ils professent. »

En commençant son entreprise pédagogique, Basedow n'avait qu'un mot pour devise : philanthropie. Avec une naïveté à laquelle une bonne foi d'apôtre novice n'enlève pas une certaine teinte de ridicule, il avait fait appel, pour la publication du livre élémentaire (Elementar werck), aux amis du genre humain; el \l avait réclamé, pour mener à bien la création de son établissement fondamental, \e Philanthropinum, les deniers de ces mêmes amis du genre humain. Philanthropie, genre humain, grands mots! mots féconds, quand le sentiment qu'ils expriment est soutenu par un sentiment supérieur qui en est le principe et la règle : la charité.

1 • Une souscription ouverte dans toute rÂllemagne, et à laquelle prirent part des princes et des rois, produisit des sommes considérables. L'Encyclopédie élémentaire pompeusement annoncée parut à Dessau (1774) en trois langues à la fois.

En même temps fut ouvert, pour appliquer les doctrines du livre, le pensionnat philanthropique qui ne vécut pas plus de dix ans.

SECONDE PARTIE

Certes, je suis de Tavis de Rousseau : « La vocation commune est rétat d*homme... Vivre, est le métier que je veux apprendre à mon élève. Il sera premièrement homme. » Biais, précisément, depuis le christianisme, l'homme peut-il être véritablement homme s'il n'est pas chrétien? Un chrétien! c'était le type que se proposait la pédagogie de l'époque antérieure. L'idéal que poursuit l'école philanthropique, c'est une sorte de composé des attributs empruntés aux diverses civilisations dont est formée la grande civilisation européenne; c'est, comme dit expressément Basedow; Y Européen^. Cette civilisation qui l'a faite? le christianisme. Or, Basedow n'a nul souci du christianisme. Il accepte les fruits, mais il rejette les racines; il invoque Teffet, mais il dédaigne la cause. Vue étroite et sans profondeur, qui assigne une valeur identique h des faits d'une portée essentiellement diverse ; qui méconnaît le principe même du perfectionnement individuel et du progrès moral de nos sociétés; qui, sans tenir compte de la dirférence des doctrines dont le règne a déterminé les développements successifs de l'esprit humain, se réduit à placer sur le même rang Jésus-Christ, Mahomet et Rousseau

1. • Der Zweck der Erziehung mnss sein einen Earopa'ér zu bilden, dessen Leben so anscbUdlich , se gemeinniitsig und so zufrieden sein mOge , aïs es durch die Erziehung veraostaltet werden kann. » (^rchiv.y s. 16.)

2. Wird mit keinem Worte nnd keiner That etwas geschehen, was nicht von jedem Gottesverehrer , er sei Christ, Jude, Mobamodaner oder Deist, gebilligt werden muss. • (Archiv.^ s. 63.)

Les livres de i^École philanthropique ne doivent jamais rien contenir qui puisse être rejeté par un juif ou un mahométan ou un déiste. {Ibid.; V, aussi une lettre de Basedow à Campe, citée par Raumer, Geschi hteder Padagogick, p. 273.)

RÔLE DE Lk SCIENCE PÉDAGOGIQUE.

A Birr, dans le canton d'Argovie» sur un humble monumenty on lit cette inscription^ :

Page 1