J. — FAITS PHYSIOLOGIQUES PRINCIPAUX
L’expérimentation électro-physiologique démontre que les muscles moteurs des orteils exercent sur les phalanges la même action que ceux de la main.
Ainsi, comme à ja main, 1° les interoseux non-seulement meuvent latéralement les orteils, mais encore ils en fléchissent puissamment les premières phalanges en même temps qu'ils en étendent les deux dernières; 2° les muscles adducteur et court fléchisseur du gros orteil sont également fléchisseurs dela première phalange et extenseurs de la deuxième ; mais ils n’impriment aucun mouvement apparent au premier ae le long péronier, ainsi que je l’ai démontré, étant le seul abaisseur de cet os ; 3° Les muscles extenseurs des orteils (le long extenseur des orteils, le pédieux et l’extenseur du gros orteil) n’étendent physiologiquement que les premières phalanges, et les fléchisseurs des orteils n’ont d'action réelle que sur les dernières phalanges. Tous ces faits électro-physiologiques sont confirmés par l'observation patholo-
gique.
Il. — TROUBLES FONCTIONNELS ET SIGNES DIAGNOSTIQUES.
Les usages du pied et de la main étant essentiellement différents, je ne puis dire que les troubles fonctionnels, consécutifs aux paralysies partielles que l’on observe dans ces deux régions, sont semblables ; cependant les désordres que l’on constate alors dans les mouvements partiels et dans l'attitude des orteils, sont exactement les mêmes, Comme à la main, on observe au pied : 1° après la paralysie des extenseurs des orteils, la flexion continuelle des premières phalanges et l'impossibilité de les redresser, 2° après la paralysie des fléchisseurs des orteils (long et court fléchisseur des orteils, long fléchisseur du gros orleil), un léger renversement des dernières phalanges sur les premières, sans possibilité de les fléchir, tout effort de flexion produisant seulement alors (sous l'influence
des interosseux) l’abaissement des premières et en même temps l’extension sur la première phalange des deux dernières phalanges ou de la seconde pour le gros orteil; 3° enfin, après la paralysie des muscles interosseux, du court fléchisseur et adducteur du gros orteil, les orteils prennent l'attitude continue de la griffe, c’est-àdire que les premières phalanges s'étendent sur les métatarsiens, et que les deux dernières phalanges s'infléchissent sur les premières (voyez la figure 221), et: cela sous l'influence de l’action de leurs antagonistes (extenseurs des premières phalanges et des dernières).
Les paralysies ou les atrophies 6 partielles des muscles moteurs des
1 orteils compliquent ordinairement 4 les lésions semblables des muscles Lo moteurs du pied sur lajambe. Je les ai observées en très-grand nombre, dans la paralysie atrophique de l’enance. On en voit un exemple, dans la figure 97, page 387, représentant un talus pied creux direct par atrophie du triceps sural. Dans ce cas, les interosseux étaient également atrophiés, et il en était résulté une griffe qui avait augmenté encore le pied creux de la plante du pied.
Quant aux déformations limitées au gros orteil ou à l’un des autres orteils, par exemple leur direction en dehors ou en dedans, leur entre-croisement, leur attitude continue d'extension ou de flexion, ces déformations, dis-je, sont presque toujours occasionnées par la paralysie ou par l’atrophie de l’un des faisceaux musculaires ou de l’un des muscles qui produisent ces mouvements; c’est du moins ce que j'ai toujours constaté dans ces attitudes ou conformations vicieuses partielles des orteils, conformations qui gênent tellement la marche, que les conseils de révision en ont fait une cause d’exemplion du service militaire. |
Il existe une conformation vicieuse du pied, ordinairement congénitale, qui est assez commune, dont la genèse est restée inconnue jusqu'ici : c’est une espèce de pied bot que j’appellerai : griffe pied creux, par atrophie ou paralysie des interosseux, des adducteur et court fléchisseur du gros orteil. La figure 221 représente celte espèce du pied bot, dessiné d’après le plâtre d’un sujet qui était entré à l'hôpital de la Clinique, dans le service de M. Nélaton, pour y être traité de douleurs à la plante du pied. J’ai constaté dans ce cas, par l'exploration électrique, l'absence des muscles interosseux, adduc-