ART. 11, $ 11. — DIAGNOSTIC DIFF. DES AFF. CÉRÉBELLEUSES
térisent l’ataxie locomotrice progressive, avec les troubles observés dans la station et la marche chez les sujets atteints de troubles locomoteurs occasionnés par des affections cérébelleuses. Je n'aurais certainement pas commis une telle erreur si, ne m’en tenant pas aux apparences, j'avais analysé plus minutieusement les désordres fonctionnels qu’ils présentent, lorsqu'ils sont debout et pendant les temps de la marche. Je puis aujourd’hui décrire exactement les troubles de la locomotion qui caractérisent ces états différents.
A.— Voyons-les d’abord dans lastation debout. Dès que le malade cérébelleux commence à tituber, son corps, pendant la station debout, oscille en tous sens, soit latéralement, soit d’avant en arrière, et vice versä. L'étendue de ces oscillations est en raison directe du degré de la lésion, Il semble se balancer et s'y abandonner mollement et tranquillement.
Chez les sujets atteints d’ataxie locomotrice, les oscillations du corps, pendant la station debout, ontun caractère bien différent ; elles sont brusques, plus courtes et plus rapides. J’ai déjà comparé l'ataxique debout à un danseur qui, sans balancier, veut se tenir sur une corde roide:rien n’est plus juste que cette comparaison. Les contractions musculaires qui, dans la station verticale, produisent alors ces oscillations brusques dutronc, ressemblentà des spasmes. Pour constater ce fait, il faut que les membres inférieurs soient nus et à découvert ; alors on voit, quand le corps est agité plus ou moins vivement par ces oscillations, certains muscles de ces membres se contracter fortement et brusquement, et pendant un espace de temps très-court. Ce sont ces contractions qui impriment au trone ces petits mouvements oscillatoires, brusques.
Ces contractions cependant ne sont pas seulement spasmodiques ; elles sontaussi fonctionnelles, car elles ont toujours lieu pour maintenir le corps dans la ligne de gravité. J'ai constaté, en effet, que, lorsque le sujet oscille dans un sens, ce sont toujours les muscles qui le ramënent dans un sens opposé, qui entrent vivement en action.
Ces contractions sont autant instinetives que volontaires. Il arrive en effet quelquefois, surtout au début de l’incoordinalion musCcu-. laire, que le malade oscille très-légèrement, sans qu'il en ait conscience ; et l’on peul constater déjà des contractions petites et courtes parmi les muscles qui meuvent les pieds et Îles orteils. J'ai vu faire dernièrement une observation fine par la femme d’un malade atteint d’ataxie locomotrice, auprès duquel j'étais appelé en consultation par mon ami le docteur Contour. Pendant quelques mois, disait-elle, avant que son mari s’aperçût qu’il conservait difficilement son équilibre, elle avait remarqué que, jorsqu'il se tenail debout, et sans être chaussé, ses pieds, au lieu de rester tranquille-
ment posés à plat sur le tapis, étaient agités de petits mouvements continuels, et que ses orteils étaient incessamment et alternativement abaiïssés et relevés. Alors aussi elle voyait son corps osciller faiblement.
Mais à ces contractions instinctives viennent bientôt se mêler des contractions volontaires. Dès que ie malade a conscience de la perte de son équilibre, on le voit s’en préoccuper sans cesse, dès qu'il se tient debout, et faire, pour le conserver, des efforts qui l’épuisent bientôt. Aussi ne peut-il se tenir longtemps debout sans éprouver de la fatigue.
B. — A la marche seulement, on peut distinguer un malade cérébelleux de celui qui est atteint d’alaxie locomotrice arrivée à la période d’asynergie musculaire. Le premier, comme je l’ai déjà dit, marche en décrivant des courbes alternativement à droite ou à gauche, ou en zigzags,et ne peut aller droit devant lui. Il se penche doucement du côté où il dévie; il semble alors qu’il soit entraîné latéralement par le poids de son corps. Il arrive quelquefois même que celte inclinaison du corps est telle qu’il se laisse tomber de ce côté. Bien qu'il marche ainsi en titubant, il accomplit normalement les différents temps de la marche, et le membre qui oscille alors d’arrière en avant ne va point au delà du pas et ne retombe pas en frappant du talon le sol avec bruit; au contraire, il marche souvent en trainant ses jambes.
Analvsons maintenant comparativement la progression, chez l’ataxique arrivé à la période d’asynergie musculaire. Il marche habituellement droit devant lui, en vaciilant, mais sans décrire des courbes ni des zigzags, comme l’homme ivre. Les oscillations dont il est agité conservent le même caractère que lorsqu'il se tient dans la station debout, bien que la progression les acgmente; elles sont d'autant plus étendues que l’incoordination des mouvements règne à un plus haut degré. Le malade est très-inquiet pendant la marche ; :! craint tellement de perdre son équilibre, que son regard abaissé vers le sol ou fixé sur ses jambes n'ose l’en détourner dans la crainte de tomber.— C’est ce que je n’ai point observé dans la titubalion cérébelleuse. — Enfin il arrive un moment où, ayant perdu à des degrés divers l’harmonie de ses muscles antagonistes, l’ataxique ne peut plus modérer les mouvements des différents temps de la marche. C’est ainsi que, dans le second temps de la marche, le membre oscillant avec trop de force d’arrière en avant dépasse la limite ordinaire du pas, et retombe en frappant le sol du talon. En outre, pendant celte même oscillation des membres inférieurs, la flexion du pied sur la jambe est exagérée. — La marche de l'homme atteint d’une lésion cérébelleuse n’offre rien de semblable,