‹ De l'électrisation localisée et de son application à la physiologie, à la pathologie et à la thérapeutiqueChapitre 24 sur 140 · EFFETS GÉNÉRAUX OU INDIRECTS · texte numérisé non relu

EFFETS GÉNÉRAUX OU INDIRECTS

trique sera localisée dans les points faradisés, les muscles se contracteront très énergiquement, et le malade n'en aura pas même la conscience; quelquelongue que soitl’opération, quelque fréquemment qu'elle soit répétée, il n’en sera jamais incommodé,. Si, au contraire, ce même courant est appliqué, chez le même malade, sur des muscles qui jouissent de leur sensibilité normale, il en résultera non seulement des douleurs très vives et immédiates dans les muscles, mais encore une surexcitation générale qui pourra produire des accidents cérébraux.

OBSERVATION IV.— Les phénomènes que je viens de chercher à expliquer sous forme d’hypothèse ont été observés chez un malade que j'ai traité à Ja Charité, salle Saint-Louis, n° 11, et dont la paralysie cérébrale était compliquée d’anesthésie cutanée et musculaire, bornée à quelques muscles du membre paralysé. J'ai pratiqué la faradisation chez ce malade pendant un assez grand nombre de séances, et avec un courant des plus intenses et des plus rapides dans les muscles frappés d’anesthésie. La faradisation n'avait produit jusqu'alors ni douleurs ni surexcitation cérébrale, lorsque , pour démontrer le jeu des muscles qui avaient conservé leur sensibilité, j'eus l’imprudence de diriger sur ces derniers un courant rapide et assez intense; bien que l'opération eût été très courte, le malade ressentit des douleurs assez fortes dans les points excités; ces douleurs s’irradièrent dans le cou et la tête, et persistèrent plusieurs jours. Depuis lors il éprouva des phénomènes cérébraux qui nécessitèrent l'emploi des pédiluves et des manuluves. Ces accidents étaient fréquents au début de mes recherches et m’obligeaient quelquefois de recourir à la saignée ; ils ne se sont plus reproduits dès que je me suis gardé d’exciter trop vivement la sensibilité. +

1] me paraît ressortir de ces considérations que la faradisation localisée ne réagit pas sur les centres nerveux quand on la pratique de manière à ne pas exciter trop vivement la sensibilité.

Mais il est un point important dans les applications de l'électricité chez l'homme, qui, jusqu'ici, n’a pas encore été agité, que je sache ; je veux parler de l'influence dynamique subie par suite du changement d'état occasionné dans son électricité naturelle par l’électrisation. Pour bien se rendre compte de ces phénomènes , il est essentiel de s'expliquer ce qui se passe

dans le corps de l'homme lorsqu'il subit l'influence d'un courant faradique. A l'instant où les rhéophores d’un appareil d'induction sont'appliqués sur les points du corps de l'homme,

son électricité naturellë est décomposée et les électricités de nôms contrairés s'accumuleñt vers chacun des rhéophores et $'échappent en quantité suffisante pour neutraliser le courant qui est venu troubler leur repos. Cette neéutralisation opérée, les deux électricités contraires dont le corps est encore pénétré, se réunissent pour reprendre leur état normal et né se séparent de nouveau que lorsqu'un nouveau courant vient encore les désunir. Telle est la série des phénomènes physiques qui se produisent plus ou moins fréquemment chez l'homme, suivant la rapidité et la fréquence des intermittences du courant d'induction dirigé sur ses organes.

Eh bien, ces modifications apportées dans l'état naturel de l'électricité dent est pénétré le corps de l'homme, ne produisent én général aucun effet dynamique appréciable. Mais il faut que l'on sache que, dans certaines conditions nerveuses, difficiles à analyser ou à expliquer, l'homme ne peut éprouver impunément ces changements apportés dans son état EREUIQUE naturel. Il se développe alors chez lui des phénomènes généraux qui, s'ils ne contre-indiquent pas l'emploi de Ja faradisation, préviennent du moins qu'il faut alors être circonspect dans son application. On sait, en effet, que certaines personnes sont très sensibles aux influences électriques de l'atmosphère. Je connais une dame qui, dans les temps d'orage, est fr appée pendant q uelques heurés d'une paralysie : ble! Dé méme jai vu des sujets qui, sous l'influence de la PA Pa NE PAU éprouvaient des troubles nerveux singuliers. Ces effets généraux n étaient pas le produit de l’excitation des organes , ils paraissaient déterminés par la modification de l'état électrique du corps. Ainsi, la faradisation occasionnait des éblouissements, un sentiment de défaillance , un engourdissement général, alors même que l'opération, pratiquée très faiblement, n'avait produit aucune sensation locale. J'ai observé, à la Charité, une jeune fille paralytique, tellement sensible à l'influence exercée sur son état général par les courants d'induction, bien qu'elle n'en ressentîit aucune sensation locale, que la faradisation fut contre-indiquée chez elle. Je vais rapporter cette observation qui me paraît offrir un grand intérêt.

OBSERVATION V. — Salle Saint-Vincent, n° 26 (service de M. An-

EFFETS GÉNÉRAUX ET INDIRECTS. 79 dral). Eugénie Thonvenin, âgée de scizé ans, hée à Paris, d’une assez bonne constitution, d’un tempérament lÿmphatique, n’a jamais eu d'autre maladie qu’une fièvre éruptive à l’âge de huit ans; elle n’a jamais eu d'attique d'hystérie. Réglée à treize ans, mais irrégulièrement , elle était sujeue à des douleurs épigastriques et à des palpitations avant la maladie pour

lâqüelle elle est entrée à la Charité. Vers le milieu de l’année 1847, elle éprouva dans l’avant-bras gauche des douleurs irrégulières, un affaiblissefhevut qui cependant ne l’'empêcha pas de se livrer à ses occupations habituclles. Une ‘grande frayeur, que lui causèrent les événements de février, dccasionna l'arrêt de l'écoulement menstruel et une douleur assez vive audessous du sein gauche. Cette douleur s’étendit bientôt dans la région épigastrique et dans le dos, et S’accrut au point que, deux mois après, elle fut forcée d'abandonner son travail. Une application de sangsues n'ayant pas amélioré sa position, elle entra à la Charité, le 26 mai 1848 , daus le service de M. Andral, Deux applications de sangsues et une saignée furent faites, à quelques jours d'intervalle, sans résultat sensible. Au commenceent dé juin, paralysie complète du membre supérieur et contracture des æfléchisseurs des doigts et du pouce, faiblesse dans le membre inférieur gauche. Le 8 juillet, vomissement des boissons et des aliments. Cet état persista jusqu’au 15 septembre, époque à laquelle on employa un traitement par l’hydrothérapie. Après le huitième bain , légère amélioration dans le membre inférieur ; après le trentième bain , la malade put marcher et ne ressentit plus qu’un peu de faiblesse dans la jambe ; mais la paralysie persista dans le membre supérieur ,'ainsi que l’anesthésie et les voinissements. En novembre, avant de soumettre la malade à la faradisation, je constatai les phénomènes suivants: Contracture continuelle des fléchisseurs des doigts et du pouce de la main gauche ; on ne peut étendre les doigts, quelque effort qué l’on fasse; la malade peut étendre, fléchir l’avant-bras; elle marche sans traîner la jambe gauche , mais elle se fatigue facilement et sent une faiblesse du côté gauche ; perte de la sensibilité de la peau depuis la face jusqu'aux pieds ; une aiguille enfoncée profondément dans les tissus , des coups violents sur les surfaces osseuses, ne déterminent aucune sensation ; perte de la Sensibilité tactile dans les mains et dans les pieds ; debout ou pendant la marche, la malade ne sent le sol que par la facé plantaire du pied droit; affaiblissement de la vue et insensibilité de la conjonctive à gauche ; du même côté, perte de l’odorat, du goût et de la sensibilité générale de la muqueuse nasele et buccale. Quoique la malade soit insensible aux excilants extérieurs, elle éprouve souvent des douleurs profondes dans les membres Supérieurs et inférieurs gauches ; clle ne peut supporter la pression dans un point fixe et limité au-dessous de son sein , siége d’une douleur continuelle ; cinq ou six vomissements par jour, soit des boissons, soit d'une partie de ses aliments; pas d'accès d'hystérie, ni étranglements, ni palpitations ; pag de souffles anormaux au cœur ; souflle carotidien, A la première séance de faradisation , les excitations électro-cutanées ,

musculaires, osseuses ou périostiques, et même les excitations opérées dans les troncs nerveux, ne donnèrent lieu à aucune espèce de sensation du côté malade. Les muscles seuls se contractèrent lorsqu'on les excita, sans que la malade en eût la conscience. A la seconde séance, elle n’éprouva, comme la veille, aucune des sensations locales produites ordinairement par les recompositions électriques; mais elle se plaignit d’une espèce de point dans le côté gauche, avec étouffement ct palpitations, nausées, éblouissements et céphalalgie. Ces phénomènes furent d’autant plus prononcés que le courant fut plus intense, et que les excitateurs furent placés plus près de la région précordiale. Si les excitateurs étaient placés du côté sain, les phénomènes ordinaires, produits par les recompositions électriques, se manifestaient sans aucun de ces effets généraux. Ces phénomènes bizarres m'inspirant quelque défiance, je répétai plusieurs fois l’expérience suivante en présence de MM. Andral, Thirial, Lacaze, et des élèves qui suivaient habituellement la visite de M. Andral. On fit en sorte que la ma- Jade ne pût ni voir ni entendre, et l’on placa des excitateurs à l’extrémité inférieure de la jambe gauche, de manière à opérer des recompositions électriques dans la peau. Aussitôt que l’appareil fut mis en action, elle ac= cusa les phénomènes que j'ai signalés plus haut. On interrompit la communication avec le courant, en laissant les excitateurs en place et de manière qu'elle ne pût en être prévenue , et à l'instant tout disparut. Les excitateurs, placés sur le côté sain, produisirent ou une sensation de brûlure ou des contractions, avec la sensation qui leur est spéciale, suivant les lieux où se firent les recompositions électriques, mais ils ne développèrent aucun des phénomènes généraux précédents. Cette expérience , faite un très grand nombre de fois et plusieurs jours de suite, donna toujours les mêmes résultats. La malade fut tellement sensible à l'influence électrique qu’elle accusa les plus petits courants du côté malade, tandis que, du côté sain , les phénomènes électro-cutanés développés par ces mêmes courants étaient à peine appréciables. Chaque fois que cette jeune fille fut soumise à l'excitation électrique, quelque courte que fût la séance, quelque faible que fût le courant , elle conserva longtemps des douleurs de tête et des troubles dans la vue , qu’elle n'avait jamais éprouvés avant la faradisation, un malaise général, un point dans le côté, et un redoublement de vomissements auxquels elle était sujette depuis quelque temps.

Réflexions. Il est bien difficile de trouver la clef de ces singuliers phénomènes. La théorie des recompositions électriques locales ne leur est certainement pas applicable, car la malade était privée de sensibilité dans les points où J agissais, et elle n'éprouvait aucun des effets physiologiques ordinaires des recompositions électriques opérées dans la peau, dans les muscles, etc. Si c'eüt été un effet sympathique, l'excitation doulou«

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