LES BRAHMANES
Nous avons vu que les anciens Égyptiens n'appartenaient point à îa race blanche, mais à ]a race noire de l'Afrique; de cette démonstration il résulte que la première civilisation connue n a pas été l'œuvre du groupe caucasique. On peut, de plus, affirmer que la part d action des hommes blancs dans la civilisation hindoue, la plus ancienne après celle de l'Egypte, est sinon négative mais fort peu considérable. C'est ce que je vais essayer d'établir.
A propos des essais de classification linguistique qu'on a vainement tentés, dans l'espoir de grouper plus facilement les types variés qui composent l'humanité, le lecteur se rappelle sans doute avec quel enthousiasme la légende d'une race aryenne fut adoptée en Europe/Tous les anciens Goths de l'ouest et de lest, les Angles et les Celtes, les Cimbres et les Ibères, et même quelques descendants des Peaux-Rouges de l'Amérique, se réclamaient de la généalogie des Aryas. Une confusion générale fut ainsi jetée tant dans la linguistique que dans l'ethnologie. Le cadre delà classification indo-européenne devint un lit de
Procuste, où il fallait coûte que coûte faire entrer les nations et les langues : on coupait la tête à celles-ci ou une préfixe à celles-là; on- y ajoutait de faux pieds ou des suffixes. Tout cela était estropié en diable, allait clopinclopant, mais semblait souverainement glorieux.
À l'admiration qui saisit l'esprit des Européens, étudiant pour la première fois les hymnes védiques et les épopées bizarres mais attrayantes, telles que le Mahâbhârata et le Râmâyana; à la lecture de Sakountala aux couleurs idylliques, des Pourânas dont l'esprit enchevêtré, ondoyant et quelque peu germanique, dut paraître d'une profondeur respectable aux savants du temps, on perdit complètement la tête. Ce fut un bonheur inouï pour les arrière-neveux de Romulus, d'Arminius, de Vercingétorix et de tout le reste de la grande et noble famille caucasique, de trouver enfin le trait d'union qui les unissait et dont ils ne s'étaient jamais douté depuis des siècles* On se précipita les uns dans les bras des autres, avec effusion, au nom de YArya .
Cela entrait merveilleusement, d'ailleurs, dans le cou^ rant d'idées qui régnait de 1830 à 1848, époque à laquelle une alliance solennelle semblait devoir sortir des aspirations communes de toutes les nations de l'Europe, par une protestation spontanée contre l'existence réelle ou suppo*sée de la ligue des rois, La fraternité démocratique moussait contre la Sainte-Alliance*
Quel était cependant ce trait d'union, ce peuple dont le sang régénérateur avait infusé dans les veines de tous les hommes de l'Europe ces belles qualités qui font l'orgueil de la race blanche? Sans doute une race blanche aussi ?
Mais, non. En choisissant le terme d'indo-européen dont bien des gens se servent encore pour dénommer les hommes du type caucasique, on n'avait fait qu'accoupler ensemble des noms désignant deux races fort distinctes,
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deux groupes humains dont rien n'indique la communauté ethnologique, a Même en présence des recherches insuffisantes qu'on a faites sur les tribus et les générations humaines, nous sommes cependant fondé, dit M. Lindenschmidt à considérer comme absolument certain que si une origine commune des peuplades de l'Occident avec celle de l'Orient (les Aryas) qui parlent des langues congénères est établie, cette origine commune fait également supposer un type commun ; ce type n'est pas à chercher chez les Hindous, Fadjeks, Bokhariotes, Beloudchis, Parsis et Ossètes (1). » On ne saurait contester l'assertion de Téminent archéologue; car elle est basée sur l'étude la plus consciencieuse et la plus précise de l'ethnographie des divers peuples de l'Asie qu'on a voulu confondre avec les races européennes." Les hommes d'une science profonde et qui n'ont point à caresser les erreurs classiques, afin de se faire accepter parmi les corporations savantes à l'esprit systématique, peuvent-ils se résoudre à fermer les yeux à la vérité, quand elle brille avec la meilleure évidence? Cela ne se voit jamais. Aussi leur indépendance donne-t-elle l'espoir à ceux qui ont des idées justes de les voir tôt ou tard adopter. De défections en défections, les théories conventionnelles se désagrègent et le nombre des esprits indépendants s'accroît. Le progrès s'effectue lentement ; mais la minorité qui porte en son sein le flambeau du vrai, grossit continuellement, sans cessé : à l'heure sonnée, elle devient majorité et règne. Ainsi se passent les choses dans la vie active de la politique, ainsi elles se passent encore dans l'évolution des doctrines scientifiques. Espérons donc qu'avant la fin de ce siècle, on ne parlera de race indo-européenne que pour démontrer toutes les faiblesses propres à l'esprit de système !
(1) Lindenschmidt, Handbuoh der deutschen AltertkumskundefiS8ù.
Sans doute, on rencontre dans l'Inde une langue d'une perfection admirable, au dire de tous les philologues qui ont étudié à fond le sanscrit. La littérature indienne, sans avoir produit des œuvres où se trouve l'idéal du beau littéraire que nous offrent souvent les auteurs grecs et latins, a pourtant toute une série de créations fort attrayantes; elle a des poésies qui manquent peut-être de sobriété, mais dont la fraîcheur, la simplicité et la jeunesse d'esprit ont un charme pénétrant, plus doux que la poésie même d'Homère. D'autre part, les idées spéculatives y avaient régné avec un tel éclat qu'aucune nation européenne, sans même excepter l'Allemagne, n'en donne une idée. Si l'Egypte, par son architecture, sa sculpture et son industrie, a conservé les traces ineffaçables de son antique civilisation, en ne laissant au monde caucasique que la tâche d'en perfectionner une partie sans pouvoir imiter le reste, l'Inde pour n'avoir eu ni architecture ni sculpture très remarquables, a édifié des monuments tout aussi Impérissables dans ses conceptions philosophiques et son esprit de réglementation porté si loin, dans le Manava-Dharma-Sastra codifié par Manou. Aussi comprend-on bien l'inclination des premiers savants indianistes à rattacher à la race blanche le peuple qui a pu parvenir, depuis tant de siècles, à un si grand développement intellectuel !
Ce qui a été le plus admiré dans la conception brahmanique, ce fut surtout cette création des castes, où tout semblait tourner en des cercles fermés, promettant une harmonie éternelle, un ordre symétrique dans lequel la confusion du sang et du rang ne se signalât jamais. Belle conception, vraiment, que celle où les distinctions sociales ne reposaient que sur la caste, c'est-à-dire sur la couleur (varna) ! On ne douta pas que le blanc ne fût le couronnement naturel de cet échaffaudage hiérarchique, sous lequel
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devait plier le soudra dravidien, comme Atlas sous le poids du monde.
Mais le charme ne fut pas de longue durée. Aussitôt que des relations faciles eurent permis aux voyageurs européens de visiter TInde, de parcourir FHindoustan si célèbre par la grande renommée de Bénarès et de Chandernagor, noms poétiques qui éveillent dans rame je ne sais quelle attrayante harmonie, on vit, hélas! que cette race brahmanique qu'on avait rêvée blanche ne Tétait pas du tout, La déception était complète et Ton ne pouvait plus s'abuser; on continua cependant à la classer dans la race blanche, comme on l'a fait pour les anciens Égyptiens et même pour les Éthiopiens. Le savant d'Omalius d'Halloy semble être le premier qui ait eu le courage de se déclarer ouvertement contre cette hérésie ethnographique. Tout en acceptant la classification de Cuvïer, il
fe;; ajoute en note :« L'illustre auteur du Rëg ne animal dis-
tingue dans la race blanche trois rameaux qu'il énumère dans Tordre suivant : le rameau araméen; le rameau
|H indien, germain et pélasgique;le rameau scythe et tartare.
Quoique cette division se rattache à des considérations linguistiques et historiques, plutôt qu'à des rapprochements naturels, j'ai cru devoir la prendre pour base de mon travail, parce quelle est la plus généralement adoptée. Mais en réunissant dans un même rameau tous les peuples parlant des langues considérées comjne ayant des rapports avec le sanscrit, on range* un peuple presque noir, comme les Hindous dans le même rameau que les peuples les plus blancs (1). »
Malgré cette observation -si judicieuse, on persista, dans tous les traités d'ethnographie, à faire figurer les Hindous
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(i) D'Omalius d'Halloy» Des races humaines . Paris, 1845, p. 21,
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comme des hommes appartenant à la race blanche. Seulement, pour ne pas laisser percer définitivement l'inconséquence déjà visible de cette classification, on glissa très habilement à la place du terme de race blanche, celui de race aryenne qui ne signifie rien; car il n'indique ni un rapport d'organisation naturelle, ni un rapport géographique.
L'intelligent et consciencieux Hollard continue à placer les Hindous à côté des Grecs et des Germains, dans sa Famille ariane; mais il en fait une description par laquelle on peut voir que Germains et Hindous n'ont rien de commun, ni par la couleur, ni par les formes corporelles. Voici comment l'abbé Dubois cité par Hollard dépeint ces derniers. « Les hommes qui se livrent à l'agriculture et qui restent toujours exposés au soleil n'ont la peau guère moins noire que celle des habitants de la Cafrerie ou de la Guinée; mais la teinte de la plupart des brahmes ou des personnes qui, par état, travaillent à l'abri du soleil ou mènent une vie sédentaire, n'est pas à beaucoup près si foncée. La couleur des brahmes est celle du cuivre jaune ou plutôt une infusion claire de café; c'est la plus estimée et les jeunes femmes au teint de pain d'épices sont celles qui attirent le plus les regards (1). *
Il est vrai que l'auteur annonce l'existence de tribus himalayennes beaucoup plus blanches et même blondes ; mais doit-on en faire des hommes de même race que les Hindous, quand rieû ne les assimile sauf certains rapprochements linguistiques ? En tout cas, les types ne sont pas semblables et au lieu de nous arrêter sur des considérations historiques ou philologiques, plus ou moins arbitraires, nous recherchons plutôt le caractère ethnologique
(1) Voir Eoilardj De Vhomme et des races humaines. Paris, 1853, p. 125.
du peuple dont la civilisation et les monuments intellec- T tuels ont pu émerveiller l'Europe et captiver si bien son ad-
miration enthousiaste. D'ailleurs, il est fort contestable que toutes ces tribus himalayennes aient jamais été com- ?'■ prises dans la nation hindoue qui a habité V Ar y avaria,
«Les limites les plus étendues de cette terre de prédilection, dit M. Beauregard, n'ont jamais dépassé, à Test, la mer orientale, c'est-à-dire le golfe du Bengale; au midi, les monts Vindhya ; à l'ouest, la mer arabique ou golfe d'Oman; au nord, les crêtes de l'Himalaya (|). » Et fautif il remarquer que les Aryas blancs, les Cachemiriens, sont absolument inférieurs comparativement aux , Hindous foncés ou noirs! Ils ne s'en rapprochent ni par rintelli- |:' gence, ni par la civilisation. ;
t Mais le fait capital, pour nous, c'est que cette caste de
brahmanes, la première dans la hiérarchie, celle dont on a voulu faire une caste blanche, n'est pas même aussi claire que le mulâtre issu du noir et du blanc. D'autre part, les brahmanes ne sont pas les seuls qui aient la couleur de 'pain d'épice : presque toutes les personnes qui ne travaillent pas au soleil ont le. même teint. Des expressions de l'abbé Dubois, il résulte encore qu'il y a des brahmanes noirs; car il dit : la plupart des brahmanes et non : les brahmanes, en parlant de ceux dont la teinte fait exception à cette couleur noire qui semble être celle de la majorité des Hindous. A leurs traits et à leur .chevelure, ils se distinguent d'ailleurs de la race noire d'Afrique. * Sbrabon, dit Bory de Saint- Vincent, avait aussi remarqué que les Hindous ressemblent au reste des hommes par leur figure et leurs cheveux, tandis qu'ils ressemblaient aux Ethiopiens par la couleur. »
M. Louis Figuier, partageant entièrement les idées de
(i) Oilivier Beauregard, Cachemir et Thibet.
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d'Omalius d'Halloy, place les populations de i'Hindoustan parmi les hommes de la race brune. « Les Hindous sont bien faits, dit-il, mais leurs membres sont peu robustes. Leurs mains et leurs pieds sont petits, leur front est élevé, leurs yeux sont noirs, leurs sourcils bien arqués, leurs cheveux fins et d'un noir vif. Leur peau est plus eu moins brune et quelquefois noire, surtout dans le midi et les classes inférieures de la population (1). »
Il est donc parfaitement permis de considérer, comme Un fait admis en ethnographie, que les Hindous ne font point partie de la race blanche^ Mais ici vient se poser une nouvelle question. Est-il vrai que Ton doive rapporter à la seule invasion d'un peuple blanc la civilisation qui a fleuri sur les bords du Gange? Est-on sûr que cette in-* vasion, imaginée pour concilier les faits existants avec la doctrine de l'inégalité dès races, s'est effectuée dans les conditions supposées, c'est-à-dire que les peuples d'origine blanche, déjà supérieurs par une certaine culture, arriveraient en dominateurs dans VAry avaria ? On ne peut nier l'existence dans l'Inde de deux races de différentes origines. Elles se sont probablement mises en contact à une époque fort reculée de l'histoire, pour donner naissance à la civilisation hindoue, même dans sa première forme védique. Rien ne le prouve mieux que la diversité de nuances qu'on rencontre dans l'Inde. Cependant il n'existe aucune preuve historique qui fasse supposer que la constitution brahmanique ait été élaborée dès les premiers temps de cette rencontre. Tout semble plutôt indiquer que l'institution des castes n'a été fondée que beaucoup plus tard, lorsque les deux races étaient déjà parvenues à un haut degré de fusion. Sans quoi, comment s'expliquerait-on que la race blanche, encore intacte et réunie en groupe
(1) Louis Figuier, Les races humaines. Paris, 1880. » ?
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distinct, protégée contre tout mélange ethnologique par les codes deManou, ait pu disparaître de i'Hindoustan au point de n'y être compté, depuis bien longtemps, que pour une portion insignifiante parmi les populations indigènes $\i pays? Il faut donc opter dans l'alternative suivante : ou la séparation et l'isolement des castes ne furent pas observés aussi rigidement qu'on pourrait le croire en étudiant les règles (1) qui s'y rapportent; ou l'état de choses qui s'est perpétué et peut-être renforcé, dans le sens de l'absorption des blancs par les ..noirs, avait commencé. d'exister avant toute délimitation entre les différentes castes.
*«Je crois que nous avons la vérité dans l'un et l'autre cas. Hon-seulement les deux races hypothétiquement admises dans la formation primitive de la nation hindoue c£ semblent avoir été déjà très mélangées, lors de la promul-
gation du Manava-Dharma Sastra, mais il est encore prouvé que les castes n'étaient pas toujours fermées. En dehors de la naissance légitime dans une classe à laquelle Pi4iv appartiennent les deux parents, consacrés à temps par
§g% l'investiture cérémoniale, on pouvait y entrer à l'aide de
(1) Manava-Dharma Sastra. Ghap. X, S 5 : « In ail classes they, ||!ff§ and they only, who are bprn, in a direct order, of wives equal in clas-
î^if,"'' ses aQ(i virgens at the time of marriage, are to be considered as the
$';";-'". same in classe with their fathers. »
J ,' Ibidem, chap. II, § 37 : * Shoald a brahman, or his father for him,
be desiroas of his advancement in sacred knowledge ; a cshatriya, of
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||!fc extending his power ; or a vaisya of engaging in mercantile business j
|||^v the investiture may be made in the fifth, sixth or eighth year res-
Ji4h l pectively ».
Ibidem, chap. II, g 38 : « The ceremony of the investiture hallowed by the gayatri must not be delayed, in the case of a priest, beyond the sixteenth year, nor in that of a soldier, beyond the twenty second ; nor in that of a merchant, beyond tlie twenty fourth.»— § 39 : « After that, ail youths of the three classes, who hâve not been invested at the proper time, become vratyas, or outcasts, degraded from the gayatri, and contemned by the virtuous. » (Traduct. de Haugton» Londres, 1825).
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niqyens &on prévus par. le cqde 4e Manou. Lomâpada, roi* des Angas, aborigènes du sud-est de YAryâvarta, homme d'origine dravidienne ou noire, s'étant converti au brahmanisme, obtint la main de la fille d'Ayodhya, souverain de race aryenne. Les enfants nés de cette union eurent pourtant le rang de fils de brahmines et de kchattrya (1). pans le Ramâyana, l'épisode de Yisvamitra ne prouve-t-il pas qu'un kchattrya, par la science, la componction et l'aumône, pouvait s'élever à la dignité de .brahmane (2)? . , -
Et puis; le degré de blancheur de la peau ne paraît pas avoir eu rimpprtançe qu'on a voulu systématiquement lu] donner. dans la hiérarchie brahmanique. D'après Henri Martin, * la Iqî de Manpu fait allusion à des blonds qui «existaient au moins exceptionnellement parmi les Aryas œ hindous et auxquels les hommes de haute caste ne de- « valent 'point s'allier (3). » N'est-ce pas à faire supposer que c'est plutôt à la race blanche que la société brahmanique était particulièrement fermée? On serait bien tenté de le croire, en voyant la complète disparition des hommes à peau blanche du monde gangétique. Cependant, quoique hors de THindous^tan, il est resté des blancs de la caste brahmanique; mais ils sont tous dégénérés, tombés fort au-dessous des hornmes de nuances foncées ou franchement noires* « Quant aux Pandits (Cachemy riens), tpus brahmines; de caste, ils sont d'une ignorance grossière, et il n'y a pas un de nos serviteurs hindous qui ne se regarde comme de meilleure caste qu'eux. Ils mangent de tout, excepté du bœuf, et boivent de Tarait; il n'y a dans TInde que les gens des castes infâmes qui le
(1) Lassen, Indische Altertkumskunde, t. I, p. 559.
(2) Voir Burnouf, Introduction à V histoire du boudhhme indien^ t. ï9 p. 891.
(3) Congrès intern. dfis^sciences ethn,, note de la p. 112.
fassent (1). » Ainsi s'exprimait Jacquemont, un des voyageurs les plus intelligents. Vraiment, n*est-ce pas une dérision que de tant parler de la superexcellence de la race blanche aryenne, quand en réalité les blancs aryens valent si peu? Les Anglais qui dominent sur l'Inde, peuventils considérer bien haut ces Pandits plus bandits que tous les varatyas, encore qu'ils aient comme les Saxons la peau blanche et les cheveux blonds? Pourquoi éiève-t-on si haut sur les bords de la Seine et de la Tamise ce qu'on regarde si bas dans les parages du Gange? Je serais bien tenté de croire que la science se prête servilement ici aux compromissions de la politique. Mais là n'est pas son gli rôle. Un tel soupçon suffirait pour l'avilir : aussi, pour
!p l'honneur de la conscience humaine, admettons-nous plutôt
que la plupart des savants se sont trompés, parce qu'ils n'ont considéré le* choses que sous une seule face. Dans l'un ou dans l'autre cas, on ne peut plus ration-
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ig; nellement attribuer à la race blanche îe mérite exclusif
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de la civilisation indienne, avant d'avoir fait la preuve que toutes les grandes conceptions philosophiques ou poétiques de l'Inde proviennent d'individus dont le caractère d'hommes blancs est historiquement affirmé.
Kâlidâsa, Jayadêva et Valmiki étaient-ils blancs ou de la Gouleur de pain d'épices, ou même noirs? Personne n'a jamais dit de quelle nuance ils étaient. On se contente d'admirer leMeghadûta dont la touche fine et délicate enchante l'esprit ou de goûter la fraîcheur de sentiment qu'il y a dans Sakountala ; on aime à suivre les aventures amoureuses de Krushna dans le mystique Gita-Govindo, le ||!> Cantique des cantiques de la littérature indienne ; on sent
JïV que le Râmâyana, épopée magnifique où les légendes reli-
gieuses et philosophiques de l'Inde tiennent lieu d'une
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(1) Corresp. de V. Jacquemont. Paris, 1834 (lettre du 22 avril 1831).
histoire jamais écrite, est un monument littéraire qu'on ne peut contempler avec assez d'enthousiasme. Mais voilà tout. Quant à Vyasa, le prétendu auteur du Mahâbhârata, son existence même est contestée et son nom, qui signifie compilateur, ne prête que trop à cette contestation. Il suffit pourtant que ces oeuvres aient été remarquées pour que l'Europe se complaise à croire que leurs auteurs étaient des blancs. Toujours la fantasmagorie des Aryens î Mais à ne s'étayer que sur les faits existants, a-t-on bien le droit de considérer tous ces grands poètes hindous comme des hommes de la- race blanche ? Est-il vrai que toutes les grandes doctrines philosophiques, toutes les belles conceptioris poétiques qui viennent des bords du Gange n'ont jamais eu pour auteurs les hommes foncés et presque noirs qui forment pourtant la meilleure partie des populations hindoues ? C'est une question que je voudrais étudier, afin de m'éclairer et d'édifier le lecteur : même un seul exemple aurait pour nous la plus saisissante signification.