I. — GANTELET DES EXTENSEURS DES DOIGTS
Produire artificiellement l'extension des premières phalanges, telle est l'indication prothétique à remplir dans la paralysie ou l'atrophie des extenseurs des doigts.
A. Un appareil inventé par Delacroix, dès l'origine de l'orthopédie, répond à cette indication. Il consiste en une lame métallique appliquée sur la face dorsale de l'avant-bras, divisée à son extrémité inférieure en quatre tiges faisant ressort, et se prolongeant sur la face dorsale de la main jusqu'à l'extrémité inférieure des pre-
Fig. 231. — Gantelet des extenseurs des doigts de Delacroix (*).
mières phalanges qu'elles soulèvent à l'aide de petits anneaux fixés à leur extrémité, et qui embrassent les doigts au niveau de l'articulation de la première avec la seconde phalange.
C'est sans doute après bien des tâtonnements que Delacroix était arrivé à construire cet ingénieux appareil. Il l'employait empiriquement, sans pouvoir se rendre compte de son mécanisme physiologique, que mes recherches électro-physiologiques expliquent parfaitement aujourd'hui.
(") A, lame métallique, fixée à la partie postérieure d'une manchette; B, plaque métallique articulée en H avec la lame métallique A, de manière à ue permettre que les mouvements latéraux de la main, à laquelle elle se fixe au moyen d'une courroie qui embrasse la paume de la main, lorsque les extenseurs de la main sont paralysés : si ces muscles ont conservé leurs mouvements, une articulation iixée en B permet la flexion et l'extension volontaires. De l'extrémité inférieure de la plaque B, partent des tiges rigides qui s'étendent jusqu'à l'extrémité inférieure des premières phalanges en se relevant uu peu. A l'extrémité de ces tiges sont de petites poulies D, tur lesquelles glissent des cordes fixées, d'une part, à des anneaux E qui embrassent l'extrémité des premières phalanges, et de l'autre à des ressorts C attachés à des boutons de la plaque dorsale de la main. Aux anneaux G qui embrassent le pouce s'attachent des muscles artificiels destinés à remplacer les extenseurs du pouce, dont les ressorts F se fixent à la lame métallique de l'avant-bras. 11 suffit de cette description pour faire comprendre le mécanisme
1 0 4 8 CUAP. XVIII. — PROTHÈSE MUSCULAIRE NnSIOLOaiQUB.
Bien que l'appareil de Delacroix ait rendu des services réels (t),
il présente cependant deux défauts ':
i°il condamne tous les mouvements du poignet ; 2° il est tellement apparent, que les malades éprouvent une grande répugnance à le porter. J'ai eu l'occasion de l'expérimenter plusieurs fois; je l'ai môme modifia, en substituant a la manière de Mellet le caoutchouc ou des ressorts h boudin (2) aux tiges à ressorts ; les malades n'ont pas tardé à l'abandonner, parce qu'il attirait trop l'attention; enfin, cet appareil était incommode.
J'ai donc imaginé un appareil qui n'offre aucun de ces inconvénients :
c'est le gantelet des extenseurs des doigts.
J'ai expérimenté cet appareil dans une douzaine de cas ; la paralysie était limitée à un ou à plusieurs doigts, ou elle siégeait dans le muscle entier, ou elle s'étendait en même temps à d'autres muscles extenseurs du poignet et moteurs du pouce. Nonseulement la fonction des extenseurs des doigts, et conséquemmenl l'usage de la main ont été immédiatement rétablis, pendant l'application du gantelet des extenseurs des doigts, mais cet appareil occasionnait si peu de gêne et était si peu apparent, que des malades qui recouvraient ainsi l'usage de la main ne sentaient plus assez la nécessité de suivre les traitements
Fig. 232. — Gantelet des extenseurs des doigts de M. Duchcnne (de Boulojne.)(¥)
f (*) Voici en quoi il consiste : t" un gant A dont les doigts vont jusqu'au tiers supérieur des deuxièmes phalanges, i', sur lesquelles ils doivent ôlre un peu serres; 2" des tendons arliliciels fixés à l'extrémité supérieure des premières phalanges, glissinl dans des coulisses, 2, cousus sur la face dorsale de chaqin phalange, et rapprochés les uns des autres au niveau du poignet où ils sont terminés par de petits anneaux ; 3° une manchette de cuir, H, un peu roid<\ se laçml ou se bouclant sur l'avant-bras et unie à un bracelet d'étoffe C, de trois à quatre
(1) Delacroix rapporte qu'un artiste qui avait perdu ses extenseurs des doigts pouvait jouer du piano avec son appareil.
(2) M. Charrioro a construit, d'après mes in lications, l'appareil modifié de Delacroix, représenté dans la figure 231 . Les ressorts primitivemenl de caoutcliou: ont
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ART. II. § I. — TROTU ËSE MUSC. PflYSÎOL. DES DOIGTS. 10 4*
qui auraient pu produire la guérison de leur paralysie ou auraient contribué puissamment à celte guérison.
II. Il peut arriver que le gantelet des extenseurs soit inapplicable, comme je l'ai observé dans un cas où une balle avait traversé la partie inférieure du bras. Le sujet ne pouvait supporter sans douleur la compression légère du bracelet C (fig. 232).
J'ai fait construire par M. Gharrière un appareil (fig. 233) qui peut alors le remplacer, bien que son action me paraisse moins satisfaisante.
Lorsque la paralysie est limitée aux deux premiers doigts, je remplace la portion digitale A par deux petites lames creusées en gouttière pour recevoir les premières phalanges et articulées avec la portion palmaire B, de manière à permettre les mouvements de flexion et de latéralité de chaque doigt maintenu dans l'extension par des ressorts.
Avec celte description et avec ce que j'ai dit du mécanisme du gantelet des extenseurs, je crois que l'on doit comprendre le mode d'action de ce dernier appareil.