C11AP, I. — PARALYSIES CONSÉC. AUX LÉS. DES NERFS MIXTES
3 centimètres environ au-dessus du pli du poignet. La réunion, par la suture, du nerf médian ayant été pratiquée, 34 heures environ après l'accident, il importait de sa\oir si les mouvements volontaires des muscles animés par la terminaison de la branche terminale du nerf médian situé au-dessous de la blessure, reviendraient aussi rapidement que dans les cas de M. Nélaton et de M. Laugier, et d'observer ce qu'allait devenir la contractilité électrique de ces muscles. M. Richet m'ayant invité à suivie moi-même le développement de ces phénomènes pathologiques, je constatai,^ lendemain de la suture du médian, c'est-à-dire 48 heures environ après la blessure du nerf, qu'aucun des muscles animés par la branche terminale du nerf médian ne se contractait volontairement et que leur contractilité électrique, comparée à celle des mûmes muscles du côté opposé était notablement diminuée. C'était déjà, pour moi, un signe défavorable à un retour prochain des mouvements volontaires. Ayant trouvé, le lendemain (le 3me jour), la contractilité électro-musculaire notablement affaiblie, je prédis que la paralysie persisterait au moins jusqu'à la régénération du bout périphérique; que les muscles de l'éminence thénar s'atrophieraient et que l'attitude du premier métacarpien se déformerait. Ce pronostic s'est entièrement réalisé. En effet, le quatrième jour, la' contractilité électro-musculaire a. été presque éteinte; puis la paralysie a persisté; l'éminence thénar a été aplatie peu à peu par l'atrophie des muscles de cette région; enfin, le premier métacarpien a été entraîné dans une sorte d'extension permanente, et placé sur le plan du second métacarpien.
Un fait qui contraste avec la persistance de la sensibilité cutanée et tactile, malgré la section du médian, c'est l'abolition de la sensibilité électro-musculaire de l'éminence thénar que j'ai constatée le lendemain de la suture de ce nerf (ce fait important n'a pas été mentionné dans les différentes relations qui ont été publiées sur ce cas, par oubli sans doute, car je n'ai pas négligé d'en rendre témoins ceux qui ont assisté à mon examen de la malade). Je ne doute pas que cette insensibilité des muscles de l'éminence thénar n'ait été le résultat immédiat de la section du médian, au-dessus de sa branche terminale, et je ne saurais comprendre qu'il en fût autrement. l£s t-il besoin de dire en effet que, dans ces circonstances, la conservation de la sensibilité des muscles de l'éminence thénar ne saurait s'expliquer, comme celle de la sensibilité des doigts et de la sensibilité tactile, par les anastomoses des anses terminales rattachées d'une part au médian, et d'autre part au radial, et qui fournissent les filets nerveux qui vont dans les corpuscules du tact.
Cette perte de la sensibilité des muscles paralysés de l'éminence thénar a duré peu de temps, car bientôt la malade a ressenti, au niveau de la plaie, des douleurs qui se sont irradiées dans l'éminence thénar; en môme temps la peau de cette région est devenue chaude et rouge. Ces douleurs ont persisté quelque temps et ont nécessité des applications émollientes. Cette irritation n'a duré que plusieurs semaines, après lesquelles ont succédé une sorte d'insensibilité électro-musculaire de l'éminence thénar et un abaissement de température de la main. Alors a commencé le traitement de la paralysie par la faradisation à intermittences rares. Deux mois après environ, chaque séance était suivie d'une sorte de péresthésie
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profonde, non cutanée, augmentant par la pression. Le retour de la sensibilité" électro-musculaire était alors un signe pronostique excellent, annonçant que la guérison de cette paralysie ne se ferait pas longtemps attendre. Après quelques mois, en effet, de ce traitement, l'atrophie des muscles de l'éminence tbénar avait diminué notablemenf, et déjà ces muscles commençaient à se contracter volontairement. Malheureusement la malade qui ne pouvait travailler pour gagner sa vie, dut quitter Paris, avant sa guérison complète.
On a remarqué que le troisième jour après celte section du nerf médian, la contractilité électrique était déjà diminuée dans les muscles de l'éminence thénar innervés par le nerf coupé. Ce fait se trouve en contradiction avec les expériences des physiologistes qui ont observé que, dans leurs vivisections, les muscles conservaient leur contractilité électrique assez longtemps après la section du nerf qui les anime (1). Doit-on en conclure que, chez l'homme, les . phénomènes consécutifs à la section des nerfs sont différents de ceux que l'on observe -dans les vivisections? Je ne me rappelle pas avoir exprimé cette pensée, bien que, dans quelques cas d'arrachement ou de sections de nerfs, j'aie toujours observé, peu de jours après la blessure, l'affaiblissement de la contractilité électro-musculaire, bientôt suivi d'atrophie et d'altération de texture des muscles placés sous la dépendance de ces nerfs. Je crois que, dans des circonstances analogues, les mômes phénomènes morbides doivent se manifester chez les animaux.
C. — Comment les expliquer? J. Reid (2) a écrit que l'atrophie et conséquemment la perte de la contractilité électrique, à la suite de la section des nerfs, étaient dues à l'état d'inaction des muscles causé par la paralysie. Plusieurs autres hypothèses ont été proposées par des physiologistes, pour expliquer les mêmes phénomènes morbides (3). L'opinion la plus récente, formulée en 1859, par M. Brown-Séquard, me paraît être celle qui rend le mieux raison de ces désordres périphériques, consécutifs à la lésion des nerfs mixtes. «J'ai vu, dit-il, au moins plusieurs centaines d'animaux survivre des mois entiers à la section de la moelle épinière, et ne présenter aucune autre lésion de nutrition dans les parties
(1) J. Millier et Hicker ont constaté que l'excitabilité du nerf sciatique était perdue chez un lapin, après sa section, au bout de cinq semaines et chez un chien après deux mois et demi. — M. Longet, ayant excité chaque jour le sciatique d'un chien flprès l'avoir coupé, a trouvé que ce nerf ne réagissait plus après le quatrième jour, et que les muscles de la cuisse correspondante n'étaient plus excitables seulement au bout de la septième semaine. — Nasse et M. Brown-Séquard ont vu que, sur les grenouilles, le bout périphérique du nerf divisé pouvait être encore excitable, surtout en hiver, plusieurs semaines et même plusieurs mois.
(2) J. Bcid, cité par M. Brown-Séquard, Recherches sur l'irritabilité (Journal phys., année 1859).
(3) M. Liégeois vient d'exposer un examen critique de ces opinions diverses dans son Traité de Physiologie appliquée à la médecine et à la chirurgie, p. 501, 1810.