‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et à la thérapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 360 sur 505 · ART. IV. — CONSTIPATION. — ETRANGLEMENT INTERNE · texte numérisé non relu

ART. IV. — CONSTIPATION. — ETRANGLEMENT INTERNE

M. de L... dont il a été question ci-dessus n'avait pas de perles séminales, il n'avait point abusé des plaisirs vénériens; j'attribuais son impuissance à l'anesthésie, et je pus exciter énergiquement la sensibilité des vésicules, des testicules, de la peau du pénis, du scrotum et du canal de l'urèthre. C'est certainement ce que je n'aurais pu faire impunément chez ce malade s'il avait eu des pertes séminales.

§ III. — Constipation.

A. — La constipation est, comme ladysurie, une des complications ordinaires de la paraplégie. Les malades ne vontalorsàla garde-robe qu'au moyen de lavements ou de purgatifs. Il m'a suffi quelquefois, dans ces cas, de faradiser les muscles de l'abdomen pendant quelques séances, pour rétablir la liberté du ventre ; ce qui démontre que la constipation ou la difficulté des garde-robes peut dépendre de la paralysie ou de l'affaiblissement des muscles abdominaux. On conçoit aussi que la paralysie du diaphragme soit une cause de constipation, et qu'alors elle ne puisse disparaître qu'avec la guérison de cette paralysie.

A la paralysie des muscles auxiliaires de la défécation se joint fréquemment la paralysie du rectum; il faut agir alors directement sur cet intestin avec le rhéophore rectal, ainsi que je l'ai décrit à la page C8 (fig. 23). Ce procédé, simple et peu douloureux, m'a réussi fréquemment. J'ai cité, comme exemple, un cas de constipation qui, datant de trois semaines et occasionnant un ballonnement considérable du ventre, céda à une seule excitation du rectum, après avoir résisté pendant quinze jours aux purgatifs administrés de toutes les façons. La constipation, qui avait reparu à deux reprises chez la malade qui en était tourmentée, fut vaincue chaque fois de la même manière.

B. — Étranglement intome. — Le cours des matières fécales peut être interrompu par une obstruction du conduit intestinal. Les causes de celte obstruction, on le sait, sont variables et produisent les symptômes graves de la maladie décrite sous le nom de volvulus, iléus, passion iliaque, colique de miserere, etc. Quelle que soit la cause de ce volvulus, qu'il y ait étranglement par des brides ou par des ouvertures dans lesquelles l'intestin se serait engagé; qu'il y ait contournement, entortillement des circonvolutions intestinales entre elles; que le canal intestinal soit obstrué par suite de l'invagination d'une portion d'intestin dans une autre, il n'existe qu'une seule indication à remplir : dégager l'intestin. Or, de tous les moyens qui ont été employés dans ce but, — et l'on sait combien ils sont nombreux, — je ne crois pas qu'il en existe un plus efficace que

l'excitation électrique dirigée sur les muscles abdominaux et sur le tube digestif.

La faradisation pratiquée énergiquement, et avec des intermittences éloignées les unes des autres d'une seconde, sur chacun des points de la paroi musculaire de l'abdomen, secoue partiellement la masse intestinale, de manière à provoquer des contractions en tous sens et à dégager l'anse intestinale étranglée ou comprimée. Ces contractions musculaires de l'abdomen doivent être combinées avec celles de l'intestin.

Mais il faut savoir que celles-ci n'ont pas lieu par secousses comme les premières. En effet lorsqu'on excite directement l'intestin d'un animal après l'avoir éventré, on ne peut provoquer des contractions intermittentes dans aucun point de sa couche musculeuse, quelle que soit l'intensité du courant. L'intestin se resserre en tous sens et se réduit à un très-petit volume par une sorte de mouvement vermiculaire. Ainsi, j'ai vu le gros intestin du cheval se resserrer graduellement, dans l'espace de quelques secondes, au niveau du point excité, jusqu'à ne plus offrir que 3 ou 4 centimètres de diamètre. L'intestin ne commence à se contracter que trois ou quatre secondes après qu'il a été excité; il reste dans cet état pendant plusieurs minutes et revient très-lentement à son volume primitif. On conçoit donc que si l'on pouvait agir aussi directement sur le point de l'intestin où existe l'étranglement, on vainquerait facilement l'obstacle au cours des matières fécales. Malheureusement il est impossible de localiser ainsi l'excitation électrique dans l'intestin à travers la paroi abdominale; mais on provoque facilement des contractions analogues dans toute la masse intestinale, par une sorte d'action réflexe de la moelle, en plaçant, comme je l'ai déjà dit, un rhéophore dans le rectum, et l'autre sur un autre point plus ou moins éloigné, sur l'abdomen ou à l'orifice cardiaque, à l'aide de la sonde œsophagienne.

Observation CLXXXVIII. — En 1831, j'ai appliqué ce procédé avec succès à un cas d'étranglement interne qui avait résisté pendant trois jours à tous les moyens employés en pareil cas. (L'observation de ce fait, que j'avais recueilli avec détail, a été égarée. Le malade se nommait M. Gondret, passementier en or, demeurant rue Saint-Denis, n° 393). C'est par les conseils de M. Chomel que la faradisation intestinale avait été pratiquée dans ce cas, comme moyen extrême.

Ce beau résultat obtenu par la faradisation localisée a été tellement immédiat, qu'il me paraît impossible de le contester. Ainsi, le malade fut soulagé aussitôt après l'application ; le hoquet, qui durait depuis deux jours, disparut; un peu plus tard des gaz furent rendus avec quelques matières, et les vomissements, qui avaient l'odeur de matières stercorales, lurent arrêtés ; une heure après, eut lieu une seconde selle, un peu plus

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abondante, et quand les médecins et chirurgiens consultants arrivèrent pour opérer le malade, dans le cas où les accidents de l'étranglement auraient persisté, le malade était guéri.

Je ne saurais dire exactement par quel mécanisme l'étranglement interne a cessé d'exister, clans ce cas, bien que je le soupçonne; mais l'essentiel c'est que le moyen employé ait réussi. A cet heureux résultat thérapeutique j'ai malheureusement à opposer deux insuccès que j'ai rapportés dans l'édition précédente (1).

Ce sont les seuls cas d'étranglement dans lesquels j'ai essayé l'influence thérapeutique de la faradisation localisée. On a vu, en résumé, que, dans un cas (2), le succès a été aussi complet que possible et a sauvé le malade d'une opération sanglante; que dans un autre, l'opération n'a produit qu'un soulagement passager; enfin que, dans un troisième, elle n'a eu aucun résultat. II me paraît juste de faire remarquer que, dans Je cas où la faradisation localisée avait dissipé tous les accidents d'étranglement pendant vingtquatre heures (3), la guérison se serait peut-être maintenue, s'il n'avait existé une lésion organique de l'intestin.

Quoi qu'il en soit, toutes choses égales d'ailleurs, n'aurais-je obtenu de guérison que dans quelques cas par l'application de la faradisation localisée, les faits cliniques dont il vient d'être question paraissent démontrer que ce mode de traitement est un des meilleurs que l'on puisse opposer à un étranglement interne, avant de recourir à une opération chirurgicale.

§ IV. — Chute du rectum par atonie du sphincter de l'anus.

Les faits et les considérations que j'ai à exposer dans ce paragraphe ne s'appliquent qu'à la chute du rectum, qui se produit à la suite d'une longue constipation et de la dysenterie, ou chez les en^ fants cachectiques. Je ferai abstraction de la chute du rectum produite par une cause chirurgicale.

Si l'on enfonce un doigt dans l'anus d'un sujet affecté de chute du rectum, on sent qu'il pénètre avec une grande facilité, et que le sphincter se laisse distendre, sans opposer la moindre résistance, à tel point que l'on peut introduire successivement dans l'anus l'épaisseur de trois ou quatre doigts, sans éprouver la moindre résistance. Le sphincter n'est pas paralysé dans ce cas, car on voit que le sujet peut le resserrer ; et puis, les selles seraient alors involontaires, ce qui n'a pas lieu, on le sait, dans la chute

(1) Duclienne (de Boulogne), Èlect. loc. 1SGI, obs. CXCI, CXCÏI.

(2) Ici., loc. cit., 1861, obs. CLXXXIX.

(3) kl., loc. cit., obs. CXC.

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du rectum. Quoi qu'il en soit, il semble que ce relâchement du sphincter de l'anus est produit par le défaut de puissance tonique de ce muscle.

Ce l'ait, que j'avais observé depuis longtemps, me porta à penser que celte atonie du sphincter de l'anus pouvait bien être la principale cause du prolapsus de la muqueuse rectale, détachée préalablement des autres tuniques du rectum (1).

Si mon opinion était fondée, la faradisation du sphincter de l'anus, pratiquée avec un courant à intermittences rapides, procédé qui. ainsi que je l'ai déjà dit et comme je le démontrerai encore par la suite, possède la propriété de rendre aux muscles la force tonique qu'ils ont perdue, et même de les conlracturer au besoin, la faradisation, dis-je, ainsi pratiquée devrait rendre au sphincter la force tonique nécessaire pour contenir la muqueuse rectale et empêcher son prolapsus.

La justesse de mes prévisions a été démontrée par l'expérimentation dans un cas de chute du rectum dont j'ai donné la relation dans la précédente édition (2).

En effet, dans celte chute du rectum, très-ancienne observée chez un sujet âgé de 35 ans, datant de l'enfance et aggravée par une dyssenterie, on constatait un relâchement considérable du sphincter de l'anus, qui, après la faradisation convenablement appliquée, se resserrait immédiatement, au point de permettre à peine à un seul doigt de pénétrer dans le rectum, tandis qu'auparavant quatre ou cinq doigts réunis y entraient facilement ; puis a dater de ce moment, le rectum ne sortait plus au dehors, même lorsque le malade se livrait à de grands et longs efforts pour aller à la garde-robe, tandis qu'auparavant il lui suffisait de tousser pour que le prolapsus eût lieu.

On ne saurait méconnaître, dans ce cas, la parfaite corrélation de ces phénomènes, savoir : d'une part, relâchement du sphincter et chute du rectum ; de l'autre (après l'opération), conslriction du sphincter et disparition du prolapsus.

En résumé, il me paraît ressortir de ce fait que l'atonie du sphincter de l'anus est la cause réelle du jjrolajjsus du rectum, préalablement détaché des parties voisines, sous l'influence d'un état pathologique quelconque, et que Fon empêche ce prolapsus en rétablissant la tonicité du sphincter de lanus.

Quelques mois après l'observation de ce fait, que j'avais com-

(1) Je sais que des anatomo-pathologistes, M. Ouveilhier entre autres, soutiennent que le sphincter ne se détache pas dans la chute du roctum, et que ce professeur la considère comme une véritable invagination du rectum, consécutive à un état pathologique observé quelquefois dans certaines constipations et dans les dyssrnteries prolongées, ou chez des enfants cachectiques ou allai lis par de longues maladies.

(;>) Duchcnne(de Boulogne), Elect. toc, 1861, obs. CXG1II.

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muniqué à M. Debout pour être publié dans le Bulletin de thérapeutique, M. Duchaussoy soutenait, dans un excellent travail (I), la proposition que je viens de formuler, s'appuyant sur un autre ordre de faits qu'il avait observés dans le service de M. Guersant. On sait que cet habile chirurgien des enfants traitait la chute du rectum en appliquant quatre boutons de feu disposés en croix sur l'anus, au point où la muqueuse et la peau viennent se confondre. M. Duchaussoy dit que, sur onze enfants ainsi cautérisés, M. Guersant en a guéri dix. Ce praticien dit qu'en agissant ainsi, son but était de provoquer une légère inflammation qui modifie le tissu cellulaire sous-muqueux, le resserre et relient' ainsi l'intestin disposé à s'échapper. Mais M. Duchaussoy interprète ces guérisons autrement que M. Guersant : «Que le cautère, dit-il (2), agisse ainsi sur le tissu cellulaire, cela est assez vraisemblable; mais cette action ne doit pas s'étendre beaucoup au delà des points cautérisés, et cette légère inflammation doit être un bien faible obstacle à la sortie d'une portion d'intestin longue de 5 à 10 centimètres, surtout si l'on songe qu'il lui faut parfois résister à des efforts tellement puissants, que la main d'un homme vigoureux ne peut les vaincre pour réduire l'intestin.

« Mais ce que l'on peut constater avec certitude, au contraire» après cette cautérisation, le voici : Aussitôt que l'intestin a cessé de sortir, ce qui peut arriver immédiatement après l'opération, le doigt, introduit dans l'anus du malade, éprouve de la part du sphincter une constriction dont il n'y avait pas de manifestation avant l'application du cautère. » (M. Duchaussoy avait constaté qu'auparavant, le sphincter était relâché au point de permettre l'entrée facile de trois ou quatre doigts dans le rectum, tandis qu'à l'état normal, l'introduction d'un seul doigt est difficile et arrache des cris aux enfants).

Ces faits viennent donc à l'appui de ceux qui ressortent de mes expériences, ou plutôt ces dernières rendent vraisemblable l'explication donnée par M. Duchaussoy du mécanisme de la guérison de la chute du rectum par la cautérisation.

Comme corollaire de l'interprétation des faits observés dans le service de Guersant, M. Duchaussoy a formulé la proposition suivante : « Tout procédé qui parviendra à faire cesser la paralysie du sphincter, soit en simplifiant la cautérisation, soit môme eu lui substituant d'autres excitants du système musculaire plus puissants, ou moins désagréables, pourra être regardé comme un progrès dans le traitement de la chute du rectum. »

(1) Du Chaussoy, De la cause immédiate et du traitement de ta chute du rectum chez les enfants {Archives générales de médecine, numéro de septembre 1850,.

(2) Du Cliaussoy, Union médicale, 11 septembre 1852.

Puis, après avoir démontré les inconvénients de la cautérisation par le procédé de Guersant qui, bien que si légère, produit quelques accidents chez les enfants opérés, M. Duchaussoy conseille le traitement par la faradisation; car il est Irès-présumable, ajoule-til, que l'électricité pourrait rétablir la contractililé dans un muscle accessible comme le sphincter de l'anus. Si cet observateur avait eu connaissance de l'expérience que j'avais rapportée , et des inductions qui m'avaient conduit à la faire, il ne s'en serait pas tenu à de simples présomptions, puisque dans cette expérience on a vu que la faradisation à intermittences rapides empêche la chute du rectum, en restituant au sphincter de l'anus la force tonique qu'il avait perdue.

Deux faits nouveaux, exposés dans l'édition précédente (1), sont venus confirmer l'efficacité de la faradisation du sphincter de l'anus dans le traitement de la chute du rectum.

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