AHT. IV, § II. — TRAITEMENT
alors dans leur existence, et à n'attirer son attention sur cette maladie qu'à une époque où il ne reste plus aucune chance de succès à l'intervention thérapeutique. En effet, la croyance que la paralysie est le symptôme primitif, comme !e lui rappellerait sans cesse cette fausse appellation de paralysie alrophique, le conduirait naturellement à ne diriger le traitement que sur les muscles dont les fonctions seraient affaiblies, c'est-à-dire, alors que ces muscles seraient déjà arrivés aux dernières limites d'atrophie ou d'altération de tissu. Si, au contraire, le médecin est prévenu que, chez le malade qui vient réclamer ses soins, seulement avec l'espoir de recouvrer l'usage perdu ou compromis de quelques muscles, les autres muscles dont les mouvements et la force paraissent intacts, sont tout autant menacés, dans leur existence, dès qu'ils ont subi un commencement d'atrophie et qu'ils sont en môme temps agités de contractions fibrillaires, il n'attendra certainement pas, pour agir, que ces muscles ne remplissent plus leurs fonctions, en d'autres termes, qu'ils soient atteints dans leur texture. Alors il lui sera possible, en intervenant à temps, d'arrêter la marche envahissante de celte maladie, ainsi que j'en ai rapporté plusieurs exemples.
Je professe depuis longtemps que la faradisation localisée, convenablement appliquée, refait — que l'on veuille bien me passer cette expresion — de la libre, dans l'atrophie musculaire ; rien n'est plus évident. Ne résulte-t-il pas, en effet, de l'examen microscopique, que, dans cette maladie, la quantité des fibres diminue dans les muscles qui s'atrophient, c'est-à-dire qu'un grand nombre d'entre elles disparaissent alors complètement? Si donc un muscle atrophié a augmenté de volume par la faradisation localisée, on peut dire rigoureusement, que celle-ci augmente le nombre des fibres dont il se compose, en d'aulres termes, qu'elle en a refait de toutes pièces. Or, c'est ce qui est produit assez fréquemment, par l'application de la faradisation localisée au traitement de l'atrophie musculaire progressive.
Jusqu'à présent je n'ai pas vu, dans celLe affection, la nutrition musculaire se manifester dans les points où l'absence de contraction éleclro-musculaire accusait la destruction du tissu musculaire; mais partout où j'ai rencontré quelques faisceaux contractiles, fréquemment ils sont devenus, pour ainsi dire, le no.yau ou le centre d'autres faisceaux musculaires dont le volume a augmenté très-notablement, et dont la puissance s'est aussi accrue proportionnellement par la faradisation localisée. La question de thérapeutique est intimement liée à la question de pronostic; que l'on me permette donc d'y revenir. Les faits rapportés dans ce travail, et qui établissent de la manière la plus évidente que la marche envahissante de l'atrophie musculaire progressive peut ôlre arrêtée,
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et que l'on reproduit même de la fibre musculaire dans les muscles qui en ont déjà perdu une grande partie, ces faits, dis-je, ont modifié, j'espère, de la manière la plus heureuse le pronostic de cette maladie, qu'on avait trop de tendance à meUre en parallèle avec la paralysie générale progressive, au point de vue de l'incurabilité. Toutefois, en pareil cas, le médecin apportera beaucoup de réserve dans son pronostic, en se rappelant ces histoires si tristes, exposées au commencement de ce travail, et dans lesquelles il semble que l'atrophie musculaire progressive, quoi qu'on ait fait, marche toujours vers une terminaison fatale.
B. Conditions anatomiques centrales qui permettent à. la faradisation localisée d'exercer une influence thérapeutique favorable sur l'atrophie musculaire. — L'examen microscopique de coupes transversales de moelles provenant de sujets atteints d'atrophie musculaire consécutive à la lésion des cornes antérieures de la moelle (dans la paralysie spinale antérieure aiguë ou subaiguë, ou dans l'atrophie musculaire progressive) montre que les cellules antérieures sont lésées à des degrés divers; l'altération des muscles est alors en raison directe du degré de la lésion cellulaire. Il est évident que, dans les cas d'atrophie progressive, où toutes les cellules antérieures sont entièrement atrophiées et dans lesquels le tissu musculaire devra tôt ou tard être profondément altéré, on ne peut rien attendre de la faradisation musculaire. Mais il n'en est plus ainsi, clans d'autres circonstances, et souvent, lorsqu'un travail forcé ou exigeant des contractions musculaires trop continues pendant des mois et des années, a été la cause occasionnelle d'atrophies musculaires progressives. Mes observations m'ont porté à croire que, sans cette cause occasionnelle, l'atrophie musculaire ne se serait pas manifestée. C'est lorsque la faradisation musculaire localisée, favorisée par le repos, a pu rappeler la nutrition dans des muscles atrophiés , ou arrêter la marche et l'extension de cette maladie, c'est dans ces cas, dis-je, que très*probablement peu de cellules étaient profondément atrophiées et qu'elles étaient, pour la plupart, légèrement altérées.
Tant quej'aicruà l'origine périphérique de l'atrophie musculaire progressive, l'application thérapeutique de la faradisation localisée m'a paru le traitement le plus rationnel, parce qu'elle réveille les circulations locales et restaure la nutrition des muscles, là où l'altération de tissu n'est pas trop avancée. Je pensais conséquemment qu'elle pouvait arrêter ainsi la marche envahissante de l'atrophie et son extension de la périphérie au centre. Mais sachant aujourd'hui que l'atrophie des cellules antérieures de la moelle est la lésion originelle fondamentale de l'atrophie musculaire progressive* on conçoit que la faradisation localisée des muscles ne