‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et la thérapeutiqueChapitre 224 sur 400 · AFFECTIONS CÉRÉBRALES · texte numérisé non relu

AFFECTIONS CÉRÉBRALES

$S KE, — EÉlectro-pathologie des paralysies cérébrales. I. — ÉTAT DE LA CONTRACTILITÉ MUSCULAIRE.

Marshall-Hall a écrit : « Dans Ja paralysie cérébrale, l’irritabilité a augmenté (1).» J'ai démontré précédemment (chap. Il, partie, pag. 451) que, par le procédé d’expérimentation appliqué par ce célèbre physiologiste à ses recherches sur l’état de l'irritabilité musculaire, dans les paralysies spinales et cérébrales, on pouvait seulement connaître l’état de l’excitabilité réflexe de la moelle, et que, pour déterminer exactement l’état de la contractilité électromusculaire dans les paralysies, 1l était absolument nécexsaire de localiser exactement l’excitation dans les muscles paralysés. C’est à l’aide de cette méthode de faradisation que j'ai recherché s’il est vrai que l'irritabililé est augmentée dans les paralysies cérébrales,

Il faut, dans ce genre de recherches, se tenir en garde contre diverses causes d'erreur que je vais signaler.

A.— Les contractures qui compliquent fréquemment les paralysies cérébrales, peuvent masquer l’élat de l’irritabilité électrique des muscles paralysés, el même faire croire à la diminution de cette propriélé musculaire, Supposons, par exemple, que, dans un cas d’hémiplégie de cause cérébrale, on ait à examiner, du côté paralysé, l’état d’irritabilité des muscles extenseurs de Ja main d’un sujet dont les fléchisseurs sont contracturés ; les muscles se contracte-

(1) Marshall-Hall, oc. cit.

730 CHAP, XIT, — AFFECTIONS CÉRÉBRALES ET CÉRÉBELLEUSES,

ront alors faiblement sous l'influence d'un courant, qui serait cependant assez fort pour mettre énergiquement en action les muscles homologues du côté sain, D'un autre côté, les muscles contracturés ne répondent pas mieux que les précédents à l'excitation électrique. On n’en conclura certes pas que la contractilité est diminuée, car, dans le premier cas, les muscles mis dans un état d’élongation par leurs antagonisles contracturés ne peuvent mauifester leur contractilité électrique, et, dans le second, les muscles, déjà raccourcis par la contracture, ne peuvent plus se contracter davantage. Il faut donc, dans ce genre de recherches, expérimenter sur des membres en complète résolution, sans complication de contracture.

B. — On ne doit pas tenir compte des différences très-faibles que l’on pourrait observer dans l’élat de la contractilité des deux côtés du corps, surtont lorsqu'on expérimente a minima, selon le procédé de Marshall-Hall; cette faible inégalité entre les deux côtés du corps existe en effet à l’état normal. Voici comment j'ai expérimenté pour arriver à la connaissance de ce fait: plaçant alternativement les rhéophores sur les mêmes points et au niveau des muscles homologues, puis, le courant étant extrêmement faible, j'ai augmenté graduellement ce dernier jusqu'à ce que le muscle commençât à se contracter, J'ai répété ces expériences sur un trèsgrand nombre de sujets sains, et j'ai noté à quel degré de faradisation les muscles de chaque côté du corps entraient en contraction, Eh bien! j'ai toujours observé que les muscles de l’un des côtés du corps étaient plus excitables, mais cela d’une manière irrégulière, tantôt à gauche et tantôt à droite. |

Ces expériences, faites dans des paralysies cérébrales non compliquées de contractures, ont donné des résultats identiques. Lors donc que, par hasard, les muscles du côté paralysé sont entrés les premiers en action, je me suis gardé de conclure de ces expériences, avec des courants excessivement faibles que l’irritabinté était augmentée, comme l’a fait Marshall-Hall (1).

Existe-t-il, à l’état normal, une légère différence entre les deux côtés du corps: ou bien cela tient-il à la résistance plus grande opposée au courant par une plus grande épaisseur de tissu à traverser existant tantôt à gauche, tantôt à droite? Cette dernière raison me paraît la plus vraisemblable. Je n’ai pas besoin d'ajouter, après ce qui précède, que l’on doit toujours tenir compte de l’état anatomique des membres el des régions sur lesquels on expérimente, car il

(1) Ce physiologiste a expérimenté seulement avec des minima, et le hasard a pu l’induire en erreur, car j'ai répété ses propres expériences en galvanisant comme Jui les muscles par action réflexe sur des sujets sains et sur des sujets frappés d'hémiplégie cérébrale; les résultats ont été les mêmes que dans les expé-

riences que j’ai faites avec la faradisation localisée dans les muscles, en procédant par minima.

ART, I, 8 I, — DIAGN. DIFFÉRENTIEL DES PARALYSIES CÉRÉBR, 731

est évident que si, par exemple, ils sont œdématiés, le courant pour arriver au muscle devra toujours être plus intense.

Ayant évité toutes les causes d'erreur que je viens de signaler, il m'a été impossible de constater, dans les nombreux cas qui ont été soumis à l'exploration électro-musculaire, que l’irritabilité est augmentée, ainsi que l’a prétendu Marshall-Hall, par le fait de la paralysie cérébrale ; je l’ai toujours trouvée dans son état normal.

Enfin la sensibilité électro-musculaire est en général intacte dans la paralysie cérébrale.

ÎT. — DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL DES PARALYSIES CÉRÉBRALES, TIRÉ DE L'ÉTAT DE LA | CONTRACTILITÉ MUSCULAIRE,

Des considérations et des faits que j'ai exposés antérieurement j'ai tiré les déductions suivantes : 1° Marshall-Hall a le premier essayé de faire servir la différence d'irritabilité entre le côté malade et le côté sain, à établir le diagnostic différentiel entre les paralysies cérébrales et les paralysies spinales (contrairement à l’assertion de M. Jaccoud, je n’ai jamais contesté ce fail); avec le procédé d’expérimentation employé par le physiologiste anglais, il n’était pas possible de connaître l’état réel de la contractilité électrique des muscles paralysés; 2° le premier, il a écrit: Dans les paralysies spinales, l'irritabilité diminue dans les muscles paralysés ; dans les paralysies cérébrales, l'irritabihté augmente ; mais cette proposition est trop générale, pour ce qui a trait aux paralysies spinales ; elle est inexacte pour les paralysies cérébrales, J’ai démontré en effet ci-dessus, d’une part, que dans les paralysies consécutives aux lésions de la moelle, la contractilité électro-musculaire diminue, seulement lorsque les cellules motrices sont altérées ou atrophiées, comme dans les paralysies spinales de l’enfance ou de l'adulte par atrophie des cellules antérieures, et, d'autre part, que dans les paralysies cérébrales, la contractilité électro-musculaire reste normale.

En résumé, mes expériences et les faits cliniques que j'ai exposés, ont seuls établi que la contractilité électro-musculaire est normale dans les paralysies de cause cérébrale, et que ce signe les distingue, à coup sûr, des paralysies spinales antérieures (conséeutives à l’altéralion des cellules antérieures de la moelle), des paralysies par lésion traumalique des nerfs mixtes, et des paralysies saturnines.

M. Jaccoud s’est plaint, dans ure de ses dernières publications (1), que quelques médecins français lui ont attribué une opinion qui n’est point la sienne : «Ils ont avancé, dit-il, que je

(1) Jaccoud, Traité de pathologie interne. 1869, note de la page 333.

subordonne les désordres de la motilité à la perte de la sensibilité musculaire et tactile Cette assertion m'a élrangement surpris et cela pour trois raisons : 4° le premier j'ai établi la distinclion capitale de la coordination mécanique opérée par la moelle, et de la coordination volontaire opérée par le sensorium, à l'aide de la sensibilité musculo-tactile; 2° après Volkman, Vanderkolk et Wagner, j'ai établi que la coordination mécanique résulte de la disposition organique préétablie dans la moelle; 8° le premier j'ai essayé d’inlerpréter l’ataxie mécanique par la perturbation des actes réflexes et des irraditaions spinales ; 4° j'ai tellement eu à cœur de séparer l’ataxie mécanique de l’alaxie volontaire qui résulte de l’anesthésie musculo-taclile, que j'ai tracé le diagnostic différentiel de ces deux formes. »

Je me bornerai à faire remarquer 4° que toute ma critique porte sur sa doctrine de coordination volontaire opérée sur le sensorium commune, par l'intermédiaire de la sensibilité musculo-taclile, en démontrant que les troubles musculaires, attribués à ia paralysie de la sensibilité dite musculo-cutanée, appartiennent principalement à la sensibililé articulaire; 2° que, dans ces derniers cas, les troubles musculaires, qui ne ressemblent en rien à ceux de l’incoordination des mouvements, n’ont liéu que dans l’obscurité, tandis que les troubles de l’incoordination de l’ataxie locomotrice se manifestent même lorsque le malade s'aide de la vue; qu'enfin, dans cette dernière maladie, l’incoordination des mouvements existe même alors que le sujet jouit de toute sa sensibilité.

Quant à la doctrine qu’il appelle coordination mécanique, qui résulterait de la disposition organique préétablie de la moelle, c'est une théorie d’origine allemande qu'il a acceptée, à laquelle je n'ai aucun fait à opposer, mais qui a encore besoin d’être démontrée.

S EH, — Traitement par la faradisation localisée et par les courants continus,

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