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mentale connue sous le nom de paralysie générale des aliénés, doiventils réellement être considérés comme un symptôme de paralysie de la motilité? Cela ne paraît pas contestable; car, dans la période ultime, la force musculaire est abolie. Pendant que la force musculaire diminue graduellement, on observe des rémissions fréquentes. Le diagnostic différentiel de la paralysie générale des aliénés d’avec les troubies moteurs de l’ataxie locomotrice, à ses deux dernières périodes, ne saurait donc être douteux, puisque la force est toujours normale dans cette dernière affection.
Mais la faiblesse musculaire n'apparaît pas encore à la première période de la paralysie générale des aliénés; au contraire, les sujets déploient alors une grande force dans tous leurs mouvements. Il existe seulement, à des degrés divers, avec plus ou moins de constance et de varialions, et avec des rémissions, un tremblement qui, en général, constitue le premier symptôme de la maladie, et qui apparaît à la fois dans les membres, dans les lèvres et dans la langue.
Le tremblement des membres supérieurs n’a aucune ressemblance avec les troubles de la locomotion propres à l’ataxie locomotrice; il occasionne seulement de la gêne, de la maladresse, dans les usages manuels. Si donc les troubles de la locomotion que l’on observe dans la première période de la paralysie générale se montraient toujours aux membres supérieurs, on saurait les distinguer, à coup sûr, de l’ataxie locomotrice, surtout quand ïl s’y joint un tremblement des lèvres, de la langue, et une hésitation de la parole, phénomènes morbides qui n’existent pas dans la dernière affection.
Mais il est anjourd’hui parfaitement établi que, dans ia paralysie générale des aliénés, le cerveau frappe parfois primitivement les membres inférieurs, et qu’alors les désordres de la locomotion restent ainsi localisés, pendant un temps plus ou moins long. Or, ce n'est plus alors un léger tremblement semblable à celui des membres supérieurs. « Le nom de éremblement (dit M. Lasègue, qui a étudié particulièrement lessymptômes physiques de la paralysiegénérale des aliénés, d’une manière plus approfondie que ses devanciers) s’applique moins bien à l’état des jambes ; le malade peut souvent conserver son immobilité dans la stalion, bien que déjà la marche ait pris un Caractère spécial; le paralytique lance sa jambe plus qu’il ne la dirige; la marche s'exécute par une série de mouvements saccadés, d’où resulle une progression toujours rapide (1). » On voit que dans ces conditions, les troubles intellectuels étant encore latenis, les désordres de la locomotion propres à celte affection mentale peuvent être, jusqu’à un certain point, confondus avec ceux de la-
(1) Lasègue, De la paralysie générale progressive, thèse de concours pour Fagrégation en médecine, 1853, p. 14.
taxie locomotrice à sa deuxième période, si le strabisme amaurolique et les douleurs caractéristiques de celte dernière maladie ont fait défaut. Dans ces deux espèces morbides, en effet, les malades ne possèdent plus la faculté de mesurer la portée de leurs mouvements pendant la marche, à cause de la perte de ce que j'ai appelé précédemment harmonie des muscles antagonistes; de là cette projection folle de la jambe en avant pendant la déambulation, qu'ils ne savent plus modérer ou ralentir.
Malgré la similitude de leurs mouvements pathologiques, il est encore facile de le différencier; dans la paralysie générale des aliénés, en effet, contrairement à ce que l’on observe dans l’ataxie locomotrice, les sujets possèdent toujours la science instinctive des combinaisons musculaires, en vertu desquelles ils exécutent parfaitement les mouvements spéciaux des différents temps de la marche, bien qu’ils les exagèrent en partie (1) ; ils cessent de marcher seulement par le fait de la paralysie dans une dernière période et alors qu’ils deviennent gâteux.
En somme, on peut, à toutes les périodes, établir le diagnostic différentiel de l’ataxie locomotrice d’avec la paralysie générale des aliénés, rien qu’en s'appuyant sur les troubles de la locomotion.
Dans l'étude du diagnostic que je viens d'exposer, je me suis placé dans des conditions exceptionnelles, pour ces deux affections : ainsi j’ai supposé que l’ataxie locomotrice était arrivée à sa deuxième période, sans présenterles symptômes qui caractérisent sa première période. Mais cette maladie, poursuivant sa marche habituelle, estelle accompagnée de strabisme paralytique ou d’atrophie de la papille du nerf optique, ou de ces deux lésions partielles à la fois, de ses douleurs caractéristiques, toute confusion devient alors impossible,
Le strabisme paralytique n'appartient pas, en effet, à la symptomatologie de la paralysie générale des aliénés: «Il est remarquable, dit M. Lasègue, qu’à la période du début, et lors même que les affections cérébrales graves ont précédé, il n'existe aucun trouble dans la motilité des yeux (2). » On peut en dire autant de l’amaurose.
L'inégalité des pupilles, que l’on observe fréquemment dans la paralysie générale des aliénés, n’est point ici un signe diagnostique différentiel: car ce phénomène, auquel M. Baillarger accorde une importance peut-êlre trop grande, se voit aussi quelquefois dans l’ataxie locomotrice.
(1) Je ferai remarquer en outre qu'ils ne sont pas inquiets de leur équilibre ; que, pendant la station debout on la marche, ils ne regardent pas constamment leurs pieds, ni qu’ils cherchent un point d'appui, comme les ataxiques.
(2) Lasègue, loc. cit., p. 16.
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Les douleurs caractéristiques de celle-ci manquent toujours dans la première. Quant à l’anesthésie des extrémités, indiquée par M. de Crozant comme appartenant à la première période de la paralysie générale des aliénés, je me contenterai de dire, d’après un grand nombre d’observateurs, que le plus souvent la sensibilité reste intacte, tandis qu’elle est toujours plus ou moins allérée dans la dernière période de l’ataxie locomotrice.