CHAPITRE XIV
DES UNIVERSITÉS
Organisation. — Enseignement. — Gr.ides universitaires. — Statistique.
Les Etats particuliers ayant conservé leur entière autonomie en ce qui concerne l'instruction publique, il semblerait à première vue que l'étude des Universités ne devrait pas entrer dans le cadre de notre travail ; mais comme nous nous proposons, entre autres, de faire saisir le développement successif et continu de l'unité allemande, nous croyons devoir présenter ici un aperçu sur les Universités qui, expression de l'unité intellectuelle, ont été l'avant-coureur de l'unité politique, à laquelle elles ont puissamment contribué, tant en aidant au mouvement national de 1813 qu'en constituant une des premières institutions germaniques douées d'un caractère uniforme au point de vue de la constitution et du fonctionnement administratif, car, bien que chaque Université ait ses statuts, ils ne diffèrent entre eux que sur des points de détail.
L'Université a pour mission de donner, par des cours et d'autres exercices académiques, l'instruction générale scientifique et littéraire aux jeunes gens convenablement préparés par les études élémentaires; elle doit les mettre à même d'aborder, avec les capacités suffisantes, les diverses branches du service de l'État et de l'Église, ainsi que toutes les professions qui exigent une éducation scientifique supérieure. Pour elle, point de programmes officiels, liberté de la science, liberté des méthodes, liberté pour le professeur, liberté pour l'étudiant. Le conseil des Facultés, présidé par le doyen élu, et le sénat de l'Université, pré-
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sidé par le recteur élu, exercent la discipline intellectuelle et morale des maîtres et des étudiants.
L'Université forme un tout indivisible, qui n'est relié par aucun rapport administratif aux autres centres de l'instruction supérieure. Elle relève directement de l'État par l'intermédiaire du ministre de l'instruction publique, elle jouit du droit de propriété, du pouvoir de recruter ses membres, de s'administrer elle-même sous la haute "arde et la tutelle de l'Étal.
L'Université est constituée par la réunion dans un même lieu des qualreFacultés de théologie, de droit, de médecine et de philosophie ; il y a en outre, dans quelques centres, une Faculté de théologie catholique. La Faculté de philosophie a un champ d'étude fort étendu, elle embrasse la philosophie proprement dite, les sciences philosophiques les mathématiques supérieures, les sciences physiques et naturelles l'histoire et l'archéologie, la littérature et la linguistique (y compris les langues modernes), l'économie politique, l'esthétique et les beauxarts, l'agronomie, la pharmacie et l'art dentaire.
Il est bon de noter que l'expression Faculté est prise en Allemagne dans trois acceptions différentes.
Envisagée comme autorité administrative., la Faculté ne comprend que les professeurs ordinaires ; comme corps enseignant officiel, elle se compose des trois classes de maîtres ; comme corporation distincte et privilégiée, elle se compose des corps enseignants et des étudiants.
Les écrits que les Universités publient en leur nom et avec la signature du recteur sont affranchis de la censure, et ce privilège s'étend aux travaux des professeurs titulaires, à la seule condition que l'auteur déclare, sous sa propre responsabilité, que l'ouvrage ne contient rien qui soit contraire aux lois.
Les Universités ont un fonds propre que l'État ne peut aliéner ; ce fonds, qui provient des droits perçus et des dotations faites, est parfois assez considérable pour que la corporation puisse subsister sans subvention du Gouvernement; elles ne peuvent acquérir qu'avec l'autorisation du ministre.
L'administration des iinances et la justice ordinaire sont confiées,
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sous la juridiction majeure du sénat et du recteur, à quatre fonctionnaires spéciaux nommés à vie, le juge, le Rendant ou teneur des livres de caisse, le secrétaire elle questeur; c'est à ces agents qu'il appartient de recueillir les frais de l'immatriculation, de faire rentrer le montant îles inscriptions, des droits d'examen, des honoraires pour les cours, et de les répartir entre les professeurs. Relèvenl directement de l'Université et lui appartiennent en propre, les instituts, les collections, les musées, les laboratoires de toute sorte, les bibliothèques ; chacun d'eux est dirigé par un professeur qui en a l'administration et la gestion. La municipalité et l'Etat accordent des subventions quand le patrimoine particulier est insuffisant pour assurer l'entretien de l'institution. Lé soin de l'établissement du budget incombe au curateur, lequel consulte à ce sujet le recteur, les doyens et les professeurs ; le budget est voté par le Parlement, il comprend tout d'abord la totalité des réserves propres de l'Université et le reste des dépenses est couvert par l'État. Nous donnons à titre d'exemple le résumé d'un budget des Universités de la Prusse, de l'Académie de Munster et du lyceum de Iiraunsberg.