‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et à la thérapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 22 sur 505 · CI1AP. II. — ELECTRISATION LOCALISÉE · texte numérisé non relu

CI1AP. II. — ELECTRISATION LOCALISÉE

« Un double fond GDEF, qui forme la partie inférieure de la boîte et couvre la pile, sert en môme temps de support aux divers organes nécessaires à la manipulation de l'instrument. Ceux-ci sont : AA', pièces qui livrent le courant et dans lesquelles s'insèrent les cordons conducteurs ; MM', manettes qui permettent d'accoupler ensemble, en plus ou moins grand nombre, les éléments de la pile, et de diriger le courant dans le sens voulu ; G, galvanoscope servant à constater le passage du courant.

« Tous les couples, ayant des dimensions et des dispositions identiques, peuvent prendre sans inconvénient la place l'un de l'autre ; ils sont en outre construits de telle sorte qu'on ne peut les replacer dans la boîte que dans une position convenable pour leur accouplement. Les contacts des diverses pièces se font automatiquement en remettant les piles en place.

« Celte disposition générale de l'appareil en simplifie beaucoup la manipulation ; elle facilitera la vulgarisation du courant continu.

«Un couple au cblorure d'argent, ayant un zinc de 8 centimètres carres de surface utile, correspond, comme quantité, à un couple de Remak nouvellement et bien chargé. Sa force électro-motrice est un peu plus faible, environ comme 5 est à 6. Pour représenter une pile de Remak de 24 couples, si embarrassante, il suffira de prendre 36 couples au chlorure d'argent de 8 centimètres de surface.

« Enfin les frais de cette pile n'excèdent pas 30 centimes par heure de travail, si le corps humain se trouve dans son circuit. »

J'expérimente celte pile depuis un mois environ. Je suis Irès-satisfait des résultais que j'en ai obtenus; son transport est "aussi facile que celui des appareils d'induction; son application n'exige aucune de ces manipulations inévitables dans l'usage des autres piles; mais je ne l'ai pas vue fonctionner depuis assez de temps pour me croire autorisé à en juger la valeur réelle; ni pour affirmer qu'elle remplit toutes les conditions annoncées par son inventeur, au point de vue de la constance de son courant continu et de sa force électromotrice.

b. Petite pile à colonnes du Conservatoire des arts et métiers. — On avait construit depuis longtemps en Angleterre une petite pile à colonnes (diminutif de la pile à colonnes de Volta), dont chaque disque, formé de deux plaques de cuivre et de zinc soudées ensemble, offrait à peine 1 centimètre et demi de diamètre (1). Celte pile se composait d'un plus ou moins grand nombre de couples. Les dis-

(t) Il en existe un modèle au Conservatoire des arts et métiers.

ques et les rondelles de drap qui séparent ces couples offraient à leur centre un orifice au moyen duquel on les enfilait sur une mèche de coton, sous forme de colonne. Voulait-on mettre celte petite pile en activité, on la plongeait dans du vinaigre. Les rondelles et la mèche de colon restaient longtemps imprégnées de ce liquide, après qu'on les en avait retirées.

Celte petite pile voltaïque avait l'avantage d'occuper peu d'espace; mais son emploi exigeait qu'on la nettoyât chaque fois; ce qui occasionnait une perte de temps assez considérable. Grâce cependant à la multiplicité de ses éléments, combinée avec la diminution des surfaces, on en augmentait la .puissance éleclro-molrice en diminuant son action calorifique et électrolytique. C'était évidemment un progrès dont l'utilité, malheureusement, a été peu comprise. Ce petit appareil est en effet resté à peu près généralement inconnu, et l'idée qui avait présidé à sa construction a été trop longtemps négligée.

c. Chaînes galvaniques de Golberger et de Pulvermachcr. — Dans ces dernières années, on a imaginé des petits appareils voltaïques connus sous le nom de chaînes galvaniques, qui reposent sur les mêmes principes que le précédent, c'est-â-dire qui se composent d'un très-grand nombre d'éléments et présentent peu de surface.

Les premières chaînes de Golberger, qui ne possédaient aucune espèce de propriété, parce que les éléments qui les composaient n'étaient pas disposés dans les conditions nécessaires à la production d'un courant galvanique, ont bientôt donné naissance aux chaînes galvaniques de Pulvermacher (fig. 16 et 17). Elles sont admirablement

Fig. 16. — Chaîne galvanique de Pulvermacher.

Fig. 17. — Autre forme de chaîne g- lvanique de Pulvermacher.

combinées pour produire, sous un petit volume, des courants galvaniques d'une grande puissance éleclro-molrice avec une action calori-

co

CUAT. II. — ELECTRISATION LOCALISÉE.

Pique et éleclrolylique modérée. En voici les principales dispositions : chacun des couples de ces chaînes galvaniques se compose d'un fil de zinc enroulé en spires serrées, sans toutefois se toucher, sur un petit cylindre de bois de \ centimètre et demi à 2 centimètres de longueur et de 5 à 6 millimètres de largeur. Ces couples, réunis entre eux par de petites boucles de cuivre et de zinc (les fils de cuivre communiquent avec le fil de zinc et vice versa), forment des chaînes dont la longueur varie suivant l'intensité qu'on veut obtenir. On peut ainsi former des batteries qui se composent de 300 à 400 éléments. Ces chaînes, après avoir été trempées dans du vinaigre, donnent naissance à des courants, et conservent pendant plusieurs heures cette propriété, qui cependant s'affaiblit notablement dans un temps assez court. La chaîne de Pulvermacher, qui, on le voit, est une heureuse modification de la pile de Volta, a éié principalement destinée à être appliquée, pour ainsi dire, sous forme de topique, et l'excitation électro-cutanée qu'elle produit peut être avantageusement employée pour combattre les douleurs rhumatoïdes ou les névralgies rebelles. Mais lès interruptions continuelles dues à sa mobilité et sa rapide polarisation en font un appareil mal approprié à la galvanisation musculaire et surtout à l'application des courants continus.

d.^Pile à rubans de Duchenne [de Boulogne). — Dans le but d'éviter les inconvénients de celte mobilité des éléments, j'avais imaginé un petit appareil vollaïque, reposant aussi sur le prin-

Fic. 1S. — Pile à rubans de Duchenne (de Boulogne).

cipe de la multiplication des cléments et de la diminution des surfaces. Il était formé de petits cubes d'un centimètre et demi de hauteur, composés chacun d'un ruban de zinc et d'un ruban de cuivre repliés plusieurs fois sur eux-mêmes et séparés par un petit diaphragme de toile, ou mieux de peau de baudruche; ces petits

ART. II, § II. — GALVANISATION MUSCULAÏKE. Gl

cubes, soudés entre eux, de manière que les lames de cuivre communiquassent avec les lames de zinc, étaient fixés dans un châssis de bois (fig. 18). On pouvait ainsi réunir 150 de ces petits couples dans un châssis qui présentait une surface de 16 centimètres sur 12. J'avais donné à ce petit appareil le nom de pile à rubans. Pour le mettre en action, je le laissais p'ongé pendant quelques minutes dans un bac contenant une certaine quantité de vinaigre. Un rhéotome (appareil propre à produire des intermittences), marchant à l'aide d'un instrument d'horlogerie et mis en rapport avec l'un des pôles, me permettait d'obtenir à volonté des intermittences plus ou moins rapides. — Je n'ai pas besoin de faire ressortir les avantages de cette pile voltaïque, dont les éléments étaient fixes et soudés les uns aux autres, avantages que je n'ai pas trouvés dans les chaînes de Pulvermacher. Celles-ci ne peuvent servir que comme topiques galvaniques; celles-là sont plus sûres et d'un usage plus commode,

Fig. 19. — Appareil électromoteur de Alph. Mathieu.

lorsqu'on veut, dans certains cas, pratiquer la galvanisation localisée. Enfin cette pile à rubans était tout aussi puissante que la chaîne de Pulvermacher, et n'était pas, comme elle, exposée à une détérioration aussi rapide.

e. Petite pile de tension de Alph. Mathieu. — A ma pile à rubans j'ai préféré un petit appareil électromoteur ([ig. 19). Conçu dans le môme esprit, bien que ses éléments diffèrent de ceux de la

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pile à rubans. II est d'un maniement plus facile, grâce à un mécanisme ingénieux qui fail corps avec l'appareil. On peut l'appliquer par courant continu, et par intermittences très-rapides ou plus ou moins lentes, au moyen d'un volant qui tourne seul pendant dix à quinze minutes, lorsqu'une impulsion lui a été donnée (1). En voici la description.

Cette pile ou batterie, d'une petite dimension, est renfermée dans une boîte qui se sépare en deux dans sa hauteur. La partie inférieure est destinée à contenir le liquide nécessaire pour charger la pile. Dans la partie supérieure, une tablette reçoit les extrémités de 400 petits couples dont on voit une partie à travers l'ouverture pratiquée sur la paroi antérieure de la figure 19. Les éléments de ces couples, l'un en fil de laiton enroulé en spires, l'autre en fil de zinc également enroulé, sont séparés l'un de l'autre par un léger tube perméable. Le liquide excitateur dans lequel on les a plongés momentanément les enveloppe de tous côtés, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur, et, quand la pile fonctionne, il redescend en suivant les parois, qu'il lave constamment.

Entre le couvercle, qui est fermé par une glace, et l'espace occupé par la batterie, se trouve placé le mécanisme des intermittences. A droite, sont les boutons qui commandent ce mécanisme. Le mouvement en est fourni par un volant lancé à l'aide d'une crémaillère C. Les intermiltences rapides sont produites par les vibrations d'un ressort ébranlé par le volant. Les intermittences lentes sont obtenues parle moyen de deux roues dentées, également conduites par le volant, et qui agissent à l'aide de chevilles sur un levier disposé à cet effet. Chacune des roues produit une intermittence différente ; on met en action l'une ou l'autre roue par le jeu de la coulisse, qui les supporte en tirant plus ou moins la tige A, jusqu'aux arrêts.

A gauche, sont les écrous NP pour fixer les conducteurs, et avec lesquels la batterie se met en communication sans qu'on ait à s'en occuper. Pour avoir le courant continu, l'on tire le boulon D jusqu'au point d'arrêt. Le bouton B, que l'on tire plus ou moins jusqu'au point d'arrêt, permet de graduer avec une régularité parfaite Li force électro-motrice du courant.

Le liquide excitateur ayant été versé dans le compartiment inférieur, on y fait plonger la pile en pressant sur les boutons E. Après quelques minutes on la fait remonter dans la place qu'elle occupait antérieurement.

La pile se charge avec le vinaigre ordinaire, ou avec l'acide pyroligneux pur ou étendu d'eau, ou avec l'acide acétique cristallisé,

(l)Ce petit appareil électromoteur est fabriqué par son inventeur, M. Alph. Mathieu, mécanicien.

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dans la proportion moyenne de 10 grammes par demi-lilre d'eau; ou même avec l'eau salée.

Si l'on veut transporter l'appareil en ville, on le vide dès qu'il est chargé, cela fait, il fonctionne toute une journée sans perdre sensiblement de son intensité.

L'action calorifique et éleclrolytique, ai-je dit, est diminuée dans les appareils à petite surface et à un seul liquide que je viens de décrire (petite pile à colonnes, chaîne de Pulvermacher, pile à rubans de Duchenne, pile de A. Mathieu), mais elle ne l'est pas au point de ne pouvoir être utilisée à l'occasion. En effet, ces appareils désorganisent parfaitement la peau, en la faisant passer par tous les degrés de la brûlure, lorsqu'on limite leur action dans cet organe. Ils peuvent, en conséquence, remplacer, jusqu'à un certain point (1), le moxa et la cautérisation transcurrente. Ils sont même quelquefois préférables à ces moyens, en ce qu'ils se graduent assez bien pour produire une cautérisation ou une action éleclrolytique plus ou moins lente, suivant les indications particulières, tandis que le feu désorganise rapidement les tissus, et que la douleur cesse immédiatement après la formation de l'eschare. Ceux qui ont ordonné l'application thérapeutique de ces piles à petite surfaces ont oublié trop souvent les dangers ou les inconvénients de leur action calorifique ou électrolytique.

Ces appareils, pouvant faire contracter assez énergiquement les muscles, semblent, au premier abord, devoir être très-utiles dans le traitement des paralysies. Malheureusement ils sont exposés à s'affaiblir rapidement, presque aussitôt après qu'on les a mis en action. Pour en donner une idée, il me suffira de rapporter une des expériences quej 'ai faites sur ce sujet avec une longue chaîne de M. Pulvermacher. Je dirigeai un courant intermittent sur le biceps brachial, cet appareil étant à son maximum. La contraction du muscle fut telle, à la première intermittence, que l'avant-bras se fléchit violemment sur le bras, et que le sujet éprouva une assez vive sensation. Mais la seconde contraction fut un peu moins forte que la première, et les contractions suivantes s'affaiblirent de plus en plus, au point qu'après un certain nombre d'intermittences (une vingtaine), le biceps se contractait à peine. Je renouvelai pendant plusieurs jours cette expérience sur différents muscles, et je constatai que cet affaiblissement était d'autant plus rapide, que les intermittences étaient plus rapprochées. Le courant continu épuise l'appareil plus vite encore

(l) Si l'on voulait produire une cautérisation rapide et profonde, comme avec le moxa, il faudrait employer une batterie à large surface, comme celle qui a été imaginée par M. Jules Regnault, et que j'ai déjà mentionnée page 14, ou mieux encore la pile puissante et ingénieuse de M. Grenet.

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que le courant intermittent. Ces petits appareils sont donc puissants... à la condition, pour ainsi dire, de ne pas être mis en action! Mais cet affaiblissement n'est que temporaire ; car si le circuit est interrompu pendant un quart d'heure, l'appareil se recharge en général et récupère sa force première.

L'affaiblissement temporaire de ces petites piles voltaïques, même sous l'influence des courants intermittents, joint à leur épuisement progressif et continu, permet difficilement d'en mesurer et d'en calculer l'action. En raison de ces causes d'affaiblissement rapide auxquelles est exposée leur puissance physiologique, ces piles à petite surface sont, on le conçoit, peu applicables à la localisation de l'excitation électrique dans chacun des muscles ou des nerfs, surtout dans les études électro-physiologiques et pathologiques qui exigent une grande précision. Comment, en effet, mesurer une force qui subit de telles variations ? Comment la graduer de manière à en proportionner la dose au degré d'excitabilité des organes, si variable dans l'état de santé ou de maladie (1) ?

La polarisation considérable qui se produit rapidement dans ces petites piles voltaïques par le courant continu ne permet pas non plus de les appliquer à l'élude physiologique ou thérapeutique des courants continus.

Parmi les batteries galvaniques à plus grande surface et que j'ai décrites ci-dessus, celles dont le courant est plus constant et dont la force éleclro-motrice est la plus grande, sont les seules applicables à la galvanisation musculaire localisée.

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