APHONIE PRODUITE PAR LA PARALYSIE DES MUSCLES DU LARYNX
tution, d’un tempérament nervoso-sanguin, jouissant habituellement d’une bonne santé, réglée à quinze ans, et voyant régulièrement depuis lors, n'a jamais eu de maladie grave; elle est seulement sujette aux maux de gorge. Point d'affection tuberculeuse, ni d’aphonie dans sa famille. —Vers le commencement du mois de février 1853, elle fut prise d’un mal de gorge, auquel elle dit être sujette, et qui ne fut point accompagné de fièvre, ni de trouble dans l’état général. Des boissons rafraîchissantes et un simple gargarisme fait avec de l’eau miellée et légèrement vinaigrée, la guérirent en trois jours de son mal de gorge ; mais ce dernier fut remplacé par une aphonie complète qui survint tout à coup. Mademoiselle A... ne pouvait plus parler qu’à voix basse; elle n’éprouvait ni douleur au larynx, ni chatouillement qui la forçât de tousser. Une médication énergique, très Variée, a été opposée à cette aphonie (sangsues au début, plusieurs vésicatoires sur la partie antérieure du cou, purgatifs, gargarismes alumineux), La malade a suivi pendant plusieurs mois un traitement sous la direction de M. le professeur Trousseau, qui lui à cautérisé le larynx avec le nitrate d'argent en solution et lui a fait pratiquer une gymnastique vocale qui consiste à essayer de pousser un cri après avoir fait une grande inspiration (moyen excellent que j'ai employé une fois avec succès). Elle à été ensuite envoyée aux bains de mer, mais rien n’y a fait ; mademoiselle A... est restée aussi aphone que le premier jour. — Vers le mois de septembre 1853, la malade est conduite à M. Chomel, qui ayant vu échouer toutes les médications employées jusqu'alors, conseille l'emploi de l'électricité, et me demande mon avis sur l'opportunité de son application. Je constate alors que mademoiselle A... ne peut parler qu'à voix basse, et qu’elle doit faire un certain effort pour se faire entendre. Elle ne tousse pas; elle n’éprouve aucune douleur dans la gorge, et d’ailleurs on n’aperçoit aucune rougeur anormale dans le pharynx. Elle ne se plaint d'aucun dérangement dans sa santé ; elle est bien réglée, elle n'éprouve aucun phénomène hystérique. La percussion et l’auscultation ne laissent aucun doute sur l’état des organes respiratoires.
Je commençai immédiatement le traitement de la manière suivante : deux excitateurs humides furent placés sur la partie antérieure du cou, l’un au-dessus du corps thyroïde, l’autre au niveau de l'espace crico-thyroïdien. [Je me servis dans ce cas d’excitateurs coniques (voy. les fig. 4 et 5, page 44), recouverts de peau humide, afin de pouvoir déprimer la peau au-dessus du corps thyroïde et de mieux localiser l'excitation dans l’espace crico-thyroïdien], puis je fis passer un courant à intermittences d’abord assez éloignées les unes des autres (d’une seconde) et à un degré modéré, et la malade s'étant habituée à la sensation électro-musculaire, j'augmentai progressivement l'intensité et la rapidité du courant. La séance dura huit à dix minutes. N'ayant obtenu aucune amélioration appréciable après deux séances appliquées de deux jours lun, j'ajoutai à l'opération précédente l’excitation électro-cutanée pratiquée pendant quatre à CINQ se-
condes au niveau du larvnx, et je continuai d’agir ainsi pendant le reste du! traitement. À la cinquième séance, je n'avais rien obtenu, et j'allais conseiller! l'abandon de la faradisation localisée, que je croyais aussi impuissante que. les moyens employés antérieurement. Mais la famille insista pour que ce. traitement fût continué. Immédiatement après la septième séance , mademoiselle A... put émettre des sons, faibles, il est vrai, mais qui ne revenaient! que pendant quelques instants. Le lendemain, elle m’apprit que la voix lui était revenue plusieurs fois, et qu’elle avait pu parler à haute voix pendant: un quart d'heure à vingt minutes, mais que dans l'intervalle elle retombait! dans le même état qu'auparavant. La huitième séance lui fit revenir la! voix, qu'elle conserva pendant plusieurs heures, mais je dois dire que le
timbre n’en était pas très clair, et que le son en était faible encore. Enfin,
après la quinzième séance, la voix était complétement revenue. Je crus! prudent de continuer encore le traitement pendant une huitaine de jours,
pour consolider cette guérison. Mademoiselle A...,se trouvant à Paris
en juin 1854, est venue informer M. Chomel et moi que sa voix s’est bien
conservée jusqu’à ce jour.
Comment expliquer cette aphonie qui s’est montrée tout à Coup aprés trois jours d'un léger mal de gorge? De même que l'inflammation du larynx gagne la muqueuse du voile du palais et en paralyse qnelquefois les muscles, de même aussi ne peuton pas supposer que chez mademoiselle A... cette inflammation aurait gagné le larynx et causé la paralysie des muscles du larynx, l'aphonie. Mais, dans ce cas, la laryngite, quelque légère qu'elle fût, aurait été caractérisée par les symptômes qui lui sont propres (douleurs, picotements dans cette région, toux); son début eût été graduel; l’action de parler eût été pénible ou douloureuse. Gomme mademoiselle A... se plaignait surtout de difficulté pour avaler, ne se pourrait-il pas que cela tint à l'inflammation de la muqueuse pharyngienne, et que linflammation se fût propagée par contiguité au nerf laryngé inférieur. Il me parait difficile de ne pas rattacher à la pharyngite qui a marqué le début de la maladie cette aphonie qu'on ne saurait attribuer à une autre cause.
Quelle que soit la valeur de l'explication que je viens de donner, l’action thérapeutique de la faradisation localisée est ici des plus évidentes, car elle a été employée seule. (Mademoiselle A::, fatiguée de l'inutilité des autres remèdes, s'était refusée à l'emploi de tout autre moyen.) La supériorité de cette médication ressort d'autant mieux que l'aphonie avait
APHONIE PRODUITE PAR LA PARALYSIE DES MUSCLES DU LARYNX. 777 résisté jusqu'alors à différents traitements (antiphlogistiques, révulsifs , cautérisation du larynx) dirigés avec une grande habileté.
Deux modes d'excitation ont été appliqués chez mademoiselle A.., l'excitation électro-musculaire et l'excitation électrocutanée de la région malade. Le muscle crico-aryténoïdien est le seul muscle sur lequel la faradisation ait agi directement. Les autres muscles du larynx ont pu recevoir la stimulation, mais d'une manière moins certaine. Cest pourquoi J'avais proposé à mademoiselle A... d'introduire dans le pharynx l'excitateur pharyngien par le procédé décrit page 65, et qui aurait été, je n'en doute pas, suivi d'un résultat plus prompt. Mais Je ne pus vaincre la répugnance qu'elle éprouvait pour l'emploi de ce moyen. Alors, on le sait, je Joigmis à Ja faradisation musculaire l'excitation électro-cutanée pratiquée au niveau de l’espace crico-thyroïdien. Est-ce à ce dernier mode d’excitation ou à la faradisation musculaire, ou est-ce à leur coopération mutuelle, qu'il faut attribuer la guérison de l'aphonie? C'est assurément ce qui ne peut être décidé.
Lorsque le procédé de faradisation appliqué chez mademoiselle A. ne donne pas de résultat, il faut alors recourir à une excitation plus directe et plus sûre des muscles qui président à la phonation, comme je le fis avec succès dans un cas d'aphonie rebelle depuis plusieurs années, et dont je vais rapporter l'analyse.
OBSERVATION CLXV. — En 1852, M. Chomel m’adressa une dame qui, depuis deux ans et demi, était affectée d’une aphonie que rien n'avait pu améliorer, bien qu’on eût employé , comme dans le cas précédent, des médications très variées (vésicatoires, gargarismes alumineux, cautérisation par la nitrate d'argent), tout avait échoué, Gette malade était allée prendre alors les eaux du mont Dor deux années de suite sans en éprouver la moindre modification dans l'état de son aphonie ; seulement sa santé générale s'était améliorée. En raison: de cette persistance de l’aphonie et de la constitution délicate de la malade, plusieurs médecins avaient paru craindre que cette aphonie ne fût symptomatique d’une affection tuberculeuse ; mais M. Chomel n’ayant trouvé par la percussion et l’auscultation aucun des signes de cette maladie, porta un diagnostic différent et rapporta cette affection à une paralysie simple des muscles du larynx de nature inconnue. Cette dame n’avait jamais éprouvé de phénomènes hystériques ; mais d'un tempérament très nerveux, elle avait toujours
été très excitable, et était sujette à des douleurs, de sorte qu’il était ra-
tionnel de rapporter son aphonie à une influence purement nerveuse. Je dois dire encore, pour mieux justifier cette opinion , que l’aphonie avait apparu subitement, et qu'elle n'avait été accompagnée ni de pharyngite, ni de laryngite. Ce diagnostic, porté par M, Chomel, fut complétement justifié par le résultat de Ja faradisation localisée. Voici comment elle fut appliquée: Je commencçai par l'excitation électro-cutanée et musculaire pratiquée de la même manière que dans le cas précédent. Mais n'ayant rien obtenu en quatre séances, je me décidai à porter directement l'excitation électrique sur le nerf laryngé inférieur et sur les muscles du larynx (voyez, pour la description de ce procédé, page 69). Immédiatement après celte opération , la malade, qui jusque là avait parlé à voix basse, fit entendre quelques sons faibles de temps en temps. Le lendemain la même opération produisit un effet analogue , et la phonation fut plus complète et dura plus longtemps. Enfin , après trois ou quatre séances, là voix était par moment normale. La malade fut forcée malheureusement de quitter Paris, mais quinze jours après je reçus de son mari une lettre dans laquelle il m'annonçait la guérison de sa femme. Cette lettre a été communiquée à M. Chomel, qui a vu dans cette guérison la démonstration de la justesse de son diagnostic. |
Je pourrais Joindre aux deux exemples précédents de guérison de l’aphonie paralytique par la faradisation localisée, plusieurs faits dans lesquels on verrait l’altération du timbre et une diminution de la force de la voix, survenues chez des personnes obligées de parler en public à voix haute ou de crier comme pour le commandement, guéries ou améliorées par la même médication.
Mais j'ai voulu seulement mettre hors de doute l'efficacité de da faradisation localisée dans le traitement de laphonie, indépendante d'une lésion organique et non symptomatique d'une autre maladie, et je crois ce but atteint par la relation dés deux observations précédentes.
Je dois me hâter de dire que d'après mes expériences, il en est malheureusement de l'aphonie comme de bien d’autres affections nerveuses paralytiques, dans lesquelles on voit la faradisation localisée tantôt guérir, tantôt échouer sans qu’on puisse en dire où en prévoir la raison. Cette incertitude diminué à mes yeux la valeur d’un agent thérapeutique.
Puis-je dire au moins dans quelle proportion on peut obtenir ces guérisons? On conçoit que pour faire une pareille statis-
APHONIE PRODUITE PAR LA PARALYSIE DES MUSCLES DU LARYNX. 779 tique, il me faudrait avoir recueilli un plus grand nombre de faits, et puis je ne me trouve pas dans des conditions favorables à la solution d'une question de statistique. On enseigne en effet
généralement, et à tort selon moi, que l'on ne doit recourir à l'électricité que lorsque tous les autres moyens ont échoué, et il en résulte que je ne puis expérimenter que dans les plus mauvais cas, c'est-à-dire les plus rebelles. Il faudrait pour être Juste envers la médication électrique, et pour que l'on pût établir un
“parallèle entre elle et les autres médications, qu'elle fût appliquée plus tôt et non comme dernière ressource. Les malades y trouveraient très probablement leur profit. À mérite égal, tout lé monde préférera cette application aux vésicatoires et à la cautérisation du larynx. Mais il semble ressortir des faits que j'ai observés, que le traitement de l'aphonie consécutive à la
paralysie simple des muscles du larynx guérit mieux par la faradisation localisée que par les autres médications, puisqu on vient de voir triompher cette méthode dans deux des cas où ces dernières avaient échoué. En conséquence, si on l'employait plus tôt, quand il n'existe pas de contre-indication, on éviterait jux malades une perte de temps et des souffrances inutiles , on augmenterait enfin les chances de guérison, car en reculant
trop l'emploi d'un bon moyen on peut rendre la guérison impossible.
Ce n’est pas à dire pour cela qué l'on doive employer exclusivement la faradisation localisée dans le traitement de l’aphonie ; je crois au contraire qu'on fera bien d'employer concurremment d'autres médications. Par ce moyen, on arrivera plus tôt et plus sûrement au but. Le concours d’une autre médication devient même nécessaire quand il y a lieu de soupçonner que l'aphonie se trouve liée à l'existence d’une autre affection spéciale (une intoxication saturnine ou une affection des organes sénitaux, etc.).
ARTICLE IV
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Certaines paralysies rhumatismales de la septième paire , graves en apparence, guérissent facilement et rapidement, quelle que soit la médication employée, tandis que d’autres paralysies, absolument identiques par leurs signes extérieurs, offrent une grande résistance aux moyens thérapeutiques qu’on leur oppose,
ü y q PP — Les signes tirés de l'état de la contractilité électrique des muscles paralysés permettent de les distinguer entre elles.
Pour apprécier à sa juste valeur une médication quelconque, il importe, avant tout, de bien préciser les cas dans lesquels elle a été appliquée, et surtout d'en établir sûrement le pronostic. C'est l'incertitude du pronostic qui n a que trop accrédité dans le monde cette opinion que la médecine est une science con- Jecturale. C'est à cause de cette incertitude que l'on voit prôner contre une même affection tant de médications diverses et souvent opposées. Un jour, en effet, telle affection grave cédera à l'expectation ou à des moyens équivalents à l’expectation ; un autre jour, une affection absolument identique, en apparence, se terminera d’une manière fatale. |
On a porté aussi loin que possible la science du diagnostic différentiel des maladies. Mais a-t-on mis le même soin à distinguer entre eux les différents cas d'une même maladie? A-t-on toujours cherché quelles sont les causes qui constituent la gravité plus ou moins grande de ces cas particuliers, alors même qu'ils se présentent sous le même aspect ? Je crains de dire vrai en répondant névativement. ,
Ces réflexions s'appliquent spécialement à l'hémiplésie rhumatismale de la face. En effet, qu'on interroge les praticiens sur le pronostic de cette affection : l'un dira que c'est une affection très légère, qui cède aux moyens les plus simples (à une application de sangsues où à un vésicatoire derrière l'oreille); l’antre, au contraire, aura toujours vu cette affection guérir difficilement, lentement et quelquefois même résister à tous les traitements. Il-n'est pas rare, en effet, de rencontrer de ces paralysies de la septième paire qui n'ont pas d'autre origine qu un courant d'air, et qui cependant défisurent des malades depuis de lon-
gues années. D'où peut donc dépendre une telle divergence d'opinions sur le pronostic des hémiplégies rhumatismales de la face ? C'est évidemment que l'on n'a pas su distinoeuer entre elles les diverses sortes d'hémiplégies qui se présentent avec une écale distorsion des traits, et parmi lesquelles, cependant, il en est de très légères, et d'autres, au contraire, très rebelles à tous les traitements.
J'ai trouvé dans l’affaiblissement plus ou moins prononcé de la contractilité électro-musculaire (1) les signes diagnostiques qui permettent de distinguer les divers degrés de la paralysie de la septième paire, et d'en établir en conséquence le pronostic avec une grande certitude. Les faits qui vont être relatés en fourniront la preuve.
OBSERVATION CLXVI.— Paralysie rhumatismale de la septième paire. — Contractilité électro-musculaire faiblement diminuée.— Guérison rapide par la faradisation localisée.
M. X..., âgé de trente-huit à quarante ans, commissionnaire en librairie, sujet à des douleurs rhumatoïdes, reste quelques instants dans une allée, le côté droit de la face étant exposé à un courant d'air, pendant une des froides journées de 1849. Il ne ressent aucune impression douloureuse ; mais quand il rentre chez lui, sa famille est effrayée de la distorsion de ses traits. Il avait, en effet, le côté droit de la face paralysé, sans qu'il s'en fût aperçu. Quelques jours après (six à huit jours), M. X... vient réclamer mes soins, avec la recommandation de M. l'abbé Moigno. Voici, en résumé, quel est alors son état : Pendant le repos musculaire, la joue droite est comme attirée vers le côté gauche ; à droite, la commissure des lèvres est abaissée et rapprochée de la ligne médiane, tandis qu’à gauche elle s’élève en s’éloignant de la ligne médiane plus qu’à l’état normal; à droite, les paupières sont tellement écartées, qu’il semble exister une exophthalmie. On n’observe aucun mouvement volontaire, aucune expression de ce côté; quand M. X.. veut souffler ou siffler, sa joue droite se gonfle, et ses lèvres, relâchées à droite, s’écartent et laissent échapper l'air. Pendant la mastication, les aliments tombent à droite, entre la joue et-les gencives, sans qu'ils puissent être ramenés sous les dents. Point de déviation de la luette ni de la langue. Je traite immédiatement par la faradisation localisée cette hémiplégie faciale, qui guérit en un petit nombre
(1) J'ai démontré précédemment (page 725) que la paralysie de la septième paire se distingue de l'hémiplégie de cause cérébrale, par la diminution ou la perte de la tract électro-musculaire, propriété qui est conservée intacte dans la paralysie de cause cérébrale.
de séances. Aujourd'hui (en 1854) j'ai revu ce malade, et j'ai appris de lui qu’il n’a point eu de rechute ; ses traits sont parfaitement réguliers, el le jeu de sa physionomie est égal de chaque côté de la face.
La guérison rapide et facile de cette paralysie, qui était complète, me surprit d'autant plus, que d’autres hémiplésies faciales rhumatismales, alors en traitement, opposaient une résistance désespérante, et que celles que j'avais eu à traiter auparavant avaient demandé un temps plus ou moins long à ouérir. Mais J'avais remarqué que, dans cette dernière hémiplépie faciale, les muscles paralysés n'avaient perdu qu'une partie de leur con: tractilité électrique, tandis que dans les autres cas Je n'avais pu provoquer de contraction musculaire avec le courant le plus intense. Ce fut pour moi un trait de lumière. Des recherches que je fis alors dans cette direction, il est bientôt ressorti que toute hémiplégie faciale de cause’ rhumatismale, récente, dans laquelle les muscles n'ont perdu qu'une faible partie de leur contractilité électrique, guérit, en général, facilement et rapidement, quel que soit le traitement employé (1).
Il me faut aller au-devant d’une objection qui, si elle était fondée, détruirait la valeur du signe pronostique tiré de l’état de la contractilité électro-musculaire, de ce signe qui permet de prévoir qu'une paralysie de la septième paire offrira une plus ou moins grande résistance aux différents agents théra peutiques qu'on lui opposera. S'il est vrai, comme l'enseignent quelques physiologistes, que la lésion du nerf facial ne fait perdre aux muscles leur irritabilité qu'après quelques semaines, on ne pourra diagnostiquer à temps le degré de maladie de ce nerf. Il n en est heureusement pas ainsi; car j'ai établi par des faits que la contractilité électrique est quelquefois abolie avant la fin du premier septénaire chez des sujets frappés d'hémiplésie faciale à la suite d'un courant d'air. En conséquence, il est possible de diagnostiquer de bonne heure (à la fin du premier septénaire), à l’aide de l'exploration électro-musculaire , le degré de la lésion nerveuse, dans l'hémiplégie faciale. 138
Je reconnais en conséquence à Ja paralysie rhumatismale
(1) Ce signe pronostique n’a plus la même valeur dans l'hémiplégie de la face ancienne, Car j'ai vu quelquefois dans ces cas la contractilité électrique revenir, en partie, bien que les muscles restassent plus ou moins paralysés.
HÉMIPLÉGIE FACIALE RHUMATISMALE. CONTRACTURE DE LA FACE. 785 de la septième paire deux degrés : le premier degré caractérisé par une diminution faible de la contractilité électrique des muscles paralysés, et le second degré par l'abolition ou la diminution considérable de cette propriété. Depuis longtemps J'établis le pronostic de l’hémiplégie faciale rhumatismale sur le degré d'affaiblissement de la contractilité électro-musculaire, etjenai pas encore été trompé par ce signe diagnostique. En voici deux exemples :
OBSERVATION CEXVIT, CEX VIII ET CLXIX. — Deux cas de paralysie rhumatismale de la septième paire, l’une au premier degré, l'autre au seconddegré, diagnostiqués par l'exploration électro-musculaire.— Guérison rapide de La première paralysie et très lente de la seconde paralysie qui s'est terminée par la contracture de quelques muscles.
Mademoiselle Annette Père, âgée de dix-huit ans, blanchisseuse, demeurant rue des Colonnes, n° 4, n’a jamais eu d'affection antérieure semblable à l'affection actuelle. Le 2 novembre 1853, n'ayant éprouvé auparavant aucune douleur de tête ni d'oreille, elle s’aperçut tout à coup, vers le milieu du repas, que les aliments ne lui occasionnaient aucune sensation gustative du côté droit, et qu’elle avait de la peine à les ramener sous les dents de ce côté ; elle fut obligée d'appuyer la main sur la joue droite pour y parvenir. On jui fit remarquer alors qu’elle ne riait que du côté gauche, que l'œil du même côté ne se fermait pas, en fin que la commissure droite des lèvres était plus abaissée que celle du côté opposé. Avant de se mettre à table, elle avait travaillé auprès d’une croisée que l’on avait entr'ouverte pour ventiler la pièce, qui était chauffée par un poêle dont la température était trop élevée. Elle dit avoir ressenti ensuite une légère douleur de tête. Du reste, sa santé ne s'était pas dérangée. Elle était à son époque ; les règles n’en ont éprouvé aucun dérangement. — M. Malgaigne, consulté trois jours après par la malade à l’hôpital Saint- Louis, me l’adressa. Je la vis pour la première fois le sixième jour, et je constatai alors les phénomènes suivants : Distorsion considérable des traits à gauche; la commissure de ce côté est abaissée et rapprochée de la ligne médiane, tandis que la commissure opposée est plus élevée et attirée vers l’oreille ; l'œil gauche est plus grand que le droit; la narine droite est affaissée. Elle a perdu à droite tous ses mouvements volontaires et expressifs ; la mastication se fait mal de ce côté; les aliments tombent entre la joue et les gencives et ne peuvent être ramenés entre les dents. Je constate que les muscles paralysés n'ont perdu qu’une faible partie de leur contractilité électrique.
C'était un jeudi (jour consacré à des expériences et à des études cliniques dans mon cabinet) que cette jeune fille venait d’être examinée,
et ce jour-là précisément une autre malade, atteinte d'hémiplégie faciale également rhumatismale, s’offrait pour Ja première fois à mon observation, Voici, en résumé, son histoire : Mademoiselle X.…, demeurant rue de Clichy, n° 63, après s’être exposée à un courant d'air, avait le côté droit de la face paralysé depuis huit jours. Je crois inutile d’entrer dans les détails de cette observation, Je dirai seulement que la distorsion des traits existait chez elle au même degré que chez mademoiselle Annette Père, dont je viens de rapporter les antécédents. Il y avait cependant entre ces deux malades cette différence importante au point de vue du pronostic, à savoir, que chez mademoiselle Annette Père Ja contractilité électrique n'était qu'un peu affaiblie, tandis que chez mademoiselle X... cette propriété musculaire avait entièrement disparu. J'annonçai alors aux personnes présentes à cet examen que la première malade guérirait très rapidement, tandis que très certainement il me faudrait un traitement long pour guérir la seconde. C’est, en effet, ce qui est arrivé: car chez mademoiselle Annette Père la face avait repris sa régularité normale et les mouvements volontaires étaient revenus après la troisième séance: mademoiselle X..., au contraire, n’est pas encore entièrement guérie après quatre mois de faradisation localisée. Il est de plus survenu chez elle
un accident dont j'aurai à traiter bientôt : la contracture de quelques muscles.
Depuis la rédaction de cet article, j'ai eu l’occasion de vérifier encore une fois l'exactitude du pronostic de l'hémiplégie rhumatismale de la face déduit du degré d’affaiblissement de la contractilité électro-musculaire dans les premiers temps de la maladie. Voici le fait en résumé :
OBSERVATION CLXX.—Mademoiselle C.….…, élève du Conservatoi re, prenant une [econ de chant dans le voisinage d’une croisée entr’ouverte, est tout à coup frappée d’hémiplégie faciale droite (c'était de ce côté que lui était arrivé le courant d'air). Quelques jours après, elle m’est adressée par son médecin, M. Pidoux, pour juger s’il est opportun d'appliquer le traitement électrique. Cette hémiplégie faciale était aussi complète que possible, mais je trouvai la contractilité électrique seulement un peu affaiblie dans les muscles paralysés. J'en déduisis un pronostic très favorable, et je décidai que mademoiselle €... pouvait guérir assez vite par les moyens habituels, sans l’aide de la faradisation. Je priai donc mon ami, M. Pidoux, de tenter la guérison par les vésicatoires volants, placés dans le voisinage de la septième paire. Huit jours aprés, l’état de mademoiselle CG... , qui avait suivi-ce traitement, était considérablement amélioré. La distorsion des traits avait presque entièrement disparu pendant le repos musculaire, mais la paralysie des mouvements volontaires était dans le même état. Très
pressée de guérir, mademoiselle C... insista pour que le traitement élec-
trique fât commencé immédiatement, Je cédai à son désir, et la guérison fut obtenue en quelques séances, comme je l'avais annoncé.
Ces faits suffisent, je crois, pour démontrer l'exactitude de fa proposition formulée en tête de ce paragraphe.
Il m'est quelquefois arrivé de refuser d'appliquer la faradisation dans des cas légers d'hémiplégie faciale rhumatismale, c'est-à-dire quand la contractilité électro-musculaire n'était qu'affaiblie, et de voir la paralvsie guérir rapidement soit spontanément, soit après un simple vésicatoire. Je crois cependent qu'il ne faut pas s’en fier au temps pour la guérison de ces vas légers , laquelle, si l'on n'intervenait, pourrait se faire attendre, ainsi que je l'ai observé.