‹ De l'electrisation localisee et de son application a la pathologie et la therapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 263 sur 543 · I. — PREMIÈRE PÉRIODE · texte numérisé non relu

I. — PREMIÈRE PÉRIODE

A. — Tout strabisme, toute diplopie survenue spontanément sans cause appréciable, doit donner l'éveil sur le début de l'ataxie locomotrice progressive, puisque, dans la grande majorité des cas, ces désordres fonctionnels ont signalé ce début.

Est-ce à dire que les paralysies des nerfs moteurs de l'œil soient toujours, un signe précurseur des troubles de la coordination des mouvements? Non certes, car il existe dans la science un grand nombre de guérisons incontestables de ces paralysies. J'en pourrais rapporter un certain nombre, tirées de ma pratique et obtenues par la faradisalion ou par la galvanisation à courants intermittents. Le fait suivant nous enseigne que l'on doit encore, dans ces cas, faire quelques réserves à cet égard.

Observation CVHI. — J'ai rapporté, dans la première édition (I), un cas de guérison merveilleuse d'une diplopie, obtenue par la galvanisation à courants intermittents. J'ai cru que j'avais guéri cette diplopie, car quelques intermittences d'un assez fort courant galvanique en avaient eu raison, bien qu'elle se fût montrée jusqu'alors rebelle à une médication des plus actives, dirigée par nos spécialités les plus renommées, et parce que cette diplopie n'est, plus revenue. Mais cinq à six mois après celte guérison, le malade est venu m'annoncer qu'il éprouvait des douleurs très-aiguës qui lui venaient depuis plusieurs semaines, et se faisaient sentir dans les membres inférieurs. Ces douleurs présentaient les caractères de celles qui sont propres à l'ataxie locomotrice. A cette époque, n'en connaissant pas encore la valeur séméiotique, et les croyant rhumatismales, je lui conseillai des bains sulfureux et des purgatifs. Je n'ai revu ce malade qu'en mai 1860 (huit ans après la guérison de sa diplopie). Voici en résumé ce qui lui était arrivé dans l'intervalle de ces huit années. Sa diplopie élait guérie, mais les douleurs pour lesquelles il était venu me consulter, et qui revenaient par crises, toutes les deux à trois semaines, et duraient, chaque fois, de quelques heures à un jour, n'ont pas cessé de le faire souffrir; elles ont même augmenté de fréquence et d'intensité, sans l'empêcher toutefois d'exercer son état. Six ans seulement après la guérison fie Ja diplopie, sont apparus les premiers troubles de la locomotion, propres à l'ataxie locomotrice; ils ont progressé au point que ce pauvre homme ne peut se tenir debout, ni marcher sans soutien. Il possède toute sa force musculaire, mais il a perdu l'équilibration et la coordination de ses mouvements.

Si l'on cherchait ce que sont devenus les sujets soi-disant guéris

(1) Diichenne (de Boulogne), Êlect. /oc, 18 â5, Obs. IF, p. 2?. DtciiENNE. — 3e édition.

042 CUAP. Vil l. — ATAXIE LOCOMOTRICE l'KOGKESSI VE.

de paralysies partielles des muscles moteurs de l'œil, combien en trouverait-on qui n'aient pas été atteints tôt ou tard d'alaxie locomotrice progressive, comme celui dont je viens de rapporter l'histoire et que j'avais cru guéri !

B. — J'ai lait remarquer que tous les cas de strabisme paralytique, liés à l'alaxie locomotrice et rapportés dans ce travail, avaient d'autant plus de valeur diagnostique, qu'ils étaient compliqués d'amblyopie ou d'amaurose. Cependant ce signe diagnostique n'a isolément qu'une valeur restreinte; on ne peut fonder sur lui qu'une présomption plus ou moins forte.

L'amaurose, chez les ataxiques, n'affecte ordinairement qu'un œil, et lorsqu'elle est compliquée de strabisme, elle existe de ce côté ; trop souvent aussi elle règne des deux côtés à la fois. Alors, résistant à toutes les médications, ce qui s'explique par l'atrophie de la papille, elle éteint complètement la vision, quelquefois môme avant que les désordres de la locomotion soient généralisés.

G. Les douleurs mobiles, erratiques, très circonscrites, fulgurantes, térébrantes, accompagnées d'hyperesthésie cutanée, ces douleurs qui parcourent toutes les régions du corps, sont caractéristiques : on les a vues quelquefois constituer à elles seules la première période, pendant plusieurs années(une fois pendant quinze ans, obs. GVI1). Elles doivent donc tenir l'observateur en garde contre Talaxie locomotrice progressive.

La coexistence de ces douleurs et du strabisme amaurolique ou de l'amaurose acquiert une bien plus grande signification, sans être encore un signe pathognomonique de l'ataxie locomotrice ; c'est en effet sous cette forme que se présente, en général la première période dont nous étudions le diagnostic.

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