II. — SIÈGE ET NATURE
X. — La lésion qui produit cette paralysie siége-t-elle dans le nerf ou bien est-elle périphérique? Si la cause (le courant d'air, le contact du sol humide et frais) avait réellement agi, dans ces cas, périphériquement, c'est-à-dire directement sur les muscles, ceux de la couche superficielle, de la face postérieure de l'avant-bras, seraient plutôt atteints que ceux de la couche profonde. Or, tous les muscles animés par le nerf radial sont toujours également paralysés. D'ailleurs, on ne voit pas pourquoi les muscles voisins de ceux qui sont animés par le nerf radial et qui sont également exposés à ce refroidissement, n'ont pas été également frappés de paralysie.
B. — La paralysie d'emblée du nerf radial à frigore me paraît être produite seulement par une hyperhémie congestive, de nature irritative. Mais si la lésion existe réellement dans ce nerf, pourquoi donc les muscles paralysés n'ont-ils pas perdu leur irritabilité, comme on le verra bientôt dans la paralysie rhumastimale de la septième paire par impression du froid? On pourrait, je crois, expliquer la différence qui existe entre ces deux paralysies, dont la cause est identique, par la différence de leurs conditions anatomiques. En effet, s'il est vrai que, sous l'influence rhumastimale, les nerfs augmentent de volume, le canal osseux (aqueduc de Fallope) parcouru par la septième paire doit s'opposer à cette augmentation de volume, et conséquemment comprimer ce nerf de manière à diminuer l'irritabilité des muscles auxquels il se distribue. Cette cause de compression n'existant pas pour le nerf radial, on comprend que la paralysie de ce nerf puisse exister, sans que la contraclilité électro-musculaire soit affaiblie.
§ 111. — Mon diagnostic différentiel d'an et- la parai jsie saturnine.
I, Mt.ML DIAGNOSTIQUE FltlÉ M I 1IAI DE I.A CONTRÀCT1UTJ ÈLEI rfeb MOSCtJLAIRE.
On se rappelle que j'ai renvoyé l'étude du diagnostic différentiel delà paralysie saturnine, limitée à l'avant-bras, d'avec la paralysie du nerf radial à frigore, au chapitre dans lequel je m'étais réservé de
(1) M. Panas, chirurgien des hôpitaux, conteste la nature rhumatismale 3e la paralysie du nerf radial à frigore; il soutient que cette espèce de paralysie est toujours ou presque toujours occasionnée parla compression. Le travail dans lequel il a exposé cette théorie et qu'il a communiqué à l'Académie de médecine n'ayant pas encore été publié, je dois me borner a le signaler a l'attenlion de mes lecteurs.
traiter du diagnostic de celle-ci, parce que ces deux diagnostics sont inséparables l'un de l'autre. En effet, la paralysie rhumastimale et la paralysie saturnine de l'avant-bras présentent presque toujours les mômes signes extérieurs, et sont caractérisées par les mômes troubles fonctionnels; dans certains cas, rien n'est plus facile que de les confondre, si Ton ne procède pas méthodiquement. La question de diagnostic différentiel que je soulève ici est, on le voit, des plus importantes; elle ne peut être résolue, en général, que par l'exploration électro-musculaire.
Rien de plus facile que de distinguer une paralysie dans laquelle la contractilité électro-musculaire est intacte de celle dans laquelle elle est affaiblie, ou abolie ; or c'est justement le caractère qui dislingue la paralysie du nerf radial à frigore d'avec la paralysie saturnine de l'avant-bras.
L'un des signes diagnostiques principaux de la paralysie saturnine (la lésion de la contractilité électro-musculaire) peut être constaté aisément, car, dans la très-grande majorité des cas, celte propriété musculaire est considérablement affaiblie, sinon complètement abolie. Mais dans d'autres cas très-rares où. la contractilité électro-musculaire n'est que légèrement diminuée, ce signe diagnostique peut échapper à l'observation, si l'on ne sait pas quel doit être le degré d'excitabilité du muscle paralysé à l'état, normal, ou si l'appareil dont on se sert ne jouit pas d'une grande précision ni d'une graduation exacte. Pour apprécier alors le degré d'affaiblissement de la contractilité électrique du muscle paralysé, il faut le faradiser d'abord avec un courant très-faible, et augmenter graduellement le courant, jusqu'à ce que le muscle commence à se contracter, puis comparer ce degré d'excitabilité avec celui du côté sain, lorsque la paralysie est limitée dans un seul membre.
C'est pour n'avoir pas agi de celte manière que plusieurs observateurs ont dit avoir quelquefois trouvé la contractilité électromusculaire normale dans la paralysie saturnine. On conçoit qu'ayant employé un courant un peu trop fort, ils n'aient pas pu constater une faible diminution de la contractilité électro-musculaire. Ces erreurs de diagnostic deviennent encore plus fréquentes, lorsqu'on ne localise pas avec soin la faradisation. Ainsi la paralysie saturnine est-elle limitée dans quelques faisceaux musculaires, dans ceux du médius et de l'annulaire, par exemple, ce phénomène doit passer inaperçu, si, au lieu d'exciter individuellement chacun de ces faisceaux, on provoque des contractions d'ensemble. Quant à moi, je déclare n'avoir pas rencontré, jusqu'à présent, une seule exception à cette loi que j'ai formulée, à savoir: que dans la paralysie saturnine la contractilité électrique diminue ou se perd dans certains muscles d'élection. .l'ai examiné avec soin les faits négatifs qui m'ont été
utciii nne. — 3e rdiiion. * J
7 0li CIIAP. \. — PARALYSIES A FRIGORE.
signalés, et j'ai constaté que ces prétendues exceptions étaient des erreurs de diagnostic.
II. — SIGNE DIAGNOSTIC TIRÉ DE l'iMMINITÉ 1)1 LONG 8UPINAT1 I I. DANS LA PARALYSIE SATURNINE.
11 me reste à signaler un signe diagnostique différentiel qui, à défaut de l'exploration électro-musculaire, ne permet pas de confondre la paralysie saturnine limitée à l'avant-bras avec la paralysie, du nerf radial. On se rappelle la singulière immunité qui dans la paralysie saturnine existe pour les supinaleurs, tandis que, dans la paralysie d'emblée du nerf radial à frigore, ces muscles sont nécessairement atteints.
Voilà donc un signe diagnostique qui peut servir à distinguer ces deux espèces de paralysies, surtout pour ce qui concerne l'action différentielle du long supinateur. Un exemple va en faire ressortir l'importance.
Observation CXXX1I. — Un individu atteint d'une paralysie de l'un des avant-bras se présente à une consultation de l'bôtel-Dieu, à laquelle j assistais. Le malade est habituellement constipe, il se plaint de coliques ; son poignet droit tombe; ses doigts ne peuvent s'ouvrir comme dans la paralysie saturnine; c'est en effet à celle-ci que l'on rapporte cette paralysie. La profession du sujet ne justifia pas ce diagnostic, mais on pensait, avec raison, que l'intoxication saturnine pouvait bien avoir eu lieu par les boissons. On me demanda mon opinion. Ayant placé l'avant-bras du malade en demi-pronation et dans la flexion sur le bras, je l'engageai à le maintenir avec force dans cette position pendant que je m'efforçai de l'étendre; je constatai alors que le long supinateur (qui, je l'ai démontré, est fléchisseur pronateur) restait flasque et inerte, tandis que, dans la même expérience répétée du côté opposé, il se contractait vigoureusement. Je déclarai que la paralysie de ce malade ne pouvait être saturnine, car son long supinateur était impotent, ce que je n'ai jamais observé dans cette espèce de paralysie. Comme sa paralysie datait seulement de quelques jours et n'avait été précédée ni accompagnée de douleurs, je ne pouvais l'attribuer qu'à une paralysie d'emblée du nerf radial à frigore, j'entrevis que sans doute son bras avait été exposé à un refroidissement pendant son sommeil, et qu'alors il n'avait pu mouvoir sa main. Je l'interrogeai dans ce sens, et ses réponses confirmèrent mon diagnostic. En effet, débardeur de son état et ayant fait sa sieste sur un bateau, après son déjeuner, les deux bras étant à nu, quand il se réveilla, son bras droit était froid, engourdi et que, depuis lors, il n'avait pu ni relever son poignet, ni mouvoir ses doigts. A l'appui de mon diagnostic, j'annonçai que les muscles paralysés devaient avoir couservé leur conlractilité électrique ; ce qui fut constaté immédiatement.
Dans ce fait clinique, en somme, c'est la paralysie du long supi-