II. — Action physiologique et thérapeutique
L'application de la main électrique à l'excitation de la sensibilité cutanée peut provoquer à Ja face, sous l'influence d'un courant intense, une sensation très- vive. Sur les autres parties du corps, elle ne développe une sensation un peu vive que si la main reste quelque temps en place. La vive crépitation produite par le passage rapide de la main sur l'enveloppe cutanée du corps est le seul phénomène appréciable.
Les rhéophores métalliques pleins agissent énergiquement sur la sensibilité cutanée de la face, même avec un courant peu intense. Ils stimulent vivement la peau du tronc, mais ils sont souvent impuissants sur la paume des mains et sur la plante des pieds, quelle que soit l'intensité du courant.
Les fils métalliques triplent la puissance de la faradisadon sur la sensibilité de la peau, et sont presque toujours les seuls agents capables d'exciter vivement cette dernière à la face palmaire des mains et à la plante des pieds, dans les anesthésies profondes de ces régions.
Les sensations développées par ces divers procédés de faradisation diffèrent les unes des autres. Ainsi la main électrique produit à la face l'effet d'une brosse rude qui déchire la peau; les fils métalliques exercent une action plus profonde. Lorsqu'on laisse ces derniers en place, ils occasionnent la sensation qui serait produite par des aiguilles brûlantes enfoncées dans les tissus. La fustigation par les fils métalliques donne une sensation qui ne diffère de la précédente que par la durée. Rien n'égale la douleur produite par les fils métalliques excitateurs, pas même le feu, au dire des malades auxquels on a appliqué le moxa ou la cautérisation transcurrente. Il est assurément difficile d'exprimer exactement ces différents genres de sensations; j'ai cru en donner une idée, en me servant des comparaisons que font habituellement les malades qui me rendent compte des impressions qu'ils éprouvent, pendant la faradisation cutanée.
AUT ul> — FARADISATION CUTANÉE. 89
A l'état normal, l'excitabilité électro-cutanée varie considérablement dans certaines régions du corps; il importe au succès des applications faradiques, dans le traitement des aneslhésies cutanées, ou des diverses lésions de la sensibilité tactile, de connaître la différence d'excitabilité de chacune de ces régions, à l'état normal.
La peau de la face doit à la cinquième paire son exquise sensibilité; aussi son excitabilité électrique est telle, que le courant faradique le plus faible y produit une vive sensation, alors même que ce courant exerce une action à peine appréciable sur les autres parties du corps. La peau de la face est beaucoup plus sensible à l'action électrique, dans les points les plus voisins de la ligne médiane. ; ainsi son excitabilité est plus grande sur les paupières, le nez et le menton que sur les joues. La peau qui recouvre la paupière supérieure, les ailes et le lobule du nez, et surtout les bords des orifices des narines, la dépression sous-nasale de la lèvre supérieure, le lieu de jonction de la peau et de la muqueuse labiale, sont les points qui ressentent le plus vivement l'excitation électrique.
Au front, la sensibilité électro-cutanée est moins grande qu'à la face, et diminue d'autant plus qu'on approche davantage du cuir chevelu ; elle est comparativement peu développée dans ce dernier point, où il faut un courant assez intense pour l'exciter.
L'excitabilité électro-cutanée est notablement plus grande sur le cou, sur le tronc, que sur les membres; dans les régions cervicale et lombaire que sur les autres parties du tronc; sur les faces interne et antérieure des membres, que sur leurs faces externe et postérieure.
La peau de la paume de la main jouit de très-peu d'excitabilité électrique; il en est de même de la face plantaire du pied, excepté dans sa partie moyenne et interne. Chez les individus dont les mains sont souvent exposées à l'air et à l'humidité, la sensibilité de la peau est tellement émoussée, ainsi que je l'ai dit, qu'il faut recourir à des procédés particuliers et à un très-fort courant pour l'exciter.
Il n'existe pas un seul agent thérapeutique dont l'action soit comparable à celle de la faradisation cutanée; cette dernière seule peut exciter la sensibilité de la peau, soit en passant rapidement du simple chatouillement à la douleur la plus intense, soit en passant graduellement par tous les degrés intermédiaires; elle seule peut produire à la peau une excitation que le feu égale à peine, sans désorganiser les tissus, sans même soulever l'épiderme, quelque prolongée que soit l'opération. La sensation qu'elle éveille cesse brusquement et presque toujours complètement, dès que le rhéophore n'est plus en contact avec la peau; enfin l'instantanéité de son action permet de porter rapidement la stimulation électrique sur tous les points de la surface du corps.
Celle exposition des propriétés principales de la faradisation cutanée doit donner une idée do la puissance de son action thérapeutique, et des nombreux services qu'elle est appelée à rendre à la thérapeutique. C'est ce que j'aurai souvent l'occasion d'établir dans le cours de cet ouvrage.
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