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désiré. Mais je n'aurai pas toujours des loisirs involontaires. Le temps presse ; et j'ignore si parmi mes congénères de la race noire, il s'en trouve qui offrent la somme de bonne volonté et de patience accumulée qu'il a fallu mettre en œuvre pour élaborer, combiner et présenter les arguments et les recherches de la manière .que je me suis évertué de le faire.
Ai-je réussi, dans une certaine mesure, à répandre dans mon livre la clarté, la précision /tous les attraits qui captivent l'esprit et font le charme des ouvrages destinés à propager des idées justes, mais encore contestées et méconnues ? Je n'ose trop y compter. Je n'ai jamais eu une entière confiance dans mon talent de styliste. De plus, les conditions morales où je me suis trouvé, en développant la thèse de l'égalité des races, ont certainement exercé sur ma pensée une influence dépressive, hautement nuisible à l'élégance et surtout à l'ampleur des expressions, qui correspondent toujours à la bonne santé de l'esprit, à l'ardeur expansive du cœur !
Par- ci, par-là, quelques incorrections ont dû m'échapper. Je demande au lecteur son entière bienveillance, le priant de considérer les difficultés des questions que j'ai eu à embrasser et la hâte que les circonstances m'ont, pour ainsi dire, imposée. Peut-être ai-je trop présumé de mes forces. Je l'ai senti parfois. La soif de la vérité et le besoin de la lumière m'ont seuls soutenu dans le cours de mon travail*
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Pourtant, quel que soit le résultat que j'obtienne, je ne regretterai jamais de m'y être livré. « Dans cette masse flottante de l'humanité qui tourne sur elle-même, dit M. Mason, il existe un mouvement ordonné. Notre petit cercle est une partie d'un grand cercle et notre esprit est satisfait pour un instant, en apercevant une vérité nouvelle. La poursuite de cette vérité fortifie l'intelligence : ainsi est produite la sélection naturelle de l'esprit. Et tandis que les uns se fatiguent et sont incapables d'aller plus loin, les autres vont en avant et s'affermissent par l'effort (1). »
En tout cas, en soutenant la thèse qui fait le fond de ce volume, j?ai eu essentiellement à cœur de justifier l'accueil bienveillant de la Société d'anthropologie de Paris. C'est un hommage que je rends ici à chacun de ses membres, mes honorables collègues. Il m' arrive souvent de contredire la plupart des anthropologistes et de m'inscrire contre leurs opinions ; cependant je respecte et honore infiniment leur haute valeur intellectuelle. Il m'est agréable de penser qu'en réfléchissant sur tous les points que SQulève ma controverse, ils inclineront à réformer ces opinions, en ce qui concerne les aptitudes de ma race. Ce n'est pas que je croie avoir excellé dans la tâche que je me suis imposée ; mais à des hommes instruits et intelligents il suffit d'indiquer un ordre
(1) V anthropologie t son domaine et son but$ in Revue scientifique du 1" décembre 1883.
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d'idées, pour que la vérité qui en découle brille à leurs yeux avec une éloquente évidence :
Verum animo satis hœc vesiigia parva sagaci Sunt (1).
Je suis noir. D'autre part, j'ai toujours considéré le culte de la science comme le seul vrai, le seul digne de la constante attention et de l'infini dévouement de tout homme qui ne se laisse guider que par la libre raison. Gomment pourrais-je concilier les conclusions que l'on semble tirer de cette même science contre les aptitudes des Noirs avec cette vénération passionnée et profonde qui est pour moi un besoin impérieux de l'esprit? Pourrais-je m'abstraire du rang de mes congénères et me considérer comme une exception parmi d'autres exceptions? Certes, j'ai trop de logique dans mes conceptions pour m'arrêter à cette distinction aussi orgueilleuse que spécieuse et folle. Il n'y a aucune différence fondamentale entre le noir d'Afrique et celui d'Haïti. Je ne saurais jamais comprendre que, lorsqu'on parle de l'infériorité de la race noire, l'allusion ait plus Je portée contre le premier que contre le second.. Je voudrais même me complaire dans une telle pensée mensongère et inepte, que la réalité, jamais menteuse, viendrait me faire sentir, à chaque instant, que le mépris systématique professé contre l'Africain m'enveloppe tout entier. Si le noir antillien fait
(1) Lucrèce, De natura rerum, Liv. ï, v. 396.
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preuve d'une intelligence supérieure ; s'il montre des aptitudes inconnues à ses ancêtres, ce n'est» pas moins à ceux-ci qu'il doit le premier germe mental que la sélection a fortifié et augmenté en lui.
Haïti doit servir à la réhabilitation de l'Afrique.
C'est dans cette vue que j'ai constamment tiré mes exemples de la seule République haïtienne, toutes les fois qu'il s'est agi de prouver les qualités morales et intellectuelles de la race nigritique. Du noir au mulâtre, il y a bien des croisements anthropologiques. Aussi ai~je cité beaucoup de noms, regrettant encore que le cadre de mon ouvrage et la crainte de la monotonie ne m'aient pas permis d'en citer davantage. C'est ainsi que je voudrais nommer à côté des autres échantillons de la race haïtienne, MM. Alfred Box, Anselin, Nelson Desroches, Edmond Roumain, Georges Sylvain, Edmond Cantin, enfin une foule de jeunes et brillants esprits que je mentionnerais volontiers, si je ne devais pas éviter ici la faute où j'ai eu tant de tentation de tomber dans le cours même de ce livre.
Mais Haïti offre-t-elle un exemple des plus édifiants en faveur de la race qu'elle a l'orgueil de représenter parmi les peuples civilisés? Par quoi prôuve-t-elle la possession des qualités que l'on conteste aux Noirs africains? Pour répondre convenablement à ces questions, il faudrait développer une nouvelle thèse bien intéressante, bien captivante, mais qui ne demanderait pas moins d'un volume considérable. D'ailleurs, plusieurs de mes compatriotes l'ont déjà soutenue avec éclat. Il suffit de les
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