‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et la thérapeutiqueChapitre 19 sur 400 · ART. I. — PRINCIPES FONDAMENTAUX · texte numérisé non relu

ART. I. — PRINCIPES FONDAMENTAUX

de traverser ce tissu, sans l’intéresser, pour concentrer cette puissance dans un nerf, dans un muscle, de faire pénétrer enfin l’agent électrique dans les organes profondément situés.

SE. — Comment gouverner l'électricité à travers les organes? Comment lui imposer des limites?

Ce problème, si difficile en apparence, était cependant des plus simples. Il suffisait, pour le résoudre, d’analyser avec soin des phénomènes que l’on produit chaque jour dans la pratique, en appliquant sur la peau sèche et humide les rhéophores d’un appareil d’induction d’une force moyenne.

Voici les principaux faits qui m'ont permis de remplir avec succès la tâche que je me suis imposée. Ils servent de base à la faradisation localisée.

4° Si la peau et les rhéophores métalliques sont parfaitement secs et l’épiderme d’une grande épaisseur, comme cela s’observe chez certains sujets exposés souvent par leur profession au contact de l’air, le courant se recompose à la surface de l’épiderme, sans lraverser le derme, en produisant des étincelles et une crépitation particulière, et sans donner lieu à aucun phénomène physiologique,.

2° Met-on ensuite sur deux points de la peau l’un des rhéophores humide et l’autre sec, le sujet soumis à l’expérience accuse, dans le point où ce dernier rhéophore n’avait développé que des effets physiques, une sensation superficielle, évidemment cutanée. Les électricités contraires, dans ce cas, se sont recomposées dans le point de l’épiderme sec, mais après avoir traversé le derme à l’aide du rhéophore humide.

3° Mouille-t-on très-légèrement la peau, dans une région dont l’épiderme offre une très-grande épaisseur, il se produit, dans les points où sont placés les rhéophores métalliques secs, une sensation superficielle, comparativement plus forte que la précédente, sans étincelles ni crépitation. Ici la recomposition électrique a lieu dans l'épaisseur de la peau. |

4° Enfin, la peau et les rhéophores sont-ils très-humides, on n’observe n1 étincelles, ni crépitation, ni sensation de brûlure ; mais on produit des phénomènes de contractilité ou de sensibilité très-variables, suivant qu’on agit sur un muscle ou sur un faisceau musculaire, sur un nerf ou sur une surface osseuse. Dans ce dernier cas, On détermine une douleur vive, d’un caractère tout particulier : aussi doit-on éviter avec soin de placer les rhéophores humides sur les surfaces osseuses (1).

(1) Je vais essayer de théoriser ces phénomènes. On sait que l'électricité de ten-

Il ressort de ces expériences que, par la faradisation, on arrête à volonté la puissance électrique dans la peau ; que, sans incision ni piqûre, on peut la traverser et limiter l’action du courant dans les organes qu’elle recouvre, c’est-à-dire dans les nerfs, dans les muscles et même dans les os.

Cependant on conçoit difficilement que la force électrique puisse aller exciter les organes placés sous la peau, sans agir en même temps physiologiquement sur celle-ci. On est porté à penser que les sensations qui se manifestent pendant l’électrisation de ces organes sous-cutanés sont le résultat, ou de l'excitation de la peau

seulement, ou de l'excitation simultanée de la peau et des organes subjacents.

Voici les expériences que j'ai faites dans le but de démontrer que la sensation développée pendant la faradisation de la peau (par les rhéophores secs, appliqués sur sa surface également sèche), est bien le résuitat de l'excitation de cette membrane, et que la sensation produite par l’application des rhéophores très-humides sur la peau, et au niveau d’un plan musculaire, ne doit être attribuée qu’à l'excitation directe des muscles.

__ PREMIÈRE EXPÉRIENCE. — Ayant trouvé, sur un blessé couché au n° 7 de

la salle Saint-Bernard (Hôtel-Dieu), une partie du muscle crural externe dénudé, j'appliquai sur ce muscle, et dans le point dénudé,un rhéophore métallique sec. La contraction que je produisis fut accompagnée d’une sensation sourde et spéciale à la contraction électro-musculaire. Je plaçai ensuite les mêmes rhéophores au niveau du même muscle, dans un pointoù la peau était intacte, et je n’obtins qu'une sensation de brûlure, sans contraction musculaire. Ayant remplacé les rhéophores métalliques par des éponges humides enfoncées dans des cylindres excitaleurs, et les ayant posées sur la peau, dans un point correspondant au muscle crural, je provoquai la contraction avec la sensation sourde et spéciale que j’avais produite en plaçant le rhéophore métallique sec sur le muscle dénudé.

sion a une grande tendance à s’échapper par les pointes. N’en serait-il pas de même de l'électricité dynamique, quand les compositions se font entre l’épiderme et les rhéophores secs ? En effet, l’'épiderme et les rhéophores secs présentent une foule d’aspérités par lesquelles les fluides de nom contraire, provenant de la pile ou des appareils d’induction et du corps, s’échappent pour se recomposer ou se neutraliser, ainsi que le prouvent la crépitation et les étincelles, Si la peau n’a pas été traversée, l'excitation est alors superficielle, et ne peut produire que des phénomènes cutanés, c’est-à-dire des sensations cutanées. Mais si ces aspérités sont réunies par une nappe d’eau, l'électricité traverse la peau en masse, et se recompose profondément ou dans les muscles, ou dans les os, ou dans les nerfs, et cela d’autant plus profondément que le courant est plus intense. Alors plus d’étincelles ni de crépitations, plus de sensations cutanées ; mais on observe des phénomènes physiologiques en rapport avec les fonctions de l'organe excité. Ces derniers phénomènes établissent une différence entre l’action physiologique de l'électricité dynamique et de l’électricité de tension; car celle-ci produit toujours une recomposition électrique entre le rhéophore et l’épiderme, de quelque manière qu'on opère.

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