ART. IV, § IV. — CHUTE DU RECTUM
abondante, et quand les médecins et chirurgiens consultants arrivèrent pour opérer le malade, dans le cas où les accidents de l'étranglement auraient persisté, le malade était guéri.
Je ne saurais dire exactement par quel mécanisme l'étranglement interne a cessé d'exister, dans ce cas, bien que je le soupçonne; mais l'essentiel c'est que le moyen employé ait réussi. A cet heureux résultat thérapeutique j'ai malheureusement à opposer deux insuccès que j'ai rapportés dans l'édition précédente (1).
Ce sont les seuls cas d'étranglement dans lesquels j'ai essayé l'influence thérapeutique de la faradisation localisée. On a vu, en résumé, que, dans un cas (2), le succès a été aussi complet que possible et a sauvé le malade d'une opération sanglante; que dans un autre, l'opération n'a produit qu'un soulagement passager; enfin que, dans un troisième, elle n'a eu aucun résultat. Il me paraît juste de faire remarquer que, dans le cas où la faradisation localisée avait dissipé tous les accidents d'étranglement pendant vingtquatre heures (3), la guérison se serait peut-être maintenue, s'il n'avait existé une lésion organique de l'intestin.
Quoi qu'il en soit, toutes choses égales d'ailleurs, n'aurais-je obtenu de guérison que dans quelques cas par l'application de la faradisation localisée, les faits cliniques dont il vient d'être question paraissent démontrer que ce mode de traitement est un des meilleurs que l'on puisse opposer à un étranglement interne, avant de recourir à une opération chirurgicale.
§ IV. — Chute du rectum par atonie du sphincter de l'anus.
Les faits et les considérations que j'ai à exposer dans ce paragraphe ne s'appliquent qu'à la chute du rectum, qui se produit à la suite d'une longue constipation et de la dysenterie, ou chez les enfants cachectiques. Je ferai abstraction de la chute du rectum produite par une cause chirurgicale.
Si l'on enfonce un doigt dans l'anus d'un sujet affecté de chute du rectum, on sent qu'il pénètre avec une grande facilité, et que le sphincter se laisse distendre, sans opposer la moindre résistance, à tel point que l'on peut introduire successivement dans l'anus l'épaisseur de trois ou quatre doigts, sans éprouver la moindre résistance. Le sphincter n'est pas paralysé dans ce cas, car on voit que le sujet peut le resserrer ; et puis, les selles seraient alors involontaires, ce qui n'a pas lieu, on le sait, dans la chute
(1) Duclionne (de Boulogne), Êlecl. loc. 1SGI, obs. CXGI, CXCII.
(2) M., loc. cit., 1861, obs. CLXXX1X.
(3) ld. , loc. cit., obs. CXC.
duchennb. — 3e édition.
»»» «». — ravnaïUTOLEfB ot tiUlNTHAuTUlliiS DIS LA TETE, ETC.
du rectum. Quoi qu'il en soit, il semble que ce relâchement du sphincter de l'anus est produit par le défaut de puissance tonique de ce muscle.
Ce lait, que j'avais observé depuis longtemps, me porta â penser que celte atonie du sphincter de l'anus pouvait bien être la principale cause du prolapsus de la muqueuse rectale, détachée préalablement des autres tuniques du rectum (1).
Si mon opinion était fondée, la faradisation du sphincter de l'anus, pratiquée avec un courant à intermittences rapides, procédé qui, ainsi que je l'ai déjà dit et comme je le démontrerai encore par la suite, possède la propriété de rendre aux muscles la force tonique qu'ils ont perdue, et môme de les conlracturer au besoin, la faradisation, dis-je, ainsi pratiquée devrait rendre au sphincter la force tonique nécessaire pour contenir la muqueuse rectale et empêcher son prolapsus.
La justesse de mes prévisions a été démontrée par l'expérimentation dans un cas de chute du rectum dont j'ai donné la relation dans la précédente édition (2).
En effet, dans celte chute du rectum, très-ancienne observée chez un sujet âgé de 35 ans, datant de l'enfance et aggravée par une dyssenlerie, on constatait un relâchement considérable du sphincter de l'anus, qui, après la faradisation convenablement appliquée, se resserrait immédiatement, au point de permettre à peine à un seul doigt de pénétrer dans le rectum, tandis qu'auparavant quatre ou cinq doigts réunis y entraient facilement ; puis à dater de ce moment, le rectum ne sortait plus au dehors, même lorsque le malade se livrait à de grands et longs efforts pour aller à la garde-robe, tandis qu'auparavant il lui suffisait de tousser pour que le prolapsus eût lieu.
On ne saurait méconnaître, dans ce cas, la parfaite corrélation de ces phénomènes, savoir : d'une part, relâchement du sphincter et chute du rectum ; de l'autre (après l'opération), conslriction du sphincter et disparition du prolapsus.
En résumé, il me paraît ressortir de ce fait que l'atonie du splùncter de l'anus est la cause réelle du prolapsus clic rectum, préalablement détaché des parties voisines, sous l'influence d'un état pathologique quelconque, et que Pon empêche ce prolapsus en rétablissant la tonicité du sphincter de l'anus.
Quelques mois après l'observation de ce fait, que j'avais com-
(1) Je sais que des anatomo-pathologistes, M. Ouveilhier entre autres, soutiennent que le sphincter ne se détache pas dans la chute du rectum, et que ce professeur la considère comme une véritable invagination du rectum, consécutive à un état pathologique observé quelquefois dans certaines constipations et dans les dyssunteries prolongées, ou chez des enfants cachectiques ou affaiblis par de longues maladies.
(2) Duchenne (de Boulogne), Elect, /oc, 1861, obs. CXC11I.