C11AP. III. — LES PRINCIPALES MÉTHODES D ÉLECTRISATION
Le procédé généralement adopté consiste à placer, à la partie supérieure et inférieure du membre, des aiguilles qu'on met en rapport avec les pôles d'un appareil galvanique ou faradique. Parce procédé, l'excitation électrique est faite d'une manière fort inégale, et ne profite qu'à un petit nombre de muscles. Ceux de ces derniers qui n'ont pas reçu directement la stimulation électrique, doiventrester le plus souvent paralysés; quelques-uns d'entre eux sont excites par une action réflexe. -Ce procédé d'ailleurs entre dans la méthode d'électrisationpar action réflexe, qui fera l'objet de l'article suivant.
Pour que l'excitation fût complète, dans le traitement des paralysies par l'électropuncture, il faudrait que des aiguilles fussent implantées dans chacun des muscles paralysés. De plus, comme il me paraît démontré, par des faits nombreux, que l'action thérapeutique est limitée, en général, aux points qui sont en contact avec les rhéophores, ou du moins qu'elle se répand seulement dans un petit rayon, il faudrait encore que le nombre d'aiguilles destinées à exciter chacun des muscles fût proportionné à la longueur et à la largeur de ces derniers. Une telle opération serait un véritable supplice auquel les malades ne voudraient jamais se soumettre, surtout lorsqu'il s'agirait de paralysies de quelque étendue, à cause de la durée de cette opération et des souffrances inévitables qu'elle produirait.
Combien est simple et rapide, au contraire, lafaradisation localisée de chacun des muscles paralysés à l'aide des rhéophores humides et promenés sur la peau intacte. Dans l'électropuncture, l'aiguille traversel'épaisseur du muscle, tandis que, dans lafaradisation localisée, les rhéophores humides n'agissent que sur leur surface. On pourrait en induire que l'électropuncture possède plus de puissance thérapeutique que lafaradisation localisée par les rhéophores humides. Cette opinion ne serait pas fondée ; car j'ai établi précédemment qu'en appliquant un rhéophore humide sur la surface d'un muscle, l'excitation électrique traverse d'autant plus profondément les tissus, que les courants sont plus intenses. La faradisation peut donc, à l'aide de rhéophores humides, pénétrer un muscle dans le sens de son épaisseur, aussi bien qu'avec les aiguilles. Déplus, en promenant ces rhéophores sur toute la surface des muscles, on leur distribue l'électricité en tous sens, ce qu'on ne pourrait jamais obtenir avec l'électropuncture.
J'ai vu plusieurs paralysies modifiées heureusement sous l'influence de la faradisation localisée par les rhéophores humides, et contre lesquelles l'électropuncture avait auparavant complètement échoué.
L'électropuncture fût-elle aussi efficace, aussi praticable que la faradisation musculaire localisée, les douleurs qui sont inséparables
de son application devraient lui faire toujours préférer cette dernière méthode. J'établirai en effet, par la suite, que Pélectrisation douloureuse est dangereuse dans certaines paralysies, la paralysie cérébrale, par exemple. L'électropuncture est donc contre-indiquée dans ces dernierscas, ainsi que dans tous ceux qui exigeraient de nombreuses séances. (On verra que la guérison de certaines paralysies demande jusqu'à soixante à quatre-vingt séances.)
C'est surtout chez les enfants qu'il importe de pratiquer Pélectrisation sans douleur. Combien de parents, et même combien de médecins n'osent infliger aux jeunes paralytiques le supplice de l'électropuncture, qui est toujours douloureuse, quelque faible que soit l'intensité du courant !
Il est encore d'autres inconvénients qui peuvent s'attacher à l'électropuncture, et qui ne sont point à craindre avec la méthode d'électrisation localisée que je préconise ; je veux parler de la désorganisation des tissus qui sont en contact avec les aiguilles, de leur inflammation, de petits abcès dont ils sont le siège. Je n'insisterai pas sur ces accidents signalés par les observateurs qui ont pratiqué l'électropuncture.
Enfin l'électropuncture développe souvent des névralgies graves et opiniâtres. En voici un exemple : Un des élèves de Magendie, le professeur Aug.'Bérard, consentant un jour à se prêter à une expérience électro-physiologique, permit à son maître de lui pratiquer l'électropuncture sur la face. Sa complaisance lui coûta bien cher, car l'opération fut suivie d'une névralgie faciale qui le fit souffrir cruellement, pendant cinq à six mois. Ce fait m'a été rapporté par son frère, Ph. Bérard.
Des considérations critiques que je viens d'exposer, il ne faut pas conclure que l'électropuncture doive être exclue de la pratique; je crois au contraire que, dans certains cas, cette méthode peut être un auxiliaire puissant de la faradisation localisée (1).
ARTICLE IL
DE LA VALEUR DE l'ÉLECTRISATION PAR ACTION RÉFLEXE APPLIQUÉE AU TRAITEMENT