ART. 11, $ 1. — CONTRACTURE DU RHOMBOIDE
contraction pathologique, un spasme continu, ce que l’on désigne, en un mot, sous la dénomination de contracture. C’est ce qui avait lieu chez la jeune Aglaé.
Il n’était pas impossible que la contracture du rhomboïde et de l’angulaire fût compliquée de la paralysie du grand dentelé ; il importait donc de s’assurer de l’état de ce muscle chez ma jeune malade. Je lui fis en conséquence porter les deux bras en avant, et je vis son scapulum droit, obéissant à l’action du grand dentelé, reprendre son atlitude normale, et exécuter les mêmes mouvements de rotation que du côté sain (voy. fig. 194).
Que l’on rapproche maintenant l’une de l’autre la contracture du rhomboïde et l’atrophie ou la paralysie du grand dentelé, ou bien que l’on compare les deux figures qui représentent leurs effets respectifs, à l’état de repos et à l’état de mouvement, et l’on verra que, dans Ja première, la difformité se produit seulement pendant que le bras pend le long du corps (fig. 493) et disparaît dans l'élévation du bras (fig. 194%); tandis que, dans la seconde, la difformité apparaît lorsque le malade écarte son bras du tronc (fig. 186 et 187), et n’est pas visible à l’état de repos (fig. 189).
Contracture du rhomboïde, tel fut donc mon diagnostic. L’inclinaison de la tête du côté de la difformné, et la saillie de l’angulaire dans le triangle sus-claviculaire, que l’on observait chez Aglaë, m’autorisaient aussi à admettre que ce dernier muscle était également contracturé. La contracture du rhomboïde et l’angulaire était primitive et de cause rhumatismale; cela me paraît établi par l’histoire même de la maladie. Le grand dentelé avait été peut-être affaibli consécutivement à l’élongation longtemps prolongée qu’il avait dû subir par le fait de la déviation du scapulum : mais il n’était pas paralysé. (J’exposerai bientôt le mode de faradisation que j'employai pour guérir cette contracture.)
La contracture du rhomboïde ou de l’angulaire ne peut pas pro- Auire l’abaissement du moignon de l’épaule. Gette proposition eût été antiphysiologique avant mes recherches, car on avait imaginé, je ne sais sur quelle donnée, que ces muscles faisaient tourner le scapalum sur un axe fictif central, de manière que l’angle externe devait s’abaisser pendant que les deux autres angles s'élevaient. Or, l'expérimentation électro-physiologique a établi que, sous l'influence du rhomboïde et de l’angulaire, le scapulum tourne sur son angle externe quiresle fixe, et qu’au moment de la contraction, cet os s'élève en masse. Ces faits physiologiques sont coufirmés par l’observation pathologique. En effet, chez la petite Aglaé, le moignon de l'épaule n’était pas abaïissé.
Mais pourquoi ce mouvement d’élévation en masse n’a-t-il pas eu lieu chez cette malade? Est-ce que le rhomboïde et l’angulaire
n'étaient pas arrivés à leur maximum de contraction ? Ou bien cela tiendrait-il à ce que le grand dentelé, qui avait subi longtemps une grande élongalion, n’opposait plus à ces muscles assez de résistance tonique pour produire, à l’aide de son action combinée avec celle du rhomboïde et de l’angulaire, l'élévation en masse, comme le mécanisme en a été exposé dans mes éludes électro-physiologiques ? Cette dernière explication me parait s'approcher davantage de la vérité.
J'ai observé d’autres cas analogues de contracture du rhomboïde ou de l’angulaire, qui ne différaient entre eux que par leur degré de difformité ou de maladie. Je ne les rapporterai pas ici, parce qu'ils ne seraient que la confirmation des faits et des signes diagnostiques que je viens d'exposer.
En résumé : {° élévation plus ou moins grande de l'angle inférieur du scapulum, avec rapprochement de la ligne médiane, sans abaissement du moignon de l’épaule; 2° direction oblique de bas en haut et de dedans en dehors du bord spinal du scapulum; 5° tumeur située en dedans du bord spinal du scapuium, et se prolongeant vers la fosse sus-épineuse; 4° quelquefois crépitation, appréciable par l’ouïe et par le toucher, de cette tumeur pendant les mouvements imprimés au scapulum ou au bras; 5° enfin, disparition de la difformité du scapulum et des tumeurs, pendant l’élévalion vo- Jontaire du bras du côté malade : tels sont les signes qui caractérisent la contracture du rhomboïde.
La contracture de l’angulaire de l’emoplate, qui complique celle du rhomboïde, ajoute aux symptômes précédents l’inclinaison latérale de la tête, ainsi qu'on l’a vu dans l'observation ci-dessus relatée (obs. CXC). Ceite inclinaison de la tête n'est pas rendue dans les figures 193 et 194.
Dans plusieurs cas, j'ai constaté la contracture simultanée du rhomboïde et des deux portions supérieures du trapèze. Alors aux signes propres à la contracture du rhombhoïde se joignent l'élévation considérable du moignon de l’épaule et la rotation de la tête du côté opposé. La figure 195 (dessinée d’après une photographie) représente un cas de contracture du rhomboïde et du tiers moyen du trapèze (portion élévatrice).
O8sERvaTION CXCI. — La jeune fille représentée dans la figure 195, âgée de quatorze ans, ayant été exposée à un courant d'air, ressentit bientôt une douleur dans le côté droit de la partie postérieure du cou et dans quelques muscles de l'épaule droite, douleur augmentée par certains mouvements de la tête et du membre supérieur. Bientôt après la mère s'aperçut que son épaule se déformait. Une application de sangsues et plusieurs vésicatoires avaient diminué les douleurs; mais la contracture avait persisté jusqu'au moment où cette jeune fille me fut présen=
tée, trois mois après. Voici ce que je constatai alors. Son épaule droite était beaucoup plus élevée que celle du côté gauche. L’omoplate, qui avait suivi le mouvemement de l’épaule, avait exécuté un mouvement de bascule par lequel son angle inférieur s'était rapproché de la ligne médiane. Au-dessus et en dedans de l’épine de l’omoplate, dont la direction était oblique de bas en haut et de dedans en dehors, on voyait une
iumeur dure, due évidemment à la contracture du rhomboïde; audessus de l'omoplate, le tiers moyen du trapèze contracturé faisait un
Fi. 195'(*). Fig:496 0,
relief considérable. La portion claviculaire du trapèze était dans le relâchement; pendant l'élévation du bras en avant, l’omoplate droite exécutait son mouvement normal, comme du côté sain. Pas de déviation du rachis; pas de déformation du thorax.
La rétraction du rhomboïde se reconnaît aux mêmes signes que la contracture de ce muscle, ce qui me dispense de la décrire, Cependant, je dois rappeler que l’expérimentalion électro-physiologique démontre que la contraction artificielle du rhomboïde, et conséquemment sa rétraction, ne permettent pas à l’humérus d’atteindre la direction horizontale. Dans ce cas, le grand rond retient
© (*) Attitude vicieuse de l’omoplate, par contracture du rhomboïde et des deux portions supérieures du trapèze,
(**) Attitude vicieuse de l’omoplate occasionnée par la voussure postérieure du thorax du côté correspondant à la convexité dorsale du rachis, dans le premier degré de la.scoliose.
l’humérus, et l’acromion s’oppose à son élévation; d’où il résulte que si alors on coupaitle grand rond, l’humérus pourrait, il est vrai, s'élever davantage, mais que ce mouvement ne pourrait se faire sans que la têle frottât contre l’acromion et fût chassée par lui en bas, hors de la cavité glénoïde.
Enfin, l’électro-physiologie démontre, de la manière la plus évidente, que la contraction simultanée du rhomboïde et du grand rond fixe le bras contre le tronc et un peu en arrière, sans qu’il soit possible de l’en détacher.
II, — DIAGNOSTIG.
A. — Il existe une attitude du scapulum, occasionnée par l’atrophie de la portion élévatrice du trapèze, qui offre quelque ressemblance avec celle qui est produite par la contraclure du rhomboïde (voy. fig. 183). La ressemblance entre ces deux affections est encore plus grande, lorsqu’en même temps que les deux portions supérieures du trapèze, le grand dentelé a perdu sa puissance tonique, comme on l’observe, par exemple, consécutivement à l’atrophie musculaire progressive. La figure 125, p. 505, représente l'attitude du scapulum qui n’est plus mis en mouvement sur le tronc que par son muscle angulaire. Dans ce cas, le trapèze, les rhomboïdes, les grands dentelés, ont été entièrement délruits par l’atrophie musculaire progressive. Si l’on rapproche cette figure 423 de la figure 193, on verra que dans ces fails si différents quant à la lésion musculaire, chacune de ces figures représente le scapulum à peu près dans la même allitude vicieuse. Dans ces figures, er effet, l'angle inférieur de l’omoplate est plus élevé et plus rapproché de la ligne médiane; le bord spinal de cetos à la même direction oblique de dedans en dehors, et de bas en haut.
Voici heureusement un signe qui distingue l’une de l’autre, ces affections en apparence semblables : dans l’atrophie ou dans la paralysie des deux tiers inférieurs du trapèze, qu'elle soit ou non compliquée de la lésion identique du grand dentelé, le moignon de l'épaule est toujours abaissé, tandis que, dans la contracture du rhomboïde, lemoïgnon de l'épaule se trouve au niveau ou au-dessus de sa hauteur normale.
On observe, en outre, dans la contracture du rhomboïde, une tumeur résistante, située entre le bord spinal et la ligne médiane, au niveau du rhomboïde contracturé, tumeur qui disparaît dès que l’on fait porter le bras en avant, ou lorsqu'on abaisse l’angle inférieur du scapulum en appuyant sur lui; la difformité occasionnée par l’atrophie de la portion élévairice du trapèze ne présente aucun de ces phénomènes,