ART. III. § I. — PARALYSIE DES SENS
contre fréquemment dans l'hystérie, sont ordinairement limitées au côté gauche de la langue. Elles guérissent, en général, très-rapidement, en quelques séances de faradisation pratiquée sur les points de la langue ou des narines, dans lesquels se ramifient les nerfs linguaux, glosso-pharyngiens et olfactifs. Pendant une dizaine d'années, j'ai eu de très-nombreuses occasions d'observer ces faits thérapeutiques, chez les hystériques de la Charité. J'en ai rapporté quelques exemples dans ce livre.
Est-il besoin de dire que les paralysies du goût et de l'odorat, symptomatiques de la lésion organique des nerfs glosso-pharyngiens et olfactifs, ou consécutives à l'inflammation chronique des muqueuses nasales et buccales, doivent, en général, opposer une grande résistance à cette excitation périphérique. Il se peut toutefois que la lésion organique soit guérie, et que cependant, de môme que dans d'autres espèces de paralysies, la lésion fonctionnelle persiste encore. Alors la faradisation peut être utile et môme rétablir la fonction. J'ai aussi guéri la paralysie de l'odorat, consécutive à un coryza qui avait duré une année environ. Enfin dans plusieurs cas où, sans cause appréciable et sans que j'aie pu en établir le diagnostic, j'ai rappelé, par la faradisation, le goût qui était aboli depuis un temps plus ou moins long.
III. Certaines amblyopies ou amauroses peuvent être guéries ou améliorées par l'excitation électrique. Les auteurs qui se sont occupés d'électro-thérapie sont unanimes sur ce point ; la plupart ont rapporté, à l'appui de cette opinion, des faits plus ou moins nombreux. A la liste déjà si longue de guérisons d'amauroses ou d'amblyopies dont on trouve la relation dans les traités spéciaux et dans des monographies, je puis ajouter moi-môme des faits tirés de mes propres expériences. Mais, hélas! toutes ces guérisons n'ont ni la valeur ni la signification qu'on leur a données, parce que le diagnostic n'en avait pas été fait et ne pouvait l'être, en général, avant l'emploi de l'ophthalmoscope. Jadis on se contentait de dire que l'on avait obtenu par l'éleclrisation la guéri>on des amblyopies et des amauroses. Ces termes sont trop vagues et ne devraient plus ôtre employés dans le langage médical exact, surtout quand il s'agit de faire connaître l'espèce d'affection dont l'œil a été atteint. Les mots amblyopie et amaurose signifient, en effet, affaiblissement et perte de la vue; mais l'on sait aujourd'hui que ces troubles fonctionnels sont symptomatiques d'affections essentiellement différentes, de maladies soit du corps vitré, soit de la choroïde, soit de la rétine, soit de la papille du nerf optique, soit de la tache jaune (macula lutea), soit de l'amblyopie de la rétine consécutive aux affections cardiaques, soit du cerveau el môme de la moelle; qu'ils s'observent dans l'albuminurie, dans le diabèle, dans l'alaxie locomotrice, et enfin qu'ils
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peuvent être produits indirectement par certains états nerveux mal définis. II suffit de jeter un coup d'oeil sur cette liste d'affections nombreuses et différentes dont le symptôme commun est l'amblyopie ou l'amaurose, liste qui serait bien plus longue si l'on y ajoutait les variétés de chacune de ces affections, pour comprendre que non-seulement la plupart des amauroses ne peuvent être guéries par l'électricité, mais que, dans un assez grand nombre de cas, cette médication est formellement conlre-indiquée, en raison des accidents qu'elle pourrait occasionner. Dans l'état actuel de l'ophthalmologie, on peut, principalement à l'aide de l'ophthalmoscope et en tenant compte bien entendu des symptômes généraux dans différents états morbides, faire le diagnostic différentiel de toutes ces affections diverses de l'œil, et localiser, dans la plupart des cas, le siège du mal avec une assez grande précision.
Avant l'emploi de l'ophthalmoscope, qui a jeté une grande lumière sur ce que l'on se contentait d'appeler jadis amblyopie et amaurose, on pouvait appliquer empiriquement et au hasard l'excitation électrique au traitement de ce trouble fonctionnel de la vue ; aujourd'hui, procéder de la sorte, alors qu'il est démontré que cette excitation, dans un grand nombre d'amblyopies et d'amauroses, non-seulement ne peut conduire à aucun résultat heureux, mais qu'elle peut aggraver l'état du malade, l'aveugler complètement, au lieu de diminuer son amblyopie, serait un acte irrationnel et condamnable.
En somme, s'il est démontré par des faits incontestables que certaines amblyopies et certaines amauroses guérissent par l'électrisation, ces faits n'auront de valeur réelle que lorsque, éclairé par les progrès récents imprimés à l'ophthalmologie par l'examen ophthalmoscopique, leur diagnostic aura été exactement établi. 11 est donc nécessaire de rechercher, après en avoir ainsi précisé le diagnostic, quels sont les cas d'amaurose et d'amblyopie dans lesquels il est possible d'obtenir une amélioration ou une guérison par l'électrisation, et aussi quels sont les cas où cette médication est contreindiquée.
11 est évident que l'électrisalion appliquée empiriquement et au hasard, comme elle l'a été jusqu'en ces derniers temps, au traitement de l'amblyopie et de l'amaurose, a dû exposer les malades non-seulement à des tentatives inutiles, mais aussi à une aggravation : par exemple, dans l'amblyopie congestive ou hémorrhagique, dont on connaît la fréquence. J'ai eu l'occasion d'observer plusieurs malheureux littéralement aveuglés par des éleclriseurs, et chez lesquels l'existence d'une amblyopie congestive avait été constatée.
Lorsqu'il n'y a point de congestion ou d'altération des milieux de l'œil, l'excitation électrique peut guérir l'amblyopie et môme