ET CONCLUSION
Les preuves abondent pour la soutenance de notre thèse. Il y a dans la littérature ancienne un drame, le plus grandiose, le plus émouvant que le génie humain ait jamais pu concevoir. Cest le Proméihée enchaîné, bribe superbe de la grande trilogie d'Eschyle. Les égyptologues ne , le citent jamais, en parlant de l'ethnographie des anciens habitants des bords du Nil; mais peut-être, avant Hérodote, avait-il déjà indiqué l'origine éthiopique du peuple des Pharaons.
Après tant et de si savants littérateurs qui ont analysé le drame d'Eschyle avec une érudition si large, une finesse si merveilleuse, au point de vue classique, je serais fort mal venu à recommencer cette tâche ingrate où l'on est
obligé de glaner péniblement, là où d'autres ont abondamment récolté. Qu'il me soit donc permis de ne point m'arrêter sur la grandeur sublime qui fait du mythe de Prométhée la légende la plus glorieuse de l'humanité et d'aller droit au passage qui nous intéresse plus particulièrement ici.
L'épisode qui frappe surtout notre imagination et inspire l'intérêt le plus vif dans le drame eschylien, c'est l'apparition d'Io sur la scène sauvage et magnifique où se déroule l'action poignante et superoe. Les malheurs dlo, sa candeur, la persécution irritée de Junon, tout en fait un type qui réveille immédiatement notre sympathie. Je me figure les Athéniens, au goût délicat et fin, l'oreille tendue et l'œil anxieux, curieux d'apprendre le terme que le destin doit mettre aux courses fatales de la fille d'Inachus et le sort réservé à sa postérité. Io interroge le dieu, à la fois héros, martyre et prophète. Un long silence. Tout prend un air solennel, et Prométhée commence à développer toute la trame delà destinée de la malheureuse Inachide. Après lui avoir rappelé les péripéties du passé, il lui indique les perspectives de l'avenir. Suivons ces péripéties .
Io, comme le Nil, sort des confins de l'Ethiopie, là où se trouvent les sources de la chaleur, dit le poète, et par' court toutes les régions africaines qui sont décrites avec une complaisance remarquable. Mais c'est en Egypte que doit prendre fin sa course tragique. Voici comment M. Patin traduit les paroles de Prométhée :
« Aux bords de l'Egypte, près des bouches mêmes et des atterrissements du Nil, est la ville de Canope. C'est là que, te flattant d'une main caressante, Jupiter, par sou seul toucher, te rendra la raison.
« De toi naîtra un fils dont le nom rappellera l'attouchement du dieu, te noir Epapkus qui moissonnera dans tou-
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fes /es plaines que baigne le Nil dans son Long cours (1). » Les savants ont longtemps discuté sur l'interprétation qu'il faut donner, tant à la longue course d'Io qu'à la prédiction de Prométhée. Chacun a expliqué le mythe et la conception du grand tragique selon le point de vue qui agrée le plus à son imagination ou à sa conviction. Pour moi, sans m'arroger nullement le droit de trancher une question où les Patin, les Welcker, les Guignault, les Schiegel, les Quinet et tant d'autres érudits n'ont pu se mettre d'accord, je ne puis voir dans cette partie, la meilleure et la plus sublirnement touchante de la tragédie d'Eschyle, qu une esquisse géographique de l'Ethiopie et de l'Egypte, telles que les connaissaient les anciens Grecs^ avant Hérodote. Eschyle aura voulu surtout, dans cette longue course dlo, décrire l'exode du peuple égyptien que la tradition hellénique fait généralement sortir du fond de l'Afrique équatoriale, pour atteindre les bouches du Nil où il devait jeter les premières assises de 3a civilisation antique.
Cette description est d'autant mieux placée ici, que Ton est parfaitement autorisé à voir dans le mythe de Prométhée une allégorie poétique, symbolisant les combats de la civilisation en lutte contre les entraves du passé représentées par les dieux de TOlympe. Cela n'a rien qui fut une cause de scandale parmi les Athéniens et s'adapte très bien avec les idées de l'antiquité.
Le noir Epaphus personnifiant le peuple Egyptien est, dans la conception du poète, le canal par lequel la civilisa-
(1) EsTtV 1Z0AIÇ . , * .
Ett(ovui/.ov Se t<5v Atdç ysvvïjtAàTWV
oa-^v irAaTupj&ouç NeîXoç apôsust x^ova.
(Eschyle, Prométhée enchaîné, v. 838-844.)
tion devait pénétrer dans toutes les branches de l'humanité. Par la légende des Danaïdes, il ramène l'intérêt de Faction dramatique aux origines mêmes de la nation grecque et donne à tout cet épisode un caractère hautement national et même religieux, dans la belle acception que les anciens donnaient à ce dernier mot. Ainsi, tout s'explique merveilleusement. L'idée principale du grand tragique devient claire, limpide, lumineuse; un nouveau cachet de grandeur semble reluire sur Je génie immortel d'Eschyle. Car la partie qu'on serait tenté de croire inutile au déroulement de l'action dramatique est plutôt la plus grande preuve de l'unité de conception qui fait du Prométhée enchaîné la production la plus remarquable du théâtre grec : une légende historique, philosophique et poétique, unique en son genre !
Et remarquons-le bien. Le nom même d'Io signifie, en grec, violet, couleur sombre si approchante du noir. D'ailleurs, on trouve dans le glossaire grec «Aoç, avec la signification de noir. « Io, dit Ampère, un des archéologues les plus considérables de ce siècle, io fut probablement une forme grecque d'Isis. » - On peut aussi comparer toXoç à Iolof (1), nom des habitants du Haoussa, les plus noirs et les plus beaux de l'Afrique. En supposant qu'on ne trouve pas dans l'interprétation que je donne du Prométhée enchaîné la preuve catégorique de la couleur noire des anciens Egyptiens, représentés par le noir Epaphus destiné à moissonner dans toutes les plaines que baigne le Niî, nous pouvons découvrir dans un autre drame d'Eschyle un témoignage encore plus précis du fait que je soutiens avec une conviction inébranlable.
J1Y f°mpa;ais0tt sera d'autant plus facile que la différence du S
WAf 1? A f * COnCiHe Par îa lettre iQlermé<*iaire h, qui se change tantôt en ft tantôt en *. C. f. Homo et fœmina; le grec &ç, et le latin
Ouvrons Les Suppliantes. En décrivant les marins égyptiens, voilà comment s'exprime l'immortel tragique :
« Apparaissent les matelots reconnaissables à leurs membres noirs qui ressortant de leurs vêtements blancs (1).
Nonobstantces arguments nombreux et d'une valeur incontestable, deux autres faits, d'une importance capitale dans l'histoire de l'ancienne Egypte, prouvent encore que les Rétous, au lieu d'appartenir à la race blanche, comme on s'est obstiné à le répéter, par ignorance ou parti pris, étaient plutôt de la même origine que les Ethiopiens et tous les peuples autochthones de l'Afrique soudanienne. Le premier est le mouvement opéré par les Egyptiens du Delta lors de l'invasion des Hicsos. Ils refluèrent spontanément vers la haute Egypte, jusqu'aux limites de la Thébaïde où, ayant rencontré l'appui des Ethiopiens, leurs alliés naturels et au milieu desquels ils s'étaient retrempés pendant près de quatre cents ans, ils purent prendre l'offensive contre leurs envahisseurs, qui furent alors battus, expulsés de la terre des Pharaons ou réduits en esclavage. Depuis cette époque la civilisation éthiopienne était en pleine floraison; la princesse Nofri-t-ari, qui fut mariée à Ah-mès, afin de solenniser l'alliance faite avec le roi d'Ethiopie, en donne une suffisante idée.
A propos de ce mariage, il me vient encore à l'esprit un fait qu'on passe ordinairement sous silence dans les dissertations écourtées qu'on fait sur l'origine ethnique des anciens Egyptiens. Tout le monde sait que Salomon (le Sheloum des Arabes ou le Shelomoh des Hébreux) avait épousé une fille du roi d'Egypte P-siou-n-Kha IL Le Cantique des cantiques, composé par le royal époux, est un
(1) IIpMroutft S'àvSpeç vvjwt \t£làyfôvj.oiç yufotai Xeuxwv sk 7tÊ7tXtotuLotTu>v tSsVv.
(Escnmj Les Suppliante*, v. 719-7*20).
DES RACES HUftUKNES. 37!
épithalame destiné à célébrer cet hyménée. C'est aujourd'hui l'opinion de tous les savants de France, de Hollande, d'Angleterre et d'Allemagne. Eh bien, comment s'exprime la Sulamite? Sum nigra, sed formosa, a Je suis noire, mais belle, dit-elle. » Et comme pour ne laisser aucun doute sur l'origine de la royale épouse, le poète lui fait dire encore :
*0 filles de Jérusalem ne considérez pas si je suis noire,
car le soleil m'a brûlée (1). » Que veut-on avoir de plus
positif pour qu'on se convainque de la couleur noire des anciens Egyptiens ?
Mais passons au deuxième fait historique. C'est l'émi* gration en masse de deux cent quarante mille soldats de l'armée égyptienne qui défilèrent en groupes compactes vers l'Ethiopie, lorsque la politique de Psaméthik Ie*, roi de la dynastie saïte, sembla donner un trop grand accès aux Grecs, peuple de race blanche, que l'incompatibilité d'humeur empêchait les Rétous d'admettre dans leur société nationale. Comment expliquer la direction des Egyptiens, sinon par l'identité de race entre ces émigrants, fuyant l'élément blanc, et le peuple sous le drapeau duquel ils sont allés se ranger d'eux-mêmes? L'esprit de race aura été plus fort ici que l'esprit de nationalité. Rien ne me paraît plus clair. Mais ne voulant pas être désabusé, on ne s'est jamais inquiété d'expliquer ce grand fait historique, sans précédent dans les annales des nations.
Plusieurs écrivains, afin de mieux établir l'infériorité radicale de ïa race noire qu'on prétend incapable de rien édifier par sa propre initiative, affirment que l'Ethiopie n'a été civilisée que par cette émigration égyptienne, préalablement supposée blanche. Mais ne se rappelle-t-on jamais que, plus de cent ans avant la restauration de la dynastie saïte, Pi-ânkhi-Meri-Amoun, roi éthiopien de
(I) QanUqm des Cantiques^ chûp.î, v. I, 3.
m DE L'ÉGALITÉ
Napata, avait conquis tout le pays qui s'étend de Thèbes aux bouches du Nil? Et comment se conduit-il en Egypte? « Le roi éthiopien impose des tributs tant au profit de son trésor royal que pour enrichir les temples d'Amon thébain. Il fait procéder, à Memphis et à Héliopolis, à la célébration de tous les rites usités pour le couronnement des Pharaons, se comportant dans tout ie détail, s'il faut en croire le récit de Barkal, non comme un conquérant étranger (1), mais comme un souverain légitime qui ménage ses sujets et se contente de châtier les rebelles (2). »
(1) Cela ne pourrait-il pas signifier que le monarque éthiopien considérait tout le pays comme appartenant à une seule famille de peuples 1 Le véritable nom du Nil est le nom même de l'Egypte. On a longtemps discuté, afin d'arriver à découvrir l'étymologie du mot grec Atyjrrruç, et adhuô sub judice lis est. Je crois qu'il ne signifie pas autre cbose que * fleuve de Nubie et de Ptah ». — Suivant la forme agglutinative qui domine dans la glottologie africaine, ce serait tout d'abord ; « Hapi-Kub-Ptah ». — En égyptien Hapi signifie le fleuve ; Kub (Kippik ou koub) est le nom de la Nubie ; Ptah ou Phtah, est le nom indigène du Delta. De Hapi, l'orthographe grecque a vite fait Api\ par une espèce de crase ou par corruption, on aura ensuite contracté Api en A'i, transformé finalement en la dipthongue Aï, soit : Ai Kub Ptah. Connaissant la permutation fréquente qui existe entre le x et le y, muettes de même ordre, c'est-à-dire deux gutturales, on explique facilement Xi-yub-P^ah. Cette dernière forme, pour être définitivement grecque, n'a besoin que d'obéir à la règle flexionnelle de l'attraction littérale, qui fait permuter le b de yub en ir, par l'influence du tc de Iltah; on éliminerait enfin l'un des ic, à cause que trois muettes de même ordre ne peuvent se suivre dans un mot. Cette dernière transformation nous donne AeyuTTT-ah. En changeant la terminaison égyptienne ah, qui ne se retrouve pas en grec, en la forme o; qui semble être plus ancienne que oç dans les noms propres delà deuxième déclinaison grecque, on a AïyuTcxuç, mot où Y esprit doum et l'accent tonique viennent merveilleusement indiquer la contraction de Api en Ai et l'élimination du b permuté en tc de Kubï
Cette transformation linguistique me semble très correcte. Elle ne paraît nullement forcée, quand on pense qu'il s'agit du passage d'un mot d'une langue agglutinante dans une langue infléchie. Mais alors le nom même de l'Egypte n'indiquerait-il pas la communauté des deux races de Koub et de Ptah, des Éthiopiens et des Rétous?
(2) Progrès des études relatives à V Egypte et à Z'Orteae,p.32. Paris, 1867.
Shabaka, en obtenant une victoire décisive sur Bokhorls, établit sans conteste la domination de l'Ethiopie, sur l'Egypte soumise. « Rien n'indique, dit de Rougé, que Sabacon ait eu quelque combat à soutenir contre les Thébains pour monter sur le trône; mais l'histoire nous apprend qu'il emporta de haute lutte la souveraineté de Memphis et qu'il fit mourir Bokhoris, après l'avoir vaincu. Il ne faut pas conclure cependant de cette vengeance que les Ethiopiens eussent des mœurs féroces, ou fussent alors moins civilisés que leurs nouveaux sujets. Tous les détails de leurs monuments prouvent au contraire qu'ils voulaient justifier aux yeux des peuples leur prétention hautement proclamée de représenter le sacerdoce d'Amon (J). »
11 est temps que prenne fin la doctrine par laquelle on a voulu faire des anciens Éthiopiens un amas de barbares incapables de s'élever à la civilisation, rien que parce qu'ils étaient de la race noire. A la lumière delà science moderne, cette doctrine ne peut plus subsister. Noire comme les Éthiopiens était la population de l'Egypte, et civilisés comme les Égyptiens étaient les habitants de l'Ethiopie. La différence qui existe entre la renommée des deux peuples, l'éclat supérieur que semble avoir eu la splendide civilisation de l'Egypte, provient uniquement de la situation géographique des pays du Bas-Nil, naturellement en communication avec toutes les nations qui fréquentaient la mer intérieure, c'est-à-dire toutes les côtes de l'Europe méridionale, de l'Afrique septentrionale et toutes les parties de l'Asie antérieure.
Aussi peut-on affirmer que jusque dans les derniers temps du moyen âge, les hommes d'érudition croyaient
(1) De Rougé, De quelques monuments du règne de Tahraka (cité dans la Notice somm* des 'monuments Êygptiens, etc., p. 23. Paris 1879. ' '
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généralement à l'origine nigritique des Rétous (1), Malgré les assertions contraires de la plupart des écrivains modernes, dont pas un ne s'est donné la peine d'étudier profondément la question, ne semble -t-il pas que chaque progrès de l'archéologie égyptienne nous ramène invinciblement à la tradition grecque, la seule rationnelle? Il faut donc se résoudre à rompre avec les enseignements des anthropologistes prévenus et des savants fantaisistes qui ont si longtemps prêché Terreur contre la vérité. Il faut cesser de répéter avec tant d'illogique complaisance que les anciens fils du soleil, les adorateurs d'Amon, étaient des blancs, quand tous les faits historiques, et toutes les données ethnologiques nous indiquent l'absurdité d'une telle opinion. On devra plutôt admettre avec le docteur Samuel Birch, le plus savant égyptologue que l'Angleterre ait eu, que * le peuple égyptien est issu d'une race africaine qui s'est développée par des circonstances inconnues pour atteindre au plus haut degré auquel soit jamais parvenue la civilisation de l'ancien monde (2), *
Mais pour résumer cette longue dissertation sur l'origine des anciens Égyptiens et leur communauté de race avec les autres peuples de l'Afrique, je ne puis mieux faire que de citer les belles et éloquentes paroles de M. Elisée Reclus,
« L orgueil de race, duquel les historiens ne se défient pas assez, dit l'émment géographe, a donné naissance à ce préjugé très répandu, que les Africains n'ont eu, pour ainsi dire, aucune part dans l'œuvre générale de la civilisation.
(1) Eustathius de Constantinoplej dans ses Commentaires sur l'Odyssée, et à propos de ces mots : xat AïyuTCTlouç STraXrjraçO, vers 83), assure qu'on employait la locution aiyuTrriokai djvxpoav, pour signifier être brûlé par le soleil, « c'est-à-dire devenir noir, brunir. »
(2) Voir : Compte-rendu du Congrès international des Orientalistes, lre session. Paris, 1873, tome II, p. 61.
Le premier exemple qui se présente à l'esprit est celui du roi de Dahomey célébrant la « grande coutume » par un égorgeaient en masse et le remplissage d'un lac de sang; ou bien on voit apparaître l'image de ces hordes armées de Monbouttou qui se précipitent à la bataille en grinçant des dents et en criant : « Viande î viande i » Mais ces tableaux affreux ne résument pas l'histoire de l'Afrique* Bien au contraire, l'étude de nos propres progrès ne nous ramène-t-elle pas forcément vers le bassin du Nil, sur la terre africaine? En regardant la longue perspective du passé, bien au-delà des temps héroïques de la Grèce où naquit notre culture spécialement européenne, nous remontons de siècle en siècle, jusqu'aux âges où s'élevèrent les pyramides, jusqu'à ceux où la première charrue laboura les terres grasses délaissées par le Nil. C'est en Egypte que nous retrouvons les plus anciens documents de l'histoire précise. Les droits des riverains du grand fleuve à la primauté comme civilisateurs étaient si bien établis que les Hellènes eux-mêmes voyaient dans la terre nilotiqiie le berceau commun des hommes. Quelle que soit la part des éléments qui ont formé le peuple auquel nous faisons remonter nos origines intellectuelles, il est certain que la civilisation est bien d'origme africaine; elle est née dans l'étroite et féconde vallée du Nil, entre l'aride rocher et le sable plus aride encore...
* Même pour l'industrie, l'Afrique a contribué pour une certaine part à l'avoir commun de l'humanité. Les monuments de l'Egypte, ses routes, ses travaux de canalisation et d'endiguement, ses riches étoffes, ses meubles et ses bijoux, ses bois et ses métaux ouvrés, les mille objets qu'on a trouvés dans sa nécropole ne sont pas l'œuvre des seuls Rétous, ces Africains civilisés, voisins des Sémites; dans les produits de l'antique industrie égyptienne, on reconnaît aussi fréquemment des formes que
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l'on retrouve en Nubie, en Abyssinie, et jusque dans le Soudan (1). »
A ces constatations affirmées par le plus savant des géographes contemporains je pourrais ajouter bien des faits de nature à consolider encore ma thèse. Ainsi, l'existence de certaines cérémonies, de certains insignes conservés parmi les Africains, ne peuvent s'expliquer que par les traditions ou les réminiscences de l'Egypte ancienne. Munsa, roi des Monbouttous (2) est représenté, d'après Schweinfurth, assis sur son trône, tenant le harpe qui était un signe de la royauté et même de la puissance divine parmi les anciens Égyptiens, et c'est ainsi que sont représentés souvent les plus grands Pharaons; il a de plus une coiffure qui imite passablement le pschent, sans omettre une pièce ornementale qui ressemblerait bien à Turœus, si elle n'avait pas deux têtes en forme de cornes. Kitété (3), chef des Mpungus, est aussi représenté, d'après Stanley, avec une impériale démesurément longue, soigneusement tressée et simulant parfaitement la barbe des rois, si bien connue des égyptologues. Sont-ce là des coïncidences involontaires? N'est-ce pas plutôt la preuve incontestable des relations anciennes de ces peuples avec les Rétous? Mais à quoi bon toutes ces questions? La vérité brille maintenant avec tant d'évidence; les dernières paroles que j'ai citées de M. Elisée Reclus, et qui sont aussi |/; les derniers mots de la science, portent dans l'esprit une
conviction si profonde, qu'elles me dispensent d'une plus longue insistance.
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(1) Elisée Reclus, loco citato> p. 32 et 34.
(2) Voir Hartmann, loco citato, p. 42.
(3; Hartm., loco citato, p. 43. — Le nom de Kitété semble être un surnom destiné à indiquer qu'il était un orateur ou un guerrier de sa tribu; car en cafre ku-teta signifie parler et en suahilï, se battre* (Kraff, Von der Afrikanischen Ostkuste, in Zeitsch. der deuich. morg, ^esellschaft, U\llU p. 317.
Quoi qu'on veuille dire encore, îe coup mortel est porté à l'école de Morton, à la doctrine de M. Maspéro, aux théories des anthropologïstes systématiques. L'Egypte était un pays de Nigritiens, de noirs africains. La race noire a été l'aînée de toutes les autres races dans la carrière de la civilisation; c'est à elle qu'on doit le premier éclair de la pensée, le premier éveil de l'intelligence dans l'espèce humaine. Désormais quand on parlera aux noirs de leur infériorité, aux Saxons comme aux Celtes, aux Ligures comme aux Ibériens, ils pourront simplement répondre : * Ingrats ! » Cette laconique réponse suffira. Car les vieux monuments de la flamboyante et chaude Egypte, depuis Memphis jusqu'à Méroë, parleront. Les Hellènes viendront leur rendre hommage, les Romains rendront hommage aux Hellènes et toute l'Europe saluera !
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