I. — GANTELET DES MUSCLES OPPOSANTS DU POL'C
A. De loutes les atrophies dont les muscles de la main puissent être atteints, la plus fréquente me paraît être celle des muscles de l'éminence thénar, que j'ai vu un grand nombre de fois détruits en masse ou partiellement.
Étant connu le mécanisme des mouvements simultanés du premier métacarpien et des deux phalanges, qui constituent l'opposition du pouce, rien n'est plus facile que d'obtenir artificiellement ces mouvements imitant la nature, lorsque les muscles qui les prDduisent viennent à êlre atteints d'atrophie ou de paralysie.
C'est d'après les données analomiques exposées ci-dessus que j'ai imaginé l'appareil dont voici la description, pour remédier à l'alrophie des muscles de l'éminence thénar.
Le muscle artificiel du court abducteur du pouce représenté dans la figure 236 étend la deuxième phalange, incline laléralemenent dehors la première phalange sur le premier métacarpien, place celui-ci dans l'opposition, en l'inclinant en avant. Tous ces mouvemenls sont produits simultanément comme dans la nature.
B. Lorsque l'opposant du pouce est atrophié en même temps, le court abducteur artificiel de celui-ci (I, fig. 236) suffit à la rigueur pour mettre le premier métacarpien en opposition; cependant ce
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mouvement est exécuté avec une certaine difficulté, car la première phalange, en s'inclinant, résiste un peu à l'opposition, qui ne peut être produite qu'avec une contraction énergique du court abducteur artificiel, et encore ce mouvement ne se fait-il alors qu'avec une sorte de ressaut.
Pour éviter ce ressaut, j'ai ajouté au gantelet du court abducteur un opposant artificiel (-2, fïg. 236) dont l'extrémité inférieure s'attache à l'extrémité inférieure et externe du premier métacarpien, et qui, passant dans une coulisse, aboutit a la partie moyenne du poignet, où elle se relie à un ressort fixé à la manchette B, comme pour le court abducteur.
C. Ne voulant point abuser du temps de mes lecteurs, je me prive de l'avantage de corroborer mon travail par la relation d'un assez grand nombre de cas dans lesquels les appareils prothétiques qui font le sujet de ces recherches ont été appliqués avec succès. Cependant on me permettra de sortir des limites que je me suis imposées, en faveur d'un fait que j'ai communiqué, en 1856, à l'Académie de médecine (I). Ce fait offre un intérêt à la fois scientifique et pratique.
Observation CCXX. — Vers le milieu de novembre 1855, je fus consulté par un sculpteur sur bois, chez lequel l'atrophie musculaire progressive avait détruit plusieurs des muscles de Vémincnee thénar des deux main?.
La maladie, qui avait débuté deux ans auparavant, s'etant limitée aux muscles de l'éminence thénar, il m'était permis d'espérer,
(*) Que l'on supposp, par exemple, que !e court abducteur soit atrophié ; on coiffe alors la main d'un gant dont le pouce seul est conservé entièrement; ensuite on attache sur la peau, au niveau tle la racine dè l'ongle du pouce, le tendon artificiel du couit abducteur qui re. monte dans une coulisse, vers la partie moyenne de l'articulation de la seconde et de la première phalange, puis se dirige obliquement de dehors en dedans vers 'c côté externe de l'articulation mélacaq o-phalangienne, et enfin, traversant l'émincnce thénar, sort de sa coulisse, au niveau de l'attache inférieure du court abducteur. Dans ce point, le tendon artificiel est termine par un petit anneau que l'on attache à un re sort C fixé sur une manchetle 15 disposée comme dans les appareils précédents.
( l ) Duchennede Boulogne, Ortliopédic/le la muin[Bull. de l'acad. deméd. , 1 855- 1 85<>",
Fig. 236. — Gantelet de l'oppcsant du -pouce de M. Duchenne (de Boulogne) (').
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d'après sa marche et quelques autres symptômes, qu'elle n'étendrait pas ses ravages au delà de celte région . Mais il y avait lieu de craindre que les muscles atrophiés fussent, sinon entièrement, du moins en grande partie graisseux. Leur action volontaire faisait complètement défaut, comme le prouva l'analyse des mouvements. Les muscles qui forment la saillie de l'éminence thénar, du côté droit, avaient disparu. Voici ce qu'on observait, si on faisait faire des mouvements au ma'ade. Voulait-il opposer aux doigts le pouce de la main droite, on voyait les deux phalanges de ce pouce se fléchir par la contraction de son long fléchisseur, mais son premier métacarpien restait immobile (voy. la flg. 216, p. 978); ce qui démontrait le défaut d'action de ses muscles opposants court abducteur et court fléchisseur. Les troubles fonctionnels qui résultent de celte atrophie de l'éminence thénar étaient tels, que ce malade, qui dirigeait une fabrique de meubles sculptés, se voyait forcé d'abandonner son commerce, car non-seulement il était incapable de continuer ses travaux de sculpture, mais encore il ne pouvait ni dessiner ni écrire.
C'est dans ces conditions que j'ai songé à lui faire l'application du gantelet du court abducteur du pouce, dont j'ai donné la description plus haut (voy. la fig. 236); ce qui rendit au malade la faculté de se servir de sa main presque aussi bien qu'auparavant. Ainsi voulait-il, sans Je secours de son gantelet, mettre en rapport les pulpes des doigts et du pouce, comme pour tenir une plume, un crayon, ou pour diriger un compas, ne pouvant incliner son pouce assez en ayant, il était forcé de placer ses premières phalanges dans l'extension, et les deux dernières dans la flexion, comme dans la figure 221, p. 975. Cette attitude était d'autant plus fatigante, que l'extension de la deuxième phalange du pouce ne se faisait pas alors. Il en résultait qu'il ne pouvait tenir longtemps et solidement les objets qu'il avait placés entre son pouce et ses doigts. De plus, s'il voulait alors étendre les phalanges de ses doigts, en les inclinant sur les métacarpiens, comme lorsqu'on écrit ou que l'on dessine, le pouce ne pouvant suivre ce mouvement, la plume ou le crayon lui échappait. Il est bien d'autres usages de la main qui étaient abolis ou gênés par le fait de la perte de son court abducteur du pouce et de son opposant. Il n'était pas capable de passer son pouce dans l'un des anneaux des ciseaux, ni de prendre les objets placés sur une table, s'ils n'étaient pas très volumineux. Avec le gantelet du court abducteur et de l'opposant, que je lui ai fait porter pendant six mois, tous les usages de sa main ont été rétablis ; il écrivait, il dessinait (voy. la fig. 237, qui a été dessinée d*après nature), il se servait de son compas, ramassait même une épingle, ce qui lui était impossible auparavant, avec autant d'habileté que s'il possédait tous ses muscles.
Ce malade étant souvent forcé de se livrer à des travaux manuels qui usaient et déchiraient tellement ses gants que l'usage en devenait difficile, je lui conseillai pour ce genre de travaux l'emploi d'un appareil plus simple. Il consiste en un tube de caoutchouc vulcanisé qui embrasse l'extrémité supérieure du premier métacarpien à la manière d'un anneau, et remonte obliquement vers le bord interne du poignet, autour duquel il s'enroule. Le caoutchouc est tendu plus ou moins, cl l'avanl-bras est garanti de sa compression par une manchette de cuir. Ce dernier appareil,