ART. IV, § V. — PARAL. DES MUSCLES MOTEURS DES ORTEILS
teur et court iléchisseur du gros orteil. On voit : 1° que les premières phalanges sont étendues au point d'être subluxées sur la tête des métatarsiens, tandis que les dernières phalanges sont infléchies sur les premières, et forment ainsi une griffe; 2° que la courbe de la voûte plantaire est considérablement augmentée. Voici la genèse de ce pied bot, griffe pied creux.
Lorsque les muscles interosseux sont paralysés ou atrophiés, la force tonique des muscles qui étendent les premières phalanges, et celle des muscles qui fléchissent les dernières phalanges n'étant plus modérée, la griffe des orteils que je viens de décrire et que l'on voit dans la figure 221 augmente graduellement. L'extrémité postérieure des premières phalanges déprime la tête des métatarsiens avec d'autant plus de force, que ces premières phalanges sont plus subluxées sur les têtes des métatarsiens; alors la courbe formée par la voûte plantaire augmente considérablement, et à la longue l'aponévrose plantaire se rétracte; puis certaines articulations et leurs ligaments se déforment, comme dans tous les pieds creux. On voit que le mécanisme de celte griffe est absolument le même qu'à la main, où les têtes des métacarpiens sont également refoulées par les premières phalanges, d'où résulte une espèce de creux dans la paume de la main.
La griffe de la main en annule tous les usages; au pied, la griffe des orteils est beaucoup moins grave. Elle rend seulement la station et la marche douloureuses, lorsqu'elles sont trop prolongées. En voici la raison. A l'état normal et dans la station, le point d'appui de l'avant-pied est partagé par les têtes des métatarsiens et par les orteils ; et puis, pendant le premier temps de la marche, le pied se déroulant du talon à la pointe, les orteils et principalement les premières phalanges des deux premiers orteils, abaissées puissamment par leurs muscles fléchisseurs (les interosseux et les muscles court fléchisseur et adducteur du gros orteil), sont les derniers qui donnent au tronc l'impulsion en avant. La paralysie des interosseux du pied rend impossible l'entier accomplissement de ce mouvement fonctionnel ; en effet, le pied ne peut plus se dérouler que du talon aux têtes des métatarsiens, ou plutôt à la saillie sous-métatarsienne du gros orteil, et les phalanges des orteils restent alors relevées sur les métatarsiens, en formant la griffe comme dans la figure 221. On comprend que les parties delà plante du pied qui correspondent aux têtes des métatarsiens deviennent douloureuses à la pression, surtout après une longue marche ou une longue station debout. C'est justement ce qui est arrivé au malade qui est entré à la clinique de M. Nélaton, dont la griffe pied creux est reproduite dans la figure 221. Ce malheureux, dont les pieds présentent cette déforma-
des saillies sous-mélatarsiennes, et principalement de la saillie sous-mélatarsienne du gros orteil, seulement vers l'âge de dix à douze ans, époque à laquelle il a commencé son apprentissage d'ouvrier maçon. Ses douleurs étaient toujours provoquées par une longue marche ou après un travail forcé qui l'obligeait de rester toujours debout. Elles ne l'obligeaient pas jadis d'interrompre son travail; un peu de repos les faisait disparaître; mais depuis quelque temps elles sont devenues telles, qu'il ne peut exercer son état de maçon huit à quinze jours de suite, sans devoir chercher un asile dans nos hôpitaux, pendant une semaine au moins, pour se faire guérir de ses douleurs par le repos ou par d'autres moyens. La griffe pied creux, ai-je dit, est double chez cet individu, mais elle est beaucoup moins prononcée à droite qu'à gauche. Aussi ai-je montré, de ce dernier côté, que les interosseux étaient seulement affaiblis, parce qu'ils répondaient un peu à l'excitation électrique, et que, sous l'influence d'un fort courant, ils pouvaient redresser encore les deux dernières phalanges des orteils et infléchir lespremières. Enfin, du côté droit, la plante du pied était beaucoup moins douloureuse que du côté gaucbe.
J'ai toujours remarqué dans les faits assez nombreux que j'ai recueillis, que le pied bot, griffe pied creux par atrophie des interosseux, a une tendance à l'équin varus, c'est-à-dire que la flexion du pied sur la jambe est incomplète pendant la marche, et que, pendant cette flexion du pied, le jambier antérieur (fléchisseur adducteur) a une prédominance d'action sur le long extenseur des orteils (fléchisseur abducteur), ou en d'autres termes, que, pendant la flexion, la plante du pied se porte en dedans et que sa face dorsale regarde un peu en dehors. Cependant on constate, à un examen attentif, qu'il n'existe réellement ni équinisme, ni affaiblissement dans le muscle qui produit la flexion abductrice. On se rend facilement compte de ce phénomène morbide, lorsque l'on connaît les conditions défavorables dans lesquelles, après la paralysie des inlerosseux, se trouve le muscle (long extenseur des orteils) destiné à opérer la flexion abductrice du pied sur la jambe. L'attache inférieure de ce muscle* on le sait, se fait sur un point mobile, à l'extrémité postérieure et supérieure de la deuxième phalange. J'ai fait ressortir, dans mon mémoire sur le pied, le but de celte disposition analomique (1); j'ai dit pourquoi il était utile qu'un muscle chargé de relever le pied pût exercer en môme temps l'extension des or teils, extension qui est alors modérée par les inlerosseux, de manière à offrir un point fixe qui facilite la flexion du pied par ce môme muscle. Mais les premières phalanges viennent-elles à se