ÉLECTRISATION MUSCULAIRE LOCALISÉE
Pour limiter l’action électrique dans chacun des muscles ou des nerfs qui les animent, est-il indifférent de se servir de telle ou telle espèce d'électricité ? C’est ce qui ne peut être résolu qu’en étudiant séparément l’électrisation musculaire : 4° par l'électricité statique, 2° par l'électricité de contact (la galvanisation musculaire), 3° par l’électricité d’induction (la faradisation musculaire).
$ HE. — Électrisation musculaire localisée par l'électricité statique.
J’ai démontré précédemment (chap. I‘) que l'électricité statique ne peut pénétrer jusqu’au tissu musculaire sans exciter en même temps la peau à la surface de laquelle elle se recompose toujours en produisant une étincelle électrique. Elle ne peut donc servir à l'étude comparative de la sensibilité de la peau et de la sensibilité des muscles dans les recherchesélectro-physiologiques et pathologiques.
Les contractions musculaires qu’elle provoque étant inévitablement saccadées, ne permettent pas d’en faire usage dans l'étude des fonctions musculaires,
Enfin la commotion, qui est inséparable de son action, la déchi-
k4 CHAP. II. — ÉLECTRISATION LOCALISÉE.
rure des vaisseaux capillaires qu’elle occasionne, l'espèce de torpeur dans laquelle elle jette les organes, le volume des appareils qui la dégagent, toutes ces causes réunies, en un mot, doivent restreindre de plus en plus l’usage médical de l'électricité statique.
Néanmoins on aurait grand tort de la rejeter complétement et 16 lui préférer toujours l'électricité dynamique, sous prétexte que cette dernière n'offre pas les mêmes inconvénients, et qu'elle jouit d'actions spéciales, merveilleusement appropriées à l’électrisation localisée, comme on le verra par la suite. L’électrisation statique m'a été d’une grande utilité dans certains cas où les autrés espèces d'électricité avaient été insuffisantes.
En effet, le tissu cellulaire sous-cutané est quelquefois tellement abondant, ou infiltré de sérosité, que les courants les plus intenses des appareils d’induction n'arrivent pas jusqu'aux muscles. Dans ces conditions on trouve dans les décharges de la bouteille de Leyde une tension électrique assez forte pour vaincre la résistance opposée par les tissus derrière lesquels s’abritent les muscles ou les nerfs.
Voici comment je m'y prends pour décharger les deux électricités accumulées dans la bouteille de Leyde, sur le muscle que je veux faire contracter, en en graduant la force et sans produire une commotion générale.
Fic. 2. — Machine électrique. — Bouteille de Leyde. — Électromètre de Lane,
L'appareil dont je me sers dans ce cas se compose d’une machine électrique, d’une bouteille de Leyde et d’un électromètre de Lane placés sur la table de la machine.
L'armure intérieure de la bouteille de Leyde A (fig. 2) est mise en communication avec les appendices C du conducteur de la machine électrique, au moyen du conducteur D. Gette armure intérieure communique elle-même avec la boule E d’une des branches horizontales de l’électromètre. Cette branche est isolée par le montant de verre F, sur lequel elle repose. L'’armure extérieure G de la bouteille arrive par le conducteur G’ au montant H, qui communique avec la seconde branche de l'électromètre. Deux rhécphores terminés en boule, J et K, montés sur de longs manches isolants de verre, sont mis en rapport, l’un, J, avec la branche H', l’autre, K, avec l'extrémité L du conducteur de la machine électrique.
Les choses étant ainsi disposées, l'opérateur applique sur la peau, et sur le point correspondant au muscle qu'il veut faire contracter, l'excitateur J qui reçoit l'électricité (positive) accumulée à l'extérieur de la bouteille, tandis qu’au moment où il veut produire la contraction musculaire, il approche de la peau, sans la toucher, au niveau de la surface du même muscle, le second excitateur K, qui reçoit, par l'extrémité L de la machine électrique le fluide (négatif) accumulé dans l’intérieur de la bouteille A. Il doit toujours avoir soin de tenir chacune des extrémités des rhéophores à une distance de 2 centimètres au moins l’une de l’autre. La force de la décharge qu'on désire obtenir se règle sur le nombre de tours imprimés au plateau. Ainsi, veut-on une faible contraction, on approche de la peau Île rhéophore, après un ou deux tours imprimés au plateau. Pour en obtenir une plus forte, on compte un plus ou moins grand nombre de tours de plateau avant de décharger la bouteille. Mais il peut arriver que, par suite d’une erreur ou d’une distraction, la bouteille soit chargée outre mesure, et que la décharge qui en résulle occasionne, ou une contraction très-forte, ou une action qui pénètre dans un des muscles voisins, ou enfin une sensation trop douloureuse et qui produirait une excitation générale contre-indiquée dans le cas particulier. C’est pour éviter ces méprises fâcheuses et quelquefois dangereuses, que je me sers de l’électromètre de Lane. Des deux montants H, F, le premier, mobile, peut être rapproché ou éloigné du second au moyen de la vis M, et uneéchelle divisée en millimètres, placée à la base du montant H, indique le degré d’éloignement des deux boules J'et E’. Avant de faire une décharge sur un muscle, j’en règle la force en approchant plus ou moins ces deux boules, suivant le degré d'excitabilité du muscle à exciter, suivant la région sur laquelle j’agis, enfin suivant le but thérapeutique que je me propose d'atteindre. S'il m'arrive alors de me tromper dans le nombre des révolutions du plateau ou d’être distrait, la bouteille ne peut se charger outre mesure, car l'électricité vitrée et l'électricité résineuse accumulées dans la bouteille se neutralisent en se réunis-
sant entre les deux boules E et J', à l’instant où elles ont acquis une tension assez forte pour vaincre la résistance de l’air placé entre elles ; résistance qui, on le sait, est en raison directe de la distance qui les sépare.
Est-il besoin de faire ressortir les avantages de ce procédé d’électrisation musculaire, dans l'application de l'électricité de tension ? N'’est-il pas évident qu’il concentre son action sur les muscles qui en ont besoin, sans exposer les organes sains, et surtout les centres nerveux, aux dangers d’une excitation inopportune. Ce procédé permet de diriger les décharges les plus fortes sur les muscles, suivant les exigences de leur état pathologique (soit de leur atrophie, soit de la perte ou de la diminution de leur irritabilité et de leur sensibilité).
Qu’on éloigne au contraire les rhéophores, ainsi qu’on le pratique généralement, en faisant tenir l’un de ceux-ci dans une mainet approchant l’autre de l’organe ou de la partie malade sur laquelle on veut diriger l’action thérapeutique de l'électricité, on verra l’action locale se compliquer de phénomènes de commotion plus ou moins étendus ou généraux, tels qu’on ne pourra, sans danger, dépasser les doses les plus faibles,
Ces phénomènes de commotion générale sont toujours le résultat de l’excitation des centres nerveux. C’est un effet analogue à celui que je me propose d'étudier dans le chapitre 1x1, à l’occasion de l'électrisation par action réflexe. Cette excitation des centres nerveux peut, il est vrai, trouver son indication en électro-thérapie; mais au moins doit-on l’éviter lorsque cette indication n’existe pas, ou lorsqu'il y a danger à la provoquer. C’est ce procédé d’électrisation (ou d’autres analogues, ce que l’on appelle faire la chaîne), qui occasionne, dans certaines conditions, des accidents graves, comme je le prouverai par la suite, et que l’on permet cependant aux saltimbanques de pratiquer sur les places publiques!
On se tromperait fort, sil’on croyait pouvoir localiser l’excitation électrique dans un muscle en dirigeant sur sa surface les décharges d’une forte machine électrique. Il suffit, pour se convaincre du contraire, d'analyser les phénomènes de recomposition intérieure qui produisent une sorte de choc en retour, et qui doivent nécessairement parcourir tout l’arbre nerveux, quand une portion de l’électricité naturelle dont le corps est pénétré s'échappe par un point de la surface cutanée, afin de neutraliser l'électricité de nom contraire qui lui arrive de la machine électrique en mouvement.
Un autre avantage que je trouve dans l’usage de la bouteille de Leyde, c’est de ne pas exiger l'emploi d’une machine électrique de grande dimension, d’un prix très-élevé, et qui trouverait diffcilement place dans le cabinet du médecin. Une petite machine à un seul conducteur, et dont le plateau mesure 15 à 16 pouces de dia-
mètre, suffit pour charger une forte bouteille de Leyde, dont on peut toujours au besoin diminuer l’action avec l’électromètre de Lane, comme on vient de le voir.
S HI. — Électrisation musculaire par électricité de contact
ou galvanisation musculaire localisée,
J’ai déjà dit, dans le chapitre I*, qui traite des propriétés physiologiques et thérapeutiques des différentes espèces d’électricités, que l'électricité galvanique, administrée avec un courant intermittent, se distingue principalement de l'électricité statique, en ce qu'il est possible de Jui faire traverser la peau sans l’exciter autant qu’elle, et de concentrer plus facilement son action dans les organes souscutanés, On voit donc que l'électricité galvanique peut servir à localiser l’action électrique dans les muscles ou dans les nerfs qui les animent,
Malheureusement de nombreux inconvénients sont adhérents à l'application de la galvanisation musculaire.
L'action calorifique et électrolytique du galvanisme, et la propriété qu'il possède d’affecter vivement la rétine lorsqu'on l’applique à la face, suffiraient, selon moi, pour en faire proscrire l'emploi dans l'étude de l’électro-physiologie ou de la pathologie musculaire, quant à ce qui concerne l’action musculaire individuelle, ainsi que dans le traitement, par courants intermittents, des paralysies du mouvement, surtout lorsque ce traitement exige de fréquentes applications. Les développements dans lesquels je suis entré (chapitre 1°) me dispensent d’insister sur ce sujet.
ÎJ. — PILES MÉDICALES.
A. — Piles à grande surface et à courants non constants.
Pendant longtemps on n’a employé en médecine que des piles à courants non constants, dans lesquelles l’électricité était produite par l’action de l’acide sulfurique étendu sur une lame de zinc dont l'élément collecteur était une lame de cuivre. C'était la pile de Volta sous les différentes formes qui ont été adoptées successivement.
Toutes ces formes de piles dont on s’est longtemps servi exclusivement, sont aujourd’hui abandonnées en médecine, parce qu’elles perdent leur puissance au bout de peu d’instants, et qu’en général leur force est très-variable, pendant la durée d’une expérience, alors même qu’elle ne dépasse pas 10 à 15 minutes. Aussi me contenterai-je pour les rappeler de représenter ci-dessous leurs
figures empruntées, pour la plupart, au beau traité de M. de la Rive | dans lequel on trouvera leur description (1). | a. La pile à colonne de Volta (fig. 3) est célèbre parce qu’elle représente la première forme sous laquelle l'illustre inventeur réalisa son idée. Elle a été rapidement abandonnée à cause de la dessiccation rapide des rondelles de drap ou de carton qui séparaient les disques.
b. La pile à auge en bois et à coupes métalliques fixes, dite pile de Cruikshank, parce que son mode = de construction à été indiqué par ce physicien | (fig. 4), est la forme sous laquelle fut construite
né.mmm la grande pile donnée en 1806 à l’École polytechfie. 3.— Pileàco- nique par Napoléon: c’est avec celte pile que Gayone eV Lussac et Thénard firent leurs expériences en 4808.
Elle avait plusieurs inconvénients, notamment celui de demander beaucoup de temps pour monter l’appareil, et celui de laisser s'établir, lorsque les plaques n'étaient pas bien scellées, une communication entre les liquides des cellules.
c. La pile de Cruikshank a été remplacée par la pile à couronne de Fosse (fig. 5), déjà indiquée par Volta, et connue sous le nom de pile à couronne de tasses, ou
F16. 4, — Pile à auge de Cruikshank,
Fire, 5, — Pile à couronne de Fosse.
par la pile à auge en porcelaine, avec couples métalliques mobiles (fig. 6).
L’Institution royale de Londres possède une pile construite sur le modèle précédent, et composée de deux mille couples ; c’est avec cette pile que Davy et Faraday ont fait leurs belles expériences,
d. La pile de Wollaston (fig. 7) diffère principalement de la précé-
(1) De la Rive, Traité d'électricité théorique et pratique. Paris, 1854,t. I.