ART. II. — PARALYSIE DIPHTHÉRIQUE
la contractilité électro-musculaire normale. J'ai vu aussi les membres paralysés tantôt un peu amaigris, tantôt ayant conservé leur volume normal, J’ai cité dans l’édition précédente (de 1861), comme exemple, à l’appui de cette dernière assertion, l’observation d’une dame qui, consécutivement à l’angine couenneuse, a éprouvé, dans l’ordre suivant, les différents phénomènes morbides qui caractérisent la marche de la paralysie diphthérique : 4° la paralysie du voile du palais; 2° après celle-ci, l’insensibilité des extrémités inférieures et ensuile des extrémités supérieures; 3 plus tard un affaiblissement très-notable des mouvements dans les membres inférieurs et supérieurs, affaiblissement prédominant à droite et accompagné d’un sentiment de lassitude. Cette malade m'avait été adressée par M. le docteur Gros, après deux mois de maladie; cependant ses membres n’avaient pas diminué de volume, et sa musculature, qui était très-riche, n’avait souffert en rien dans sa nutrition et dans ceux que j'ai recueillis depuis lors, Je n’ai jamais vu, dans cette espèce de paralysie, les museles affectés s’atrophier partiellement.
Eh bien! ce n’est pas ainsi que se comportent les paralysies consécutives aux fièvres éruptives ou continues; je vais le prouver. Des enfants qui avaient été atteints de paralysie des membres après la rougeole ou après la scarlaline, et qui n'avaient éprouvé aucun trouble ni dans la phonation ni dans la déglutition, m'ont été présentés à des périodes différentes de leur paralysie. J'ai constaté chez ces enfants les symptômes qui caractérisent l’espèce de paralysie que j’ai décrite dans le chapitre II, 2 partie, sous le nom de paralyswe atrophique de l'enfance. J'en ai exposé plusieurs exemples dans édition précédente (1). Enfin, j'ai eu l’occasion d’examiner, à l’hôpital de Toulon, l’état des muscles chez plusieurs sujets qui avaient été paralysés consécutivement au typhus d'Orient, Les muscles avaient perdu aussi, à des degrés divers, leur contractilité électro-musculaire ; ils étaient atrophiés inégalement; quelques-uns même ne donnaient plus aucun signe d’existence.
En résumé, les faits que je viens d'exposer démontrent que la paralysie diphthérique des membres diffère essentiellement des paralysies consécutives aux fièvres éruptives ou continues.
Il est vrai qu'il est des paralysies dans lesquelles on observe, comme dans la paralysie diphthérique, l'intégrité de la contractilité électrique, la diminution ou la perte de la sensibilité des extrémités et l'intégrité de la nutrition musculaire; parmi elles je citerai certaines paralysies hystériques et la paralysie par le sulfure de carbone, mais la marche de ces dernières ou l’ordre de succession des phénomènes paralytiques suffiraient pour les distinguer de
(1) Duchenne {de Boulogne) Elect, loc. 1861, obs. CLXXXIVet CLXXXV.
la paralysie diphthérique, si dans celle-ci la paralysie des membres n'était pas toujours précédée de la paralysie du voile du palais, que je n’ai jamais rencontrée dans les autres.
Les considérations que je viens d’exposer démontrent surabondamment que la paralysie diphthérique constitue une espèce morbide parfaitement distincte des autres paralysies.
S EBH. — Action individuelle des muscles du voile du palais démontrée par l’expérimentation électro-musculaire. — Béductions applicables au mécanisme de la déglutition.
Je me propose de faire connaître succinctement quelques expériences électro-physiologiques que j'ai faites sur l’action individuelle de plusieurs muscles moteurs du voile du palais, dans le but de faire mieux comprendre les troubles fonctionnels occasionnés par les paralysies de ces muscles, et les signes distinctifs de leurs paralysies partielles. Puis j’exposerai quelques faits qui démontreront la valeur de Ia faradisation appliquée au traitement de ces paralysies.
(Mes expériences ont été faites sur des sujets dont la moiilité et Ja sensibilité du voile du palais étaient complétement paralysées ; le toucher n’y provoquait aucune contraction réflexe.)