ART. I, $ II. — FARADISATION LOC. DANS LES AFF, CÉRÉBRALES
À.— Il est incontestable qu'à une certaine période, quelques paralysies consécutives à l’hémorrhagie cérébrale ont été guéries ou améliorées par la faradisation. Ma surprise fut grande quand je vis certaines paralysies consécutives à l’hémorrhagie cérébrale guérir ou être modifiées par des excitations faradiques parfaitement localisées dans les muscles paralysés, excitations qui, certainement, n'avaient pu modifier l’état des centres nerveux. Je reconnus même que l’action thérapeuiique de la faradisation était limitée aux muscles dans lesquels j'avais localisé l'excitation électrique. J'en ai rapporté un exemple remarquable dans la première édition (1).
Ce n’est, en général, qu'après le sixième mois à partir de l’attaque, que J'ai vu la faradisation localisée exercer une influence thérapeutique favorable. Je prouverai bientôt qu’on fait courir des dangers inutiles aux malades, en appliquant cette médication à une époque trop rapprochée du début.
B. — Après la résorption de l’épanchement, l’influx nerveux cérébral peut revenir aux muscles qui ont perdu leur aptitude à réagir sous l'influence de ce dernier ; la paralysie est alors localisée dans les muscles; la faradisation rend à ces muscles la propriété, qu'ils avaient perdue, d’obéir à l’excitation volontaire. Que se passe-t-1i donc dans les différentes phases d’une paralysie conséculive à une hémorrhagie cérébrale? Pendant les premiers mois, la paralysie est symptomatique de la lésion centrale. On comprend que, dans de telles conditions, une excitation, quelle qu’elle soit, ue puisse rendre le mouvement aux muscles paralysés. Plus tard, après la résorption de l’épaachement sanguin, alors que toute compression à cessé d’exercer son action et que le foyer hémorrhagique est remplacé par un kyste ou une cicatrice, le stimulus cérébral revient plus ou moins aux muscles, qui peuvent rester paralysés. Si alors les muscles paralysés recouvrent leurs mouvements volontaires, après avoir élé soumis à la faradisation localisée, il est évident que celle-ci leur aura rendu une propriété qu'ils avaient perdue, celle de réagir sous l'influence de l’excitant nerveux qui leur arrivait aussi bien avant qu'après l'opération. En conséquence, 1l existe deux phases bien distinctes dans la paralysie consécutive à l’hémorrhagie cérébrale : une première dans laquelle la paralysie est syraptomatique de la lésion organique centrale et une seconde dans laquelle la paralysie s’est localisée dans les muscles; en d’autres termes, dans laquelle, par suite dela suspension trop prolongée de l'excitation cérébrale, les muscles ont perdu leur aptitude à réagir sous l'influence de l’agent nerveux, alors que celui-ci leur revient après la guérison de la lésion cérébrale. Dans la première phase
(1) Duchenue (de Boulogne), Élect. loc., obs. CXXXVIL, p. 712. 1855.
de la paralysie cérébrale, la faradisation n’a certainement aucune chance de succès, tandis que c’est uniquement dans la seconde que l’on peut compter sur les heureux résultats obtenus par cette méthode de traitement,
Voici maintenant le résumé général des recherches que j'ai faites sur l’action thérapeutique de la faradisation localisée, appliquée au traitement de la paralysie consécutive à l’hémorrhagie cérébrale.
C. — La faradisation localisée appliquée pendant la période de résorplion n’a produit aucun résultat favorable; alors elle est quelquefois dangereuse. Je viens de démontrer qu’on ne pouvait espérer modifier cette paralysie, avant la résorption complète de l’épanchement sanguin, en général, avantle sixième ou le septième mois après l'attaque, Malgré la quasi-certitude que j'en avais préconçue, j'ai voulu acquérir la preuve expérimentale de l’inopportunité sinon du danger de la faradisation appliquée avant cette résorption. J'ai faradisé, à la Charité et à l’'Hôtel-Dieu, un assez grand nombre de sujets atteints assez récemment d’hémiplégies consécutives à l’hémorrhagie cérébrale, et, dans aucun cas, je n’en ai obtenu la moindre amélioration appréciable. J'ai observé, au contraire, qu'à une époque trop rapprochée de l'attaque, la faradisation localisée n’est pas sans danger. Quelques accidents produits par ces applications prématurées m'ont rendu très-réservé pour l’emploi de ce mode de traitement, dans les premiers temps d’une paralysie par hémorrhagie cérébrale.
On sait que, pendant le travail de la résorption de l’épanchement sanguin et du kyste séreux jusqu’à la formation de la cicatrice apoplectique, les mouvements reviennent progressivement dans les membres paralysés, d'abord dans le membre inférieur, puis, beaucoup plus lentement, dans le membre supérieur; rarement le membre supérieur recouvre le premier sa motilité. Si la faradisation localisée était appliquée pendant cette période, on pourrait lui faire l’honneur d’une guérison ou d’une amélioration qui ne serait que la conséquence de la marche naturelle du processus progressif de la résorption de l’épanchement. Il est donc sage (et honnête) de ne recourir à la faradisaltion localisée que lorsqu'il est bien établi que la paralysie est restée Stationnaire, et après que le temps ordinaire, pendant lequel se fait la résorption du caillot et de la sérosité enkystée, est écoulé.
D, — Dans la seconde période (après la résorption de l’Épanches ment sanguin), la faradisation a été quelquefois suivie de succès: C’est presque toujours dans une période très-avancée du travail de résorption et de réparation du kyste hémorrhagique, que j'ai expé: rimenté l’action thérapeutique de la faradisation localisée. Nonseulement alors je n’agissais que lorsque la paralysie me paraissait depuis longtemps stalionnaire, mais encore après que les vésica-
ART, 1, $ 11, — FARADISATION LOC. DANS LES AFF. CÉRÉBRALES. 1735 toires, les purgatifs et la strychnine avaient été successivement employés. Eh bien ! voici les résultats généraux que j’ai obtenus : dans un très-petit nombre de cas, j'ai vu guérir presque radicalement la paralysie; assez souvent elle a été plus ou moins améliorée ; plus fréquemment encore, je suis forcé de le reconnaître, je n’ai observé aucune espèce d'influence appréciable.
Il me semble que la gravité des désordres occasionnés par l’hémorrhagie cérébrale rend parfaitement compte des différences de résistance que la paralysie oppose alors à la faradisation localisée. Je suppose qu’un épanchement sanguin, qui s’est fait dans le cerveau, se résorbe promplement et qu’il soit bientôt remplacé par un kyste peu volumineux ; qu’à la longue le siége du foyer hémorrhagique soit seulement indiqué par une cicatrice; enfin que la sclérose cérébrale ou spinale secondaire qui s’élait développée soit guérie ou qu’elle n'ait pas existé, voici les principales hypothèses qui me paraissent possibles, dans ces cas, 1° ou l’influx nerveux, en revenant aux muscles, les trouvera prêts à obéir à son excitation, et alors la paralysie guérira rapidement par les seuls efforts de la nature (c’est heureusement ce que l'observation clinique m'a quelquefois forcé d'admettre) ; 2° ou les muscles, trop longtemps privés de l’action cérébrale, auront perdu leur aptitude à réagir, lorsque ce stimulus leur acrivera librement. C'est dans ce dernier cas que l’on verra triompher complétement la faradisation localisée.
Les dernières conditions dont je viens de supposer l'existence, dans une paralysie cérébrale hémorrhagique, sont les plus favorables que l’on puisse rencontrer. Mais, ainsi que je l’ai déjà dit, ce sont les plus rares. Voici en effet ce qui probablement arrive ordinairement : un certain point du cerveau peut avoir éprouvé une altération Lrofonde ou étendue. La paralysie étant alors symptomatique d’une telle lésion centrale, on conçoit que la faradisation localisée sera d'autant plus impuissante que cette lésion sera plus grande, Si, après la résorption de l’épanchement, il ne reste qu'un kyste peu volumineux Ou une simple cicatrice qui ne gêne plus que faiblement l’action cérébrale, la faradisation localisée pourra amender la paralysie ; mais en général elie ne la guérira pas entièrement,
E. — Données sur lesquelles on peut s'appuyer pour diagnostiquer approximativement l'état du foyer hémorrhagique, après le terme ordis natre de la résorpton et de l'enkystement, ou pour prévoir les résultats de la faradisation localisée, appliquée au traitement de l'hémiplégie cérébrale.— serait donc très-important de pouvoir diagnostiquer ces différents états du foyer hémorrhagique, lorsque, dans les conditions ordinaires, le temps nécessaire à la résorption du caillot où à la formation du kyste ou de la cicatrice s’est écoulé: Ainsi, une hé: miplégie persistant cinq, six ou huit mois, est-elle uniquement
locale, ou, en d’autres termes, dépend-elle de ce que les muscles ont perdu leur aptitude motrice, par suite de la suspension de l’excitant cérébral? Ou est-elle symptomatique d’un kyste qui exerce sur les parties environnantes une compression trop considérable pour que l’influx nerveux puisse arriver librement aux muscies ? En un mot, annonce-t-elle que le cerveau ainsi que la moelle épipière out subi une grande perte de substance ou quelque aulre lésion grave secondaire ?
Je ne crois pas qu'il soit jamais possible de reconnaître d’une manière exacte quel est, dans ces différents cas, l’état ou le degré de la lésion anatomique du cerveau. Cependant, voici, d’après mes observations cliniques, des faits qui peuvent, dans ces circonstances, servir sinon à établir un diagnostic précis, conduire au moins à des indications thérapeutiques. C’est sur ces données, que je m'appuie, lorsque j'ai à me prononcer sur l'opportunité ou sur les résultats probables de l'application de la faradisation localisée.
Les malades qui, cinq, six, huit mois et plus après le début d’une hémorrhagie cérébrale, ont conservé une paralysie plus ou moins complèle, mais sans la moindre contracture, ontguéri, pour la plupart, rapidement par la faradisation localisée. Ceux dont les join- Lures des membres affectés étaient devenues raides et ceux dont certains muscles se contracturaient sous l'influence d’une impression quelconque, ou lorsqu'ils voulaient faire un mouvement volontaire, n’ont tiré aucun profit appréciable de la faradisation localisée. Je m’abstiens d'exposer la trop longue liste des insuccès que la faradisation localisée a enregistrés, dans ces conditions (1).
F. — /l existe ds degrés intermédiaires de lésions cérébrales dans lesquels on obtient une améhoration plus ou moins prononcée par la faradisation localisée. — Entre les deux extrêmes que j'ai choisis pour établir le diagnostic, ou plutôt le pronostic de l'hémiplégie cérébrale, après cinq à six mois de durée, on conçoit qu'il y ait des degrés intermédiaires qui permettent d'attendre de la faradisalion localisée une amélioration plus ou moins grande.
J'ai rapporté, dans la première édition (2), un cas de paralysie cérébrale datant de six mois, dans lequel le sujet (une femme âgée de soixante et un ans) présentait, à un certain degré, ces phénomènes
(1) A l’époque où, dans l’édition précédente, j'exposai ces résultats de mes re: cherctes cliniques sur la valeur thérapeutique de la faradisation localisée dans l'h6miplégie de cause cérébrale, on ne savait pas que Île travail irritatif de certaines parties centrales du cerveau pouvait provoquer, par extension de l'irritation formatrice, des scléroses secondaires du cerveau ou d’un faisceau postéro latéral de la moelle. J'ai essayé d'expliquer les insuccès du traitement électrique, dans ces cas, par des considérations physiologiques ou par des hypothèses qui n’offrent plus aujourd’hui d'intérêt, en présence des récentes découvertes de l'anatomie pathologique.
(2) Duchenne (de Boulogne), Élect. loc., Observation CXXXIX, p. 317.