CUAT. III. — EXAMEN DES PRINCIPALES METHODES DELECTR
de ces piles, quelle qu'en fût la direction, je n'ai pas remarqué que l'excitabilité des nerfs eût diminué. En effet, les contractions des muscles animés par ces nerfs étaient aussi énergiques, sous l'influence du courant intermittent, après qu'avant l'expérience ; en outre, la sensibilité n'était pas modifiée, et les mouvements volontaires étaient restés intacts.
Si je n'ai pu diminuer artificiellement l'excitabilité des nerfs de l'homme, j'ai eu du moins l'occasion d'observer certaines paralysies dans lesquelles les nerfs et môme les muscles avaient perdu en partie leur excitabilité. T2h bien ! dans ces cas encore, le courant continu inverse n'agit pas plus sur la contraclililé que le courant direct sur la sensibilité. Ces courants n'abolissent pas l'excitabilité des nerfs déjà affectés et dans lesquels on les fait passer pendant assez longtemps.
En résumé, chez l'homme à l'état normal : 1° un courant continu prolongé dans un nerf, pendant vingt à trente minutes, ne m'a pas paru diminuer son excitabilité ; 2° lorsque j'ai dirigé un courant continu, centrifuge ou centripète, dans un nerf dont l'excitabilité était normale ou dont l'excitabilité était diminuée sous l'influence de certaines paralysies, j'ai observé toujours les phénomènes habituels, savoir: des contractions et des sensations ; jamais l'un ou l'autre de ces deux courants direct ou inverse n'a agi d'une manière appréciable ou sur la sensibilité ou sur la contractililé (I).
Ces résultats m'ont causé un véritable désappointement, car je m'attendais à observer, chez l'homme, les phénomènes signalés par Marianini, Nobili et Matteucci, et leurs prédécesseurs, dont les expériences faites sur des animaux me paraissent cependant des plus concluantes.
On dira, sans doute, que si j'avais dirigé sur les nerfs de l'homme un courant continu plus intense, j'aurais pu diminuer ou anéantir leur excitabilité. Mais cette objection pourrait m'ôtre faite encore, quand bien môme j'aurais expérimenté sans succès avec une batterie plus puissante. Et qui voudrait tenter une pareille expérience sur l'homme? Oui voudrait se prêter à des expériences aussi douloureuses, capables de produire à la peau des vésicalions, môme des escharres?
On m'objectera encore que je n'ai pas expérimenté dans les mômes conditions et que j'aurais dû faire passer les courants dans des nerfs mis à nu. Mais il est démontré, je le répète, que j'agis aussi sûrement à travers la peau que sur les nerfs dénudés et isolés.
(I) J'ai formulé des conclusions presque semblables dans un mémoire que j'ai présenté en 1848 à l'Académie des sciences. Mais alors je n'avais pas encore essayé, dans mes expériences, de diminuer l'irritabilité des nerfs en les soumettant à l'influence d'un couraut continu puissai.t. .
Mon procédé me paraît même préférable à celui qui a été employé pnr Matteucci et ses prédécesseurs; car la mutilation d'un nerf et son contact avec l'air exercent inévitablement une certaine influence sur sa vitalité ou sur son excitabilité.