IV. — Chant
Les enfants apprendront d'ordinaire à chanter d'après les notes; cela ne doit pas empêcher de les habituer à s'exercer par cœur. L'essentiel c'est qu'ils chantent, quand ils quitteront l'école, correctement et couramment les mélodies usitées à l'église, et une certaine quantité de chants populaires, notamment des chants patriotiques ; il est bien entendu que les élèves doivent s'être complètement approprié le texte et l'esprit des paroles.
On donnera trois leçons de chant par semaine, et l'on veil<lera è ce que les mélodies destinées à figurer dans l'office du dimanche suivant soient apprises exactement à l'école.
— Les objets d'enseignement que nous venons de désigner absorbent vingt-six leçons par semaine : trois le mercredi et le samedi, cinq les autres jours. S'il était possible de porter ce dernier chirfre à six, on pourrait consacrer une leçon à l'enseignement de l'histoire nationale, une à l'hif^toire naturelle, et enfin une troisième au dessin.
Ce dernier enseignement devra se borner au maiiiiement de la règle et du compas, an tracé simple de dessins usuels.
A défaut de leçons particulières, on mettra à profit renseignement de la lecture, pour donner aux élèves quelques notions d'histoire nationale et d'histoire naturelle. Aux anniversaires célèbres, une ou plusieurs leçons devront avoir pour objet des récits appropriés à la circonstance; les élèves répéteront des chants patriotiques.
En parcourant les divers chapitres du livre de lecture, le maître trouvera également occasion de signaler les phénomènes de la nature, et de les expliquer.
On animera l'enseignement par l'usage des cartes de géo* graphie, par Texamen de plantes ou d'autres objets , par des descriptions, par des comparaisons. Le maître ne manquera pas de faire connaître aux élèves la vie de nos souverains et de notre peuple, de leur inspirer Famour du roi, le respect de la loi et des institutions du pays. Il n'aura pour cela <]u*à laisser parler l'histoire, sans rien ajouter de son propre fonds.
L^enseignement, tel que nous venons de le définir, repose sur ce principe, que l'abstraction en est bannie. Les objets d'étude doivent avoir des rapports étroits avec les éléments vitaux de toute civilisation ; TÊglise» la Famille, la Commune et la Patrie.
^ Les élèves et les maîtres pourront, sans difficMlté, p^vcouvrir ea son entier le plan d'études qui mni d'être tracé, et ( lui» au besoin, devrait être élargi.
Il faut toujours que les objets d'étude soient distribués de telles qu'une branche d'enseignement complète l'autre, et pi;oL AU résultat général.
L'ens oigoement élémentaire organisé d'après les principes qu'on vi d'énoncer , pour l'école primaire à une seule classe, pc "^^^^ ^^^^ introduit, sans aucun changement, dans une école q comprendrait plusieurs classes.
C'est une (x^^LÎme générale, que même les plus petits en-
RÉACTION
fants ne doivent point rester inoccupés, et qu'aucun élève ne peut acquérir une notion, qu'elle ne devienne aussitôt le sujet d'une application.
Dans ce qui précède, on trouvera le moyen de donner une organisation fixe et durable au système dit auxiliaire {helfer System)^ qu'il ne faut pas conTondre avec l'enseignement mutuel. Ce système est une image de la Famille; sous la direction du maître, tous les membres donnent et reçoivent.
Ce maître sera le plus haut placé, qui^ chaque jour ^ reçoit le plus abondamment lui-même^ dans l école, V esprit d humilité, deprière, ^amour et de crainte de Dieu,
Berlin, 3 Octobre 1854.
Le Ministre des Cultes, de F Instruction publique et des affaires médicales.
Signé : De: Radmcr.
Sous les longueurs de cet exposé, deux idées fondamentales sont faciles à saisir :
l"" Point d'éducation générale, humanitaire, européenne^ selon l'expression de Basedow, mais un enseignement positivement et pratiquement chrétien ;
2^ L'epseigneinent doit reposer non sur un système, sur une abstraction, mais sur les bases vivantes de l'Eglise , de la Famille, de la Commune, de TEtat.
On le voit, la réaction contre les théories du pbilanthropisme, contre les illusions de l'école de Pestalozzi et les formules audacieuses de l'begelianisme, ne saurait se prononcer avec plus de netteté ; et cette réaction, en inspirant deux nouveaux règlements relatifs aux Écoles normales^ a pris victorieusement possession des faits.
^ Voyez le chapitre suivant.
TEOISIÈME PABTIE.
Le manifeste de la révoiutioD pédagogique n'a point paru, on devait s'y attendre , sans provoquer des récriminations et soulever des colères. On a crié à la trahison, è la désertion des principes du libre examen, ce fondement du protestantisme. On a prédit à la réaction orthodoxe-^officiene que l'esprit germanique ne tarderait pas à lui demander compte, au nom de Ta venir, des coups portés à la liberté du développement intellectuel; on a évoqué de la tombe, pour effrayer les téméraires, les ombres irritées de Ficbte, de Dinter, de Hegel, de Schleiermacher. Au sein même du parti conservateur, la vigueur de la résolution a provoqué quelque surprise^ ; on s'est demandé si, de tels principes proclamés avec tant de franchise , on trouverait beaucoup d'instruments pour les mettre en pratique , et si le caractère de la profession de foi inscrite dans les Grundzûge répondait bien exactement à l'état des convictions religieuses au sein des populations protestantes de Prusse.
Il n'a pas été difficile aux publicistes officiels de prendre en main la cause des règlements incriminés ; en promulguant les Grund-ziige, l'État ne faisait que rester fidèle à la tradition qu'il n'a cessé de protéger, on l'a vu, contre les défaillances de rÉglise évangélique et contre les écarts de la science pédagogique 3. Pourquoi donc lui faire un crime d'avoir été conséquent avec lui-même?
Aussi les autorités scolaires n'ont pas tardé è obéir aux injonctions émanées d'en haut. Sur les divers points de la monarchie prussienne, les Régences royales oqt procédé à la
1. Voir un article du Schulblatt^ livraison de janvier et février 1855, p. 93. • ... Sie so plotzlich erschienen, wie ein Blitz aus heiterer Luft, und dann sie so tief griffen, wie es wohl kaum jemand halte ahnen konnen...*
2. Voyez le plaidoyer récent de M. le conseiller Stiehl, en faveur des trois règlements : AklenstUcke zur Geschichte und zum Versiiindniss der drti preussischen Regulative, (Berlin 1855.)
RÉACTION
mise en œuvre des nouvelles prescriptions : on a répété sur tous les tons qu'il ne s'agissait plus de « chercher le développement des esprits dans une éducation géoérale humanitaire » ; qu'il n'appartenait plus « è la volonté individuelle de fixer arbitrairement les limites de l'instruction > ; que, ce qu'il fallait obtenir avant tout, c'était « l'organisation morale de l'école d'après l'esprit d'un christianisme vivant, sur le fondement de la foi évangélique, dans ses rapports avec la vie réelle, c'est-à-dire avec la Famille, l'Eglise, TElat; » que l'instituteur devait être c Torgane vivant et l'esprit du Christ*; t etc.. etc., et l'on a ordonné aux inspecteurs de prendre les Grundzuge pour texte d'explications et de commentaires, dans les conférences auxquelles sont tenues d'assister les instituteurs.
Restauration des principes proclamés par le règlement de 1763 : tel est le point auquel sont venues aboutir, au delà du Rhin, les témérités d'une science qui avait cru trouver dans ses fautes même la garantie de son indépendance; tel est le résultat modeste d'un demi-siècle d'expériences aventureuses et d'orgueilleuses erreurs.
Et maintenant, le moyen de perpétuer un mouvement de cette nature, de consacrer ce retour, et, selon Texpression des publicistes officiels, cette Renaissanccy quel est-il? sinon de former des instituteurs qui, dans renseignement distribué au peuple, substituent à l'esprit de critique agressive le culte des idées traditionnelles, et fassent passer de la théorie gouvernementale dans la pratique, les principes de conservation religieuse et sociale?
Former des insiiiuteurs, tel est donc, à l'heure qu'il est, le but principal, l'objet des constantes préoccupations des autorités
1 . Voir particulièrement les circulaires adressées par les Régences de Potsdam el de Francfort aux surintendants et aux inspecteurs de Cercle, les 3 et 14 décembre 1S54.
préposées au gouvernement de renseignement public dans TAIlemagne du nord.
Or, c'est des écoles normales ( &Au&Ar^*«ntnan«i ) que sort, au-delà du Rbin, la presque totalité des maîtres des écoles primaires.
Tout le problème de l'éducation populaire se résume donc, à vrai dire, pour les pays dont on parle, dans la question des écoles normales.
Il convient de traiter cette question avec tous les développements que le sujet comporte.