III. — PARALYSIE GÉNÉRALE SPINALE SUBA1GUE ET PARAPLÉGIE SPINALE
L'affaiblissement musculaire ou l'abolition des mouvements volontaires, caractères communs à la paralysie générale spinale subaiguë et à la paraplégie, qu'elle dépende ou non de la lésion de la moelle, sont des signes suffisants pour distinguer ces paralysies des troubles moteurs propres à l'ataxie locomotrice dans laquelle la force musculaire est normale. La lésion de l'irritabilité et de la nutrition, l'un des caractères de la paralysie générale spinale subaiguë et de la paraplégie spinales, ne fait que s'ajouter aux signes distinctifs précédents.
La paraplégie spinale subaiguë ne frappe pas toujours tous les muscles des membres inférieurs; alors certains mouvements seulement sont affectés partiellement; la marche est encore possible, mais elle en éprouve des troubles dont j'ai fait une étude spéciale ailleurs et que je résumerai par la suite. Ces mouvements pathologiques pourraient être facilement confondus avec ceux qui sont produits par les troubles de la coordination, s'ils n'étaient pas analysés avec soin.
C'est pour avoir méconnu la cause ou le mécanisme de ces mouvements pathologiques, occasionnés, dans certaines paraplégies incomplètes, par la paralysie partielle de quelques mouvements, qu'on a pu les confondre quelquefois avec les troubles de la coordination des mouvements, produits par l'ataxie locomotrice.
L'atrophie musculaire progressive débute presque toujours par les membres supérieurs, et habituellement par les muscles de la main. On pourrait donc la confondre avec l'ataxie locomotrice progressive, lorsque (exceptionnellement) celle-ci se montre primitivement aux membres supérieurs. Celte erreur est d'autant plus facile à commettre, que l'atrophie musculaire progressive est quelquefois,
(1) Rappellerai je ici qu'on ne doit pas confondre, avec cette espèce morbide, l'atropliie bâtarde liée à l'ataxie locomotrice par extension du travail irritatif aux cellules antérieures de la moelle, et dont il a été question à la page G37, dans «a note (1) de la page C3G.
G 48 CI1AP. VIII. — ATAXIE LOCOMOTRICE l'ROGRESSI VE.
comme dans l'autre affection, compliquée de douleurs, d'anesthésie. de la main, et que l'atrophie d'un plus ou moins grand nombre de muscles occasionne une perturbation singulière dans les mouvements physiologiques de la main, perturbation qui varie, on le conçoit, selon que tel ou tel muscle vient à faire défaut dans la synergie musculaire. Cependant, avec un peu d'attention, l'erreur ne saurait être de longue durée. Je ne décrirai pas i«i les nombreuses variétés de mouvements pathologiques propres à l'atrophie de tel ou tel muscle. Il n'existe certainement aucune ressemblance entre les mouvements désordonnés de l'ataxie musculaire et entre ces mouvements pathologiques, qui, malgré l'absence de certains muscles, se font tous sagement et posément, dans lesquels on retrouve tous les mouvements partiels propres à chacun des muscles, et qui ne sont pas dans la nature. D'ailleurs l'attitude des doigts seule trahit l'atrophie musculaire, lorsque la main est au repos. En effet, un interosseux, par exemple, est-il atrophié, le doigt auquel il est destiné prend la forme d'une griffe; les muscles de l'éminence thénar sont-ils atteints, le pouce a la même attitude que chez le singe. Je n'insiste pas sur ces détails, que l'on retrouvera dans mes recherches antérieures; on ne voit rien de semblable, dans l'ataxie locomotrice; la main conserve toujours, au repos, son attitude normale.
On sait aussi que l'atrophie musculaire change la forme des membres de la manière la plus bizarre; que les dépressions occasionnées par les atrophies partielles font un contraste frappant avec les saillies qui accusent l'intégrité des muscles voisins. Dans l'ataxie locomotrice, au contraire, la nutrition musculaire n'est pas altérée, et eonséquemment la forme reste normale, bien qu'à la longue ces derniers puissent être plus ou moins amaigris.
On trouve encore dans l'exploration électro-musculaire un signe diagnostique différentiel. A toutes les périodes de l'ataxie locomotrice, les muscles répondent parfaitement à l'excitation électrique, tandis que, dans l'autre affection, les muscles altérés dans leur texture ont évidemment perdu leur excitabilité.
Je dirai enfin, pour compléter cette élude de diagnostic différentiel, que la paralysie des nerfs de l'œil (le strabisme et l'amaurose) ne s'observe pas dans l'atrophie musculaire comme dans l'ataxie locomotrice progessive.
V. — QUELQUES AUTRES AFFKCTIONS MUSCULAIRES QDE L'ON POURRAIT CONFONDRE AVEC L'ATAXIE LOCOMOTRICE PROGRESSIVE.
A. — Les maladies caractérisées par le tremblement ou par l'agitation des membres (tremblement alcoolique, mercuriel, paralysis agilans, tremulans), ou par des spasmes cloniques (chorée, ou enfin