ITE
Solidarité des intérêts agricoles et manufacturiers
On a pu se convaincre, par les extraits de l'étude de M. de Lavergne et par les tableaux placés à la suite, que si dans les départements
pauvres, il s'opère une émigration au profit des
SITE grandes villes et notamment de Paris où les travaux de toutes sortes s'accumulent, les départements riches ont aussi à subir des déplacements préjudiciables aux intérèts de l’agriculture; rien jusqu'à ce jour, n'a pu arrêter le courant qui entraine vers les grandes villes, des milliers de bras jeunes et vigoureux , privant la terre, cette nourrice de l’homme, du travail sans lequel eile ne peut nous donner que d’insuffisantes récoltes, des ronces et des épines. Les causes de cette émigration qui jettent ainsi l'inquiétude et le malaise au sein de nos communes rurales, sont connues depuis longtemps. Nos économistes les plus distingués, les ont discutées maintes fois dans des écrits remarquables, aussi n’avonsnous rien de nouveau à apprendre à ce sujet; mais le gouvernement veut savoir qu’elles sont celles qui ont déterminé plus particulièrement l’émigration intérieure de notre circonscription
préfectorale, nous devons les lui signaler.
Avant tout, dégageons ce travail de la question qui touche à notre belle mdustrie manu-
facturière,
La démonstration de l’étroite solidarité qui unit les intéréts agricoles aux intérêts manufacturiers, n’est plus à faire aujourd'hui. Personne n'ignore que les deux branches du travaii national, se prêtent un mutuel secours.
Pour qu'une nation soit heureuse et prospère, il faut que les deux industries se tiennent par la main, qu'elles marchent d’un pas égal dans la voie du progrès. L'industrie manufacturière est pour l'industrie agricole, une sorte de banque qui procure à nos cultivateurs, non sous forme de prêt, mais sous forme d'achat, ce qui vaut mieux, une partie du capital nécessaire à une bonne exploitation du sol. La première produit, l’autre confectionne et livre au
consommateur. Toutes deux sont solidaires,
aussi les pays industriels sont-ils, en même temps, ceux où l’agriculture a fait le plus de progrès, parce qu’elle a pu développer sa production, activer le travail et vendre à des prix rémunérateurs. La vérité de cette heureuse concordance est démontrée par l’industrieuse Anz e‘erre dont l’agriculture est si prospère ; par l'Alsace, la Normandie et notre pays luimême. Le département de la Haute-Saône, au contraire , exclusivement agricole, a perdu 96,000 âmes en six années; et dans le département du Nord, l'arrondissement d'Hazebrouck, le seul qui n’est point industriel, est également
en décroissance de population et de richesse.
Il serait donc injuste, comme on semble le craindre, d'attribuer à la prospérité de nos manufactures, les souffrances de nos campagnes, alors qu'il est reconnu par les hommes les
plus compétents, que les causes de ces souf-
PU) mue frances se rattachent particulièrement à notre état social et politique. Ces causes sont l’absentéisme, les armées nombreuses et permanentes, les travaux énormes que l’on exécute dans la capitale et dans les grandes villes, le défaut d'assistance dans les campagnes, le manque de tarifs protecteurs, de crédit, d'instruction professionnelle, le mode de recrutement de l’armée, surtout l'application du système nouveau, enfin
l'impôt foncier.
= vit * umo be Ft tt PMS 1144 Le Ar AUTANT.
At EF as
? S We" 2 Le 7 | s £ | " r : + PONT: 4 énrb tte:
| " Jetta RNA T0 GITE ET i A ste. 0 pe Or A Le .
- 6 sis are Pie Ta y D th de 2 y TC ji AE FAN) 'UAIrTUN ARIUATE © x 1 ; : 4 S 67 fn? AITCT? 4 1e - } * r: = «A?
| è MER RALESAS CHE OT MMM INR E eos F | : à : L 4 p \ A A à RE FOR Lau ' PURE" hi + : vite Y LEE RE : AU + RAT are Lit { ] 4 ?
F4, EE LAS à LR Ur FOR A ‘ É 4 ñ — :
| UNE Len SES GE RATES Ê “| tirée $ * LT: VERTE nl 2 i Efaurrt 11 Pt. 1 \ ; 17 ST 1.476 La ' UMA T (gt Li 1 We 1", 211% SE " À Fr "20" "ARE ra : L'un ñ N n [d 2e Ne “ob | Free “#3 tit T0 1 < ; | — (er [2 V3 … . . S : ee h x < + - ’, La 1 , L = Es 2 é À :
> LR
à LR ca L rs JT pe 7. Pat « 20 … C2] LT R RQ at L':
ee 90:
pe e F1 F RU -
Absenteisme.
Absentéisme:
L'absentéisme, c’est-à-dire le défaut de rérésidence dans les campagnes par les propriétaires aisés, est une des douloureuses plaies de notre agriculture. C'est la séparation anor-
male de l’homme et de la terre.
L'abandon des campagnes par les possesseurs du sol, fût la ruine des propriétaires et
dela société romaine.
Les malheurs produits par l’absentéisme en Irlande, sont devenus proverbiaux. L’Irlande, conquise par les rois d'Angleterre, fût divisée en fiefs pour les barons anglais qui firent exploiter par d'autres, leur conquête. Tous les produits de lfrlande, transformés en argent , se dépensaient en Angleterre comme les produits de nos campagnes se dépensent dans les grandes villes. Il advint qu’au licu de rendre à la terre les soins qu'elle réclamait, les exploitants se découragèrent, le sol s’appauvrit et les exploitations tom-
bèrent en ruine.
L'Irlande fut alors décimée par le pillage, le
meurtre et lincendie:; la famine fit périr un
jt
nt pus
million d'hommes, l’'émigration en dévora deux fois autant au profit de l'Amérique. On ne parvint à régénérer ce malheureux pays, qu'en faisant une liquidation générale et en lui ap-
pliquant les lois de la libre Angleterre.
L'histoire, dit M. Frédéric Passy, ne cessera de rappeler les conséquences de l’absentéisme irlandais comme un des plus terribles enseignements par lesquels elle puisse apprendre aux hommes à respecter le droit, à ne séparer jamais la jouissance de l'effort, et la richesse du
travail.
De tous les pays de l'Europe, la France, peut-être, est celui où l’absentéisme s’est produit de la façon la plus générale et la plus suivie. Les possesseurs du sol ont l'habitude de venir passer la belle saison dans leurs domaines pour y chercher quelques distractions.
Ils touchent leurs fermages, jouissent des plai-
CR
sirs de la villégiature, ordonnent quelques travaux de réparations sur les dépendances qu'ils habitent et puis, l'automne arrivé, ils rentrent à la ville où ils dépensent la presque totalité des revenus d’une terre sur laquelle ils ne semblent vouloir poser que comme l'abeille
sur la fleur.
L'absentéisme est un mal qui remonte à une époque ancienne, Philippe de Comines, il y a trois cents ans, l’a dépeint comme suit : « Ils n’ont, dit-il, (parlant des Français de son temps) souci de rien, sinon d’offices et états, que trop bien ils savent faire valoir ; cause principale de mouvoir guerres et
rébellions. »
Mais voici comment cette calamité s’est développée dans notre pays. Il exista jadis en
France, une guerre sourde ou déclarée, entre
les rois et les grands ; elle éclata sous Louis XI qui la fit à sa manière. Plus tard, on trouva un moyen moins terrible que de couper les têtes, ce fut d'attirer et de lier les grands à la cour, de changer , en un mot, ces fiers châtelains, ces vassaux turbulents en humbles courtisans. C'est à Richelieu et à Mazarin que revient l'honneur d’avoir inventé et exécuté ce système , dont la première condition était toutefois de dégoûter les seigneurs de vivre à la campagne, on se servit pour cela de l’arme Ja plus terrible en France : du ridicule. Il fut déversé à pleines mains sur Ceux qui persistaient à demeurer dans leurs châteaux , et bientôt le nom de gentilhomme campagnard fût une épithète de mépris que tout le monde voulüt éviter. La noblesse, en masse, déserta ses terres et s’en vint à la cour ou dans les grandes villes de province et ces hommes, que la crainte des armes n'aurait pu soumettre aux lois, de-
vinrent valets, par la crainte du ridicule.
L'effet que ces dispositions produisirent ne
se fit pas attendre.
La désertion des grands propriétaires devait ruiner l’Agriculture. Bientôt, en effet, l’exploitation du sol qui naguère passait, comme aujourd'hui en Angleterre et en Allemagne, pour l'occupation la plus noble et la plus honorable , fût abandonnée à la gent corvéable et taillable , et tomba tellement dans l'opinion publique que le dernier bourgeois aurait cru se déshonorer en devenant cultivateur. Cela devait être : Ce sont les hommes qui font la profession. D'un autre côté , on favorisait les viles, on y attirait le plus d'habitants possible,
on y concentrait les capitaux et les talents.
Les mœurs des grands, a dit Massillon,
forment les mœurs publiques.
Lorsque la révolution de 1789 éclata et que lon vint annoncer au campagnard qu'il était devenu libre, que le système des corvées et des maîitrises avait disparu , que désormais il pouvait travailler pour lui seul, il ne songea pas à s'attacher à la terre sur laquelle jusque-là il n'avait pu trouver la fin de son dénuement et de sa misère; l'air des cités, les tristes murs de l'atelier lui parurent moins lourds que
l'ombre et les souvenirs du château féodal.
Un homme éclairé, François de Neufchâteau essaya vers le commencement de ce siècle, de pousserlegouvernement dans une voienouvelle, dans la voie de Sully ; le génie de Napoléon lui décéla toute l'importance de lAgriculture pour la France, il était disposé à l’encourager puissamment, à suivre l'impulsion donnée par le ministre, mais le temps lui manqua. Il ne pût nous laisser que cette étincelle de sa
- Hi]
Le fe
pensée : « Il n'y à de bonnes finances dans un
Etat que lorsqu'il y a une bonne agriculture.»
Depuis cette époque, les besoins du luxe, les habitudes de spéculation , les jeux de bourse, en s'emparant de presque toutes les classes de la société, ont encore contribué à diminuer le goût des champs et à faire mépriser le genre d’occupations qui accroît la richesse du
monde.
Les divers gouvernements , qui se sont succédé depuis un demi-siècie, n'ont rien fait pour mettre obstacle à l’absentéisme. L'appauvrissement des campagnes a été la conséquence de la retraite des grands propriétaires, que les fils des cultivateurs suivirent en apportant dans
les villes leurs bras et leur intelligence.
Complétons notre pensée par quelques
chiffres,
Il résulte du travail administratif exécuté en vertu de l’art. 2 de la loi du 27 Avril 4850, que le revenu des immeubles de la France peut être évalué à 2,645,365,716 fr., et M. Esquirou de Parieu, président de section au Conseil d'État, dans son livre sur les impôts généraux, estime à 3,157,009,009 fr. , les revenus mobiliers
du pays.
Les immenses revenus de la fortune immobilière et mobilière se dépensent en majeure partie dans les grandes villes et sur les 2 milliards et demi que la terre donne à ses possesseurs, il reste à peine une moitié dans les campagnes, moitié qui représente le bénéfice des petits propriétaires cultivateurs et qui est employée, non comme superflu, mais comme strict nécessaire
à leur nourriture et à leur entretien.
in effet, tout se lie et se tient iei bas. Lorsque
EAU QE l’ouvrier quitte les campagnes, c’est le travail qui émigre, mais lorsque les propriétaires s’en vont pour toujours à la ville, c’est le capital qui disparaît; et de nos jours, les riches propriétaires imitent les anciens seigneurs; ils favorisent le mouvement de cette émigration des campagnes, ils encouragent la désertion, en désertant eux-mêmes et surtout, en emportant dans les grands centres, la partie !a plus considérable des revenus de leurs terres. L’absentéisme produit l'insuffisance de la culture dans beaucoup de localités , la stérilité comolète dans d’autres ; il est la cause immédiate de ce défaut de production, qui depuis le retour de la paix, a forcé nos industriels à s'adresser à l'étranger pour combler le déficit des matières premières indispensables à l'alimentation de nos manu-
factures.
Est-ce aux propriétaires seuls qu'il faut s’en
ER Tu prendre de ce divorce qui existe entr'eux ct leurs domaines ? Pour être juste, ne faut-1l pas reconnaître que cet éloignement des hommes intelligents et riches pour la vie agricole, est en majeure partie, motivé par la situation qui
leur est faite dans l’état actuel de la législation !
Le genre de vie adopté par les grands propriétaires en Angleterre et aux États-Unis, aurait dû fixer depuis longtemps, l'attention du
Pouvoir.
1/existence du grand propriétaire en Angleterre, aussi honorable qu'heureuse, est sans contredit, la plus utile à sa famille et à la société ; mais elle suppose d'excellentes institutions qui attirent vers les campagnes les possesseurs du sol, en leur assurant tous les avantages d’une sage liberté! — Revêtu par le suffrage de ses concitoyens, de pouvoirs étendus
que Ja loi consacre, le propriétaire préside,
en qualité de commissaire de sa paroisse (commune) ou du comté (département), au tracé, à l'exécution et à l'entretien des routes, des canaux, ete.; il règle tous les différents entre ls compagnies, les entrepreneurs et les particuliers; il concilie leurs intérêts, il dirige lui-même daus ses domaines , les constructions, les desséchements, les déboisements, les plantations. Il consacre à ces divers travaux la moitié de son revenu au moins, parce qu'il trouve dans
la vie rurale, bénéfice, indépendance et plaisir.
Jl n'en est pas de même dans d’autres pays.
Le nôtre, par exemple, n'offre plus dans Ja campagne au grand propriétaire ni les mêmes charmes, ni les mêmes avantages. Füt-il l’homme le plus respecté de sa région, il ne peut s'occuper activement des intérêts de sa commune, des améliorations à y introduire.
Chaque réclamation qu'il doit adresser en fa-
veur de ses concitoyens, exige de sa part des dérangements pénibles, de nombreuses démarches et pertes de temps. fmpuissant à secourir les malheureux qui invoquent son appui, il se voit placé entre les impulsions de son cœur généreux et le soin de sa dignité et de son repos, Souvent en lutte avec des employés subalternes qui par leur force d’inertie, viennent briser sa volonté, il s’épuise, se déconsidère en sollicitations stériles; pris enfin par le vertige du découragement, il se dégoûte du séjour des champs, cède aux suggestions de sa compagne, qu'une éducation futile éloigne des travaux sérieux, confie ses affaires à un étranger et va habiter la capitale, dernier et seul refuge de
l'indépendance.
Nous voulons être justes cependant, nous reconnaissons que ces regrets ne s'adressent
point seulement à l'administration actuelle ,
SÈME mais surtout à celles qui l'ont précédée et qui lui ont légué pour héritage, la centralisation administrative, véritable fléau français qui arrête tous les ressorts, décourage toutes les bonnes intentions, multiplie les entraves, éternise les difficultés, tue les initiatives et compromet l'existence du gouvernement même; car on est habitué à tout rapporter à lui, le mal comme le bien. On l’accuse d'événements qu'il n’a pu ni prévoir, ni conjurer, ce qui a fait dire malicieusement à Sterne, « qu'en France lorsqu'il pleut trop longtemps on s’en prend au gouvernement, lorsqu'il a été trop longtemps sans pleu-
voir, on s’en prend encore au gouvernement. »
Aie ne + .
S # Cr à v FE] 4 # HAL .