ART. HT. — PROTHÈSE MUSC. DES MEMBRES INFÉRIEURS
et encore ils ne peuvent qu'imiter ces mouvements d'abduction et d'adduction par un renversement du pied directement en dehors ou en dedans, renversement direct que ne permet pas l'articulation calcanéo-astragalienne dont le mouvement est composé. Enfin, avec ces appareils, on ne peut obtenir les mouvements des petites articulations du métatarse qui ont lieu, à l'état normal, sous l'influence de l'action individuelle des muscles, pendant l'extension, la flexion, l'adduction et l'abduction du pied.
Je ne saurais dire combien d'appareils j'ai imaginés pour obtenir ces mouvements composés. Tous mes essais ont été infructueux jusqu'au moment où j'ai eu l'idée d'imiter la nature, à l'aide de la prothèse musculaire physiologique, c'est-à-dire d'attacher mes moteurs artificiels exactement dans les points anatomiques. L'expérience heureuse que j'avais déjà faite sur des jambes de squelettes, et que j'ai rapportée précédemment, me fit espérer que, répétée sur les vivants, elle donnerait les mêmes résultats. Je vais décrire l'appareil que je fis construire dans ce but.
Il se compose (voyez les figures 240, 241 et 242) d'une guêtre, de
Fig. 240. Fig. 241. Fig. 242.
Prothèse physiologique des muscles moteurs du pied.
muscles artificiels, d'un système de déligation avec ou sans tuteurs métalliques, qui servent de points d'appui aux muscles artificiels à
1060 CHAP. XVIII — l'ROTIlÈSE MUSCULAIRE ET PHYSIOLOGIQUE.
l°La guêtre est en coutil; elle s'étend de quelques centimètre* au-dessus des malléoles à un centimètre en avant des articulations métatarso-phalangiennes, de manière à conserver la liberté des mouvements des orteils. Elle est coupée comme pour une bottine, c'est-à-dire que ses coutures longent la circonférence du pied. Ces dernières sont plates et ne blessent pas la peau. Cette guêtre est lacée ordinairement en avant; je dirai, par la suite, dans quelle circonstance elle doit être lacée en dehors ou en dedans. Enfin elle est bien ajustée, ne fait pas de plis, et ne doit pas exercer trop de ïompression. Je la fais porter par-dessus un bas de fil , parce qu'ainsi elle se conserve propre plus longtemps que si elle était appliquée à nu sur la peau. D'ailleurs avec les muscles artificiels qui s'attachent à celte guêtre, dans certains points anatomiques, on obtient aussi bien, dans les deux cas, les mouvements articulaires partiels et composés que l'on se propose de produire.
2° La portion des muscles artificiels qui correspond à la guêtre est la partie essentielle, fondamentale, dans la prothèse musculaire physiologique; de celte espèce de tendons artificiels dépend toute la mécanique des appareils. On peut voir, dans les figures 240, 241 et 242, que l'extrémité inférieure de ces tendons artificiels destinés à produire les mouvements si complexes des articulations du tarse et du métarse s'attache exactement dans les points anatomiques, et que leur direction et leur passage dans des coulisses ont lieu comme dans la nature; ils sont construits avec des lacets de soie. Je reviendrai sur leur description en traitant de la prothèse des paralysies musculaires partielles
Les agents moteurs de ces tendons artificiels sont élastiques ou rigides. J'ai dit précédemment (page 1042) que l'expérience m'avait bien vite démontré l'insuffisance des tissus de caoutchouc vulcanisé, et que j'ai dû donner la préférence aux ressorts métalliques en spirale, parce qu'ils répondaient mieux aux indications que j'avais à remplir. Ces ressorts métalliques, dont on augmente la force suivant les cas particuliers, sont recouvertsà la manière des ressorts de bretelles. Leur course est limitée (voy. les figures 240 et 242) et ne peut dépasser le tiers de leur longueur, de sorte qu'on peut les employer aussi comme moteurs fixes, en les tendant au delà de leur extensibilité. Ces moteurs sont terminés inférieurement par des agrafes qui sont passées dans les anneaux des tendons artificiels, et supérieulement par des courroies percées de trous qui sont fixées à l'appareil que je vais décrire.
3° Je me suis appliqué dans ces essais à simplifier la fabrication des appareils prolhétiques et à les débarrasser autant que possible de l'emploi du métal. Primitivement, j'avais fait construire une molletière de cuir épais (voy. les figures 240, 212 et 244), embras-