I. DÉNOMINATION ET DÉFINITION
En 1853, j'ai écrit: Il existe une espèce de paralysie générale dans laquelle les facultés intellectuelles restent intactes, dans laquelle le cerveau et ses membranes, contrairement à ce que l'on observe dans la paralysie générale des aliénés, ne présentent aucune altération analomique; je l'ai appelée paralysie générale spinale, parce qu'elle trouve parfois sa raison d:être dans des lésions anatomiques de la moelle, et que, dans les cas où elle ne laisse aucune trace matérielle appréciable, on ne peut, en raisonnant d'après les faits physiologiques et pathologiques connus, la rapporter à la lésion d'aucun autre appareil nerveux que la moelle épiniôre.
« Les caraclères fondamentaux de la paralysie générale spinale sont : 1° l'affaiblissement et progressivement l'abolition des mouvements volontaires, affectant d'ordinaire, primitivement les membres inférieurs ou l'un d'eux, et se généralisant ensuite ; 2° la perle ou la diminution, dès le début, delà contractililé électro-musculaire dans les muscles paralysés; 3° l'atrophie en masse des muscles paralysés et la métamorphose graisseuse d'un certain nombre d'entre eux. »
Aujourd'hui (en mai 1870), je n'ai rien à retrancher de celte espèce de définition qui n'était cependant qu'une déduction tirée d'un assez petit nombre de faits cliniques. Les cas nouveaux que j'ai recueillis depuis lors, l'ont complètement justifiée.
A l'époque où je l'ai proposée, j'avais principalement en vue de
400 CllAL'. IV. — PARALYSIE GÉNÉRALE Sl'INALE SUBAIGUE.
mettre en relief les caractères qui la distinguent de la paralysie générale des aliénés avec laquelle on tendait alors à la confondre. C'est pourquoi j'ai dit, en téle de celte définition, que, dans la paralysie générale spinale, les facultés intellectuelles restent intactes. Actuellement, il est superflu de faire entrer celte proposition dans la définition de cette maladie.
La dénomination de paralysie générale spinale que je lui ai donnée, indiquait comment j'en comprenais la pathogénie ; mais elle reposait principalement sur une vue de l'esprit, car dans les nécropsies auxquelles j'avais assisté, l'examen de la moelle qui avait été fait à l'œil nu, ne pouvait y révéler les altérations des éléments anatomiques caractéristiques de celte maladie. Or, m'appuyant sur deux faits anatomo-pathologiques publiés par MM. Charcot et Joffroy (1) et sur unecerlaine ressemblance avec la paralysie alrophique de l'enfance dontl'anatomie pathologique aété mise en lumière principalement par ces pathologistes, je crois qu'il est permis de cornpléter la définition que j'ai donnée ci-dessus de la paralysie générale spinale subaiguë en disant que l'atrophie subaiguë des cellules antérieures delà moelle estprobablemenllecaractèreanatomique principal de celte espèce morbide. J'ai exprimé ce fait dans la dénomination de celle variété en l'appelant : paralysie générale spinale antérieure.
Je ferai remarquer encore que je n'ai pas ajouté à la dénomination de paralysie générale spinale, l'épilhète fatale de progressive , comme je l'ai fait pour d'autres espèces morbides décrites plus lard (l'atrophie musculaire progressive, l'alaxie musculaire progressive, la paralysie glosso-labio-laryngée progressive, etc., dont il sera question dans les chapitres suivants), parce que je l'avais vu guérir plusieurs fois. Celte curabilité de la paralysie-générale spinale subaiguë est encore à signaler dans sa définition, parce qu'elle est un caractère distinctif des autres maladies progressives, c'est-à-dire, selon Requin qui le premier a employé cette expression, des maladies qui, une fois nées, marchent toujours vers une terminaison fatale.