‹ De l'emploi combiné du choral et de la digitale dans la période d'agitation de l'épilepsie et de la manieChapitre 13 sur 20 · OBSERVATION VI · texte numérisé non relu

OBSERVATION VI

(Communiquée par M. Combemale, interne de l’Asile des aliénés)

M. C... Thomas-Joseph, 55 ans, tonnelier, né et domicilié à Béziers, est entré à l’Asile le 7 janvier 1882.

Comme antécédents personnels, rien de précis. A l’âge de 9 mois, une maladie inconnue (probablement méningite), lui fit perdre momentanément la vue et nécessita l’application d’un vésicatoire sur la tête dont on voit encore les traces. La famille ne s’aperçut des attaques convulsives que lorsque le malade eut atteint sa onzième année; encore ne peut-on élucider la question de savoir si depuis quelque

temps déjà le malade ne salissait pas son lit ou son oreiller. A 29 ans, les attaques se rapprochèrent, en même temps qu'apparurent des troubles de l’intelligence (perte de la mémoire) et des troubles sensoriels (sifflement d'oreilles, bruits intérieurs). En octobre 1881, exagération de ces phénomènes morbides ; délire incohérent de grandeurs et de persécutions. Les voies de fait, les actes contre la société n'ont été commis que dans la période qui précédait ses attaques.

Actuellement, comme nous allons le voir, la démence a fait de grands progrès; il convient, en outre, de signaler aussi que ces attaques sont d'ordinaire très fortes mais uniques dans la journée, êt, que leur association en séries comprend un mois environ.

Pendant le mois de juillet, M. C... eut six attaques signalées. L’agitation avait été combattue après chacune d’elles par les moyens en usage dans l’Asile, et elle ne s'était pas montrée bien récalcitrante au chloral ou à la digitale.

Le 2 septembre, au rapport du matin, on signale le malade comme n'ayant pas mangé la veille et ayant refusé de prendre son bain trois jours auparavant. Evidemment, on allait avoir affaire avec un nouvel accès d’agitation.

A la visite, M. C.. arrive tout-à-coup droit sur M. le Médecin-adjoint avec un air menaçant ; il gesticule beaucoup en écartant les bras et saluant légèrement de la tête, mais parle peu et profère toujours les mêmes paroles à de longs intervalles. Constamment debout depuis le matin, il s’est promené fiévreusement dans la cour et n’a permis ni le moindre contact, ni la moindre observation à ses camarades de section. Son intelligence est évidemment fortement obnubilée, mais occupée par une idée fixe, lorsqu'on lui en a suggéré une, dont il ne peut se débarrasser pour un certain temps. Enfin, il prétend à un certain moment n'avoir plus

LPO d'attaques, être bien guéri; c’est là un signe de la plus grande valeur dans l'appréciation de l’état mental, surtout dans la période d’agitation, d’un épileptique.

Telle est l'agitation que l’on constate actuellemeut de temps à autre à l’Asile, bien différente de celle que M. le professeur Cavalier observait, lorsqu'il écrivait sa remarquable thèse sur la fureur épileptique (1). Elle parait être l'intermédiaire entre l’apathie apparente, habituelle aux épileptiques et la fureur ou folie épileptique des auteurs.

Confiant dans la médication qui a tant de fois réussi, M. le professeur-agrégé Mairet prescrit:

Hydrate de chloral ..... 1 gr. 50 Siropidé digitale PARENeS 90 gr. FUI ee CE NON ET

Soit 55 centigrammes de feuilles de digitale de Strasbourg.

Avant l'administration du médicament, autant que le permet l’état du malade, on constate que le pouls est légèrement fréquent, la face vultueuse, les yeux hagards, le besoin de mouvement impérieux. Ces actes sont, en outre, irréfléchis : la notion des convenances est abolie au point que le malade se déboutonne incessamment sans pudeur, crache devant lui sans faire la moindre attention aux assistants ou aux voisins.

Dans la journée, la potion prescrite est administrée et le malade la prend volontiers, à cause de son désir des choses sucrées. Demi-heure environ après la prise, M. C... dont l’agitation avait augmenté encore depuis le matin, cesse de se promerer de long en large. Il s’assied bientôt sur les bancs qui bordent la cour. Ilne s’endort pas cependant, mais il reste tranquille sans crier, sans faire montre de ce besoin de mouvement qui le tracassait naguère. Plus de ces gestes expressifs qni

(1) C. Cavalier, Essai sur la fureur épileplique. 31 août 1850. Thèse de Montpellier, ChintiO:

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