‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et la thérapeutiqueChapitre 136 sur 400 · SYMPTÔMES · texte numérisé non relu

SYMPTÔMES

S EF. — ablenu de la maladie.

En 1859, j'ai eu, pour la première fois, l’occasion d'observer, avec mon regrettable maître, Chomei, la paralysie progressive des muscles de la langue, du voile du palais et de l’orbiculaire des lèvres. Un malade lui avait été adressé, comme étant atteint d’une angine de nature obscure. L'histoire de ce malade est identiquement celle de tous les autres cas analogues que j'ai recueillis plus tard ; elle offre la symptomatologie à peu près complète de l’espèce morbide que j'ai à décrire; elle me servira donc à en tracer le tableau.

OBsERvATION XCVIIL — L'affection dont il va être question, dans la présente observation, datait à peu près de sept mois, lorsqu'elle fut adressée au professeur Chomel; elle avait débuté sans cause apréciahle, sans être précédée ni accompagnée de douleurs, par une gêne de la déglutilion et par un peu de difficulté dans l’articulation des mots. Pendant les deux premiers mois, le malade s’en trouvait si peu incommodé, qu'il ne s'en préoccupait pas. Cependant ces troubles augmentèrent progressivement, et bientôt la déglutition devint difficile; il eut surtout de Ïa peine à avaler sa salive qui s’écoulait quelquefois au dehors ou qu'il était forcé de recevoir dans son mouchoir. Puis sa prononciation était devenue si embarrassée et si étrange qu'il lui était, par moments, impossible de se faire comprendre. Une médication active (vésicaloires promenés autour du cou, purgatifs, gargarismes astringents) n'avait exercé aucune influence sur la marche de son affection. Chomel reconnut que tous les troubles fonctionnels dont il souffrait étaient probablement occasionnés par une lésion des muscles qui président à la déglutition et à l’articula-

tion de mots, et m'invita à faire, chez son malade, l’examen physiologique el électro-physiologique des muscles qui président à ces fonctions. Voici ce que je constatai.

La langue avait son volume normal, mais elle était affaissée et comme fixée derrière l’arcade dentaire inférieure ; sa surface était un peu ridée, elle avait très-peu de motilité; le malade ne pouvait en relever Ia pointe, ni en appliquer la face dorsale contre la voûte palatine: enfin il lui était seulement possible de la porter un peu en avant et latéralement. — On ne remarquait aucune déformation du voile du palais ni de la luette, qui se contractaient normalement lorsqu'on les titillait. — La phonalion était normale, quant à sa puissance; mais le malade faisait de grands efforts pour articuler les mots. Je n’avais observé cette espèce de trouble de la prononciation dans aucune autre affection : il dépendait évidemment de l’immobilité presque absolue de la langue. Je ne saurais ni le décrire, ni même l’exprimer; on peut cependant en avoir une idée en essayant de parler, pendant que l’on maintient la langue solidement à la partie inférieure de la bouche, la pointe fixée derrière les dents du maxillaire inférieur. — La voix était un peu nasonnée. Le malade ne pouvait souffler avec force, ni éteindre une bougie ; mais, si l’on pinçait son nez, l’air alors sortait avec assez de force pour l’éteindre. L’articulation des labiales, comme p ou b, était plus nette lorsque les narines étaient maintenues fermées, comme ci-dessus. Ces phénomènes morbides démontraient unaffaiblissement des muscles du voile palais ; ce que l’on n'aurait certes pas soupçonné, en voyant l’'énergique contraction réflexe produite par la titillation de la luette, qui n’était pas déviée. — Toutefois, cette articulation des labiales n’était pas encore normale, et il était évident que l’orbiculaire des lèvres se contractait faiblement. C'est en effet ce que je constatai, quandje voulus lui faire prononcer la voyelle o;ce qui lui était impossible. Il ne pouvait, non plus, contracter les lèvres comme pour donner un baiser ; par la même raison, il lui était impossible de siffler. — Une salive abondante et un peu visqueuse remplissait incessamment la bouche; il ne pouvait, cracher, de sorte que cette salive s'écoulait au dehors et qu’il était forcé de s'en débarrasser avec un mouchoir. Lorsqu'il buvait, il mettait un ‘intervalle entre chaque gorgée, qui ne passait que difficilement et avec effort; alors une partie du liquide revenait per le nez. Les aliments solides n'étaient avalés que lorsqu'il les avait coupés en très-petits morceaux et mêlés à du liquide; encore fallait-il qu’ils fussent broyés longtemps par les dents. La sensibilité générale et gustative de la langue était intacte .— Enfin le malade éprouvait, de temps à autre, de l’orthopnée, bien que les mouvements de sa respiration parussent parfaitement normaux. — Il était tombé dans un état de faiblesse générale, depuis deux ou trois mois; ilavait perdu de son embonpoint. Mais je constatai que la nutrition musculaire, queses mouvements étaient restés intacts. — La faradisation fit contracter la langue à peu près comme à l’état normal; les muscles de la face, surtout l’orbiculaire des lèvres, et les muscles du voile du palais, jouissaient de leur contractilité électrique. — La faradisation dirigée sur les muscles affectés, pendant une quinzaine de jours, parut améliorer d’a-

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