CHAI». IV. — PARALYSIE GENERALE SPINALE SUBAIGUE
mettre en relief les caractères qui la distinguent de la paralysie générale des aliénés avec laquelle on tendait alors à la confondre. C'est pourquoi j'ai dit, en tête de cette définition, que, dans la paralysie générale spinale, les facultés intellectuelles restent intactes. Actuellement, il est superflu de faire entrer cette proposition dans la définition de celte maladie. •
La dénomination de paralysie générale spinale que je lui ai donnée, indiquait comment j'en comprenais la pathogénie ; mais elle reposait principalement sur une vue de l'esprit, car dans les nécropsies auxquelles j'avais assisté, l'examen de la moelle qui avait été fait à l'œil nu, ne pouvait y révéler les altérations des éléments anatomiques caractéristiques de celte maladie. Or, m'appuyant sur deux faits anatomo-pathologiques publiés par MM. Charcot et Joffroy (I ) et sur unecerlaine ressemblance avec la paralysie atrophique de l'enfance dontl'anatomie pathologique aété mise en lumière principalement par ces pathologistes, je crois qu'il est permis de compléter la définition que j'ai donnée ci-dessus de la paralysie générale spinale subaiguë en disant que l'atrophie subaiguë des cellules antérieures delà moelle estprobablementlecaractèreanatomique principal de cette espèce morbide, j'ai exprimé ce fait dans la dénomination de cette variété en l'appelant : paralysie générale spinale antérieure.
Je ferai remarquer encore que je n'ai pas ajouté à la dénomination de paralysie générale spinale, l'épilhèle fatale de progressive, comme je l'ai fait pour d'autres espèces morbides décrites plus tard (l'atrophie musculaire progressive, l'alaxie musculaire progressive, la paralysie glosso-labio-laryngée progressive, etc., dont il sera question dans les chapitres suivants), parce que je l'avais vu guérir plusieurs fois. Celte curabilité de la paralysie générale spinale subaiguë 'est encore à signaler dans sa définition, parce qu'elle est un caractère distinctif des autres maladies progressives, c'est-à-dire, selon Requin qui le premier a employé celte expression, des maladies qui, une fois nées, marchent toujours vers une terminaison fatale.
Les premiers cas de paralysie générale spinale antérieure subaiguës que j'ai recueillis remontent à 1817. J'en avais déjà observé l'année précédente, mais sans les comprendre. Je les étudiait alors parallèlement et comparativement avec l'atrophie musculaire progressive dont j'exposerai la description dans le prochain chapitre. Les faits à l'aide desquels j'ai essayé de démontrer l'existence de ces deux espèces morbides nouvelles, ont été réunis dans un
(1) Charcot et Joiïïoy, Deux cas d'atrophie musculaire progressive (Arcfi, de PhysioL, 1809).
ART. I. — PARALYSIE GÉNÉRALE SPINALE ANT. SUBAIGUE. 4 fil
travail qui faisait partie d'une série de mémoires adressés par moi, le 21 mai 1849, à l'Académie des sciences (1).
La paralysie générale spinale antérieure subaiguë suit, dans son développement une marche tantôt ascendante, après avoir débuté par les membres inférieurs, ou le plus souvent par l'un d'eux, tanlôt une marche descendante, en attaquant également un des deux membres supérieur ou !es deux à la fois. Je me bornerai à exposer ici deux cas types, choisis parmi ceux que j'ai recueillis et qui présentent cette maladie sous ses deux formes ascendante et descendante; ils serviront à tracer le tableau de cette maladie.
Observation LXXXI. — Paralysie générale spinale subaigu'è avec perte de la contraclilité électro-musculaire et atrophie consécutive, débutant pur les membres inférieurs et envahissant toutes les régions du corps, en suivant une marche ascendante. — Autopsie : métamorphose graisseuse de quelques muscles; pas de lésion anatomique appréciable à l'œil nu dans les centres nerveux. (Charité salle Saint-Félix, n° M, service tle M. Andral.)
Martin, 55 ans, ancien militaire, d'une assez bonne constitulion n'a pas eu d'affections syphilitiques, n'a pas abusé des plaisirs vénériens n'a pas été exposé à l'intoxication saturnine, et n'a, d'ailleurs, jamais éprouvé de coliques ni de constipation qui puissent faire attribuer, à cette dernière cause la paralysie dont il est atteint; pas de liséré blanchâtre des gencives; enfin, pas de rhumatismes musculaires, ni de douleurs névralgiques antérieures.
Le 2S septembre 1846, portant une charge de bois sur l'épaule °-auche il fit une chute qui occasionna une entorse, pour laquelle il entra à l'hôpital Beaujon. Un mois après se déclare un phlegmon suivi d'une fièvre intense. Vers la fin de mars 1847, il sortit de l'hôpital, mais incomplètement guéri de son entorse, et s'aidant d'une crochette.
Quelque temps après sa sortie, il commença à s'apercevoir que ses forces diminuaient dans les membres inférieurs. Depuis lors, l'affaiblissement musculaire augmenta graduellement, au point de rendre la station impossible. En octobre 1847, il fut forcé de s'aliter, il sentit alors que ses membres supérieurs perdaient aussi leur farce; puis le malade remarqua que ses jambes diminuaient de volume. Dans le cours de la paralysie, pas de fièvre pas de iroubles de la digestion, pas de paralysie de la vessie ni du rectum.
En décembre 1847, époque de son entrée à la Charité, je constatai les phénomènes suivants: station et marche impossibles; au lit, le malade peut faire imprimer tous les mouvements à ses membres inférieurs mais lentement et avec grands efforts ; il s'assied sur le lit et se tourne en tous sens; il éprouve un peu d'affaiblissement dans les membres supérieurspas de paralysie de la vessie ni du rectum; pas de douleur dans la tête, ni dans les membres, ni dans le racbis. Point de tremblement des membres, ni de soubresauts ; mais, en l'examinant avec soin on voit
(1) Duchennc (de Boulogne), Recherches électro-physiologiques, pathologiques et thérapeutiques {Comptes rendus de l'Académie des sciences, 18iU).