CUAP. I. — PARALYSIES COSSÉC. AUX LÉS. DES NERFS MIXTES
paralysées, qu'une atrophie en général assez lente à se montrer. Dans deux cas, au contraire, où des exostoses se sont formées à l'endroit de la section de la moelle, et comprimaient le bout inférieur, il y a eu atrophie considérable en cinq ou six jours, et une ulcération gangreneuse du sacrum et de quelques points de la cuisse. 11 faut donc distinguer les effets de l'excitation de la moelle épinière et des nerfs, de ceux de la paralysie ou simple cessation d'action de ces parties. En d'autres termes, il faut distinguer les effets de l'action morbide de ceux de l'absence d'action. »
Le fait clinique précédent me semble donner raison à l'hypothèse de M. Brown-Séquart. On se rappelle en effet qu'au moment où je constatai la diminution de la contractilité électrique des muscles de l'éminence thénar, chez notre malade, je vis un ensemble de symptômes que l'on peut rapporter à un certain degré d'irritation du nerf médian divisé. Des phénomènes analogues ont dû se produire dans le fait relaté plus loin (obsv. XXXVII), où le nerf médian qui avait été complètement coupé au niveau du pli du bras, s'était enflammé par suite d'un mauvais premier pansement ; il en était résulté une paralysie atrophique, avec perte de la contractilité électrique, qui n'était pas encore guérie trois ans plus tard (1).
D.— L'exploration électro-musculaire faite peu de temps après la réunion des bouts du nerf divisé, permet d'établir immédiatement le pronostic de la paralysie des muscles situés au-dessous de la section du nerf. 11 ressort en effet du fait clinique précédent, 1° que, chez l'homme, la perte de la contractilité électrique des muscles animés par le bout périphérique d'un nerf réséqué ou sectionné et réuni au bout supérieur par la suture, annonce que ces muscles resteront plus ou moins longtemps paralysés et qu'ils s'atrophieront ; 2° que la perte de la sensibilité électrique de ces muscles est la conséquence inévitable de la section du nerf mixte qui les anime, bien qu'à la main les doigts puissent alors conserver leur sensibilité cutanée et tactile, en vertu des anastomoses de différents nerfs parles an-es de leurs filets collatéraux ; 3° que le retour de la sensibilité électrique dans ces muscles est un signe pronostique favorable.
Celte dernière proposition s'est trouvée corroborée par un autre cas analogue au précédent, que je traitais concurremment dans mon cabinet. En voici le sommaire.
Observation XXXVII. — En 1803, blessure (section) du nerf médian au niveau du pli du bras, chez une femme âgée de 23 ans; paralysie immédiate des muscles animés par la branche terminale du nerf médian. —
(0 Les expériences de M. Ers (Deutsli-arcliiv. t. IV et V, 18GS et 1869) et de M. Ziemssen (id.) paraissent, d'après M. Charcot, concilier la physiologie avec l'observation clinique.— Je reviendrai sur cette question.
Inflammation de la plaie, consécutivement au premier pansement mal fait par un pharmacien. — Trois mois après, constatation par moi de la paralysie atrophique de ces muscles et de l'abolition de leur contractilité et de leur sensibilité électriques. — Insuccès d'un premier traitement de deux mois par la faradisation. — Essai d'un nouveau traitement par la faradisation, trois ans après; en quelques séances, apparition d'un peu de sensibilité et développement très-lent de la motilité et delà nutrition des muscles.
Rapproché du précédent, ce dernier fait clinique est intéressant, particulièrement au point de vue de la, différence du pronostic déduit de l'absence ou de l'existence, même à un faible degré, delà sensibilité électrique des muscles paralysés consécutivement à la blessure d'un nerf mixte. Dans le premier (obs. XXXVI), j'avais prédit, dès le retour de la sensibilité des muscles paralysés, une guérison assez prochaine ; en effet, à partir de ce moment, pendant et après la faradisation, tous les phénomènes annonçant le retour de la nutrition (élévation de température et rubéfaction légère de la peau, bypéresthésie profonde), et puis bientôt augmentation de la masse musculaire de l'éminence tbénar, retour de la force tonique et un peu de motilité volontaire, tandis que, dans le dernier (obs. XXXVII), ces phénomènes ont commencé à se manifester seulement après trois ans.
ARTICLE TII
PARALYSIES OBSTÉTRICALES INFANTILES DES MEMBRES SUPÉRIEURS AVEC OU SANS FRACTURES, LUXATIONS OU AUTRES COMPLICATIONS.
L'histoire des paralysies obstétricales infantiles est restée trèsobscure jusqu'à ce jour. On n'a décrit que la paralysie du membre supérieur avec ou sans paralysie de la face, produite par l'application du forceps; et encore, son étude ne date-t-elle réellement, en France du moins, que de l'intéressante communication faite, en 1851, par M. Danyau (1), d'un cas de paralysie du membre supérieur consécutive à l'application du forceps, dans laquelle l'autopsie révéla une lésion du plexus brachial occasionnée par cet instrument. Cette paralysie était compliquée d'hémiplégie faciale également produite par le forceps.
J'ai eu l'occasion d'observer des paralysies du membre supérieur occasionnées par certaines manœuvres de l'accouchement, dans lesquelles le forceps n'avait pas été appliqué. Ces paralysies étaient sim-
(1) Danyau, Paralysie du metnbre supérieur, chez le nouveau-né [Bulletin delà Société de chirurgie, t. II, p. 118, 1851).
dichenne. — 3e édition. 23