ART. I. — ÉLECTRICITÉ STATIQUE
Dans le point où l'on vient de décharger une bouteille de Leyde, la peau se décolore graduellement dans un rayon de 2 à 3 centimètres, et arrive au blanc mat en quelques secondes. Des papilles nerveuses s'érigent sur la surface décolorée, qui offre en outre un léger abaissement de température. Le sujet sur lequel on expérimente y éprouve quelquefois un engourdissement. Des phénomènes analogues me paraissent se produire dans le tissu musculaire placé au niveau du point de la surface cutanée éleclrisée. Ayant eu en effet, l'occasion de la décharger sur la surface d'un muscle dénudé, j'ai vu ce dernier se décolorer légèrement dans une petite étendue pendant quelque temps. Les phénomènes locaux cutanés que je viens d'exposer durent, en général, vingt à trente minutes; une fois, je les ai observés, chez un sujet délicat, pendant près de trois quarts d'heure. Ce temps écoulé, le point décoloré passe, en quelques minutes, du blanc mat à une rougeur érylhémateuse, et devient le siège d'une élévation de température appréciable au thermomètre et dont le sujet a quelquefois lui-môme la conscience.
Tout le monde sait que l'électricité statique dégage très- peu d'électricité de quantité ; et que ses effets calorifiques et électrolytiques sont faibles.
Enfin, l'action excitatrice du pôle négatif paraît ôtre plus grande que celle du pôle positif, comme on l'avait observé pour l'électricité galvanique (1).
Les phénomènes organiques que je viens de décrire me semblent établir : Tquela décharge de la bouteille de Leyde produit d'abord localement une stupeur profonde, occasionne, pendant quelque temps, le resserrement, peut-être par une espèce de paralysie des vaso-moteurs constricteurs ou ganglionnaires des vaisseaux capillaires et fait abaisser la température dans les tissus sur lesquels elle agit ; 2° que l'excitation qui résulte de cette espèce d'électrisation n'a lieu que par une sorte de réaction, comme le prouve l'apparition d'une rougeur érylhémateuse et d'une augmentation de température dans le point jadis décoloré ; 3° enfin que cette réaction se fait avec plus ou moins de facilité.
§ II. — Propriétés thérapeutiques.
Le bain électro-positif, employé jadis comme excitant général de la surface du corps, est aujourd'hui généralement abandonné, sa vertu thérapeutique étant aussi peu appréciable que son action physiologique.
(1) Ce fait important a été découvert par M. Chauvean, professeur à l'école impériale vétérinaire de Lyon. Voyez son mémoire intitulé : Théorie des effets pkysiolo-m gigues produits par l'électricité transmise dans l'or ganisme animal, à Vétat de cou rant instantané', et à l'état de courant continu.
Il n'en est pas de même, dit-on, du bain électro-négatif, qui est rangé par des observateurs au nombre de ses plus précieux agents hyposténisants. Selon Giacomini, le patient soumis à l'influence du bain électro-négatif serait désélectrisé, privé par conséquent d'une plus ou moins grande quantité de stimulants analogues au calorique, et subirait un effet hyposthénisant réel ; les tissus érysipélateux blanchiraient à vue d'œil, et les phlogoses chroniques éprouveraient un mieux incontestable. Des céphalalgies, des douleurs névralgiques, auraient été dissipées sur-le-champ par cette espèce de saignée électrique, comme par l'action de la glace, qui, dit-il, soutire le calorique et peut-être aussi l'électricité en môme temps : telle serait la vertu attribuée au bain électro-négatif.
Ces espèces de saignées électriques peuvent flatter l'imagination ; mais il est fort à craindre que leur effet hyposthénisant ne soit tout aussi hypothétique que la propriété excitante attribuée au bain électro-positif. Cependant il serait injuste de condamner un moyen thérapeutique, seulement à cause de la nullité de son action physiologique, surtout quand il s'étaye sur une autorité aussi grande que celle de Giacomini. Il est donc nécessaire d'étudier, à l'aide de nouvelles expérimentations, la valeur réelle du bain électronégatif.
L'électrisation par étincelles produit une sensation cutanée analogue à celle de la fustigation, et me paraît convenir principalement dans les cas où il est nécessaire de stimuler légèrement la peau ; mais elle devient insuffisante, s'il est besoin d'une excitation très-vive. En effet, pour obtenir celte vive excitation, il faudrait recourir à l'électricité statique à forte tension, c'est-à-dire celle qui a élé condensée dans la bouteille de Leyde, et il en résulterait des contractions musculaires et des effets de commotion qui compliqueraient l'excitation cutanée et en contre-indiqueraient l'emploi. Ainsi j'ai vu l'électrisation par étincelles rester impuissante contre les aneslhésies profondes et rebelles, et alors qu'il est indiqué de produire instantanément une forte révulsion ou perturbation semblable à celle qui résulte de .l'application du fer rouge sur la peau.
L'électrisation parles étincelles, même par celles qui proviennent d'une forte machine électrique et de l'emploi des excitateurs sphériques, ne réussit qu'a faire contracter quelques muscles superficiels ou très-excitables, comme les peauciers, la moitié supérieure des sterno-mastoïdiens, le bord du trapèze et quelques muscles de la face. Pour que l'électricité statique atteigne puissamment les muscles en général, surtout quand ils sont protégés par un tissu cellulaire abondant, il est nécessaire d'agir à forte tension, au moyen de la bouteille de Leyde. Mais alors la commotion qui en résulte, et
qui peut étendre son action sur les centres nerveux, rend souvent cette opération dangereuse, sinon impraticable.
La connaissance des phénomènes organiques locaux produits par la décharge de la bouteille de Leyde permet d'en mieux apprécier le mode d'action thérapeutique. Il a été démontré précédemment qu'un organe soumis à l'électrisation par la bouteille de Leyde ne peut arriver à la période d'excitation qu'après avoir subi quelquelois pendant un temps assez long tous les effets d'une sorte de stupeur locale. On conçoit très-bien que, si cet organe est exposé à des décharges trop répétées et trop fortes, ou que si sa vitalité est déjà très-affaiblie, cette stupeur par commotion électrique pourra se prolonger indéfiniment.
Quelque favorables que soient les conditions dans lesquelles on pratique l'électrisalion musculaire par la bouteille de Leyde, il serait toujours imprudent d'exposer le sujet à un grand nombre de décharges. Il s'ensuit qu'il est impossible d'électriser tous les musclés, lorsque la paralysie a atteint un ou plusieurs membres.
Enfin, cette opération est toujours douloureuse, car l'excitation cutanée, inévitable dans toute électrisation statique, croît en raison de l'augmentation de la tension électrique.
En somme, l'excitation musculaire par l'électricité statique doit en général être exclue de la pratique, d'autant plus qu'elle peut être remplacée par un autre agent électrique, dont il sera question dans l'article suivant (l'électricité d'induction), et qui provoque plus énergiquement et plus efficacement la contractilité et la sensibilité musculaires, sans offrir aucun des inconvénients que je viens de signaler . — Je me réserve d'indiquer par la suite les cas dans lesquels son intervention peut être utile et même nécessaire.
Il est cependant incontestable que l'électricité statique, qui, pendant de longues années, a été presque exclusivement en usage dans la pratique médicale, a produit quelques succès tenant, en apparence, du merveilleux. Ces résultats prouvent seulement que certaines paralysies guérissent toujours sous l'influence de l'électricité, de quelque manière et sous quelque forme qu'on l'applique. Malheureusement ces guérisons rapides ont été tellement rares, que ce genre d'électricité n'a pu supporter l'épreuve du temps, et qu'elle a été plusieurs fois abandonnée par la généralité des médecins, après avoir été de leur part l'objet d'une sorte d'engouement.
ARTICLE II
On a donné le nom ^'électricité dynamique, c'est-à-dire d'électricité à l'état de mouvement et de courant, à l'électricité de contact
et à l'électricité d'induction. Cette électricité, engendrée par les piles voltaïques ou par les appareils électro-dynamiques ou magnétiques, possède des propriétés physiologiques et thérapeutiques essentiellement différentes de celles qui appartiennent à l'électricité statique.
La propriété la plus importante, à certains points de vue physiologiques ou thérapeutiques, de l'électricité dynamique, c'est de pouvoir être dirigée, localisée au moyen de rhéophores spéciaux, dans presque tous les organes. Il ressort, en effet, de mes expériences, que l'on peut arrêter à volonté cet agent dans la peau, ou que, sans incision ni piqûre, on peut traverser celle-ci et par l'électricité d'induction limiter l'action électrique dans les organes qu'elle recouvre, c'est-à-dire dans les nerfs, dans les muscles et même dans les os. C'est ce que je démontrerai par la suite.
La sensation cutanée développée par l'électricité dynamique peut aller du simple chatouillement à la douleur la plus aiguë, ou passer par tous les degrés intermédiaires à ces deux extrêmes. L'excitation produite par cette sensation peut, toujours être concentrée dans l'enveloppe cutanée, sans dépasser les limites de la peau, quelle que soit la force du courant.
Celte même force électro-dynamique, localisée dans un muscle, dans un tronc nerveux, peut provoquer les contractions les plus énergiques, sans produire ces phénomènes de commotion et de rupture ou déchirure vasculaire qui caractérisent l'action de l'électricité statique, et qui en conlre-indiquent souvent l'emploi.
Tels sont les effets principaux que l'on peut tirer de l'électricité dynamique, qui comprend V électricité de contact et l'électricité d'induction,
Mais chacune de ces sources électro-dynamiques possède, en outre, des propriétés physiques, chimiques et physiologiques spéciales, qui ne permettent pas de les appliquer indifféremment à la thérapeutique ; ces propriétés spéciales peuvent même répondre a des indications déterminées; il est donc nécessaire de les étudier séparément.
§ I. — Propriétés physiologiques.
A quantité et à tension égales, tous les appareils électromoteurs de contact jouissent des mêmes propriétés physiologiques, quelle que soit la nature des éléments qui entrent dans leur composition.
On peut construire des éleclromoteurs qui fournissent ou plus d'électricité de quantité, ou plus d'électricité de tension, selon les effets que l'on veut ohtenir (1); mais, quoi qu'on fasse, ces différents
(l)La quantité d'électricité qu'une pile peut fournir est en raison directe delà
effets se produisent toujours simultanément, ou ne peuvent être complètement isolés les uns des autres.
Le courant galvanique intermittent exerce une triple action physiologique à chaque intermittence : l'uneàlafermeture du circuit {entrée du courant), l'autre à l'ouverture du circuil (sortie du courant), et la troisième dans l'intervalle de ces deux temps. L'action physiologique qui se produit à l'instant où l'on interrompt le circuit est plus faible que lorsqu'on le ferme. Ainsi, avec une pile de 30 couples de Bunsen, on n'éveille pas, à l'ouverture du circuit, la contractilité musculaire chez l'homme, quand on applique des rhéophores humides sur un point de la peau correspondant à la surlace d'un muscle ; tandis que, par le même procédé, ce phénomène électro-physiologique est déjà très-manifeste à la fermeture du circuit. Mais la puissance de l'interruption du courant s'accroît proportionnellement à l'augmentation du nombre des éléments qui composent la pile. Il m'a paru que 120 éléments de Bunsen donnaient, à l'instant de la sortie du courant, une contraction à peu près égale à celle qui était produite par l'entrée d'une pile de 20 couples.
L'action physiologique intermédiaire entre la fermeture et l'ouverture du courant est d'autant plus manifeste, que l'intervalle qui sépare les deux autres temps est plus prolongé. On a donné le nom de courant continu à ce courant intermédiaire.
L'électricité galvanique peut être appliquée par courants continus ou par courants interrompus.
Le courant continu, limité dans la peau, y excite inévitablement, outre les phénomènes de sensibilité décrits plus haut, un travail organique plus ou moins considérable, depuis le simple ér^thème jusqu'à l'escharification. Ce travail organique, dû à l'action calorifique et électrolytique du galvanisme, s'opère assez lentement, à moins qu'on ne se serve d'une batterie voltaïque très-puissante.
Le courant continu constant et le plus intense, traversant longitudinalement un membre, m'a paru n'y produire que des contractions librillaires ou oscillatoires, et irrégulières, si l'on procède de manière que la contraction de fermeture du circuit soit très-faible, le courant étant ensuite augmenté rapidement jusqu'à son maximum. C'est, du moins, le résultat d'une expérience que j'ai faite sur moimôme avec une pile de 120 couples de Bunsen. Ce courant continu produit en outre des phénomènes de calorification dans les profondeurs de l'organisme. En effet, la sensation que j'éprouvai pendant cette expérience était analogue à celle qu'aurait pu occasionner un liquide chaud circulant dans le membre soumis à l'expérimentation.
surface des éléments. — La tension galvanique dépend du nombre des éléments qui composent une pile.
1 o CEAP. I. — DE L ELECTRICITE MEDICALE.
Après un certain temps, ces courants continus, profonds, développèrent une sensation de chaleur insupportable dans le membre galvanisé : il ne me parut pas alors que ce membre eût augmenté de température (1). En diminuant le nombre des éléments, les phénomènes que je viens d'exposer allèrent en décroissant; et, à 15 ou 20 couples, ils furent inappréciables.
Le couraut continu est-il réellement un hyposthénisant de la force nerveuse? Si l'on conclut des vivisections à l'homme, la réponse semble devoir être affirmative. On sait, en effet, qu'un courant continu, prolongé un certain temps dans les nerfs ou dans les membres d'un animal, non-seulement en diminue la force des mouvements, mais encore qu'il en produit la paralysie. Je démontrerai par la suite, expérimentalement, que cette espèce d'action hyposthénisante n'est pas appréciable chez l'homme (voy. chap. III).
Quant à l'action du courant continu sur la sensibilité, bien qu'après un certain temps il produise un engourdissement du membre dans la continuité duquel on le fait circuler, je ne crois pas que l'on puisse le considérer comme un hyposthénisant de la sensibilité, ou, en d'autres termes, comme un anesthésique.
La sensibilité de la peau m'a paru plus vivement excitée par le
(1) Lorsque j'ai rapporté pour la première fois cette expérience, j'ai eu le tort de ne pas dire comment je l'avais pratiquée, car elle a pu paraître à certaines gens difficile, sinon impossible. Voici dans quelle circonstance et comment elle a été faite. A l'époque où le professeur Despretz, membre de l'Institut de France, faisait à la Sorbonne ses belles recherches sur la simplicité des corps élémentaires, je trouvai dans son laboratoire une pile de Bunsen de 120 éléments de grandeur ordinaire, et dont les charbons occupaient le centre. C'est avec cette pile que j'ai fait l'expérience dont il est question ci-dessus. 11 est probable que cette pile ne possédait pas toute sa puissance, car elle était depuis assez longtemps en action et avait déjà servi à de nombreuses expériences-, cependant sa puissance était encore telle, que, tenant un rhéophore métallique recouvert d'une peau largement humectée dans la paume de chaque main, je supportais difficilement la commotion produite par l'entrée du courant de 40 à 60 de ses éléments. Afin de ne pas m'exposer à l'action foudroyante des 120 éléments, j'ai opposé au courant la résistance d'une colonne d'eau distillée de 10 centimètres d'épaisseur, en plaçant dans le circuit un tube rempli de ce liquide, que je décrirai plus tard (chap. IV) sous le nom de tube modérateur. Alors, après avoir reçu la secousse de la fermeture de ce courant, qui ainsi était très-affaibli, j'ai augmenté la puissance de ce dernier en diminuant graduellement l'épaisseur de la couche du liquide à traverser, jusqu'à ce que le courant continu m'arrivàt dans toute sa force. Je fus surpris d'en pouvoir supporter le passage assez longtemps pour terminer les expériences dont je viens d'exposer les résultats. Mou derme n'a point été altéré, parce que mes mains et le rht'ophore avaient été largement humectés, parce que l'épiderme de la paume de la main est assez épais, et surtout parce que l'expérience a duré peu de temps. Un tel courant appliqué sur la peau des autres régions y aurait, sans aucun doute, occasionné une cautérisation plus ou moins profonde et des douleurs intolérables. Ce procédé a justement l'avantage, en évitant ces douleurs cutanées, de permettre d'analyser les sensations profondes produites par le passage du coûtant à travers les organes (nerfs et muscles) des membres supérieurs dans ie sens longitudinal. 11 ne m'a pas été possible de prolonger au delà de trente à quarante secondes cette expérience faite avec 120 éléments de Bunsen, tandis que j'ai toléré pendant dix à vingt minutes un courant de 20 à 30 éléments. J'ai expéri-
courant galvanique intermittent rapide que par le courant continu. C'est tout l'opposé pour l'action organique exercée par ces courants. Ainsi, la sensation cutanée est plus douloureusement réveillée par un courant intermittent rapide que par un courant continu. Celui-ci, au contraire, produit plus rapidement l'érythème, la vésication, ou la destruction de la peau. L'érection des papilles nerveuses, l'action désorganisatrice électrolytique, qu'éprouvent les tissus, doivent être rapportées à l'influence du courant continu, l'entrée et la sortie de ce courant n'y contribuent que faiblement. C'est pour cette raison, sans doute, que le courant intermittent rapide désorganise beaucoup moins la peau que le courant continu. Mais, comme on ne peut éviter, ainsi que je l'ai démontré plus haut, l'action continue qui se trouve entre le commencement et la fin de chaque intermittence, il ne sera jamais possible d'exciter la peau par le galvanisme, sans y produire un travail organique plus ou moins considérable. L'action calorifique au pôle négatif (pôle zinc) est plus grande qu'au pôle positif (pôle cuivre ou charbon) (1). De toutes les espèces d'électricités, c'est l'électricité galvanique qui agit le plus vivement sur la rétine, lorsqu'on l'applique à la
mente, depuis lors, une pile de 40 éléments au bisulfate de mercure. Plongeant alors chacune de mes mains dans un bassin mis en communication avec un des électrodes; et dans ces conditions j'ai laissé passer le courant d'une manière continue pendant dix minutes à peu près, et. j'aurais pu le supporter plus longtemps. La première fois que j'ai expérimenté l'action de cette pile, j'ai senti, après deux minutes de cette action du courant continu, des contractions comme fibrillaires, oscillatoires dans les fléchisseurs des doigts et du poignet. La sensation de roideur un peu douloureuse que j'éprouvais dans cette région pouvait me faire croire à l'existence d'un petit spasme continu, mais je ne pus le constater par les mouvements du poignet ou des doigts. Cette opération a été suivie d'un sentiment de fatigue dans les membres supérieurs. Le lendemain, cette expérience, répétée de la même manière et dans des conditions semblables, a donné des résultats à peu près identiques. La sensation que j'ai éprouvée dans les régions antérieures de l'avant-bras et. du bras n'était pas précisément douloureuse, c'était plutôt un sentiment de fatigue assez pénible. Bien des fois j'ai fait cette expérience sur moi-même, et je l'ai renouvelée sur d'autres personnes ; j'ai alors toujours observé, pendant le passage du courant continu, tantôt les contractions fibrillaires, tantôt seulement une sensation ue roideur dans les muscles de l'avant-bras et quelquefois du bras, mais cela d'une manière irrégulière. Cette même expérience, faite assez souvent sur les membres inférieurs de quelques sujets dont les pieds plongeaient dans des bassins mis en communication avec les pôles de la pile, n'a pas produit autre chose que de l'engourdissement et de la fatigue ; j'ai vu aussi des contractions fibrillaires se produire. Chaque opération durait ordinairement dix à vingt minutes (je reviendrai sur ce sujet dans le chapitre III).
Je dois ajouter que, dans toutes ces expériences faites sur les membres supérieurs et inférieurs, on sent à la peau de la face dorsale des mains et des pieds plongés dans l'eau des bassins électrodes des picotements, qui augmentent progressivement, et sont bientôt remplacés par une sensation analogue à celle d'un fort sinapisme, et que cependant on n'y observe point de vésication, alors même que l'opération a duré une demi-heure (je ferai ressortir plus tard l'importance de ce fait au point de vue pratique). Enfin la sensibilité a toujours été plus fortement excitée dans les poiuts correspondants au pôle négatif.
(1) On sait également depuis longtemps que les autres phénomènes chimiques (électrolytiques) et physiologiques sont plus prononcés au pôle zinc.
face avec des rhéophores humides. Le courant galvanique dirigé sur les nerfs de la cinquième paire et même sur leurs dernières ramifications exerce une action spéciale sur la rétine en produisant trois sensations lumineuses (le phosphène) à chaque intermittence. Ces sensations se manifestent, l'une, très-forte, à l'entrée du courant, l'autre, beaucoup moins forte, à la sortie de ce courant, et la troisième, tellement faible, qu'elle n'est appréciable que dans l'obscurité, dans l'intervalle des deux précédentes. Dans quelque point de la face ou du cuir chevelu qu'on applique les rhéophores galvaniques humides, on produit toujours une succession de sensations lumineuses très-éblouissantes, même avec un courant très-faible, pourvu que la région excitée se trouve animée par la cinquième paire. La flamme qui se produit alors n'impressionne la rétine que du côté où a lieu l'excitation galvanique; elle est d'autant plus grande et plus étincelante que les excitateurs sont plus rapprochés de la ligne médiane; enfin, cetle flamme est perçue de chaque côté, lorsque les rhéophores sont placés tout à fait sur la ligne médiane, c'est-à-dire dans les points où les ramifications de la cinquième paire de chaque côlé semblent se confondre. On provoque même le phosphène électrique en galvanisant la corde du tympan, ce qui ne peut être produit avec l'électricité d'induction (je reviendrai sur ce §ujet en temps opportun). La connaissance de cette propriété spéciale du galvanisme, que l'on ne retrouve qu'à un degré infiniment moins développé dans les autres espèces d'électricités, est d'une haute importance pour le médecin, comme on le verra par la suite.
C'est surtout sur la contractilité musculaire que le courant intermittent galvanique manifeste une puissance physiologique infiniment plus grande que le courant continu.
La galvanisation musculaire par intermittences provoque des sensations plus fortes que l'électrisation musculaire par les courants d'induction, bien que les contractions musculaires soient moins énergiques.
Quelle est l'action des courants continus sur les nerfs vasculaires? Je renvoie cette question imporlante au chapitre III, consacré à l'examen critique des différentes méthodes d'électrisalion, et dans lequel, après avoir examiné comparativement l'action thérapeutique des courants continus dans le traitement des paralysies atrophiques, et des atrophies, j'aurai à rechercher si les résultats heureux obtenus par ces différentes espèces d'électricité peuvent s'expliquer par la physiologie, en d'autres termes, par ce que nous savons actuellement de leur action sur la circulation et sur les nerfs vasculaires ou trophiques.
§ II. — Propriétés thérapeutiques.
L'excilation galvanique qui, limitée dans la peau, peut y produire, outre une sensation très-vive, un travail organique plus considérable, soit l'érythème, soit la vésication, soit môme l'escharification, soit une action électrolytique sur les organes dans lesquels elle a été localisée par l'électro-poncture, répond à certaines indications spéciales. Elle convient, par exemple, dans les cas où il est nécessaire d'obtenir à la fois une vive perturbation instantanée et une action durable, analogue à celle du moxa ou de la cautérisation par le fer rouge.
M. Matteucci (1), tirant de ses vivisections des déductions thérapeutiques, a conseillé l'emploi d'un courant continu ascendant, comme hyposthénisant du système nerveux dans le tétanos. Il dit qu'il est naturel de penser que le passage d'un courant continu dans un membre tétanisé détruit cet état, en amenant la paralysie. A l'appui de sa théorie, le célèbre physicien cite un cas de guérison de tétanos sous l'influence d'un courant continu. Tout le monde comprend l'importance de ce fait, mais il a besoin d'être confirmé par de nouvelles expériences. Il a également essayé d'établir sur les données électro-physiologiques une méthode de galvanisation, par courants continus centrifuges ou centripètes, pour le traitement des paralysies de la sensibilité et du mouvement. Je me réserve d'étudier la valeur de ces déductions électro-thérapeutiques dans le chapitre III.
La galvanisation musculaire par courants intermittents pourrait certainement être employée avec avantage dans le traitement des paralysies du mouvement et dans les atrophies musculaires, mais les inconvénients inhérents à cette espèce d'électricité (son action calorifique et électrolytique, le volume et l'incommodité des électromoteurs que nécessite son emploi) lui feront toujours préférer à mérite égal l'électricité d'induction.
Les propriétés chimiques de l'électricité de contact peuvent être avantageusement appliquées à la thérapeutique. On sait, en effet, quel heureux parti la chirurgie peut tirer de l'action coagulante du galvanisme sur le sang dans le traitement des anévrysmes (2).
(1) Matteucci, Traité des phénomènes électro-physiologiques des animaux. Paris, 1844, in-8, p. 270.
(2) Bien que cette application de l'électricité galvanique au traitement des anévrysmes soit abandonnée depuis quelque temps, il n'est pas impossible qu'on la reprenne un jour avec plus de succès. Je crois qu'il faut avant tout rechercher dans quelles conditions doivent être combinés la grandeur des surfaces et le nombre des éléments, pour obtenir plus d'action électrolytique, en dissimulant le plus possible l'action calorifique.
Le pôle positif de la pile exerce une action coagulante, le pôle négatif possède au
14 chat. i. — de l'électricité médicale.
Quelle est la valeur thérapeutique des courants continus dans les atrophies ou les paralysies atrophiques ? Je renvoie cette question au chapitre III.
La galvanisation de la peau n'est pas applicable au traitement de l'anesthésie cutanée, parce qu'elle y produit des vésicalions ou des eschares. Mais l'action calorifique du galvanisme peut être employée quelquefois avec avantage chirurgicalement a la destruction de certaines tumeurs, à la cautérisation de certaines plaies, soit comme Middeldorf, à la manière du feu; soit comme MM. Giniselli, Nélaton, par l'électrolyse (1).
contraire une propriété dissolvante. On a eu l'idée d'appliquer cette propriété toute spéciale du pôle positif au traitement de certains dépôts de matières fibro-plastiques qui se forment entre les lames de la cornée. Les premiers essais faits dans cette voie paraissent avoir été couronnés de succès.
(1) C'est en France que l'action calorifique du galvanisme a été appliquée pour la première fois, comme moyen de cautérisation. Récamier et Pravaz ont essayé de détruire les cancers du col de l'utérus à l'aide d'un courant galvanique, en 184 1. M. Nélaton a fait aussi en 1850 des applications très-heureuses de cette propriété calorifique du galvanisme, et il a été secondé dans ses opérations par M. Jules Regnauld, alors pharmacien en chef de la Clinique, qui avait imaginé une batterie galvanique d'un petit volume, d'un usage facile et d'une puissance calorifique très-grande (a). M. Nélaton pense que ce mode de cautérisation peut être employé avec avantage dans les cas où le point à cautériser est situé profondément, dans le pharynx par exemple. Après M. Nélaton, M. Alph. Amussat, et en Allemagne Middeldorf, de Breslau, ont employé, dans des cas analogues, et avec non moins de bonheur que M. Nélaton, la puissance cautérisante des courants galvaniques.
L'action électrolytique des courants galvaniques a été également appliquée avec des résultats heureux à la destruction de certaines tumeurs. Humphrey Davy, en 1807, démontra le premier la puissance de l'électricité pour la décomposition des corps par l'expérience suivante : pendant 5 jours, il soumit un morceau de fibre musculaire à l'action d'une pile de 150 couples ; cette substance durcit et se dessécha rapidement, et, soumise à l'incinération, elle ne donna aucune trace de matière saline. La potasse, la soude et l'ammoniaque avaient été transportées au pôle négatif, les trois acides minéraux et l'acide phosphorique au pôle positif. Davy obtint des résultats identiques, en soumettant à l'action de la pile des corps vivants et des feuilles de plante. Matteucci constata aussi l'action de la pile sur les substances animales vivantes. C'est dans les travaux de Crusell que se trouvent exposés les principes fondamentaux de la méthode électrolytique. En 1841, il publia son premier ouvrage (6) et adressa successivement jusqu'en 1849, plusieurs mémoires et paquets cachetés à l'Académie des sciences, dans lesquels il désigne le premier sa méthode sous le nom de traitement électrolytique. Sollicitée de faire un rapport, l'Académie déclara que « ces communications n'ont pas paru, à la commission chargée de les examiner, suffisamment développées, pour porter un jugement sur la méthode. » Ces essais tombèrent dans l'oubli, et l'auteur lui-môme y renonça pour revenir à la galvano-caustie, qu'il abandonna bientôt pour appliquer la flamme de l'hydrogène à la destruction des tumeurs. C'est en 1860 que Giniselli reprit les recherches de Crusell sur les propriétés électrolytiques ou de décomposition des courants galvaniques appliquées à la destruction des tumeurs, et fit à ce sujet à la Société de chirurgie de Paris, une communication dont nous extrayons les quelques lignes suivantes : u Mes premières études sur l'électro-poncture m'ont conduit à cet axiome, qu'en employant les courants électriques sur les tissus, ce n'est pas toujours par l'action calorifique qu'on obtient des eschares ; elles se forment aussi et bien souvent sans élévation appréciable de température dans les conduc-
(a) Gaz. des Hop., 1852.
(6) Crusell, Sur le galvanisme comme moyen curatif chimique contre les maladies locales.
En raison de la propriété qu'il possède d'exciter vivement la rétine, le galvanisme doit être appliqué à la face avec circonspection. La flamme qu'il produit alors est tellement éblouissante, qu'elle pourrait compromettre la vue, si l'opération était trop prolongée, les intermittences du courant trop rapides, et le courant trop intense. En voici un exemple :
Observation I. — Depuis un mois environ, j'éleclrisais à l'aide de l'appareil électro-dynamique (appareil d'induction marchant avec la pile) un malade affecté de paralysie d'un côté des muscles de la face. Une amélioration se produisait graduellement ; chaque jour les rhéophores étaient mis en contact avec les muscles paralysés, sans inconvénient, quoique l'appareil fonctionnât à un degré assez élevé de puissance. La vue n'en avait éprouvé aucun effet appréciable ; le malade ne percevait pas de trop forte sensation lumineuse pendant les opérations. Un jour, l'inventeur d'un nouvel appareil galvanique vint me prier de vouloir bien expérimenter sa machime. Nayant, à ma connaissance, aucun fait qui donnât lieu de craindre ce qui allait arriver, je dirigeai le courant de cet appareil à un degré léger sur les muscles paralysés qui se contractèrent, mais beaucoup plus faiblement que sous l'influence ordinaire de l'appareil d'induction. A l'instant môme, le malade perçut une flamme considérable dans l'œil du côté correspondant, et s'écria : « Je vois votre appartement lout en feu ! » 11 me pria de suspendre cette application. Lorsqu'il revint de l'éblouissement occasionné par cette forte excitation de la rétine, il se plaignit d'un trouble considérable de la vue, et s'aperçut qu'il ne voyait plus du côté où l'opération avait été faite. L'œil du côté opposé ne paraissait pas avoir souffert. Je lui fis prendre immédiafement un bain de pieds ; dès qu'il fut rentré chez lui, une saignée lui fut pratiquée. Sa vue ne s'améliora pas ; malgré l'emploi d'une série de moyens excitants et un traitement rationnel, on ne put obtenir qu'un léger amendement ; elle est restée considérablement affaiblie.
C'est à cet accident que je dois la découverte de cette action du galvanisme sur la rétine infiniment plus intense que celle de l'électricité d'induction; découverte qui m'a conduit, à son tour, à faire des recherches sur les propriétés différentielles des diverses sources électriques dans la production du phosphène.
Ce fait malheureux, impossible d'ailleurs à prévoir, ne devait pas
teurs qui transportent le courant électrique aux tissus organiques. » En 1862, M. Giniselli, dans un nouveau travail, établit que les altérations de tissu produites par les courants électriques sont analogues à celles occasionnées par les caustiques potentiels. En juillet 18G4,M. Nélaton a le mérite d'avoir le premier vulgarisé l'électrolyse en France (a) ; il a publié une observation très-intéressante de destruction de polype naso-pbaryngien par la méthode électrolytique. Nous ne pousserons pas plus loin cet historique. Ajoutons seulement que M. Ciniselli s'est servi dans ses essais d'électrolytie de la pile de Voila à colonne, composée de i;0 à 40 éléments et plus, et M. Nélaton d'un appareil de Bunsen formé de 9 éléments de 16 centimètres de hauteur sur 8 de diamètre, d'une forte tension.
(a) Nélaton, Comptes rendus de l'Acad. des sciences, Î864.
16 chap. i. — de l'électricité médicale.
être perdu pour la science. Au contraire, il en est ressorti des applications thérapeutiques éminemment utiles aux malades, car il démontrait d'une part que l'électricité d'induction, fournie par l'appareil électro-dynamique, même avec une grande tension, n'agit pas sensiblement sur la rétine, tandis que l'électricité galvanique, à dose très-faible, exerce une action très-énergique sur cet organe. On était donc en droit d'espérer que l'emploi bien réglé de l'électricité de contact produirait des modifications thérapeutiques utiles dans les affections purement nerveuses de l'œil. Ces prévisions ont été confirmées par l'expérience.
En résumé : 1° L'électricité galvanique exerce une action très-vive sur la rétine, lorsque l'excitation est dirigée sur un des points où se ramifie la cinquième paire. 2° Cette espèce d'électricité peut être un excellent agent thérapeutique dans les affections purement dynamiques de la vue. 3° Au contraire, {'électricité d'induction provenant de l'appareil électro-dynamique agit très-faiblement sur la rétine. 4° Enfin, précisément par la raison que l'électricité d'induction est insuffisante lorsqu'il est nécessaire de stimuler la rétine, elle convient exclusivement lorsqu'il faut provoquer la contractilité musculaire à la face, ou agir sur les muscles propres de l'œil, sans exposer cette même rétine aux dangers d'une surexcitation.
ARTICLE III
ÉLECTRICITÉ D'iNDUCTION.
Bien qu'il n'entre pas dans mon sujet d'exposer ici les principes fondamentaux qui président au développement des courants d'induction (ce que l'on trouve d'ailleurs dans tous les traités de physique), je crois nécessaire de rappeler ou de dire comment je comprends ceux qui doivent toujours être présents à l'esprit de celui qui s'occupe de l'application de cette espèce d'électricité à l'expérimentation électro-physiologique ou à la pratique médicale. M'adressant à un public médical qui, en général, est peu familiarisé avec les formules en usage dans les traités de physique, j'éviterai de les employer, et, afin d'être compris de tous, je m'exprimerai autant que possible dans un langage vulgaire.
Les appareils d'induction prennent leur source, on le sait, soit dans une pile, soit dans un aimant artificiel. Ces appareils sont connus dans la science, les premiers sous la dénomination d'appareils électif-dynamiques, les seconds sous celle d'appareils électromagnétiques. Les uns et les autres se composent d'un fil de cuivre rouge, recouvert d'un fil de soie isolant quelquefois enduit d'un vernis, d'un diamètre et d'une longueur variables, et enroulé en spires serrées de manière à former une hélice, au centre de laquelle
on place ou un fer doux ou un aimant. Dans la plupart des appareils électro-dynamiques, un second fil de cuivre plus fin et plus long, recouvert également d'un fil de soie, est enroulé sur le premier et forme une seconde hélice. Les appareils électro-magnétiques usuels n'ont jamais qu'un seul fil de cuivre, enroulé sur chaque bras de l'aimant.
On sait que, pour mettre en action un appareil électro-dynamique composé de deux hélices, on établit unecommunicationentreles extrémités d'un circuit formé par le fil enroulésur Ieferdoux central (fil de la première hélice). A l'instant où ce circuit est fermé, il s'opère une modification électrique dans l'état du fil etaussi dans l'état du fer doux, qui s'aimante temporairement. Si ensuite le circuit est ouvert, il en résulte une nouvelle modification électrique et magnétique, car l'électricité naturelle (latente) du fil reprend son état normal, et le fer doux perd son aimantation. C'est seulement au moment où ces modifications sont produites que se manifestent dans la première hélice les phénomènes d'induction, par l'influence mutuelle des spires et de l'aimant temporaire sur les spires elles-mêmes, tandis que l'on n'observe aucun phénomène physique ou physiologique dans leur intervalle. (Le courant produit dans ces conditions est appelé extracourant.) En effet, place-t-on dans le circuit de son courant un organe contractile vivant, un muscle de grenouille, par exemple,à l'instant où ce circuit est fermé, ce muscle se contracte et rentre dans son état de repos. Vient-on alors à ouvrir le circuit, le muscle entre encore en contraction ; mais alors la contraction est beaucoup plus forte que la première. Un phénomène physique analogue (un courant dit induit, qui provoque également une contraction musculaire à son entrée et à sa sortie) se développe en môme temps dansle circuit formé par le fil de cuivre fin enroulé sur le précédent, avec cette différence toutefois que si, au lieu d'un muscle, on place un galvanomètre dans le circuit du fil fin, on voit l'aiguille du galvanomètre se dévier à la fermeture et à l'ouverture du courant, mais chaque fois en sens contraire.
Le courant instantané qui se développe dans la deuxième hélice au moment où l'on ferme le circuit formé par la pile et le fil de la première hélice, marche en sens contraire du courant de la pile. C'est pour cette raison sans doute qu'il a été appelé courant induit inverse (ou négatif). Au contraire, le courant instantané engendré dans la première hélice au moment où l'on interrompt celui de la pile, suit la même direction que son courant générateur, d'où lui vient le nom de courant induit direct (ou positif). Enfin on constate que la tension du courant induit est infiniment plus grande que celle de l'exlra-courant. Il ressort déjà de ce qui précède, que l'identité des deux courants précédents n'estpas parfaite. (Je démonduchenne. — 3e édition. 2
trerai bientôt expérimentalement et par l'observation clinique que ces courants diffèrent encore essentiellement entre eux par leur action électro-physiologique.)
J'ai ditque lecourantquisedéveloppedanslepremier fil estappelé par les auteurs extra-courant ou courant inducteur ; et que celui du fil qui lui est superposé est connu sous le nom de courant induit. Je les avais appelés primitivement courant de premier ordre et courant de second ordre. Je renonce aujourd'hui à ces dénominations pour ne pas jeter la confusion dans le langage scientifique usuel, bien que la nouvelle nomenclature que je proposais fût plus rationnelle et plus physiologique. Toutefois je ne me servirai pas des termes en usage pour désigner ces différents courants, parce qu'ils seraient mal interprétés par la généralité des médecins qui ne sont pas familiarisés avec l'historique de l'ancienne nomenclature. Je désignerai, à l'avenir, l'extra-courant sous le nom de courant delà première hélice, et le courant induit des auteurs sous celui de courant de la deuxième hélice. J'espère que ces dénominations, parfaitement claires pour tout le monde et qui ne contrarient en rien les théories plus ou moins exactes des physiciens, seront généralement acceptées par les médecins (1).
(I) Des recherches expérimentales que j'ai publiées déjà depuis plusieurs années, et que" je vais bientôt exposer, recherches dont personne ne conteste l'exactitude, bien que quelques observateurs les aient interprétées diversement, ont démontré d'une manière incontestable que les deux courants d'induction dont il est ici question possèdent des actions électro-physiologiques spéciales, et qui dépendent nonseulement de la longueur et de la section de leurs fils, mais aussi de leur mode d'induction. 11 était donc nécessaire de désigner ces courants par des dénominations parfaitement claires et précises ; mais il me fallut pour cela modifier la nomenclature des courants d'induction. C'est toujours une chose grave que de porter atteinte au langage usuel, sans absolue nécessité. Aussi ai-je à me justifier d'avoir essayé de désigner d'une manière plus claire le courant dont nous nous occupons. Je dois pour cela rappeler comment s'est formée la nomenclature des courants d'induction.
Il est arrivé, à l'égard des découvertes successives des phénomènes d'induction ce qui arrive dans beaucoup d'autres circonstances : leur nomenclature s'est formée successivement en raison de la marche progressive de la science. Ou découvrit d'abord qu'un fil métallique fin très-rapproché sur un premier fil parcouru par un courant, devenait le siège d'un courant instantané, lorsqu'on fermait ou que l'on ouvrait le premier circuit formé par le gros fil également métallique. On eut dès lors les expressions de courant induit, — c'est celui du fil fin, — et de courant inducteur , — c'est celui qui venant de la pile circule dans le fil gros. Mais il se trouva ensuite que les spires du fil inducteur lui-môme agissaient les unes sur les autres, de telle sorte qu'il s'y développait aussi un courant spécial d'induction au moment de la fermeture ou de la rupture du circuit. Masson, qui le premier constata ce phénomène, désigna ce courant (distinct de celui qui provient de la pile, quoique se produisant dans le même lieu) par le nom à? extra-courant. Puis on décrouvrit que des hélices séparées, superposées à une première spirale que traverse le courant d'une pile, s'induisaient l'une l'autre, et que l'on avait ainsi une suite de courants secondaires induits. 11 fallut distinguer ces courants par des noms particuliers. MM. Henry de Princeton, Becquerel, Abria,de La Rive («), Pouillet, etc., adoptèrent ceux de courants des deuxième, troisième, quatrième, cinquième ordres, etc., pour les courants
(a) Delà Rive, Traité d'électricité théorique et appliquée. Taris, 1804.
Examinons maintenant ce qui ce passe lorsque l'on met en action un appareil électro-magnétique. Un fer doux est placé à une petite distance des pôles de l'aimant, de manière à pouvoir s'en éloigner ou s'en rapprocher par un mouvement rotatoire. Mettons d'abord ce fer doux en croix avec l'aimant, et fermons le circuit formé par le fil enroulé, ou sur le fer doux (comme dans l'appareil de Pixii ou de Clark), ou sur l'aimant (comme dans l'appareil de Dujardin ou de Breton), en plaçant entre les extrémités libres de ce fil ou un galvanomètre, ou un muscle vivant de grenouille. Si alors on imprime un mouvement de rotation au fer doux, de manière qu'il se trouve en.face des pôles de l'aimant, l'aiguille du galvanomètre s'éloigne du méridien magnétique, ou le muscle se contracte ; puis l'aiguille reprend sa position normale, ou le muscle reste en repos. Si un nouveau mouvement rotatoire est impriméau fer doux, de telle sorte que ses extrémités s'éloignent de l'aimant pour se placer en croix, une nouvelle déviation a lieu dans l'aiguille du galvanomètre ;
des deuxième, troisième, quatrième hélices, etc. Mais, par une contradiction singulière, ils conservèrent le nom d'extra-courant, déjà usuel, pour le courant d'induction de la première spirale ou hélice, et ils appelèrent courant du premier ordre le courant de la pile, le premier courant inducteur. Ils reconnurent cependant que l'extra-courant, produit, comme on dit, par l'induction du courant inducteur sur luimême, se comportait, à tous égards, comme les autres courants induits, auxquels il devait être assimilé. J'ai jugé, en conséquence, plus rationnel de donner à cet extracourant, à ce premier courant induit, le nom de courant d'induction du premier ordre, d'après le principe même de la nomenclature établie par les physiciens que j'ai cités. Voilà comment on trouve réellement des courants induits de premier et de second ordre, dans mes appareils électro-dynamique et électro-magnétique, dont les deux fils jouent le même rôle que la première et la deuxième des spirales, ou hélices superposées, dont il vient d'être question.
Ce court aperçu historique fait ressortir l'insuffisance ou plutôt la confusion de la nomenclature des courants d'induction adoptée par les auteurs. Pont tout homme qui n'est pas familiarisé avec ce langage de convention (et la généralité des médecins dans ce cas), les noms de courant de premier ordre, de second ordre, de troisième ordre, etc., désigneront des courants de même espèce, mais classés d'une manière différente, selon leurs caractères distinctifs ou selon leur superposition, et le nom à1 extra-courant semblera indiquer un courant d'une autre nature.
Bien plus, la confusion ou le désaccord règne déjà dans le langage classique, car les uns appellent, comme on l'a vu plus haut, courant de premier ordre le courant de la pile, et il en est d'autres qui lui conservent le nom de courant inducteur, réservant au courant de la deuxième hélice celui de courant du premier ordre. Enfin M. Dumoncel distingue les courants des deux premières hélices par les noms de courant primaire et de couiwit secondaire. Laquelle de ces diverses nomenclatures est la nomenclature classique ?
En résumé, dans les appareils électro-dynamiques, au lieu de paraître exclure de la famille des courants d'induction le courant de la première hélice sous la dénomination d'extra-courant, tout le monde — je l'espère du moins — trouvera qu'il serait plus rationnel ou plus philosophique de l'appeler courant de premier ordre, puisque les autres courants supérieurs, qui s'en distinguent d'ailleurs par des actions spéciales — je vais le démontrer — ont été désignés par les physiciens suivant leur ordre de superposition, sous la dénomination de courants de deuxième, troisième quatrième, cinquième et sixième ordre. Mais afin de ne pas jeter le trouble dans le langage usuel, au lieu d'appeler l'extra-courant courant de premier ordre, je lui donnerai, comme je l'ai dit ci- dessus, le nom de courant de la première hélice, et désignerai le courant qui lui est supérieur par celui de courant de la deuxième hélice.
mais cette déviation se fait dans un sens contraire à la première, et l'on observe une nouvelle contraction musculaire plus forte que la première.
Ces phénomènes d'induction se produisent dans les appareils électro-magnétiques de la même manière que dans les appareils électro-dynamiques, c'est-à-dire en vertu d'une modification apportée dans l'état de l'aimant et de son fer doux, et dans celui du fil de cuivre enroulé sur le fer doux ou sur l'aimant.
En voici la théorie : lorsque le fer doux est mis en rapport avec l'aimant, l'électricité naturelle du fer doux est décomposée par le premier, et les pôles contraires s'attirent et se recomposent ; il en résulte une neutralisation de l'aimant artificiel et une modification dans l'électricité latente du fil de cuivre qui est induit, et alors aussi les spires de l'hélice s'influencent mutuellement ; quand le fil doux est éloigné de l'aimant par un mouvement de rotation, le fluide magnétique de cet aimant reprend sa liberté, et s'accumule à chacune de ses extrémités ;le fer doux, dont la polarisation cesse à l'instant, reprend son état naturel, se recompose, et, par le fait de ce changement d'être de l'aimant artificiel, le fil de cuivre éprouve une nouvelle induction.
Si, en même temps que ces modifications électriques ont lieu, on interrompt le circuit formé par le fil de l'hélice, la puissance de l'induction augmente dans des proportions considérables. Presque tous les appareils électro-magnétiques sont disposés de manière que les solutions du courant ne s'opèrent qu'au moment où le fer doux arrive en face de l'aimant. lien résulte qu'ils produisent, par révolution de ce ferdoux, une action inductrice très-faible, inappréciable chez l'homme, une autre forte, lapremière ayant lieu lorsque le fer doux est placé en croix, la seconde, quand il est mis en rapport avec l'aimant.
Dans les appareils électro-magnétiques les interruptions du courant s'opèrent à l'aide d'une petite bobine (commutateur) placée sur l'axe du fer doux (armature). Celui-ci est mis en mouvement par un mécanisme particulier, composé d'une petite roue à pivots, engrenée dans une grande roue dentelée, dételle sorte que le mouvement rotaloire du fer doux peut-être exécuté avec une grande rapidité.
Cette rapidité du mouvement rotaloire est une condition essentielle de force et même de vie pour les appareils électro-magnétiques. Je vais essayer de le démontrer.
Lorsqu'on ouvre le courant d'un appareil électro-dynamique, l'induction et l'aimantation du fer doux cessent brusquement avec leur cause productrice, et le passage d'une grande intensité magnétique à zéro se fait subitement et sans transition dans le fer doux central de la bobine. Telle est la principale cause delà plus grande
puissance de l'induction dans les électro-aimants. Mais les choses se passent différemment dans les appareils éleclro-magnétiques. Supposez le courant magnétique établi par la juxtaposition du fer doux contre les pôles de l'aimant, l'ouverture de ce courant n'aura lieu qu'au moment où le fer doux se trouvera en croix avec les extrémités de l'aimant. Si le fer doux décrit lentement un arc de cercle pour se placer perpendiculairement à l'aimant, le courant magnétique établi entre l'aimant et le fer doux diminue insensiblement jusqu'à ce qu'il arrive à zéro.
Mais si le fer doux tourne avec rapidité, le passage du courant magnétique, du maximum à zéro, est opéré dans un temps si court, que ce passage équivaut presque à une interruption brusque du courant, comme dans les appareils électro-dynamiques, et il en résulte une induction puissante. On conçoit, dès lors, que la force de l'induction dans les appareils électro-magnétiques devra être d'autant plus grande que la rotation du fer doux sera plus rapide. Gomment se fait-il alors que dans ces appareils l'intensité du courant diminue au delà d'une certaine vitesse des intermittences, comme cela arrive aussi dans les appareils électro-dynamiques avec la roue de Masson ? Ce phénomène, qui a longtemps tourmenté la plupart des physiciens, est produit par une cause mécanique et dépend d'un vice de construction, ainsi que je le démontrerai plus tard.
Avant mes recherches les appareils électro-magnétiques ne possédaient qu'une hélice. J'ai fait construire un appareil électro-magnétique à double induction, dont les deux hélices superposées et fixées sur l'aimant jouissent, ainsi que je le démontrerai bientôt, de propriétés différentielles comme les hélices des appareils électro-dynamiques à double courant. La description et la théorie en seront exposées dans le chapitre IV.
En résumé, les considérations précédentes démontrent que, nonseulement l'électricité d'induction ne peut fournir de courant continu, puisqu'elle est essentiellement intermittente ou instantanée, mais encore que chaque intermittence se compose de deux courants marchant en sens contraire. Il est établi aussi que le courant qui se produit à la fin de chaque intermittence est le seul qui exerce une action physiologique puissante. Enfin, les appareils électro-magnétiques usuels ne peuvent fonctionner qu'avec des intermittences rapides, tandis que les appareils électro-dynamiques fournissent des courants à intermittences lentes et rapides à volonté.
§ I. — Action physiologique différentielle du courant de la première hélice et du courant de la deuxième hélice.
L'excitation de la peau par l'électricité d'induction, quelque longue que soit l'opération, quelque intense que soit le courant, ne produit pas d'autre action organique que l'érection des papilles ou un peu d'érythème. 11 faut savoir cependant qu'il est des sujets chez lesquels la peau s'entlamme sous l'influence de la cause la plus légère, et chez lesquels l'électrisation cutanée par le courant de la deuxième hélice, qui exerce une action élective sur la sensibilité de la peau, suffit, comme on le verra plus loin, pour provoquer des érythèmes qui peuvent durer plusieurs jours.
Dans l'état actuel de la science, on n'établit pbysiologiquement aucune différence entre l'électricité qui arrive aux organes par la voie du courant d'induction de la première hélice, et celle qui leur est envoyée par le courant d'induction de la seconde. Voici cependant des faits qui prouvent, d'une manière incontestable, que chacun de ces courants agit pbysiologiquement d'une manière spéciale (1).
Dans les expériences que je vais exposer, et que l'on voudra répéter, on devra égaliser, pour démontrer la réalité de ces faits nouveaux, d'abord la puissance physiologique de chaque hélice en tenant un rhéophore humide dans chaque main. (On sait que, lorsqu'on se place de cette manière dans le circuit d'un courant d'induction, chaque intermittence de ce courant provoque dans les membres supérieurs une secousse qui retentit dans les poignets, les coudes, les épaules et môme dans la poitrine, selon la force du courant.)
(1) Abria a seulement cherché à établir comparativement la puissance de l'action physiologique des deuxième, troisième, quatrième, cinquième, sixième et septième hélices, ou, dans le langage usuel, de premier, second, troisième, quatrième, cinquième et sixième ordre, mais il n'a pas étudié l'action différentielle du courant de la première hélice (extra-courant) et du courant de la deuxième hélice (courant du premier ordre), seule action différentielle qu'il importe à la pratique de connaître, car les actions différentielles désignées par Abria sont insignifiantes au point de vue thérapeutique. Je ferai en outre remarquer qu'il n'existe aucune ressemblance entre ces recherches d'Abria et les miennes. En effet, cet expérimentateur prenait dans les mains les cylindres rhéophores pour comparer l'action différentielle des courants d'induction de divers ordres, et quand un courant lui donnait des secousses plus grandes dans les membres supérieurs, il en concluait que sa puissance physiologique était plus grande, voilà tout. Dans mes expériences — on le verra bientôt — je commence par égaliser la force des courants que je veux comparer l'un à l'autre, puis j'étudie leur action différentielle sur la sensibilité cutanée, musculaire, rétinienne, etc. Abria ne pouvait faire ces recherches, car il ne savait pas localiser la force électrique dans les organes, ce qui exige avaut tout des connaissances anatomiques et physiologiques spéciales.
A. — Le courant de la deuxième hélice excite plus vivement la rétine que celui de la première hélice, lorsqu'il est appliqué à la face ou sur le globe oculaire, par l'intermédiaire des rhéophores humides.
Cette propriété spéciale du courant de la deuxième hélice, de produire des sensations plus lumineuses que le courant de la première hélice, est plus développée dans mon appareil électro-magnétique à deux hélices (1) que dans mon appareil électro-dynamique. Ainsi le courant de la deuxième hélice de mon appareil électromagnétique, appliqué sur tous les points de la face, agit puissamment sur la rétine, même à des doses très-faibles; tandis que le courant de la deuxième hélice de mon appareil volta-électrique ne peut produire de sensation lumineuse que sous l'influence d'un courant comparativement plus intense, et cela seulement lorsque les rhéophores humides sont placés à l'émergence des nerfs de la cinquième paire ou sur le globe oculaire. La flamme que l'on perçoit alors est pins pâle que celle qu'on obtient avec le courant de la deuxième hélice de l'appareil électro-magnétique, et impressionne moins vivement la rétine. Le courant de la première hélice de l'appareil électro-magnétique ne produit pas plus d'impression lumineuse que celui de l'appareil électro-dynamique. Enfin, la sensation lumineuse qui est due à l'action du courant de la deuxième hélice de l'appareil électro-magnétique est loin d'être aussi forte que celle qu'on provoque par les appareils électro-moteurs.
B. — Le courant de la deuxième hélice excite plus vivement la sensibilité cutanée
que le courant de la première hélice.
Voici l'expérience dans laquelle on constate ce phénomène. Elle se fait à l'aide de deux appareils électro-dynamiques ou électro-magnétiques, dont l'un fournit un courant de la première hélice, et l'autre un courant de la seconde hélice. Ces appareils étant en activité, on les gradue de telle sorte qu'ils provoquent la contractilité musculaire avec une force égale. Si alors on excite la sensibilité cutanée alternativement avec chacun de ces appareils, en procédant comme je l'indiquerai dans la méthodologie (ch. ni, art. 3, § 1), on observe que la sensation est infiniment moins forte sous l'influence du courant de la première hélice que sous celle du courant de la seconde hélice.
Ces actions spéciales et différentes des courants de la première et de la seconde hélice, dont la découverte remonte à 1848 et dont j'ai donné connaissance à l'Académie des sciences en 1849, ont été
(1) L'appareil à deux hélices ou à double induction, que j'ai le premier fait construire, sera décrit dans le chapitre iv.
24 chap. i. — de l'électricité médicale.
exposées dans la première édition de ce livre (1). Depuis lors, mes recherches sur les actions différentes des courants d'induction ayant été rendues plus faciles par un commutateur des hélices que j'ai ajouté à mes appareils, et à l'aide duquel je passe rapidement de l'une à l'autre hélice, de manière à mieux comparer leurs effets physiologiques, j'ai observé que les courants d'induction exercent des actions spéciales non moins importantes pour la physiologie et la thérapeutique. Je vais les exposer.
C. — Le courant de la première hélice excite pins vivement que celui de la deuxième la sensibilité de certains organes placés plus ou moins profondément sous la peau.
Voici comment j'ai élé mis sur la voie de ce fait important. Répétant un jour avec M. Jules Béclard, professeur agrégé à la Faculté de médecine, les expériences qui démontrent les propriétés différentielles des courants, et que j'ai exposées précédemment, mon savant confrère me fit remarquer que le courant de la première hélice produisait chez lui une sensation beaucoup plus vive que celui de la deuxième hélice, lorsqu'il tenait dans la même main les rhéophores humides. Cette observation m'engagea à faire une série de nouvelles expériences qui, répétées souvent et sur un grand nombre de sujets, m'ont donné des résultats toujours identiques.
Si, après avoir égalisé la force des courants de la première et de la seconde hélice, en prenant un rhéophore humide dans chaque main, de manière à obtenir des secousses égales en force, qui retentissent, par exemple, jusque dans les coudes, on compare de nouveau leur action, en tenant les cylindres dans la même main largement humectée (il est bien entendu qu'ils ne doivent pas se toucher), on éprouve dans cette main une sensation plus vive, plus pénétrante dans le point qui est en contact avec le rhéophore du courant de la première hélice, que dans celui qui est en rapport avec le rhéophore de la seconde hélice. Ces phénomènes de sensibilité sont d'autant plus prononcés, que les intermittences sont plus rapides. Les sensations et les contractions limitées à la main qui tient les deux rhéophores humides résultent de l'action directe du courant sur les nerfs sous-cutanés de la face palmaire de la paume de la main et des doigts, et sur les muscles de cette région.
Le courant de la première hélice fait éprouver également une plus vive sensation, lorsqu'on dirige son action sur les muscles des autres régions du corps.
Il est quelques muscles sur lesquels il est facile, à cause de leur isolement, de constater cette action spéciale du courant de la pre-
(1) Duchenne, de l' Êlectrisation. Paris, 1855.
mière hélice sur la sensibilité musculaire. Je citerai, comme exemple, le deltoïde, le long supinateur, sur la partie moyenne duquel on place les deux éponges excitatrices, aussi rapprochées que possible. Si dans ces expériences on place les courants des deux hélices dans des conditions identiques, en égalisant leur tension (à l'aide d'un tube à eau), on voit combien le courant de la première hélice excite davantage la sensibilité musculaire. Mais lorsqu'on expérimente sur des régions où les couches musculaires sont plus ou moins épaisses et qui sont superposées, la différence d'action des deux courants sur la sensibilité musculaire est moins facile à démontrer, car le courant de la deuxième hélice possédant plus de tension que celui de la première hélice, ainsi que je le démontrerai bientôt, les recompositions sont plus profondes, et, une grande quantité de fibres musculaires entrant en contraction, la sensation est proportionnellement augmentée.
11 était rationnel de prévoir que la sensibilité d'autres organes plus ou moins profondément situés sous la peau devait être aussi plus vivement excitée par le courant de la première hélice que par celui de la seconde. C'est ce que j'ai constaté pour plusieurs d'entre eux : les nerfs mixtes, les testicules, la vessie, le rectum ; et ici cette différence d'excitabilité de la sensibilité par ces deux courants est considérable.
D. — Le courant de la deuxième hélice provoque des contractions réflexes plus énergiques que le courant de la première hélice.
Cette proposition découle des expériences précédentes, que l'on peut compléter de la manière suivante.
Que l'on égalise d'abord l'action des deux courants sur la sensibilité des organes sous-cutanés, par exemple en tenant comme précédemment les rhéophores humides dans une seule main; que l'on fasse ensuite tenir un rhéophore humide dans chaque main : on constatera alors que, de ces deux courants qui paraissent agir avec une force égale sur la sensibilité, celui de la deuxième hélice provoque des contractions qui remontent beaucoup plus haut dans les membres supérieurs.
11 importe d'expliquer le mode d'action physiologique de ce phénomène. Les contractions que l'on observe dans les membres supérieurs, quand chaque main saisit un des rhéophores du courant d'induction, se manifestent au-dessus du point excité, c'est-à-dire en sens contraire de la marche de la force nerveuse. Elles sont dues à la réaction de la moelle excitée par le courant électrique qui parcourt longitudinalement les membres, des extrémités au centre. — Je reviendrai, dans le chapitre III, § 3, sur ce mode d'électrisation, que j'ai appelé par action réflexe.
E. — Lorsque des rhéophores humides sont appliqués sur la surface cutanée, le courant de la deuxième hélice pénètre plus profondément dans les tissus que le courant de la première hélice.
Voici comment la notion de ce phénomène m'a été révélée. Il m'est fréquemment arrivé d'avoir à localiser l'excitation électrique dans des muscles qui avaient perdu leur contractilité et leur sensibilité électriques, consécutivement à la lésion traumatique des nerfs qui les animent, du nerf radial par exemple. Quand je me servais du courant de la première hélice, je parvenais à limiter l'excitation dans la couche musculaire paralysée, bien que le degré de graduation du courant fût assez élevé. II n'y avait ni sensation ni contraction. Mais si je remplaçais le courant de la première hélice par celui de la deuxième, après l'avoir égalisé (en prenant les rhéophores dans chaque main), les muscles de la région antérieure de l'avant-bras entraient en contraction, et le sujet en percevait la sensation.
Il est évident que, dans ce dernier cas, le courant a pénétré plus profondément et s'est recomposé dans les muscles de la région antérieure, après avoir traversé l'espace interosseux. J'ai observé des phénomènes analogues à la jambe, lorsque le nerf poplilé interne ou le nerf poplité externe était lésé ; c'est-à-dire qu'à un certain degré, le courant de la deuxième hélice excitait à la fois la couche musculaire paralysée et la couche musculaire saine, tandis que le courant delà première hélice, même plus fort en apparence, quand on lui faisait parcourir les membres supérieurs des extrémités au centre, ne pouvait porter son action au delà des muscles paralysés.
En résumé, il a été démontré dans ce paragraphe : 1 ° Que le courant de la première hélice excite plus vivement la sensibilité de certains organes sous-cutanés; des nerfs, des muscles (et la contractilité de ces derniers en est proportionnellement augmentée), du rectum, de la vessie, du testicule, de l'épididyme, du cordon testiculaire ;
2° Que le courant de la deuxième hélice agit plus puissamment sur la sensibilité de la peau, sur la sensibilité de la rétine, et pénètre plus profondément dans les tissus.
F. — Théories de ces propriétés physiologiques différentielles.
Quelle que soit la cause des différences d'actions physiologiques que les hélices de tout appareil à double induction (à deux hélices superposées) possèdent à des degrés divers (en raison des variétés de section et de longueur relatives de leurs fils), il est incontestable que ces propriétés si importantes, au point de vue électro-physiologique et thérapeutique, comme je le prouverai bientôt, et qu'on ne pourrait réunir dans une seule de ces hélices; il est incontestable, dis-je, que physiologiquement ces propriétés ne sont pas iden-
tiques. C'est uniquement ce que j'ai entendu exprimer en disant dans la précédente édition que, abstraction faite de toute théorie physique, le courant de la première hélice et le courant de la deuxième hélice jouissent de propriétés physiologiques différentielles. Quand il sera démontré (dans le paragraphe suivant) qu'en raison de leurs actions physiologiques et thérapeuliques différentielles, indépendamment de leur degré de tension, les courants de la première et de la seconde hélice ne peuvent être employés indifféremment dans la pratique médicale, l'expression de propriétés différentielles dont je me suis servi pour désigner les diverses actions spéciales des courants d'induclion, sera, je l'espère, entièrement justifiée.
Quant à la théorie physique de ces propriétés différentielles, heureux d'avoir à signaler des faits électro-physiologiques d'une grande importance pratique et qui jusqu'alors avaient échappé à l'observation, j'avais laissé à d'autres, plus autorisés que moi sur cette question, aux physiciens, le soin de la rechercher. En effet, dans une note que j'ai adressée, en 1856, à l'Académie de médecine (1), je me suis borné à dire qu'il me paraissait exister quelques rapports entre le degré de tension des divers courants d'induction et les profondeurs différentes auxquelles chacun d'eux a la propriété de pénétrer dans les tissus placés sous la peau (2). Si je n'ai pas essayé -alors d'expliquer la cause physique des autres différences d'actions physiologiques de ces courants, ce n'est pas que je n'aie fait aucune expérience sur ce sujet.
Ma première idée, après avoir bien constaté l'existence de l'action différentielle des courants de la première et de la seconde hélices sur la sensibilité de la peau, — idée qui se présente naturellement
(1) Duchenne, Note sur quelques propriétés différentielles des courants d'induction de premier et de second ordre [Bull, de l'Acad. de méd., 18 mars 1866, t. XXI, p. 538). Voy. Rapport de M. Bouvier (ibid., p. 671).
(2) Voici comment je pouvais prouver par l'expérimentation électro-physiologique que le courant de la première hélice et celui de la seconde hélice possèdent une tension différente. Si, après avoir égalisé ces deux courants parle procédé indiqué (p. 23), on mesure leur tension en leur faisant traverser aliernativement une couche d'eau distillée renfermée dans un tube de verre, on constate que celle du courant de la première hélice est infiniment plus faible que celle du courant de la deuxième. Ainsi mon appareil d'induction le plus puissant étant gradué au maximum, et les deux courants étant égalisés physiologiquement comme ci-dessus, le courant de la première hélice cesse d'être perçu après avoir traversé une couche d'eau distillée de 8 centimètres d'épaisseur, tandis que celui de la seconde hélice est encore très-appréciable au delà d'une couche d'eau distillée de 30 centimètres d'épaisseur. Ces faits se produisent également, que les courants proviennent d'un appareil électro- dynamique, ou qu'ils soient fournis par un appareil électro-magnétique. Ils démontrent donc que le courant de la première hélice surmonte beaucoup plus difficilement que le courant de la deuxième hélice la résistance qui lui est opposée par l'eau, ou, en d'autres termes, que le courant de la première hélice pénètre moins profondément dans les tissus parce qu'il a beaucoup moins de tension que le courant de la deuxième.
à l'esprit de tout physicien, — fut que l'on pouvait peut-être expliquer cette action différentielle, par la différence de leur tension. Cette pensée m'inspira quelques expériences dont les résultats furent cependant négatifs. N'ayant pu résoudre mon problème, en d'autres termes, n'ayant pas trouvé l'explication de tous ces effets différents, j'avais cru devoir m'abstenir d'entretenir le public de mes dernières expériences. Je reconnais aujourd'hui que ce fut une faute, car depuis les diverses communications que j'ai faites sur ce sujet, des physiciens qui jouissent d'une grande autorité, et dont j'estime infiniment le savoir et le talent, ont attribué uniquement à la différence de tension des deux hélices toutes les actions physiologiques différentielles de leurs courants.
« L'extra-courant (disent-ils) et le courant de premier ordre ne jouissent pas de propriétés électives sur telle ou telle fonction, mais ils ont une action plus ou moins énergique, en raison de leur tension, tension qu'ils doivent aux dimensions, au pouvoir inducteur et à l'isolement du fil qu'ils traversent. Aussi le courant induit, produit dans un fil beaucoup plus long et d'un diamètre beaucoup plus fin que le premier, a une tension beaucoup plus grande que celle de l'extra-courant produit dans le fil le plus gros et le plus court. De là une énergie, des propriétés en apparence différentes, résultant d'une tension plus grande du courant qui les produit (1). »
De la théorie précédente on a tiré des déductions critiques sur les dispositions et sur les propriétés de mes appareils électro-dynamique et magnétique, construits, on lésait, au point de vue de leur application à la médecine. Ces déductions diminuant la valeur de mes recherches électro-physiologiques et surtout des considérations pratiques qui en découlent, je crois qu'il est de mon devoir de faire connaître les expériences que j'ai faites aussi pour résoudre celte importante question, et qui me semblent démontrer que la différence des actions physiologiques du courant d'induction delà première et de la seconde hélice ne dépend pas uniquement de la différence de leur tension ; que ces courants ne sont pas identiques ; que les propriétés dont ils jouissent sont réellement spéciales et échappent jusqu'à présent à toute espèce d'explication.
Pour que l'expérimentation soit plus simple et plus décisive, j'étudierai les phénomènes de l'induction sans l'intervention de la force magnétique; c'est-à-dire en produisant l'induction seulement avec le courant voltaïque initial, me réservant de faire ensuite la part de l'influence de l'aimantation temporaire comme force initiale agissant aussi sur l'induction.
(1) A. Becquerel, Traité des applications de l' électricité à la thérapeutique, 1857, p. 58. — La partie physique de ce livre est due au concours de M. E. Becquerel, et de son père, dont tout le monde connaît la science et le talent.
a. Dans mon appareil électro- dynamique à double courant, la différence de section et de longueur des deux fils qui produit l'extracourant [courant de la première hélice) et le courant de la deuxième hélice, ne rend pas compte à elle seule de l'action différentielle de ces courants sur la sensibilité.
Expérience. — J'ai fait construire deux hélices longues de 9 centimètres, et faites l'une avec un fil de cuivre recouvert de soie, d'un millimètre de section et de 200 mètres de longueur, et l'autre avec un fil également de cuivre et recouvert de soie, d'un sixième de millimètre de section et de 1000 mètres de longueur. Au centre de ces hélices, j'ai ménagé un espace destiné à recevoir au hesoin un fer doux forgé ou une boite de fil de fer, mais cet espace reste vide dans l'expérience que je vais rapporter.
Dans ces conditions, le courant d'un couple de Bunsen circulant par intermittences dans chacune de ces hélices séparées, donne naissance à deux courants instantanés (extra-courants), de force inégale ; celui qui provient du fil gros et court (extra-courant des auteurs) exerce une action physiologique infiniment plus grande que le courant développé dans le fil fin. En voici la preuve.
J'ai égalisé, dans ces conditions, la force physiologique de ces deux courants en plaçant dans chaque main ou dans une seule main, ou au niveau des muscles, des rhéophores humides, ou bien en faisant passer le courant du gros fil à travers une couche d'eau distillée enfermée dans un tube de verre, de manière que les secousses produites par lui ne fussent pas plus fortes que celles du courant du fil fin.
Si alors, après avoir égalisé, de cette manière, la puissance physiologique de ces deux courants, on examine comparativement leur action sur la sensibilité cutanée, on constate que le fil fin et long n'excite pas plus vivement la sensibilité de la peau que le fil gros et court.
Il ressort de cette expérience qu'un extra-courant développé dans une hélice à fil très-long et très-fin (1000 mètres de long sur un sixième de millimètre de section) n'excite pas plus la sensibilité de la peau que l'extra-courant engendré dans un fil beaucoup plus court et plus gros (200 mètres de long sur un peu moins d'un millimètre de section).
Il est également évident que, si l'action d'un courantsur la sensibilité cutanée était seulement en raison directe de sa tension, l'extra-courant produit ici dans un fil fin devrait agir plus fortement sur la peau que l'extra-courant circulant dans un fil beaucoup plus gros et beaucoup plus court. Ceci n'a pas besoin d'être démontré.
b. Le fil plus fin et plus long de mon appareil électro-dynamique à double courant n'acquiert son action spéciale sur la sensibilité cutanée que lorsqu'il est induit par un fil plus gros.
La même hélice à fil fin, avec laquelle nous avons fait l'expé-
rience précédente, est-elle soumise à l'influence inductrice de l'hélice à gros fil, on voit à l'instant le courant qui circule dans ses spires acquérir cette action spéciale en vertu de laquelle la sensibilité cutanée est plus vivement excitée, action quej'ai fait connaître comme étant propre au courant de la deuxième hélice. Voici comment j'ai fait cette expérience.
Expérience. — J'ai emboîté les deux hélices qui ont servi aux expériences précédentes, une, l'hélice à fil fin, ayant été construite de manière à recouvrir l'hélice à fil gros. J'ai fait ensuite passer dans celle-ci le courant du même couple de Bunsen avec des intermittences. La force du courant (induit) de la seconde hélice, produite par l'influence de la première (extra-courant), augmenta dans des proportions considérables (comme on devait le prévoir). Alors, afin d'étudier les propriétés spéciales de cette seconde hélice, comparativement à celle d'une même hélice à fil fin et long qui ne donne qu'un extra-courant, j'ai égalisé leur tension en les faisant passer à travers une couche d'eau contenue dans le tube de verre, de telle sorte qu'en prenant les cylindres dans la main humide, il était impossible de distinguer l'hélice à fil fin extra-courant de l'hélice à fil fin induite par le gros fil. On pouvait donc les croire parfaitement égaux, quant à leur puissance physiologique sur la sensibilité de la peau. Eh bien, le contraire arrive; car, dès que je limitai alternativement leur action à la surface de la peau, je constatai que l'excitation de la sensibilité de la peau'était plus vive par le fil fin induit que par le fil fin (extra-courant).
On a donc vu, dans cette expérience, qu'une hélice faite avec un fil de 1000 mètres de longueur sur un sixième de millimètre de section, et dont la puissance sur la sensibilité cutanée, quand son courantétait extra-courant, égalait à peine celle de l'hélice à fil gros et de 200 mètres de longueur sur un millimètre de section, on a constaté, dis-je, que cette même hélice avait acquis une action énorme sur la sensibilité cutanée, par le seul fait de l'influence d'une hélice inductrice, dont le fil était plus gros.
On a sans doute remarqué que, dans toutes les expériences précédentes, je me suis abstenu de placer le fer doux au centre de l'hélice inductrice, c'est-à-dire que l'aimantation est restée entièrement étrangère aux différents phénomènes d'induction que je viens d'exposer. J'ai expérimenté de cette manière afin de montrer combien paraît peu fondée l'opinion d'un auteur qui semble aussi attribuer l'action spéciale du courant de la deuxième hélice à l'influence de l'aimantation. «Il y a, dit M. E. Becquerel, une autre remarque que nous ferons encore : M. Duchenne, en mettant (dans ses appareils) une seconde hélice autour de la première induite, a cru avoir excité seulement un courant d'ordre supérieur à celui de la première hélice. Or, d'après cette disposition, l'effet est très-
compliqué; car, dans la deuxième hélice, l'action qui prédomine est due à l'influence de l'aimant central, comme dans la première hélice. »
Cette opinion est sans valeur en présence des expériences que j'ai rapportées, car l'action différentielle des deux courants se manifeste aussi bien indépendamment de l'influence de l'aimant temporaire. Si j'avais introduit un fer doux au centre de l'hélice du gros fil inducteur, il se serait aimanté fortement et aurait réagi sur le courant d'induction circulant dans cette hélice, en augmentant sa puissance; c'est ce qu'il est facile de constater. Cette augmentation de puissance du courant de la première hélice aurait augmenté proportionnellement, par influence, le courant de l'hélice voisine. Voilà tout. Dire que l'aimant agit directement sur la seconde hélice et produit ainsi les phénomènes spéciaux de la deuxième hélice, c'est imaginer une hypothèse et une objection qui s'évanouissent en présence de mes expériences.
En résumé, l'action spéciale sur la sensibilité cutanée du courant de la deuxième hélice ; en d'autres termes, d'une hélice à fil fin induite par une autre hélice à fil plus gros et plus court, ne peut s'expliquer uniquement par la plus grande tension de ce courant. Quelle est la théorie exacte de ce phénomène? C'est ce qui doit exercer encore la sagacité des savants physiciens qui m'ont fait l'honneur de critiquer mes recherches, et qui, je le répète, sont beaucoup plus compétents que moi en pareille matière, en raison de leurs connaissances spéciales.
Cependant admettons un instant que l'énergie plus grande de l'action de la deuxième hélice sur la sensibilité cutanée soit due uniquement à la plus grande tension de son courant. Comment expliquera-t-on ensuite que la première hélice, dont au contraire la tension est infiniment plus faible, excite beaucoup plus vivement la sensibilité de certains organes sous-cutanés (muscles, nerfs, vessie, rectum, testicule)? Comment expliquer aussi cette action élective du courant de la deuxième hélice sur la sensibilité de la rétine (4)? Ne pouvant donc, dans l'étal actuel de nos connaissances,
(I) M. Chauveau, essayant de théoriser les effets physiologiques des courants induits, a conclu de quelques expériences faites sur les animaux : « 1° que l'effet physiologique de l'électricité est le résultat d'un ébranlement mécanique imprimé aux molécules placées sur le passage des courants; 2° que cet ébranlement tient exclusivement à la tension de ces courants sans être directement influencé par la quantité l'électricité mise en mouvement; 3° que les diverses parties du trajet parcouru par l'électricité, dans un conducteur animal, n'éprouvent pas au même degré cette excitation mécanique, parce que la tension, loin d'être uniforme dans ce conducteur, s'y montre toujours plus forte aux points extrêmes, et surtout au point de sortie (au pôle négatif). »
Les expériences faites sur l'homme à l'aide de l'électrisation localisée, et qui ont
trouver une théorie physique satisfaisante des actions physiologiques différentielles des courants de la première et de la deuxième hélice, que l'on veuille bien se contenter, pour le moment, des faits électro-physiologiques incontestables qui seuls pourront la constituer.
été exposées dans ce paragraphe, démontrent que l'énergie de tous les effets physiologiques d'un courant d'induction, loin d'être toujours en raison directe de la tension, est quelquefois au contraire plus grande sous l'influence du courant d'induction dont la tension est moindre (sous l'influence du courant de la première hélice, de l'extracourant des auteurs).
Je ferai remarquer en outre qu'il est reconnu en physique, et démontré expérimentalement, contrairement à l'assertion de M. Chauveau, qu'au pôle négatif le courant électrique a moins de tension qu'au pôle positif, et conséquemment que l'action physiologique, plus puissante au pôle négatif, ne peut être attribuée à sa plus grande tension.
Enfin M. le vicomte Dumoncel adonné un nouvel appui à l'opinion que je défends [comptes rendus de l'Académie des sciences, 1859). Il a démontré expérimentalement que la puissance physiologique d'un courant d'induction n'est pas toujours due à sa tension. L'expérience d'où ressort ce fait important est exposé dans la note suivante, que cet ingénieux et savant physicien a eu l'obligeance de me communiquer.
Fig. 1. — Appareil de démonstration de M. Dumoncel.
« On arrive, dit-il, à conclure de cette expérience, qui est certainement la plus curieuse qu'on puisse faire avec l'instrument précédent (fig. I), que la tension n'est pas la seule cause de l'énergie (sous le rapport des réactions physiologiques) que les courants induits peuvent avoir par eux-mêmes, et que les effets différents que M. Duchenne a remarqués entre les courants secondaires et les extra-courants peuvent bien ne pas tenir seulement à leur différence de tension, ce que M. Duchenne cherche à démontrer depuis plusieurs années.
« J'ai démontré au moyen de l'appareil représenté (fig. 1). et qui se compose de deux électro-aimants droits munis de deux bobines d'induction B et D à leurs extrémités polaires, que, quand les deux armatures KF et GH sont abaissées sur les pôles de ces aimants, les courants induits excités par la fermeture et l'ouverture du courant inducteur à travers les bobines A et C, quoique étant plus intenses au galvanomètre que quand l'armature EF est enlevée, donnent des commotions beaucoup plus énergiques dans ce dernier cas, et pourtant les deux courants mesurés au rhéostat ont la même tension. On ne peut pas attribuer cette différence
; II. — Propriétés thérapeutiques différentielles des courants
d'induction.
L'électricité d'induction est le seul agent thérapeutique qui, limité à la peau, puisse produire la sensation cutanée la plus aiguë, qui cesse subitement avec l'opération, qui se gradue depuis le simple chatouillement jusqu'à la douleur la plus vive, en passant par tous les degrés intermédiaires, ou bien en allant subitement d'un extrême à l'autre, sans jamais désorganiser la peau, ni laisser d'autre trace à sa surface qu'un léger érythème ou de petites élevures dues à l'érection des papilles. On conçoit qu'un tel agent réponde à une foule d'indications, soit qu'on veuille rappeler la sensibilité de la peau, comme dans les anesthésies de cet organe, soit qu'on veuille seulement produire une révulsion ou une perturbation sur un point quelconque de la peau, comme dans les névralgies, les douleurs rhumatoïdes, etc. Cette excitation cutanée peut être renouvelée fréquemment et portée sur tous les points de la surface du corps, môme à la face, car elle ne laisse aucune trace visible après elle, et s'approprie au degré d'excitabilité de chaque individu, même de chaque région du corps.
Il est souvent besoin d'un courant des plus intenses dans le traitement de certaines affections musculaires; alors, l'électricité d'induction est la seule applicable, parce qu'elle n'exerce pas d'action calorifique comme l'électricité de contact.
L'action chimique, électrolylique, de l'électricité d'induction est tellement faible, qu'elle ne saurait servir à la coagulation du sang, dans le traitement des anévrysmes ou à la mortification lente de certains produits morbides, par exemple des polypes mous. Enfin les appareils d'induction peuvent, sous un petit volume, agir sur la contractilité avec une puissance considérable, ce qui facilite singulièrement leur application.
d'action à la différence de vitesse de désaimantation des noyaux magnétisés dans les deux cas, puisque, en interrompant simultanément; les deux courants inducteurs et induits au moyen d'une double roue dentée, on trouve toujours les mêmes effets. Du reste, cet effet n'est pas le seul de ce genre qu'on puisse citer, et j'ai également démontré que, dans certaines circonstances, le courant inverse, qui ne donne jamais d'effets physiologiques appréciables, en fournit de plus énergiques que le courant direct. D'un autre côté, on sait que c'est le pôle négatif qui réagit le plus énergiquement sur l'économie animale avec les courants induits, et pourtant, d'après les expériences de M. Riess et les miennes, c'est l'électricité positive qui a le plus de tension. On peut donc en conclure, comme je l'ai dit, que les rapports réciproques entre le système nerveux et les effets électriques ne sont pas encore assez connus dans l'état actuel de la science, pour que nous puissions expliquer à priori tous les phénomènes que nous observons. »
duchenne. — 3e édition. ^
3 l CHAP. I. — DE L ELECTRICITE MEDICALE.
A. — Les actions physiologiques différentielles des courants d'induction de la première et de la deuxième hélice ne peuvent être appliquées indifféremment à la thérapeutique.
Les deux courants d'induction (de la première et de la seconde hélice) , dont les actions physiologiques sont si dissemblables, doivent exercer des actions thérapeutiques différentes , et qui répondent à une indication spéciale. Bien qu'en thérapeutique l'expérimentation empirique ait souvent joué le rôle principal, nous n'en devons pas moins choisir pour guide l'action physiologique démontrée des agents médicamenteux. La voie que j'avais à suivre pour l'application des courants de la première elde la seconde hélice à la thérapeutique m'était donc déjà tracée par l'expérimentation physiologique. Cependant, s'il n'avait existé entre les propriétés physiologiques de ces courants d'induction que des différences presque insensibles, je déclare que je n'en aurais tiré aucune déduction thérapeutique, afin de ne pas trop compliquer l'art de l'électrothérapie , art assez difficile déjà , comme on le verra. Il s'en faut qu'il n'y ait entre ces actions physiologiques différentielles que de légères nuances; ainsi je puis dire, sans exagération aucune, que, pour ce qui a trait à l'action exercée sur la sensibilité cutanée, le courant de la première hélice et le courant de la deuxième hélice diffèrent entre eux comme l'eau tiède diffère de l'eau bouillante, ou un fer peu chaud d'un fer rouge.
On ne trouvera pas, il est vrai, une aussi grande différence entre ces deux courants peur les autres actions physiologiques, quoique celle différence soit très-notable ; cependant ces actions électrophysiologiques, appliquées indistinctement en thérapeutique dans certains cas et dans certaines conditions, produiraient des accidents plus ou moins graves.
Rien ne pouvait me faire prévoir l'existence de ces propriétés ; c'est par une longue expérimentation empirique que j'en ai acquis la connaissance, et cela toujours aux dépens des sujets sur lesquels j'opérais, c'est-à-dire par des accidents. En veut-on quelques exemples choisis dans mes expériences les plus récentes? — Un jour, faradisant les testicules, dans un cas d'impuissance, avec le courant de la deuxième hélice (deux rhéophores humides, l'un en avant, l'autre en arrière, étaient placés sur le scrotum au niveau du testicule), le sujet témoignait quelque douleur. Au lieu de diminuer la force du courant, je fais arriver le courant de la première hélice (en tournant l'aiguille du commutateur des hélices de mon appareil électro-dynamique (voy. sa description au chapitre îv) avec la pensée que, la tension de ce dernier courant étant infiniment plus faible, il devait pénétrer moins profondément et peut-être produire
une sensation moins forte. Ce fut tout le contraire qui arriva, car la douleur fut des plus vives. Il semblaitau malade qu'on lui arrachait, pour ainsi dire, le testicule et son cordon (1). Le môme phénomène s'est reproduit chez tous les sujets sur lesquels j'ai répété cette expérience en faradisantle testicule comparativementavecla deuxième et lapremière hélice. L'épididyme et le cordon étaient également beaucoup plus sensibles à l'excitation par la première hélice que par la seconde hélice. — Une autre fois, ayant à traiter une paralysie de la vessie, j'introduisis un rhéophore dans cet organe et un autre dans le rectum (voy. plus loin, chap. iv, comment ces rhéophores sont construits), et je fis passer le courant de la deuxième hélice à un degré assez intense et avec deux intermittences par seconde ; le sujet accusa une sensation très-supportable. Mais comme la tension de ce courant est très-grande, j'évitais difficilement sa pénétration jusqu'au plexus sacré, de telle sorte qu'il se produisait de fortes secousses dans les membres abdominaux. Je passai alors subitement, sans défiance aucune, au courant de la première hélice dont on connaît le peu de tension. Le sujet éprouva à l'instant une vive douleur dans le bas-ventre. Trois malades étaient alors en traitement, tous ont accusé la même douleur pendant la même opération. J'ai répété bien des fois cette expérience, en agissant isolément sur la vessie ou le rectum avec un rhéophore double qui sera décrit plus tard, et la sensation produite localement sur ces organes a été incomparablement plus forte par le courant de la première hélice que par celui de la seconde. Ces expériences ne sont pas inoffensives, car, chez plusieurs sujets, ces sensations vives ont plusieurs fois été suivies de douleurs névralgiques des organes surexcités. — La différence d'action entre les deux courants, sur la sensibilité de la rétine, est bien loin d'être aussi grande que dans les cas précédents : cependant j'ai vu un bon nombre de sujets qui étaient incommodés par les phosphènes plus éclatants, produits par le courant delà deuxième hélice, lorsque j'avais à exciter des régions dans lesquelles se ramifiait la cinquième paire (la face, la langue, etc.). Ils étaient quelquefois effrayés pour leur vue, qu'ils disaient être comme un peu troublée par des mouches volantes, à la suite de ces opérations.
Ces faits démontrent donc que le courant de la première hélice et le courant de la deuxième hélice ne peuvent être employés indifféremment ou indistinctement ; ils doivent rendre le praticien cir-
(1) Ce malade était un professeur de physique distingué ; et certes après cet argument ad hominem il ne soutenait plus l'opinion de MM. Becquerel qui ont écrit: « L'extra courant et le courant de premier ordre ne jouissent pas de propriétés électives sur telle ou telle fonction, mais ils ont une action plus ou moins énergique, en raison de leur tension. »
36 cïiap. i. — de l'électricité médicale.
conspect dans l'application thérapeutique de l'un ou de l'autre de
ces deux courants.
B. — Cas dans lesquels on doit employer de préférence le courant de la première hélice ou le courant de la deuxième hélice.
Étant donc connue l'action différentielle des courants de la première et de la seconde hélice, il est facile de prévoir dans quels cas l'un ou l'autre de ces courants doit être employé de préférence. Je ne ferai que les indiquer.
L'énergie extrême avec laquelle le courant de la deuxième hélice peut exciter la sensibilité cutanée fournit à la thérapeutique un moyen précieux de combattre les anesthésies de la peau, et de produire une révulsion cutanée ou une perturbation supérieure, au besoin, à celle du feu, sans détruire les tissus, par exemple, dans les affections rhumatoïdes ou névralgiques. Est-il besoin d'ajouter que le courant de la deuxième hélice triomphera dans une foule de cas où le courant de la première hélice aura été impuissant? Combien de fois, en effet, n'ai-je pas vu, par exemple, l'aneslhésie cutanée céder promptement sous l'influence d'un courant de la deuxième hélice, alors qu'un appareil qui ne possédait qu'un courant de première hélrce plus puissant sur la sensibilité musculaire que le précédent, n'avait exercé aucune influence thérapeutique appréciable !
Si l'on avait à pratiquer l'excitation électrique dans des masses musculaires profondes, protégées par des aponévroses épaisses ou recouvertes d'un tissu cellulaire sous-cutané graisseux, abondant ou infiltré de sérosité, le courant de la deuxième hélice répondrait parfaitement à cette indication, en raison de sa plus grande tension, ou, en d'autres termes, en raison de sa puissance de pénétration.
C'est encore au courant de la deuxième hélice, qui agit moins sur la sensibilité musculaire que le courant de la première, qu'on devrait recourir de préférence, lorsqu'il est indiqué de provoquer des contractions énergiques avec moins de sensation douloureuse, comme chez les enfants, et dans les paralysies de cause cérébrale, où l'on doit, autant que possible, éviter de réagir sur les centres nerveux. Le courant de la première hélice, dont la tension est faible, conviendra parfaitement dans les cas où il faut exciter vivement la sensibilité et la contraclilité des muscles. superficiels et peu volumineux, sans en dépasser les limites. Je citerai, par exemple, les paralysies avec insensibilité musculaire ou les atrophies locales. Dans la paralysie de la septième paire, où la contractilité électrique est plus ou moins affaiblie, il est indiqué d'exciter vivement les muscles paralysés. Ces derniers offrant peu d'épaisseur, il faut choisir pour cela le courant dont la tension est moindre (le courant de la pre-
ART. III. — DENOMINATIONS DIFFERENTIELLES, ETC. 37
mière hélice), si l'on veut ne pas porter l'excitation trop profondément.
La propriété singulière que possède le courant de la première hélice d'exciter vivement la sensibilité de la vessie et du reclum est précieuse dans les cas où ces organes sont frappés d'anesthésie isolément, en même temps que leur contractilité est perdue ou diminuée. Je rapporterai par la suite une observation d'anesthésie de la vessie, anesthésie qui constitue à elle seule une affection grave, puisque le sujet, ne sentant pas le besoin d'uriner, laissait distendre sa vessie au point qu'il n'avait connaissance de la plénitude de cet organe que lorsque l'urine sortait par regorgement. Par le fait de cette distension énorme, la vessie fut paralysée secondairement. On conçoit que dans un cas pareil l'application du courant de la première hélice soit indiquée ; mais si, dans une paralysie musculaire de la vessie, on avait à craindre une surexcitation de la sensibilité, le courant de la seconde hélice, qui agit puissamment sur la contractilité et faiblement sur la sensibilité de cet organe, devrait lui être préféré. Les considérations précédentes sont applicables à la paralysie de la sensibilité ou de la contractilité du rectum (1).
Dénominations différentielles des espèces cl électrisation. — 11 ressort des faits et des considérations exposés dans ce chapitre, que chacune des sources électriques, dont je viens d'expliquer les actions physiologiques et thérapeutiques, répond à des indications spéciales ; il devient alors nécessaire d'introduire dans le langage des expressions différentielles qui indiquent clairement leur emploi.
Le mot électrisation ne devrait être employé que d'une manière générale.
L'application de l'électricité de frottement pourrait être appelée électrisation statique, et celle de l'électricité de contact conserverait le nom de galvanisation. Mais sous cette dernière dénomination on a, en général, désigné indifféremment, dans la pratique médicale, l'emploi de l'électricité de contact et de l'électricité d'induction. On comprend les conséquences fâcheuses d'une telle confusion, après les considérations électro-physiologiques et thérapeutiques que j'ai exposées dans ce chapitre.
Puisqu'il est nécessaire de créer un mot qui désigne exactement
(l) En présence des faits qui ont été exposés dans cet article, venir encore soutenir aujourd'hui devant une Académie des sciences qu'indépendamment de leur tension « l'extra-courant et le courant de premier ordre ne jouissent pas de propriétés électives sur telle ou telle fonction», c'est ne tenir aucun compte des faits acquis à la science par l'expérimentation électro-physiologique et par une longue observation clinique, on faire preuve d'ignorance et montrer par là son incompétence absolue dans toute question d'électro- physiologie ou de thérapeutique.
3 8 CDAP. II. — ELECTRISATION LOCALISÉE.
l'électricité d'induction ou son application, n'est-il pas permis de le tirer du nom du savant qui a découvert cette espèce d'électricité? Ainsi, de même que Galvani a laissé son nom à l'électricité de contact, de môme aussi on peut donner à l'électricité d'induction le nom de Faraday. En conséquence , cette électricité serait appelée faradisme, et son application désignée par le mot faradisation. Cette dénomination me paraît d'autant plus heureuse, qu'elle établit une distinction bien tranchée entre l'électricité d'induction et l'électricité de contact, en même temps qu'elle consacre le nom d'un savant à qui la médecine doit une découverte non moins précieuse pour la thérapeutique que celle de Galvani (1).