‹ De l'église [microform] ;Chapitre 28 sur 38 · CONSTITUTION INTERIEURE · texte numérisé non relu

CONSTITUTION INTERIEURE

C'est la question des « Confessions de foi ». — Sou importance pour le Protestantisme.— Cinq opinions, ramenées à trois systèmes : — « Séparatisme » ; < Latitudinarisme » ; < Système intermédiaire » (Réformation).

Rappelons que du double caractère A'institution et à' association, résulte le double principe à' autorité et de liberté et le double devoir àe fidélité ^i de condescendance. A côté d'un esprit de sainte rigidité pour la pureté de la foi et de la vie évangélique, il respire dans le Nouveau Testament un large esprit de support et d'union. S'il réclame avant tout l'unité intérieure en Jésus-Christ, Chef suprême de l'Eglise, il n'en insiste pas moins sur l'unité extérieure qui, rassemblant toutes les communautés en un vaste organisme, doit donner à la terre une image du Royaume des Cieux. L'unité intérieure peut être ou dogmatique, ou disciplinaire, ou morale; c'est]sous les deux premières formes que l'ont généralement considérée la théologie et l'ecclésiologie ; c'est surtout sous la troisième que la présente le Nouveau Testament; quoique les deux autres s'y trouvent aussi au rang qui leur appartient, puisque l'unité véritable et complète naît de l'harmonie ou de la fusion des trois formes. Le grand devoir de l'union, nous avons essayé de le montrer ailleurs, dérive des faits et des principes scripturaires, de bien des préceptes directs et des exemples de l'Eglise apostolique. Les chrétiens doivent

marcher tout ensemble dans la vérité- et dans la charité. Eq demeurant soi-mêrne ferme dans la foi, il faut être plein de support pour les faibles. La fidélité et la condescendance se contrôlent réciproquement, se limitant, se contenant, se complétant l'une l'autre. La séparation n'est légitime quelorsque l'union est devenue moralement impossible ; elle n'est un dpoit qu'autant qu'elle est un devoir.

L'histoire montre que ces principes collatéraux n'ont pas toujours été envisagés et maintenus dans leur rapport normal. Généralement l'un a été exagéré au détriment de l'autre : de là des doctrines incomplètes, des tendances extrêmes, des luttes et des ruptures que le véritable esprit de l'Evangile aurait prévenues. Le Protestantisme en particulier, par suite même de sa position (car il sortait d'une rupture), a généralement plus insisté sur le devoir de la fidélité que sur celui de la condescendance ; il s'est plus préoccupé de la pureté delà doctrine que de l'union de l'Eglise ; une des faces de l'enseignement sacré a été, sinon méconnue, ce qui ne pouvait être avec la Bible constamment ouverte devant tous, du moins voilée en partie, amoindri* ou négligée à bien des égards ; elle n'a pas obtenu dans la pensée et la vie générale son développement régulier, son légitime empire. De cette erreur, ou de cet oubli, il est sorti deux directions contraires, dont l'une^a aboutir à un séparatisme illimité (indépendantisme, — individualisme), tandis que l'autre, dans sa réaction, conduit ici sur les bords du Catholicisme (puseysme et cont'essionalisme), et jette là dans l'indifîérentisme et lelatitudinaristne dogmatique le plus extrême (Alliance universelle, par exemple).

Il importe souverainement que le Protestantisme relève sa doctrine, ou plutôt la doctrine du Nouveau Testament sur l'Eglise, afin de se mettre en garde contre les dangers qui le menacent au dedans et au dehors. Il a besoin, pour se défendre avec succès des attaques réunies de l'ecclésiasticisme et de l'indi- Vidualisme, de s'appuyer de plus en plus sur le double principe

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et Le double devoir qu'emporte la notion scripturaire de l'Eglise, et où il à son fondement réel. Les circonstances lui en imposent l'urgente nécessité. Il faut qu'acceptant pleinement les deux ordres de données et d'obligations. évangéliques, il les combine de manière que chacun obtienne la place et l'influence qui lui revient. Il n'est lui-même, il ne peut être fort, qu'autant qu'il reflëte purement et largement l'esprit des Ecritures. Sa doctrine ecclésiastique, comme sa doctrine dogmatique, doit reproduire intégralement la doctrine biblique ; là est la condition de sa puissance et de sa durée, car là est la raison de son existence. Le Protestantisme est le ôïMmme, ou il n'est rien, redisons-le; s'il perd cette base, il perd terre, et il dérive ou vers le Catholi- . cisme ou vers le rationalisme ou vers l'illuminisme.

Les Livres saints, en laissant à l'Eglise une grande liberté d'organisation et d'action, ont pourtant posé les lois fondamentales qu'elle doit suivre, en déterminant ses caractères constitutifs. Les deux principes que nous rappelions tout à l'heure y sont pressés comme règles générales et permanentes; ils sortent du^ fond même du Christianisme, ils naissent de son esprit et de son but, ils tiennent à son essence, car ils ne sont, en dernière analyse, que la foi et la charité sous une forme ou dans une application spéciale. On ne saurait donc faire céder ces principes l'un à l'autre; il serait criminel de l'entreprendre et impossible d'y réussir. Toutes les théories quine les retiendront pas également seront à la fois partielles et excessives, et, par conséquent, impuissantes et éphémères, quelque spécieuses que les fasse l'esprit du temps; la conscience chrétienne, réclamant contre elles au nom des faits de révélation, les mine et les renverse tôt ou tard. Solutions fragmentaires du problème ecclésiastique, elles ne peuvent que jeter alternativement dans les extrêmes, en traversant toujours le centre, où serait le repos, la force et la vie, parce que là seulement est la vérité et l'ordre divin.

Nous n'avons à nous occuper ici que des systèmes. Il s'agit, non d'appliquer, mais d'examiner et de juger. L'heure de Tor-

ganisation da Protestantisme, ou du Gliristianisoie évangélique, n'est pas venue ; mais elle se prépare, nous le croyons, au sein des ébranlements et des conflits de nos jours: elle approche peut-être, car tout marche vite maintenant, idées et choses ; et il importe, pour que cette heure ne surprenne pas le Protestantisme, de rechercher, sans préventions, quelle est la charte constitutive que lui reconimandé là double lumière des faits et des principes, de l'expérience et de l'Ecriture.

La question de la constitution intérieure de l'Eglise est, au fond, celle des symboles, des confessions de foi, des formulaires de doctrine, de la règle disciplinaire et dogmatique.- Il existe à cet égard cinq systèmes : 1° Formation d'Eglises pures, oti la foi admise est exigée de tous et professée par tous; 2° Retour aux anciens symboles de la Réformation ; 3° Réduction des formulaires aux seuls points vraiment fondamentaux ; 4" Substitution des liturgies et des catéchismes aux formulaires; 5° Abolition de toute loi et de toute autorité doctrinale.

Mous pouvons ramener ces systèmes à trois, ainsi que nous l'avons fait ailleurs (i). Deux extrêmes qui, exagérant chacun l'une des données évangéliques, la faussent, par cela même, soit en la développant outre mesure, soit en l'enlevant au contrôle de la donnée collatérale ; et un système intermédiaire, qui s'efforce de maintenir les deux données et les combine dans des proportions diverses. L'un est le séparatisme^; l'autre le latilud'2?2am/?2e; le troisième fut celui des Réformateurs et il régit encore, ou est censé régir les grandes communautés protestantes ; on pourrait l'appeler le >sys^ème protestant.

Ce dernier système présente de plus grandes difficultés d'application que les deux autres. La raison en est simple. Les deux principes qu'il veut faire marcher parallèlement paraissent souvent se croiser et se heurter. Il est bien plus aisé d'aitaclier à l'un une telle prédominance que l'autre soit contraint de céder

(1) P**, Partie, chap. I: Théories ecclésiastiques.

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dès qu'il y a collision entre eux. Cela fait, la voie est libre ; plus de scrupules et presque plus d'obstacles ; on goûte le repos que donne la simplicité de conviction et de direction. Or, voilà la position que beaucoup de gens semblent s'être faite sur la question qui nous occupe ; ou ils ne regardent qu'à la fidélité et à la vérité, ou ils ne s'inquiètent que de l'union. Dès lors, qu'est-ce qui pourrait les arrêter ou les troubler la plupart du temps ? leur parti est pris d'avance. Mais ils oublient que dans les réalités il se rencontre presque partout le multiple, au lieu de cet ^m, de cet absolu que rêve l'esprit humain. La nature et la vie sont, de mille côtés, sous l'action de forces diverses et en apparence, contraires ; et c'est l'équilibre de ces forces qui fait l'harmonie du monde. Il en est de même dans l'Eglise. Si lalogique répugne à ce dualisme qui la gêne, il faut bien que la raison et la foi le reconnaissent et le respectent, puisqu'il est décidément au fond des choses.

SÉPARATISME (1) . — Distinctîou entre «dissidence » et « séparatisme ». — Séparatisme <( dogmatique » (puritanisme) et séparatisme «. libéral )). — Leurs principes. — L'union est l'esprit et le vœu de l'Evangile.

Peut-être conviendrait-il de distinguer les deux termes de dissidence et àe séparatisme^ comme on distingue ceux de séparation et de schisme. Les dissidents ne nient pas l'Eglise extérieure générale ; ils ne rompent avec elle qu'autant qu'elle ne maintient pas assez fermement et assez largement suivant eux, la libre profession de la vérité : les séparatistes n'admettent

(1) Le séparatisme est au fond étranger à la question des formulaires, que tantôt il admet et tantôt il rejette; ce n'est pas pour lui une question de principe. Il ne se place ici qu'en rapport avec la constitution générale de l'Eglise, dont il méconnaît et brise un attribut essentiel, celui de la catholicité ou de l'unité.

d'autre Eg^lise générale que l'Eglise invisible ; ils brisent par devoir avec les églises qui prétendent à là* catholicité. La dissidence n'est ou peut n'être qu'tm accident : \e séparatisme esiun principe.

Le séparatisme, regardant à ce que l'Eglise devrait être, s'en forme un idéal qu'il croit obligatoire de réaliser. Il tiertt pour fausse toute communion qui ne répond pas à cet idéal sous le triple rapport de la doctrine, du culte et delà discipline; et il en conclut et le droit et le devoir de s'en éloigner pour fojrmer des églises vraies y où régnent des principes plus ou moins sévères d'admission et d'exclusion.

Malgré ce qu'il a généralement d'étroit, de rigoureux, d'absolu, le séparatisme porte très loin le respect de la liberté relig-ieuse*fet de la conscience individuelle. G'estlà, en quelquesorle, son principe, son dogme fondamental. Les dissenters anglais, malgré leur extrême opposition aux doctrines de l'Eglise romaine, contribuèrent pour beaucoup à f émancipation catholique ; ils firent hautement céder leurs antipathies à leurs convictions.

Le séparatisme peutaussi s'alliera une tolérance très étendue. L'Angleterre et surtout les Etats-Unis, où il se déploie sans obstacle, en fournissent l'exemple et la preuve. On y a appris, par la nécessité des choses, à respecter chez les autres des droits auxquels on tient fortement pour soi-même.

Le séparatisme existe sous bien des formes, qu'il n'est pas nécessaire d'exposer. Je me bornerai à l'examen de quelques-uns de ses principes. •- .

1\ s'appuie l» sur ce que, selon lui, le Nouveau Testament ne reconnaît pas d'Eglise extérieure-générale ; 2° sur ce que les Eglises de Jésus-Christ ne doivent se composer que de personnes qui se montrent attachées à lui par leurs croyances et par leurs mœurs ; 3° sur ce que la Sainte-Cène n'étant instituée que pour les vrais chrétiens, on ne peut y participer qu'autant qu'on l'est et qu'avec ceux qui le sont; 4° sur ce que l'Ecriture impose aux disciples l'obligation de se séparer du monde.

Quant aux deux premiers principes, nous pensons avoir suffisamment établi ailleurs (i) que le Nouveau Testament donne bien l'Eglise extérieure-g-énérale et q.u'il la montre tolérant dans son sein, dès les lernps apostoliques, de graves désordres de doctrine et de conduite.

Quant au troisième principe, pris delà Sainte-Cène, il n'est pas mieux fondé que ceux qu'on tire de l'Eglise. C'est la même confusion de ce qui devrait être selon la théorie et de ce qui peut être dans la pratique.. On oublie que comme le vieil homme subsiste toujours chez le chrétien à côté du nouvel homme, le mal existe aussi toujours à côté du bien au sein de la Société chrétienne. L'ivraie reste jusqu'à la fin mêlée au froment dans le champ du Père de famille. Sans doute, la Sainte-Cène, gage de notre rédemption, symbole de noire communion avec le Seigneur et avec ses disciples, garant, sinon canal de toutes les grâces évangéliques, suppose les sentiments delà foi et de la piété chez ceux qui y participent, et chacun est tenu de s'examiner sérieusement devant Dieu avant d'en approcher. Mais comment conclure de là l'obligation de ne la prendre qu'avec des convertis, des croyants ou des professants, sous peine de la dénaturer et de la profaner? Celte obligation n'est nulle part prescrite ni de près ni de loin. Le passage I Cor. V, 11 qu'on cite : « Si quelqu'un qui se nomme frère est impudique^ ou avare,, ou idolâtre, ou médisant, ou ivrogne, ou ravisseur, ne mangez pas même avec cet homme-là », ne se rapporte pas à la Sainte- Cène : il interdit seulement le commerce des hommes irréligieux et immoraux, surtout quand ils font profession de christianisme. C'est une expression énergique et populaire de deux principes du Nouveau Testament; l'un d'ascétique, ou d'hygiène morale, qui veut qu'on se garde de la contagion du vice : « Fuyez les mauvaises compagnies, car elles corrompent les bonnes mœurs » ;

(1) I'° Partie, chap. III. « Eglise invisible et visible. » — Voy. aussi Rev. ifAéoZ.,Montauban, 1841, pp. 329, 411, 421.

l'autre de discipline spirituelle, ayant pour but de réprimer le désordre en le frappant d'une sorte da réprobation publique. Mais ce devoir a des bornes^ qu'il faut prendre garde de franchir. « Encore que l'Eglise ne s'acquitte pas de son devoir, dit « Calvin sur ce passage (1), ce n'est pas à dire qu'un chacun « particulier doive prendre conseil de se séparer d'avec les

, « autres. Je ne nie point que cène soit l'office d'un bon fidèle « de s'abstenir de toute familiarité des méchants, et de ne se « mêler avec eux en quelque affaire que ce soit, tant qu'il « puisse ; mais c'est autre chose de fuir la compagnie des mau- « vais, et autre chose, pour la haine d'eux, renoncer à la com- « munion de l'Eglise. »

Ce principe, plaidé si souvent par le séparatisme, est bien peu d'accord avec l'exemple de la Primitive Eglise, où tout le monde s'asseyait à la table eucharistique (I Cor., XI) — avec

" la charité, qui ne soupçonne point le mal, qui couvre tout, espère tout, supporte tout (I Cor. XIII, S; Malt. VU, 1-5)— avec l'humilité, qui porte à estimer les autres meilleurs que soi (Phil. II,, 3 ; I ïim., I, i5). — Il n'aurait d'autre effet que de troubler les consciences scrupuleuses. C'est entre l'âme et Dieu que s'établissent les rapports de la vie 'spirituelle, et chacun rendra compte pour soi-même. Si la Sainte-Cène est un banquet fraternel, emblème de la communion des .9«m/5, elle est aussi un des canaux par lesquels les grâces évangéliques coulent en nous. Pourquoi, si nous la prenons avec les sentiments qu'elle exige^ serait-elle moins pure devant Dieu, moins bonne pour nos âmes^ parce que nous y participons peut-être avec des gens mal disposés? Le Seigneur ne connaît-il pas ceux qui sont siens? La prière du juste lui est-elle moins agréable, parce qu'elle s'élève d'un temple où peuvent se trouver des impies ou d'un monde plongé dans le tnal ? Et ce qui est vrai de la prière, ne l'est-il pas de tous les actes de la piété?

(1) Instit. Liv. IV, ch. I, § -13.

-yj».*.:

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La question de la Cène peut s'envisager soit à l'égard des sins pi es. fidèles, soit à l'égard des pasteurs. Les premiers n'ont nullement à juger les personnes qui s'approchent avec eux de la table sainte. Leur en imposer l'obligation, ce serait pervertir dans son esprit cet acte de foi, d'humilité et de charité; ce serait transformer l'examen de soi-même, qui est commandé (ICor. XI, 28), en un examen pharisaïque des autres, qui est interdit (Rom. XIV, 4; Matt. VII, 3). Nous citerons encore quelques paroles de Calvin sur cet argument, dont faisaient usage les séparatistes de son temps comme ceux de nos jours : « Touchant ce qu'ils tiennent pour un sacrilège de communiquer « à la Cène du Seigneur avec les mauvais, en cela ils sont « beaucoup plus rudes que saint Paul. Car quand il nous « exhorte à user purement de la Cène, il ne requiert point que (( chacun examine ses compagnons, ou qu'un homme examine « toute l'Eglise, mais qu'un chacun s'éprouve soi-même. Si « c'était péché de communiquer à la Cène avec un homme « indigne, il nous eût certes commandé de regarder à l'entour (( de nous s'il n'y en aurait point quelqu'un par l'immondicité « duquel nous fussions contaminés : mais quand il commande « seulement que chacun s'éprouve, il signifie par cela que « la compagnie des méchans ne nous nuit de rien. A quoi « est conforme ce qu'il dit ensuite, que celui qui en mange « indignement le mange à sa condamnation. Il ne dit pas : à « la condamnation des autres, mais à la sienne, et à bon « droit, etc. (1). »

Le pasteur a fait son devoir, s'il a fidèlement exposé en particulier et en public la nature^ l'esprit, le but de la Sainte-Cène, les dispositions qu'elle exige, le danger d'y participer indignement : il n'est, dès lors, responsable ni de la négligence des uns, ni de la profanation des autres. Dans l'état actuel des choses, le pasteur n'a sous ce rapport, comme sous bien d'autres, que

{l)Instit. Livr. IV, ch. I, § d5.

l'autorité de la parole évangélique.. Notre ancienne discipline étant tombée, c'est à l'Eglise à la relever ou à en établir une nouvelle. Plusieurs se sont créé, en ces derniers temps, des scrupules et des tourments extrêmes en s'exagérant leurs devoirs par une fausse idée de leurs droits.

Le motif cherché par le séparatisme dans l'obligation imposée aux chrétiens de se retirer du monde, est un abus manifeste des déclarations et des exhortations scripturaires sur lesquelles on le fonde : abus du même genre au fond que celui qu'en a fait le monachisme. Les passages qu'on cite renferment un précepte absolument étranger à la question de l'Eglise. Quand il est prescrit aux chrétiens de ne pas se conformer au monde, d'y renoncer, de s'en séparer,- c'est qu'ils doivent nourrir d'autres sentiments et suivre d'autres mobiles que les enfants du siècle^ avoir d'autres vues, d'autres espérances, et une autre vie. Ce sont des directions morales, non des règles ecclésiastiques. « Le monde », au sens scripturaire, se trouve dans une congrégation fortement disciplinée et dans la cellule d'un cénobite, s'il y règne l'orgueil spirituel, des dispositions égoïstes, des affections terrestres et charnelles. Là, tout aussi bien qu'ailleurs, le. chrétien peut avoir à s'en garder ou à s'en retirer. L'interprétation que nous examinons dénature la signification évangélique du mot inonde; elle expose à mettre l'apparence à la place du fond réel ; elle pousse sur la pente de ce vieux pharisaïsme que Jésus- Christ a si sévèrement condamné, et qui faisait consister la sainteté à se tenir loin des pécheurs. L'intention est droite, le motif et le but sont purs; mais l'écart et le danger n'en sont pas moins positifs.

Le puritanisme s'appuie donc sur des principes qui sont loin d'être scripturaires, dans le sens qu'il y attache.

Quant à V indépendantisme libéral qui, au nom de la sincérité des convictions, fait du fractionnement indéfini l'état normal de la Chrétienté, poussant ainsi aux ruptures autant et plus peut-être ique le puritanisme dogmatique, nous . pensons avoir

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suffisamment établi dans d'autres articles qu'il se place en dehors, et par suite à l'encontre de la vraie notion de l'Eglise.

Le séparatisme, sous toutes ses formes, se heurte contre de nombreuses et grandes données de l'enseignement sacré que nous avons indiquées à diverses reprises. L'union des disciples est l'esprit et le vœu de l'Evangile. Le sectarianisme, qu'on l'appelle dogmatiste ou individualiste, puritain ou libéral, est essentiellement antichrétien ; rien ne Test peut-être davantage, pas même la superstition.

Latitudinarisme (ou Universalîsme ecclésiastique). — Rejet des Confessions de foi au nom de la science et de la conscience. — Le « principe formel » du Protestantisme (souveraine autorité de l'Ecrîture) sacrifié à son «principe matériel » (justification par la foi) : la foi désignant l'autonomie de la conscience. — Système en opposition 1° avec l'esprit de l'Evangile, 2o la iaotion et le but de l'Eglise, 3° la nature des choses. — Conventions tacites. — Que le Christianisme est « une vie ».

Cette direction, oîi s'abritent des vues très diverses, répudie les confessions de foi au nom de la science et de la conscience, au nom du véritable esprit chrétien et surtout du véritable esprit protestant. Antithèse de la direction précédente, elle veut que toutes les opinions sincères et sérieuses soient non seulement pleinement tolérées et librement professées dans l'Eglise, mais prêchées dans les temples et enseignées dans les académies. C'est l'article fondamental du Credo. On admet à tous les droits de la Cité religieuse les doctrines qu'on croit fausses aussi bien que celles qu'on croit vraies, ne leur demandant que de se supporter les unes les autres; on rejette, au contraire, les doctrines qui se posent comme les seules évangéliques, et on les rejette uniquement pour cela, alors même qu'on n'en conteste pas la vérité. On regarde moins à la nature et à la valeur propre des croyances qu'à leur attitude vis-à-vis des croyances différentes :

ce n'est pas tant de l'erreur que de l'inlolérance qu'on se préoccupe et qu'on cherche à se garantir. D'une extrême larg-eur envers tout le reste, on n'est sans condescendance et sans merci que contre V exclusivisme, terme qui revient sans cesse et qui remplace celui d'hérésie.

« Voici, selon certains esprits de notre époque, dit Hœfling' (i), « la théorie sur laquelle repose la liberté de foi et de conscience ({ dans le protestantisme* Nul homme n'a le droit de prescrire des « lois à ses semblables en matière de religion. Sur ce terrain, cha- « cun doit avoir la liberté illimitée de suivre ses convictions pro- « près : c'est là un droit inhérent à la personnalité, et sans lequel (( iln'est plus de dignité humaine. Personne donc ne peut s'en « dessaisir, personne ne peut Taliéner et le remettre par con- « trat à un individu ou à une Société. Il est impossible, en ce « qui concerne la foi, de se lier pour l'avenir par une promesse « quelconque... De même que dans nul état civilisé la loi ne « tolère qu'un être raisonnable se vende pour être esclave, de « même, et à bien plus forte raison encore, la loi ne peut auto- « riser l'aliénation de la conviction religieuse... Le catholicisme « avait sous ce rapport méconnu la vraie nature du chrislia- « nisme ; et aussi la liberté s'est vengée de son oppression et « s'est créé un royaume propre, le protestantisme. Celui-ci lie, « il est vrai, la foi à la Parole de Dieu... Mais il est impossible V que l'Eglise protestante, qui rejette la prétention de l'Eglise « romaine à l'interprétation authentique de l'Ecriture Sainte^ « s'arroge elle-même le droit de déterminer le sens de la Parole « de Dieu et de décréter ce qui doit être considéré corhme doc- « trine et vérité divine. Elle est obligée, sauf à se mettre en « contradiction avec ses propres principes, de renoncer à avoir « un Symbole, une Confession de foi commune et obligatoire. « Elle ne peut exiger que la foi à la Parole de Dieu en général, « et non pas la foi à de certaines doctrines, attendu que la

(1) Écrit trad. de l'allemand et intitulé : « Esprit du protestantisme », p. 16.

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« question de savoir ce qu'enseigne la Parole de Dieu ne peut « être résolue que par la science exégétique, et que celle-ci doit « jouir d'une liberté complète, si l'on ne veut pas de nouveau « établir des ordonnances humaines. Bien loin donc que le pro- « testant puisse être obligé de professer des doctrines positives, « on doit plutôt lui demander que jamais il ne se permette de <i juger ou de condamner la foi d'aulrui. »

Ce parti, qui aime à se désigner et qu'on désigne fréquemment sous le nom de « libéral », éprouve, par l'action de l'esprit du temps, un revirement singulier, qui le fait tout autre au dedans en le laissant le même au dehors. Il y à quatre jours, sa grande maxime était celle-ci : La Bible, avec une entière liberté d'interprétation, la Bible seule pour l'Eglise comme corps, aussi bien que pour l'individu, et, par suite, l'admission de toutes les doctrines qui se donnent comme bibliques. Le principe formel du Protestantisme (l'Ecriture seule autorité et seule norme) était son dogme constitutif, son unique dogme; il en jetait à l'écart ou au rebut le jo?'mc2jt?e ma^ene/ (justification par la foi), qui en est le dogme vilal. Prolongement des idées du xvm" siècle, il enseignait ou patronait généralement la justification par les œuvres. Aujourd'hui, c'est le principe formel qu'il sacrifie; il professe de plus en plus la justification parla foi, mais en l'entendant cz^m grano salis. Selon lui, et à son sens selon les Réformateurs, la justification est la restauration morale de l'homme, la foi est l'émancipation et l'autonomie de la conscience individuelle, la substitution du jugement ou du sentiment privé à toute autorité extérieure^ celle de l'Ecriture comme celle de l'Eglise. H faut noter ce changement de front, cette volte-face, qui du reste s'opère sur toute notre ligne tbéologique, celte prétendue restitution de la pensée des Pères de la Réforme qui admireraient, s'ils pouvaient revenir, de s'être si peu compris et si mal fait comprendre. Mais, après avoir ainsi mis sens dessus dessous sa vieille base dogmatique, le parti n'en conserve pas moins sa position ecclésiastique : toujours il prétend grouper en un même

culte toutes les opinions qui se déclarent chrétiennes et protestantes, et maintenir entre elles « f unité de Cespritpar le lien de la paix».

Nous convenons que sous sa première phase, à laquelle tiennent encore hien de ses partisans, ce système, quand il n'a pas dans l'indifférentisme doctrinal sa raison et sa fin secrète, pose le vrai principe protestant, en opposition avec le principe romain: la Bible, révélation delà vérité et de la grâce, seule puissance de Dieu pour le salut de ceux qui croient, seule lumière et seule règle certaine, à laquelle tout doit se ramener, par laquelle tout doit se juger. L'erreur du système est. dans la confusion, que nous avons indiquée ailleurs (1), du Protestantisme et de l'Eglise ou des Eglises prolestantes. Applicable peut-être à un état plus avancé de la foi et de la vie chrétienne, comme il le fut aux premiers temps, il ne l'est pas de nos jours. De plus (et nous n'avons aucun scrupule à le reconnaître), le système combat une disposition que la Réformation elle-même n'a pas su éviter à un degré suffisant et qui, plaçant les formulaires ecclésiastiques à côté et presque au niveau des Livres saints, leur attribue, par delà l'autorité réglementaire, (la seule qu'ils réclament et puissent réclamer), une autorité intrinsèque et absolucj à laquelle ils ne sauraient prétendre sans porter atteinte au véritable esprit du Protestantisme. — Sur ce point encore, loin de condamner,' nous devons approuver. — Ajoutons que ce système iapparaît à bien des personnes comme le moyen d'union le plus simple, le plus naturel, le plus sûr, au milieu des divergences infinies de notre époque, et, par cela même, comme représentant et sauvegardant le mieux l'un des deux grands principes évangéliques savoir: celte condesceiidance dowiVEgMse apostolique nous a laissé de si grands exemples.

S'il ne se donnait, en effet, que comme une pure transaction, comme un expédient provisoire dans l'état de désorganisation oii

(1) p. 68 et suiv. •

nous sommes par suite de la chute de notre ancienne constitution ecclésiastique, et en attendant celle que réclament les temps et les besoins nouveaux ; s'il n'ayait d'autre prétention que de nous faire traverser en paix cette sorte d'interrègne, j'y trouverais, pour ma part, peu à redirç. Mais il aspire à tout autre chose ; il se pose comme définitif, comme constituant l'organisation normale du Protestantisme. Là est l'illusion et le péril. .

Envisagé sous l'une et l'autre de ses formes (Bible, conscience), ce système me paraît en opposition : — avec l'esprit de l'Evangile; — -avec le but de l'association religieuse et la vraie notion de l'Eglise ; — avec la nature même des choses.

1° Je dis, d'abord, avec l'esprit de TEvangile. — Il aulorisOj non seulement la libre profession, mais la libre prédication de toutes les doctrines, par consécfuent de toutes les erreurs, autant du moins qu'elles consentent à vivre en bonne intelligence. Or, c'est mettre de côté une des règles et des obligations évangéliques. En un sens, l'Evangile place avant tout et au-dessus de tout la vérité ; selon lui, la vérité telle qu'elle est en Christ, est la semence de la régénération, la voie du salut, et, pour ainsi parler, le moitié où se forme le caractère chrétien. Le système libéral fait, sous ce rapport, le procès à saint Paul (I Cor. XV, 2), à saint Jean (I Jean IV, 3; II, 9-11), à Jésus-Christ (Malt. VII, 15; Jean VIII, 31. 32). Partout, dans le Nouveau Testament, des exhortations à se tenir en garde contre ceux qui altèrent la vérité (Rom. XVI, 17; Eph. IV, 13-15; Col, II, 8; Héb. XIII, 9), Il est prescrit aux pasteurs, en particulier, de rislenir la saine doctrine, de garder pur le dépôt de la foi (Il Tim. I, 13. 14; IV, 3.4; Tite I, 9).

Là dessus, on dit que dans le Nouveau Testament la sai?ie doctrine, la. y ériié désigne le Christianisme, et que les passages oii ces expressions se rencontrent ne peuvent s'appliquer avec justice à un système qui^ quelle que soit son indétermination dogmatique, veut rester et reste en effet chrétien. — ■ Mais cette réponse est ici inadmissible, car si nos écrivains sacrés

emploient quelquefois les expressions dont il s'agit pour désigner l'Evangile même, il est évident que dans les textes que nous ayons cités et dans une fouie d'autres, la vraie doctrine évangélique, la pure et sainte croyance chrétienne est mise en contraste avec les opinions erronées qui s'y mêlaient déj'à de 'divers côtés, et que les fidèles sont prémunis contre les altérations de la foi, non contre l'apostasie.

On dit encore que les doctrines qui se produisent dans l'Eglise, se réclamant également du nom de Christ, qui seul est la Vérité et la Vie, aucune ne peut prétendre posséder la vérité et la vie à l'exclusion des autres, et que de là sort pour toutes l'obligation de se tolérer et de se respecter. — Sans entrer dans la discussion de cette maxime, nous nous bornerons à remarquer que, dans l'étendue qu'on lui donné, elle est inconciliable avec ce zèle pour la pureté de la. foi que prescrit le Nouveau Testament, et dont tout système théologique et ecclésiastique doit tenir compte. Les doctrines qu'il réprouve prétendaient aussi rester chrétiennes. D'ailleurs, la maxime ne porte pas, ou ne porte que très indirectement sur le nœud réel de la question. Il s'agit ici, en effets non du degré de vérité essentiel au salut, mais de la somme de croyances communes indispensable à l'ordre et à la direction de la Société religieuse, ce qui est fort différent.

2" Le système est en opposition avec la notion et le but de l'Eglise.

Qu'est-ce que l'Eglise chrétienne, dans sa généralité, sinon l'fensemble des sectateurs de la doctrine chrétienne, en contraste avec les sectateurs des doctrines étrangères ? Et dans l'état actuel de la Chrétienté, que sont les Eglises, sinon des Sociétés formées chacune par une conception spéciale du Christianisme, qui lui sert de centre et do lien, qui la fait ce qu'elle est ? « Une «, Eglise, dit Samuel Vincent (d), est une association de ceux

\i) Vues' sur le Protestantisme, t. \, ^. ^^0^.

ORGANISATION DE l'ÉGLISE 373

« qui professent la même foi pour se réunir dans un même « cuUe. » Qu'est-ce, au fond, qui la caractérise, la disting^ue, la constitue, sinon 5« doctrine ou la conception et la direction chrétiennes qu'elle représente? Quelle est la raison de son existence ? quelle est sa destination et sa fin, sinon de garder et de propager la doctrine qui est pour elle l'Evangile? Gela reste vrai même au point de vue mystique, qui ne regarde qu'à la vie ; car la vie dépend de la foi, et la foi dépend de la croyance ou de la doctrine ; la foi est la croyance passée de l'esprit dans le cœur. Si une Eglise n'a pas de' doctrine propre, de croyance générale et positive, que répondra-t-elle quand on lui demandera ce qu'elle est? On sait combien de personnes, attirées vers nous dans ces derniers temps, s'en sont détournées à cause des réponses-si diverses qui leur ont été faites sur cette question capitale.

Si le droit d'examen, plus ou moins réglé par la Bible, si l'émancipation de la conscience individuelle (dont on fait l'élément fondamental de la justification par la foi) était le vrai principe Ihéologique du Protestantisme, si le Protestantisme n'avait d'autre base et d'autre loi, d'autre critère et d'autre facteur que ce qu'on nomme aujourd'hui l' « individualisme chrétien», l'universalisme serait, en effet, ou pourrait être son principe ecclésiastique. Mais lé Protestantisme est infiniment plus que la négation de toute autorité humaine en matière de religion ; il est le retour au Christianisme primitif par rEcriture. Le droit ou le principe d'examen n'est que sa méthode : ce qui fait son essence, et aussi sa force, c'est la vérité évangélique telle que la pose et l'impose la Parole de Dieu.

Et puis, nous l'avons déjà rappelé, il faut distinguer entre le ProtestantismeetlesEglises protestantes, comme on distingue entre lé Christianisme et les Eglises chrétiennes. Une Eglise étant une conception de l'Evangile réalisée et devenue institution, elle reçoit de là une forme propre, une tendance particulière, un caractère «t un esprit spécial, auquel ceux qui la diri-

: ■ ' 374 • ■ TBOislÈME PARTIE '

g'ent doivent rester fidèles, C'estsoÈL dogme qui fait sa foi et sa vie. Tout y aboutit pour elle et tout en sort. Il est sa charte constitutionnelle, sa' raison d'être et de se maintenir comme corps distinct. Chaque Eglise doit avoir sa dogmatique ou sa loi pour avoir sa forme et sa direction, pour être une quant 'à ses grands principes d'enseignement et de gouvernement, pour avoir le droit d'exister à part. Si vous avez plusieurs ../dogmatiques (1), vous avez en fait plusieurs églises ; si vous n'avezpas de dogmatique, vous n'avez pas d'église. L'unîversalisme n'ayant pas de dogmatique, pas de doctrine, ou, ce qui revient au même, ayant plusieurs dogmatiques, plusieurs doclrines, étrangères et hostiles les unes aux autres, il n'est pas tme église, il n'est qu'tme aggrégation. Poussant au delà de toutes les bornes l'élément chrétien qu'il représente (unionisme, toléranlisme), il sacrifie l'une des grandes obligations èvangéliques à l'autre; se méprenant sur les raisons et les fins réelles de l'association religieuse, il en compromet le principe vital.

3° L'universalisme est en opposition avec la nature des choses. —

Comment faire vivre ensemble, et contribuer à l'édification commune, des doctrines et des tendances non seulement diverses mais contraires, des directions théologiques et pratiques qui, modifiant chacune l'enseignement et le culte jusqu'à leurs dernières profondeurs, constituant comme des religions différentes, se repolissent et s'excluent : le rationalisme, par exemple, et le supranaturalisme, le christianisme subjectif de la conscience et le christianisme objectif dé l'Ecriture, l'humanitarisme métaphysique ou mystique qui ne reconnaît à Jésus-Christ qu'une divinité morale, et l'orthodoxie qui l'adore, avec Thomas, comme Son Seigneiîr et son Dieu, l'augustinisme et le pélagianisme, le

(1) J'entends par là des conceptions du christianisme qui en atteignent le fond Central et vital : catkolique et protestante, socinienne et orthodoxe, etc.' ;.

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salut par grâce et le salut par les œuvres, etc., etc.? Comment faire passer alternativement une même paroisse sous des doctrines et des directions si opposées? comment prétendre qu'elle , descende. ou monte de l'une à l'autre sans secousse, à chaque fois qu'elle change de conducteur? comment y développer la vie spirituelle, dans cette succession constante d'enseignements qui se heurtent et s'annulent ?• Car, dans Tétat actuel des choses, il ne s'agit pas de quelques opinions secondaires, que chacun puisse conserver en soi et pour soi; les divergences portent sur le fond vital du Christianisme ; elles atteignent le centre même de la croyance et de la vie religieuse; elles marquent do leur empreinte le culte tout entier, prédication et catéchisation, prières et cantiques ; elles se font sentir jusqu'aux dernières ramifications de l'arbre de la foi et de la piété, parce qu'elles partent de la racine.

Voici une déclaration de Samuel Vincent (1) souvent répétée par le libéralisme, et qui mérite d'être notée : « Faire de ces « opinions abstruses (celles du Réveil) l'essence de la religion, « les poser en première ligne, les enchâsser et les tisser en quel- « que sorte dans toutes les formes du culte, au point d'en faire « un objet d'affliction, si ce n'est de dégoût, pour ceux qui ne « peuvent les admettre... c'est consommer la division et la « rendre irrémédiable ». Ce passage pose nettement la question ; mais en même temps il la tranche. Si les doctrines dont il s'agit sont un objet d'affliction, de répugnance, de dégoût pour ceux qui ne peiwe)ît les admettre^ ceux pour qui elles constituent l'Evangile de la grâce et de la vie ne peuvent pas ne pas les faire prédominer en tout : ils ne trouvent que vide là oii elles sont négligées, que scandale là où elles sont altérées ou combattues. Une Eglise composée d'éléments aussi antipathiques serait sans action sur elle-même. Elle userait ses forces dans une guerre intestine ; ce que l'un ferait, l'autre viendrait le défaire

[i)'Vuesmr le Protestantisme,!, l, T^.%1.

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pour le refaire à sa guise : travaiF/ingrat, irritant, qui produirait du mouvement et du bruit sans avancement réel.

Et que pourrait-elle au dehors? Rien, ou à peu près. Elle ne pourrait, comme Eglise, prendre part à aucune des grandes œuvres chrétiennes de notre époque : Missions, Traités religieux, Ecoles, etc.; car tout cela, de même que Je Catéchisme, ramène la question dogmatique qui, quoi qu'on en dise, forme la question centrale et se place ainsi à la racine de toutes les autres. Pour marcher ensemble, il faut vouloir suivre le même chemin et se proposer le même terme, il faut un principe et un but communs; et ils manquent essentiellement dans l'Eglise du slaiu qiio.

Ce système, comme le système opposé (celui du radicalisme ou de l'individualisme), est une des illusions de iiotre époque. Voici quelques-uns des arguments qu'on fait valoir en sa faveur.

Le principal, son argument de fond, si je puis ainsi dire, était, hier encore, qu'il suffit . de poser la Bible comme base et comme règle. Hélas! ce n'est plus guère là son fort; et nous pouvons ne pas nous y arrêter. Mais il en est d'autres où pousse d'autant plus l'abandon de celui-là.

On ditl" qu'établir des symboles qui fassent loi, c'est renverser le principe constitutif du Protestantisme, relever l'autorité humaine et reprendre lejoug de Rome. — Il y a là une étrange confusion, quand ce n'est pas simplement une arme de guerre. Nous l'avons rencontrée et examinée sous diverses formes; il faut y revenir. On ne peut assimiler le système protestant des Confessions de foi au système romain, qu'en se méprenant sur la nature des deux. Dans le Catholicisme, tout porte sur l'autorité de l'Eglise ou du Saint-Siège, parce que là réside l'oracle vivant et perpétuel. L'Eglise, dépositaire de la Parole non écrite, commentaire et complément essentiel de la Parole écrite, FEglise, éternellement conduite. dans la vérité par l'Esprit de Dieu, est l'interprète et le juge suprême de la doctrine. Les cHrétiéns

ORGANISATION DE L'ÉftLISE 377

doivent croire et se soumettre docilement à ses décisions, alors même qu'elles leur paraîtraient en désaccord avec l'Ecriture. C'est d'elle que le Seigneur aurait dit pour tous les temps : «Qui vous écoîtie, m^ écoule ». y oi\k le principe catholique; et il n'y en a pas l'ombre dans le vrai système des Confessions de foii Elles sont simplement des expositions et des'résumés officiels de la croyance constitutive; — des signaux autour desquels se rassemblent les personnes arrivées à la même conception foncière du Christianisme par l'étude du Livre divin; — des barrières contre l'invasion des doctrines qui troubleraient l'ordre elle culte en troublant l'enseignement; dès déclarations publiques par lesquelles l'Eglise manifeste sa foi et sa vie au monde. C'est là l'esprit et le but réel de ces symboles; ils ne se donnent que comme règle disciplinaire; ils ne demandent soumission qu'en tant que conformes à l'Ecriture et en son nom ; il n'excluent que pour sauvegarder le principe fondamental et vital de l'association religieuse.

Une Eglise, en tant que Société, a certainement le droit de formuler sa charte constitutionnelle et de la maintenir, comme de la réviser ut de la modifier, si elle le juge à propos. En le faisant, ce n'est pas une autorité d'infaillibilité qu'elle s'attribue, c'est uniquement une autorité d'ordre, qu'elle n'exerce que dans l'intérêt de l'édification commune, et qu'elle n'étend, quand elle ne se manque pas à elle-même, qu'aux points essentiels et au corps dirigeant.

En quoi blesse-t-elle par là le principe du libre examen? Elle ne demande pas à être crue sur parole ; elle ne s'arroge pas des attributions et des prérogatives surnaturelles ; elle n'interdit pas de comparer ses enseignements avec l'Ecriture, non plus que de les discuter et de les rejeter. Elle ne contraint ni d'entrer ni de rester. Elle met le Livre divin entre les mains de tous, en répétant à tous le précepte de le sonder. Si elle exige de ceux qui aspirent à ses emplois qu'ils s'engagent à respecter ses croyances et ses règles fondamentales, elle ne fait qu'obéir à la loi qui gou-

. --' y ■ verne loutes les sociétés ; sa paix intérieure, sa prospérité, sa force, sQii existence même sont à ce prix.

Il serait temps de s'expliquer sur ces termes de liberté ei d\aulorité, s&ns cesse opposés l'un k l'autre et susceptibles de significations ou d'applications si diverses. — Entend-on^ par la liberté qu'on réclame, le droit de n'avoir d'autre Maître et d'autre Docteur que Christ, d'être immédiatement enseigné de Dieu dans lés Saintes Ecritures, do n'être contraint en aucune manière à professer comme vrai ce qu'on croit faux, ni comme faux ce qu'on croit vrai ? Ce droit n'est point en cause. -T Entend-on un laisserfaire absolu, qui permettrait de semer dans les académies et dans les temples toutes les opinions qu'on peut se former, à la seule condition de les recouvrir plus ou moins d'une terminologie biblique, et de tourner les charges qu-on a sollicitées et reçues ' de l'Eglise au renversement de ses doctrines constitutives? Ce serait, certes, dépasser la mesure, et pousser l'abus du droit jusqu'à la violation du devoir. II appartient, ce semble, à la Société religieuse, aussi bien qu'à toute autre société, de limiter la liberté par l'ordre. — • Entend-on par l'autorité qu'on repousse, celte autorité disciplinaire, préventive ou répressive, qui a pour but de garantir le fondement de la communauté, sa raison d'être, la condition de sa sécurité et de sa vie? La lui contester, ce serait contester ce qui appartient à toute associalion par la nature même des choses, suivant ce que nous venons de dire.

' Veut-on se prendre à cette autorité divine (et par cela même normative) de l'Ecriture Sainte, que les formulaires s'accordent à posera leur base ? Alors, bien loin de plaider le principe protestant, on s'insurge contre lui; on passe à un autre protestantisme, pour ne pas dire à un autre christianisme : car le Protestantisme, soit dans son opposition au Catholicisme, soit dans ^ son fond réel et positif, est la soumission à la Bible, parole de

Dieu, révélation du Ciel; et révélation et autorité c'est tout un.

2" On a conseillé de laisser tomber les formulaires, et de s'en

ORGANISATION DÉ l'église , 379

tenir à des conventions générales, négatives, tacites (Samuel Vincent et autres). —

Mais, outre que c'est reconnaître en fait la nécessité et la légitimité delà règle que l'on conteste en principe, il est difficile de comprendre ce que peuvent être des conventions de ce genre, et ce qu'on peut en espérer. Comment les établir ? Comment en assurer le respect et l'observation? Qu'est-ce qu'une doctrine indéfinie, qu'une loi non promulguée, qui doit être partout et nulle part, qui n'ose se produire en aspirant à tout dominer et à tout régir? Qui en sera le dépositaire et le gardien? Par qui sera-t-elle appliquée? Par quel moyen maintiendra-t-elle cette uniformité générale d'enseignement et de culte, qui est son objet et sa fin? Que répondra-t-on à ceux contre qui on l'invoquera, et qui demanderont ce qu'elle est et où elle est? — - Ce mode de constitution peut être praticable, lorsqu'il n'existe pas des doctrines et des tendances destructives les unes des autres ; il peut l'être dans de petites congrégations qui ont une foi bien arrêtée et qui la surveillent avec une jalouse sollicitude; il ne l'est pas, dans l'état actuel des idées et des choses, pour les grandes communions.

3" On se retranche sur ce que l'essentiel n'est pas tant de conserver certaines opinions spéculatives, que de mettre le Christianisme et l'Evangile en contact avec les âmes. — Cela est incontestable et incontesté. — Mais la question revient toujours : Quel Christianisme et quel Evangile ? car il en est mille aujourd'hui. Affirmerait- on que les divergences actuelles n'intéressent pas ou n'intéressent que peu le fond réel do la foi et de la vie chrétienne? Mais les tendances extrêmes, partout en présence et en lutte, affectent profondément le christianisme pratique aussi bien que le christianisme théorique : ce sont, à bien des égards, des religions différentes. Toutes le confessent à leur manière, et la moindre réflexion le montre à qui veut voir. Partez du point fondamental si longtemps disputé, et, ce semble, universellement admis maintenant, que le Christ est la vie de

- 380 ' TROISIÈMiS PARTIE

l'Eglise comme la vie des âmes. Cette vie, qui vient de lui, sera-t-elle la même quand on le considérera comme la première des créatures, avec les ariens, ou 'comme lé plus grand des prophètes, avec les unitaires, ou comme le plus grand des révélateurs, c'est-à-dire des philosophes ou des fondateurs de religions, avec l'ancien rationalisoie, ou comme l'homme idéal, et par là l'Homme-Dieu au sens panthéistique, avec le rationalisme nouveau, que lorsqu'on l'adorera comme le bieu-Sauvèur, avec la masse des chrétiens de tous les temps? Lui accordera-t-on, dans ces diverses conceptions de sa personne et de son œuvre, les mêmes sentiments de crainte et d'amour, de confiance et de dévouement; nailra-t-il dans les cœurs le même ensemble de dispositions religieuses, le même ordrç de rapports ou de communion avec lui? Ou plutôt, ces notions et ces directions contraires n'engendreront-elles pas, à la longue, une telle opposition de croyances et de culte qu'on s'accusera réciproquement ou d'impiété ou d'idolâtrie? — Le dogme du Saint-Esprit entraîne des divergences dogmatiques presque aussi graves; car c'est aussi un article capital et vital; et quoique partout retenu en apparence, il disparaît en réalité dans un grand nombre do cas — (esprit chrétien : disposition, des âmes unies à Christ par la foi ; voix de Dieu e?i nous, c'est-à-dire voix de la conscience immédiate). — De mêmede toutes les doctrines constitutives dé l'Evangile. Celle de la Justification par la foi, posée de toutes parts aujourd'hui comme le grand principe du Protestantisme et du # Christianisme évangélique, est tout autre et produit une différence profonde dans les rapports de l'âme avec Dieu et dans la direction de la vie intérieure tout entière, selon qu'on la voit telle que la fit la Réformation, d'après saint Paul, ou telle que la font les nouvelles écoles, d'après" le subjectivisme mystique du moment. — Quel besoin d'ailleurs d'argumenter, quand il suffit de regarder? Que sont pour l'orthodoxe la prédication et ja liturgie rationalistes, et pour le rationaliste la prédication et la liturgie orthodoxes ?

ORGANISATION DE l'ÉGLISE 381

On a beau dire que lô chrislianisme vivant a son siège dans le cœur, qu'il est un sentiment plutôt qu'une idée, qu'il consiste dans les dispositions- qui nous tournent vers Dieu et vers le Ciel en nous détachant du monde et de nous-même, plutôt que dans des notions ou des formules dogmatiques. — Sans doute (et l'on ne saurait trop le répéter et y insister, car c'est l'a, b, c, de l'Evangile), mais c'est par la vérité que le sentiment religieux en général, elle sentiment chrétien en particulier, s'éveille, se nourrit, se développe. « Si vous persévérez dans ma doctrine , dit le Seigneur, i;oi<5 connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira. » (Jean YIII, 30.) « Sanctifie-les par ta vérité^ ta parole est la vérité. » (Jean XVII, 17). L'Evangile montre partout la vie naissa,nt de la foi^ quoiqu'il rattache aussi la pureté et la profondeur de la foi à la pureté et à la profondeur de la vie. Croyances, dispositions, œuvres, tel est, en thèse générale, l'ordre scripluraire, aussi bien que l'ordre logique. Chaque tendance théologique produit une tendance religieuse correspondante, chaque conception spéciale do l'idée chrétienne engendre une direction spéciale de sentiments ou de principes actifs. En dernière analyse, l'homme est ce qu'il croit. Ainsi, même à ce point de vue, la doctrine conserve encore l'importance et la prééminence qu'on lui dénie; le devoir de la garder pure grandit, bien loin de diminuer.

Il paraît donc que le système qui nous occupe ne peut se légitimer sous sa forme absolue. Non seulement il a contre lui l'esprit comme la lettre de l'Evangile, mais il ne saurait donner à TEglise l'unité de direction nécessaire à sa paix intérieure, à sa prospérité spirituelle, à son œuvre de régénération et d'évangélisation. 11 en ferait à la longue une Babel, où l'on aurait la confusion d'abord et ensuite la séparation. Aussi n'est-ce dans aucune donnée rationnelle ou biblique que ce système a son origine. Système de transition, et par là même de transaction, il est né de l'état anormal oii se sont trouvées les communautés chrétiennes après la crise d'incrédulité et de langueur générale

qu^elles ont traversée au xviii* siècle. Quelques-unes y ont perdu leurs anciennes lois dogmatiques et disciplinaires; et, comme elles ont pourtant subsisté sans constitution positive, on a cru qu'elles pouvaient s'en passer ; et on a érigé le fait en principe, l'hypothèse en thèse, d'autant plus volontiers qu'on

échappait par là à mille difficultés internes et externes.

Qu'on tienne compte de l'état oti nous sommes ; il le faut bien : qu'on le rappelle pour prévenir les écarts d'un zèle inconsidéré où prématuré, pour réclamer un redoublement de sagesse, de condescendance, de support, pour travailler par-dessus tout à ràviveèl'esprit évangélique, qui doit se créer en quelque sorte lui-même ^a^ forme ecclésiastique ; rien de mieux. Mais l'erreur et le péril seraiéîfr de déclarer régulier et définitif cet état transitoire. En suppléant à l'unité qui nous manque par l'union ou par le support, nous n'en devons pas moins aspirer et tendre de toutes nos forces à ce degré d'unité indispensable à l'ordre de l'Eglise, comme à son libre et plein développement.

Je ne m'arrête, pas au système qui rejette aussi les formulaires tout en voulant, dans l'enseignement et dans le culte, une sorte de rigorisme doctrinal (M. de Gasparin). La plupart des considérations précédentes l'atteignent autant que celui dont nous avons fait l'objet de notre examen ; et il est encpre moins logique et moins praticable. Comment, au milieu de cette infinie divergence des idées et des sentiments, maintenir une doctrine fixe sans une règle qui la détermine et la protège, si ce n'est peut-être dans de petites congrégations où chacun a les yeux sur tous et tous sur chacun? Or, nous avons ici devant nous le système des grandes églises ou de l'Eglise générale, non celui du fractionnement indéfini tel que le pose soit le puritanisme dogmatique, soit le puritanisme libéral.

■' , ■'• ■ IV

Système intermédiaire (Réformation). — Vues diverses : a) substitution des catéchismes ou des ' liturgies aux formulaires; 5/ retour aux anciens symboles ; c) formulaires réduits aux seuls points fondamentaux, imposés au seul corps dirigeant. (Ce qui concilie le devoir de la condescendance et celui de la fidélité).— Est-il possible de déterminer ainsi les grands faits do révélation? — Quelle est l'autorité des formulaires ?

Les deux syslèmes extrêmes (le séparatisme et le lalitudinarisme), sont incomplets et par cela même erronés et périlleux. Ils rompent également, quoiqu'en sens contraire^ l'harmonie des deux grands principes évangéliques; Fan poussant l'unité dogmatique jusqu'à l'anéantissement dé l'Eglise extérieure-générale, l'autre allant jusqu'à sacrifier la vérité à une union purement apparente; l'un manquant au devoir de la condescendance, l'autre au devoir de la fidélité.

Nous sommes donc conduits au troisième système, celui de la Réformalion, qui veut en même temps le maintien de la vérité et le maintien de l'union, une Eglise générale et une doctrine positive.

Nous n'avons pas besoin de nous arrêter à établir qu'à nos yeux ce système est le seul fondé : cela ressort suffisamment de notre discussion précédente et, en particulier, du double caractère que nous avons relevé dans la notion scripturaire de l'Eglise. Il est évident d'ailleurs qu'il faut à la Société religieuse, comme à la Société politique, sa charte constitutionnelle, qui constate ce qu'elle est et lui imprime l'unité de direction dont elle a besoin. On regrette d'avoir à ramener incessamment un tel lieu commun, un tel /rm"A7/2e.

Mais, parmi ceux qui admettent en principe le système intermédiaire, il existe de. graves dissidences. D'accord sur l'obligation de concilier la liberté et l'ordre par une règle constitutive, ils ne le sont pas, à beaucoup près, sur la nature, la forme et

l'étendue de cette règle. Les uns demandent le retour pur cl simple aux anciens symboles; d'autres sont d'avis qu'ils doivent être remplacés par des formulaires, réduits aux seuls points essentiels pour qu'il y ait dans l'Eglise communauté de direction et de vie; d'autres encore veulent que les liturgies et les catéchismes soient substitués aux formulaires (i).

Cette dernière opinion s'est peu produite comme théorie, quoiqu'elle ait de nombreux partisans. La voici telle qu'elle fut formulée par un de nos journaux religieux qui s'en fit pendant quelque temps l'organe (2) : « L'erreur n'est pas seulement d'un « côté... Les amis de la liberté ouvrent la porte à l'anarchie « lorsqu'ils disent n'avoir d'autre lien que la Bible, lorsqu'ils « prétendent laisser à chacun liberté entière dans la manifesta- « tion de ses croyances religieuses. Il n'est pas possible, en « effet, que dans la même chaire un prédicateur vienne le soir « combattre la doctrine prêchée par un autre le matin. Dès que « cela arrive, un règlement intervient pour empêcher la polémi- « que et mettre des bornes à la liberté individuelle. Lors même « que tous les pasteurs seraient du même avis, il ne leur serait « pas possible de prêcher que Jésus-Christ n'a point fait de « miracles, qu'il n'est pas le Fils de Dieu, que sa mort est inii-^ « lile àla rémission des péchés, que l'homme est sans péché ou « qu'il n'a pas besoin du secours du Saint-Esprit... Pourquoi « cela? Parce que ces doctrines sont celles de, l'Eglise... Il y a « donc une doctrine commune dans les Eglises sans Confession « de foi : même en France, même à Neuchâtel, même à Genève, « il y a un certain nombre de vérités simples, pratiques, un cer- « tain nombre de faits, jqui constituent les croyances publiques, « qui lient les uns aux autres ceux qui les professent. Cette « doctrine se trouve exposée sous sa forme la plus simple, la

(1) Ce dernier point de vue, que je place dans le système intermédiaire et qui lui appartient en effet, s'est généralement placé dans le système universaliste.

(2) « L'Evangéliste », lo juin 1840.

ORGANISATION DE l'É(3LISE ~ 385

« plus vivante, dans la Liturgie ; elle est sous une forme pins « didactique, et pourtant populaire, dans le Catéchisme. Là se « trouve le complément indispensable du principe fondamental : « la Bible et l'examen ; là est l'alliance possible de l'unité avec (( la liberté. »

Ce système pose bien formellement la nécessité et la légitimité de la règle dogmatique. La question de principe y est tranchée;

, il ne reste que la question de forme^ de moyen, d'application. On repousse les symboles, mais on veut qu'à leur place les liturgies et les catéchismes exercent l'autorité doctrinale dont l'Eglise ne saurait se passer. Ce système est, quant au fond, celui de bien des « dissenters » anglais, qui rejettent aussi toute espèce de formulaire. Il peut assurer une unité dogmatique très étendue et très forte.

A vrai dire, c'est parce qu'il ne laisse pas assez de liberté, que nous répugnerions surtout à l'admettre. Et puis, dans notre état actuel, comment l'appliquer? Quelle est la Liturgie, quel est le Catéchisme qui serait investi de l'autorité normative ? Car nous avons plusieurs de ces livres symboliques, admis les uns ici, les autres là. Dans chacun respire un esprit particulier, et aucun n'a été rédigé au nom de l'Eglise, ni approuvé ni sanctionné par elle.

Dans cette indétermination, on laisse subsister toutes les questions, toutes les difficultés, et on en soulève de nouvelles. La

. liturgie exprime une tendance, une couleur religieuse, sans

donner formellement une doctrine, et ne peut dès lors fournir la

règle cherchée. Le catéchisme, devant exposer l'ensemble des

devoirs et des dogmes, va nécessairement fort au delà de ce

qu'exige un formulaire; il décide, il fixe, en bien des cas, ce qui

devrait rester libre ; d'un autre côté, n'exposant la doctrine que

pour l'instruction et l'édification de l'enfance, il ne peut définir

suffisamment les points essentiels. C'est trop et trop peu; la

règle a trop d'étendue et manque de précision. Aussi arrive-

t-oh toujours à une déclaration de foi : à côté ou au-dessus de la

liturgie el du catéchisme, on pose certains dogmes ou certains faits dont on exige la profession; ici, c'est le Symbole des Apôtres; là, un cow5e«5«/5 lacile; ailleurs, on réduit tout à un seul point, la foi en Jésus-Christ^ Seigneur et Sauveur.

Avec ceux qui en sont là, il ne s'agit plus de discuter s'il est légitime et nécessaire d'avoir une règle dogmatique ; ils en ont une. L'unique question est de savoir si celle qu'ils proposent est suffisante. Or, évidemment, elle ne l'est pas ; surtout lorsqu'elle se borne, suivant la pente la plus commune aujourd'hui, à poser la foi au salut par Jésus-Christ, sans entrer aucunement dans le fond des idées que ces mots expriment. Quiconque prend le nom de chrétien peut, en toute sincérité, adopter celte vague formule ; car il est impossible d'admettre TEvangile, en quelque sens qu'on le fasse, sans admettre aussi d'une ou d'autre manière que Jésus-Christ est le Sauveur du monde, puisque c'est là, l'Evangile même. Les chrétiens panthéistes de nos jours le proclament, comme les chrétiens déistes du siècle dernier, comme les chrétiens socialistes eux-mêmes. La formule n'ajoute rien au principe; elle laisse toutes les opinions antagonistes en présence et en lutte, elle est sans force contre l'anarchie qu'on veut prévenir; ce n'est qu'une règle apparente, une barrière nominale, et il en faut une qui soit réelle, positive, efficace. •

Le retour aux anciens symboles ne me semble ni possible ni désirable. Si les confessionalistes allemands le réclament, ils sont à peu près les seuls. Quoique la Confession de la Rochelle n'ait pas été officiellement abolie, et qu'elle soit même reconnue par les Articles organiques, elle a cessé, en réalité, d'être la loi de nos Eglises; elle n'exisle guère, ainsi que la Discipline, que comme monument historique. Or, en thèse générale, une constitution quelconque, politique ou religieuse^ une fois tombée ne se relève pas. Les restaurations sont des reconstructions. Pour revenir à la Confession de La Rochelle, il faudrait revenir au point de vue du xvi" siècle; et si quelques esprits semblent s'y

replacer, la masse ne le peut. Le fond vital de cette antique déclaration restera sans doute, car il est éternel en tant qu'expression deia vérité évangélique ; mais la forme, et tout ce qu'elle porte avec elle, et qui tient à la théologie du temps, ne réunira plus l'assentiment général. Si donc on ne veut pas scinder notre Eglise et se contenter de grouper une petite minorité de ses membres autour de son ancienne règle de foi, il faut ou consentir à un nouveau formulaire, ou se résigner à n'en avoir aucun.

D'ailleurs les Confessions du xvi^ siècle prêtent de divers côtés à de sérieuses objections. Ayant généralement pour but d'instituer et de garantir une détermination systématique du Christianisme, elles mêlent beaucoup trop à la simple et pure donnée scripturaire une interprétation humaine; la conception du fait révélé s'y substitue souvent au fait lui-même. C'est une religion greffée sur une théologie. Or, en cela une Eglise outrepasse ses droits et ses devoirs : elle empiète sur le terrain dé la liberté, et, en voulant trop réglementer la vérité divine, elle l'expose, en même temps qu'elle compromet l'unité. Il est obligatoire pour elle, quand elle marque les conditions auxquelles elle attache ses emplois, de se borner à la constatation des grandes doctrines bibliques, base de son enseignement et de son culte, en laissant de côté la théorie proprement dite. Ainsi, pour citer un exemple, sur la personne du Sauveur, le Nouveau Testament enseigne que la divinité est unie en lui à l'hunianité et il le montre adoré dans le Ciel et sur la terre ; il réclame pour lui tous les sentiments qui constituent la piété et qui lui ont toujours fait dire : Mon Seigneîir et mon Dieu ! Mais les rapports du Verbe éternel avec le Père d'un côté, et avec l'Homme- Jésus de l'autre, ne sont point déterminés dans l'Ecriture comme ils l'ont été plus tard dans la dogmatique officielle. Déduits de la révélation, sans y être donnés directement et positivement, ils appartiennent à la partie théologique, et par là même libre, de la doctrine chrétienne ; ils ne doivent pas entrer dans la charte constitutionnelle

de l'Eglise. Les Confessions de foi du xvi^ siècle ont donc dépassé sur ce point leurs vraies limites en consacrant, comme elles l'ont fait, les symboles de Nicée et d'Athanase.

Non seulement les formulaires développés, qui fondent ensemble la théologie et la religion, tels que le sont généralement ceux du xvi° siècle, gênent la liberté, mais ils compromettent l'miité. Ce qui n'est qu'induction de l'enseignement biblique ne pouvant avoir le même caractère d'évidence et d'autorité que ce que l'Ecriture donne directement et formellement, il résultera de là, par la nature même des choses, des dissidences, sans gravité réelle, mais qu'il faudra frapper, sous peine de laisser tomber la loi fondamentale; et l'Eglise se décimera incessamment, soit parce qu'elle se trouvera dans la fréquente nécessité d'exclure, soit parce qu'elle deviendra la proie du séparatisme, dont elle aura posé le principe par une excessive rigidité doctrinale.

Tout formulaire qui dépasse les grands faits de révélation, sous ombre de les compléter ou de les assurer, et ne s'arrête pas à cette uniformité générale de direction qu'exige l'ordre et l'édification de l'Eglise, est répréhensible par cela seul, puisqu'il blesse en pure perte l'esprit de condescendance et de support, que le Nouveau Testament reconamande dans l'intérêt de l'union.

Du reste, les hommes les plus attachés aux anciennes confessions de foi reconnaissent généralement qu'elles ont quelque chose de trop théologique et de trop absolu, et se montrent disposés à y substituer une déclaration plus large, qui rapproche des personnes et des Eglises que ces confessions séparent. Bien des tentatives se sont faites et se font en ce sens. Les esprits " se portent de ce côté, par le travail interne des principes et la nécessité extérieure des choses. Tout fait sentir, de plus en plus, le devoir et le besoin de chercher une base sur laquelle puisse s'asseoir la grande unité évapgélique.

Le formulaire ecclésiastique doit, selon nous, remplir lés trois conditions suivantes :

i° Ne déterminer que les points essentiels à Ihmité générale

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(Renseignement^ de direction et de culte^ on, en d'autres termes-, à Tordre et au gouveriiement de r Eglise.

2° Ces points-là même, les consacrer moiiis comme dogmes que comme faits de révélation.

^'^ Ne les imposer qu'au corps dirigeant [i).

Ce système tient également compte des deux grands principes évangéliques. Il répond à l'un en assurani les points fondamentaux, à l'autre en laissant libre tout ce qui peut l'être. 11 concilie au degré possible la condescendance et la fidélité, les obligations de la charité et les exigences de la foi, les intérêts de l'Eglise et ceux de la doctrine. Il satisfait aux deux besoins, en apparence contraires, qui se font si vivement sentir aujourd'hui, celui d'unité et celui de liberté.. Il garantit cette unité foncière sans laquelle une Eglise ne peut ni marcher, ni subsister, et il laisse cependant à la liberté beaucoup d'espace ; il ne la restreint qu'autant que l'exigent l'ordre et l'édification.

Il est un autre besoin, trop peu apprécié dans les questions ecclésiastiques, et auquel une bonne organisation doit se prêter aussi, celui d'un régime spirituel particulier pour certains états religieux et moraux. Quoique d'accord sur le fond, on peut en être autrement impressionné, selon qu'on le saisit principalement ou par la raison, ou par la conscience morale, ou par le cœur, ce qui lui imprime un caractère tantôt plus dogmatique, tantôt plus pratique, tantôt plus mystique; types distincts du Christianisme, qu'on peut reconnaître déjà parmi les apôtres, chez saint Paul, saint Jacques, saint Jean; directions différentes qui veulent à certains égards une culture différente. D'ailleurs, ce qui suffît aux chrétiens commençants ne saurait suffire aux

(1) Comment ne pas faire remarquer ici que le Synode de 1872, sans connaître la pensée du Professeur Jalaguier, l'a cependant traduite en édictant une déclaration de foi conforme à ces deux premiers points? Il s'en est écarté malheureusement dans le troisième ; et combien de membres ou d'amis de notre Eglise l'ont déploré ! Nous souffrons encore, hélas ! du désordre ecclésiastique qui en futla conséquence. (Edit.)

chrétiens avancés ; le point de vue des uns n'est plus celui des autres, sous le double rapport de la foi et de la sanctification. Il est tout simple que les personnes (|ui éprouvent les mêmes besoins se cherchent, s'unissent par une communion plus étroite, et mettent en commun leurs moyens d'édification, formant ainsi de diverses manières des ecclesioise in Ecclesia. C'est un droit qu'on ne peut méconnaître sans injustice et sans péril. Le leur dénier, c'est les pousser au séparatisme. Qu'au contraire on le leur accorde pleinement, il n'en résultera que du bien, pourvu que le devoir de l'union, c'est-à-dire le vrai principe évangélique, soit compris et respecté. Si nous voulons une Eglise générale, il faut y laisser place aux tendances particulières, sous les grandes conditions qui doivent en garantir l'unité intérieure et extérieure. — Mais que nous avons à apprendre à cet égard !

Ici se placerait naturellement un projet de formulaire, si nous nous sentions en mesure et en droit de l'essayer. Notre article des Points fondamentaux indique dans quel esprit nous le concevrions. La difficulté de le réaliser et de le légitimer lient au désordre de notre temps, plus qu'à la nature des choses. jE?z pi'incipe, le contenu substantiel du Nouveau Testament doit pouvoir se dégager et se constater comme celui de tout autre écrit. Ce n'est pas de l'obscurité du livre, c'est de la prévention des lecteurs que vient le défaut d'entente sur le fondamental et le vital de son enseignement, seule chose qui importe ici. En faity à part l'évidence interne et directe, nous avons deux critères externes, deux moyens. indirects de vérification qui ne demandent qu'à être convenablement appliqués pour assurer le résultat général. Je les ai exposés à l'article des Points fondamentaux, car cette question, telle que nous Tavons envisagée, . est la même que celle Aqs Formulaires ecclésiastiques. hQ% deux contrôles dont il s'agit sont le témoignage de l'étude pleinement docile des Saintes Ecritures, et le témoignage, non nioins positif et peut-être plus frappant, de l'étude pleinement indépendante.

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Le premier nous est fourni par ce fond .vital de croyances auquel arrivent généralement les humbles disciples de la Bible, qui subsiste plus ou moins pur dans toutes les grandes Eg"Iises, à travers leurs diversités, et qui, séparé des interprétations traditionnelles et des formules tliéologiques, constitue ce qu'il semble à peu près convenu de nommer Vorthodoxie (1). Le second nous est fourni par l'exégèse rationaliste et incrédule. Partout où des préoccupations systématiques, des intérêts d'opinion ou de position n'ont point empêché de voir dans le Nouveau Testament ce qui y est et de dire ce qu'on y trouve, on s'est accordé à y reconnaître, comme tenant à l'essence même de son enseignement, les dogmes dont nous avons fait les points fondamentaux, c'est-à-dire ceux qu'il s'agirait de fixer et de garantir.

Que le principe protestant reprenne son empire, ce qu'il fera certainement car il est le principe chrétien, et la théologie ^iô%i/e du rationalisme aura contribué pour beaucoup à résou- - dre quelques-unes des questions les plus controversées et les plus graves, celle en particulier du contenu foncier des Livres saints, à laquelle s'en rattachent tant d'autres ; le rationalisme aura ainsi servi, et servi puissamment, la cause qu'il prétend ruiner.

Il est difficile, sans doute, sinon de déterminer ce fondamental que l'Eglise doit réglementer dans l'intérêt de sa foi et de sa vie, du moins de le faire admettre dans le désordre actuel des idées. Mais si les principes se raffermissent, si les troubles s'apaisent, bien des montagnes s'aplaniront. Ainsi, sur la personne de Jésus-Christ, les grands éléments du dogme ecclésiastique, pris simplement comme faits de révélation^ se constatent d'euxmêmes : préexistence, création du monde, règne sur l'Eglise, action mystique sur les âmes qu'il illumine et régénère^ seconde venue pour la résurrection et le jugement, union en lui de la vraie divinité et de la vraie humanité, culte religieux avec

{i)yo\VT^. '^^1. Doctrine des points fondamentaux.

r'ensemble de sentiments .dont il sort et qu'il nourrit; tout cela, simplement comme fait, ne frappe-t-il pas au cœur cet idéalisme vaporeux oii l'on se réfugie de tant de côtés ? — De même de l'œuvre de Jésus-Christ et des autres articles réglementaires ou constitutifs.

La Bible maintenue comme norme suprême de vérité, nous sommes en droit d'affirmer qu'elle les donne formellement. Qu'on l'ouvre en renonçant à tout esprit propre comme à toute volonté propre, qu'on l'ouvre avec l'humble et ferme intention à^ être enseigné de Dieu., et l'on verra! Or, tout est là pour l'Eglise de la Bible.

Encore une fpiSj que la réalisation de ces vues ne soit pas chose aisée, c'est tout simple ; car c'est l'abandon de la méthode ou de la forme suivie jusqu'ici, c'est le passage du système Ihéologique au système scripturaire. Mais des difficultés ne sont pas des impossibilités. Le fondamental évangélique peut certes être suffisamment dégagé, constaté, précisé, autant que l'exigent l'ordre et l'édification. Et puis, n'oublions pas que le mouvement actuel pousse de plus en plus dans ce sens les âmes et les églises attachées à la vérité telle qu'elle est en Christ ; fidèles à ce fond divin où la foi et la vie de la foi ont toujours plongé leurs racines, elles aspirent de toutes parts à s'unir sur celte base, à travers leurs dissidences secondaires, pour marcher ensemble au grand combat de la foi contre le négativisme déclaré et contre celte sorte de nominalisme chrétien qui n'est qu'un négativisme déguisé.

Je n'ai voulu, par ces observations, que constater le principe qui doit présider à l'établissement des formulaires, savoir la conciliation de la spontanéité et de la règle, de la condescendance et de la fidélité, ou, comme on dit en politique, de la liberté Qi de l'ordre', car le problème est le même au fond pour l'Eglise que pour l'Etat. Ce simple rapprochement fait entendre quelles sont les difficultés d'exécution. Tous les projets laisseront plus ou moins de prise à l'élernel dilemme des partis

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extrêmes : c'est trop ou trop peu. Toujours, l'un trouvera qu'on ne sauvegarde pas assez l'unité, l'autre la liberté. Et puis, l'esprit des temps subissant des transformations infinies, Faccent devra se mettre sur des points différents, selon les entraînements ou les préoccupations du moment. Aujourd'hui, par exemple, ainsi que j'ai eu l'occasion d'en faire la remarque, l'article qu'il faudrait porter en première ligne est celui de Yinspiration des Eci'itures, autrefois sous-entendu ou supposé plutôt que posé, parce qu'il était universellement et pleinement admis.

En somme, si le régime des formulaires est difficile, celui qui prétend s'en passer est impossible. Une Eglise sans règle de foi n'est pas plus une Eglise qu'un Etat sans constitution n'est un Etat. C'est moins encore, car le despotisme peut tenir lieu de loi dans l'Etal, tandis que l'ienne peut tenir lieu d'une doctrine dans r Eglise, puisqu'elle n'est qu'en elle et par elle. L'esprit des Ecritures, les données de l'expérience, la nature des choses, font du premier système une obligation et une nécessité. C'est à chaque époque et à chaque situation à l'appliquer dans la mesure et sous la forme qu'elles réclament.

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