‹ De l'émigration des campagnesChapitre 17 sur 21 · CE · texte numérisé non relu

CE

Gonsidérations genérales.

Tels sont les motifs du dépeuplement, il tend à s’aggraver chaque année. Si l'on interrogeait nos cultivateurs, on acquerrait cette triste conviction que si tous ne partent pas, presque tous envient le sort de ceux qui s'en

vont.

Depuis un siècle, les mêmes causes ont produit les mêmes effets; la réhabilitation de l’agriculture ne suffit pas ; aujourd’hui comme autrefois, elle voit la fortune se faire autour d'elle dans les grandes villes, mais son aurore rémunératrice n'étant pas encore levée,

elle est toujours déshéritée.

On voit donc que la solution du problème ne serait point dans l'application de ces moyens qui tendraient à diminuer le salaire des vuvriers des grandes villes pour l’équilibrer avec celui de leurs confrères agricoles, de rendre le citadin aussi malheureux que lhabitant de la campagne; ce serait le systèm ede l'envie et de la jalousie. Il faut établir l'égalité dans la prospérité et non dans la misère; il faut respecter les lois éternelles et divines du progrès qui ne consistent pas à faire descendre

celui qui est en haut, mais qui veulent autant

que possible faire monter celui qui est en bas. Il faut enfin se rappeler ces paroles si populaires : « Ne raccourcissons pas les pans d’ha-

« bits, mais allongcons ceux des vestes. »

Pourquoi accuser le paysan? I obéit à une loi inmuable, celle de l'intérêt personnel. Interrogez les fils de cultivateurs qui abandonnent un sol riche et fécond pour chercher du travail ou des emplois : ils vous répondront qu'ils espèrent trouver dans les grandes villes ce que

n'a pu leur donner la culture de la terre.

C'est done avec raison qu'on a dit de lui :

« 1] travaille pour donner du pain à la nation, il est le plus mal nourri; il s’épuise à fournir les matières qui servent à l'habillement de ses concitoyens, ilest le plus mal vêtu; malgré ses prestations en nature, ses routes sont des

cloaques, il à de la boue jusqu’à la cheville,

il estle plus mal chaussé. () Qu’a t-il done fait pour être ainsi déshérité de la rétribution et des droits qui appartiennent à un titre égal aux habitants d’une même nation ? » Ecoutons ce que dit un auteur moderne : « Mystère étrange; il “faut que cet homme ait un trésor caché... Il en à un, en effet : le travail persistant, la sobriété et le jeûne. Dieu semble avoir donné pour patrimoine à cette indestructible race, le don de travailler, de combattre au besoin sans manger, de vivre

d'espérance, de gaîté courageuse. »

Vers 1500, quand la France épuisée par Louis XI, semble achever sa ruine en ftalie, la

noblesse qui part pour combattre, est obligée

(‘) Bonnemere.

ER de vendre; la terre passant cn de nouvelles mains, refleurit tout à coup: on travaille, on bätit. Ce beau moment (daas le style de Fhistoire monarchique) s’est appelé le bon Louis XI.

Il dure peu malheureusement. La terre est à peine remise en bon état, le fisc fond dessus ; les guerres de religion arrivent qui semblent raser tout, jusqu'au sol; () misères horribles, famines atroces où les mères mangeaient leurs enfants !.. qui croirait que le pays se relève de là ? Eh bien ! la guerre finit à peine, de ce champ ravagé, de cette chaumière encore noire et brü-

lée, sort l'épargne du paysan. Il achète; en dix

(‘) Voir Fourmenteau : Secret des finances de France. 1981; Preuves, p. 995 — VITE.

ans, la France a changé de face, en x

Page 1