‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et la thérapeutiqueChapitre 182 sur 400 · ART, IN, $ 1, — ÉLÉMENTS DE DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

ART, IN, $ 1, — ÉLÉMENTS DE DIAGNOSTIC

troubles progressifs de l’équilibration et de la coordination motrice dans les membres inférieurs d’abord et plus tard dans les supé-

rieurs, ÏJ. — PREMIÈRE PÉRIODE.

A.— Tout strabisme, toute diplopie survenue spontanément sans

cause appréciable, doit donner l'éveil sur le début de l’ataxie Jocomotrice progressive, puisque, dans la grande majorité des cas, ces désordres fonctionnels ont signalé ce début. Est-ce à dire que les paralysies des nerfs moteurs de l'œil soient toujours un signe précurseur des troubles de la coordination des mouvements? Non certes, car il existe dans la science un grand nombre de guérisons incontestables de ces paralysies. J’en pourrais rapporter un certain nombre, lirées de ma pratique et obtenues par la faradisation ou par la galvanisation à courants intermittents. Le fait suivant nous enseigne que l’on doit encore, dans ces cas, faire quelques réserves à cet égard.

OBSERVATION CVIIT. — J'ai rapporté, dans la première édition (1), un cas de guérison merveilleuse d’une diplopie, obtenue par la galvanisation à courants intermittents. J’ai cru que j'avais guéri cette diplopie, car quelques intermittences d’un assez fort courant galvanique en avaient eu raison, bien qu'elle se fût montrée jusqu'alors rebelle à une médication des plus actives, dirigée par nos spécialités les plus renommées, et parce que cette diplopie n’est plus revenue. Mais cinq à six mois après cette guérison, le malade est venu m'annoncer qu'il éprouvait des douleurs très-aiguës qui lui venaient depuis plusieurs semaines, et se faisaient sentir dans les membres inférieurs. Ces douleurs présentaient les caractères de celles qui sont propres à l’ataxie locomotrice. A cette époque, n’en connaissant pas encore la valeur séméiotique, et les croyant rhumatismales, je lui conseillai des bains sulfureux et des purgatifs. Je n’ai revu ce malade qu’en mai 1860 (huit ans après la guérison de sa diplopie). Voici en résumé ce qui lui était arrivé dans l'intervalle de ces huit années. Sa diplopie était guérie, mais les douleurs pour lesquelles il était venu me consulter, et qui revenaient par crises, toutes les deux à trois semaines, et duraient, chaque fois, de quelques heures à un jour, n’ont pas cessé de le faire souffrir; elles ont même augmenté de fréquence et d'intensité, sans l’empêcher toutefois d'exercer son état. Six ans seulement après la guérison de la diplopie, sont apparus les premiers troubles de la locomotion, propres à l’ataxie locomotrice ; ils ont progressé au point que ce pauvre homme ne peut se tenir debout, ni marcher sans soutien. Il possède toute sa force musculaire, mais il a perdu l’équilibrotion et la coordination de ses mouvements.

Si l’on cherchait ce que sont devenus les sujets soi-disant guéris

(1) Duchenne (de Boulogne), Élect, loc., 1855, OBs. IT, p. 22.

DUCHENNE, — 3° édition. A!

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de paralysies partielles des muscles moteurs de l’œil, combien en trouverait-on qui n’aient pas été atteints (ôt ou tard d’ataxie locomotrice progressive, comme celui dont je viens de rapporter l’histoire et que j'avais cru guéri !

B. — J'ai fait remarquer que tous les cas de strabisme paralytique, liés à l’ataxie locomotrice et rapportés dans ce travail, avaient d'autant plus de valeur diagnostique, qu’ils étaient compliqués d’amblyopie ou d’amaurose. Cependant ce signe diagnostique n’a isolément qu’une valeur restreinte ; on ne peut fonder sur lui qu’une présomption plus ou moins forte.

L'amaurose, chez les ataxiques, n’affecte ordinairement qu’un œil, et lorsqu'elle est compliquée de strabisme, elle existe de ce côté; trop souvent aussi elle règne des deux côtés à la fois. Alors, résistant à toutes les médications, ce qui s'explique par l’atrophie de la papille, elle éteint complétement la vision, quelquefois même avant que les désordres de la locomotion soient généralisés.

C, — Les douleurs mobiles, erratiques, très circonscrites, fulgurantes, térébrantes, accompagnées d’hyperesthésie cutanée, ces douleurs qui parcourent toutes les régions du corps, sont caractéristiques : on les a vues quelquefois constituer à elles seules la première période, pendant plusieurs années(une fois pendant quinze ans, obs. CVII). Elles doivent donc tenir l'observateur en garde contre l’ataxie locomotrice progressive.

La coexistence de ces douleurs et du strabisme amaurotique ou de l’amaurose acquiert une bien plus grande signification, sans être encore un signe pathognomonique de l’ataxie locomotrice ; c’est en effet sous cette forme que se présente, en général la première période dont nous étudions le diagnostic.

Il. — DEUXIÈME ET TROISIÈME PÉRIODES.

Jusqu'ici le diagnostic reste incertain ; mais à l'instant où l’on voit ‘apparaître, soit dans les membres inférieurs, soit dans les membres supérieurs, les premiers troubles de la coordination des mouvements, après les symptômes de la première période, le doule se change presque en certitude. Plusieurs fois j’ai eu occasion de mettre ce jugement à l'épreuve; en voici un exemple :

CBsERVATION CIX. — En 1853, M. X.., âgé de vingt-huit ans, d’une riche constitution, d'un tempérament sanguin, d'une bonne santé habituelle, vient réclamer mes soins, pour cause d’impuissance datant d'un an; c'était la seule chose dont il se plaignit. Son regard, qui me paraissait vague et étrange, attira de prime abord mon attention. Les mouvements de ses globes oculaires se faisaient bien dans tous les sens, mais sa cornée droite se trouvait au-dessous du niveau de sa cornée gauche,

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