OBSERVATION VII
(Commuuiquée par M. Combemale, interne de l’Asile.)
M. V... Joseph, âgé de 95 ans, né à Béziers, domicilié à Sauvian, est entré à l’asile le 10 septembre 1876.
Dans ses antécédents héréditaires, il n’y a rien à noter. Mais la maladie remonte bien haut, si l’on consulte ses antécédents personnels. Des vertiges épileptiques à l’âge de quatre ans ont été remarqués chez lui. Puis jusqu'à 10 ans la famille ne constate plus rien. Au collège des frères de Béziers que fréquentait le malade, on s’aperçut de la chose cependant. De retour chez lui, les absences ajoutées aux vertiges se multiplièrent: il s’arrêtait dans une lecture à haute voix, il allait dans les champs sans but précis. Su bitement à 15 ans, ces moments d'absence se tranformèrent en grandes attaques, se rapprochant de plus en plus et amenant des périodes dans lesquelles le jeune V.. entrait en fureur. |
Actuellement, après un long séjour à l’asile, c’est le type parfait de l’épileptique. Manières doucereuses, gestes expansifs, voix caressante, figure pâle, démarche d’un loup, démence complète, conversation nulle, idées absentes, mémoire très défaillante. La répétition si fréquente de ces grandes secousses nerveuses ont mis dans un piteux état son intelligence. L’agitation est à peu près permanente chez ce malade, car il ne se passe guère de jour qu'il ne tombe. Toutefois de temps à autre il est signalé comme agité.
Le 20 octobre, le rapport appelle l'attention du médecin sur son compte. La veille, il s’est promené avec anxiété
DE ae toute la journée dans la cour de sa section ; il a essayé de s'évader en se faisant faire la courte échelle par un camarade. Il atrès peu mangé au repas du soir et les épileptiques très taquins, on le sait, l'entourent et le tracassent de loin cependant. Depuis trois jours il n’a pas eu d'attaques, et l’on peut assurer qu'il en aura bientôt.
Sans hésiter, la potion ordinaire est prescrite, en augmentant légèrement la dose de chloral :
HyubéteL de chlore. na Le 2 TR à gr.
DiPOpEUC dealer Lee 90 — LT A EN RARE Re EEE D CT TE 90 —
Soit 15 centigr. de feuilles de digitale.
J'examine le malade avant Fadministration de la potion; à l’auscultation, à la percussion du cœur, on ne constate qu'un peu d’hypertrophie cardiaque, bien naturelle si l’on tient compte des efforts que ‘cet organe a à faire pour vaincre les résistances provenant de la contraction tonique des muscles (4° phase). Le pouls est un peu fréquent, les pupilles dilatées. la température de la peau légèrement élevée. Pas de traces d’embarras gastrique. Suivant la méthode adoptée, la potion est administrée en trois fois à trois heures, à cinq heures du soir, à huit heures au coucher.
Quelques minutes après avoir absorbé le premier tiers de la potion, le malade cesse de crier, de parler à haute voix; il abandonne le sillon qu'il parcourait dans la cour et s’assied. Il s’allonge même sur le banc et s'endort d’un sommeil très léger. Demi-heure après on le réveille doucement et il ne paraît pas étonné de cette intervention qui lui aurait paru au moins inopportune un autre jour. Au coucher du soleil, il entre comme les autres malades sans se faire prier et regagne sa place. M. V..., mange comme à l'ordinaire; l'administration de la potion conserve le calme
jusqu’au coucher, la tranquillité, se continuera du reste toute la nuit.
Les principaux systèmes de l’économie ne présentent pas grandes modifications dans leur fonctionnement. L'intelligence est évidemment un peu plus émoussée que de coutume, la sensibilité physique est la même, mais la réaction moindre. Les bruits du cœur sont moins profonds, et le pouls est moins précipité. Les urines ont été émises plus fréquemment, sans exagération cependant dans la quantité, mais l’analyse qualitative n’en a pas été faite.
Vers le matin, le malade a eu une grande attaque dans son lit et le 21 au soir, à 7 heures, une nouvelle attaque s’est produite. L’agitation est tombée par cela même. Continuer le chloral devenait une question de simple prudence.
OBSERVATION VIIT.
(Communiquée par M. Combhemale, interne de l'asile).
M. L..... Fulcrand, 58 ans, vannier, né et domicilié à Lodève, est entré à l’asile des aliénés le 3 juillet 1870.
Comme dans la plupart des renseignements que fournissent les parents des épileptiques, on ne trouve aucune hérédité dans ses antécédents. Toutefois depuis l’âge de 10 ans environ, le malade a des attaqnes d’épilepsie. Après une série d'ordinaire très longue d’attaques, il entre dans une grande excitation, et alors frappe aveuglément ceux qui sont à sa portée.
Depuis qu’il est à l'asile, ce malade s’est montré assez dangereux pour que les moindres signes d’un accès prochain d’agitation soient épiés. Actuellement, il est absolument dément et arrive avec peine à prononcer qnelques paroles de
M ap cette intonation particulière que prend la voix d’un épileptique. Toutefois les forces physiques sont encore conservées, et il lui reste assez de vigueur pour être redoutable à l’égal de ce qu’il était autrefois.
Le 10 octobre, le rapport portait: il a eu quatre attaques hier, il est agité aujourd’hui. En effet, M. L... arpentait toujours dans le même sens la largeur de la cour, depuis qu’il s'était relevé d’une nouvelle attaque qui l'avait pris à 7 h. du matin ; il semblait occupé par une idée fixe, probablement absente, et regardait la terre tout en marchant. Personne ne l’'approchait et les gardiens le surveillaient. Pas la moindre parole, mais parfois un grand geste avec les mains mais lentement, et il levait doucement la tête.
A l’arrivée du chef de service, ilva droit à lui et sans pouvoir énoncer ses plaintes, il désigne un autre malade qui lui a pris un des nombreux boutons qu’il collectionne, puis il change ses dénonciations. Ses grands gestes sont exécutés avec un flegme et une lenteur désespérante. On le calme, on lui rend justice en même temps que l’on prescrit :
Hydrate de chloral. ....... DT.
Feuilles de digitale........ O — 20 Eau pour infusion....... .. A00 —
Sirop ide Sucré. 2: ha 0t—
Je procède à l'examen des organes de M. L.... autant que me le permet son excitabilité. Je note une certaine émotivité du cœur, sans lésions d’orifices ; un pouls dépressible, fréquent ; de la chaleur à la tête évidente à la main ; un regard fixe avec contraction des pupilles et des mouvements fibrillaires involontaires des muscles de la face, qui lui donnent une expression sauvage. La respiration ne semble pas sensiblement augmentée.
L'effet du chloral se fait sentir assez rapidement par une
| — 28 — dépression des forces succédant à cette exaltation qu’il montrait auparavant. Le malade s’assied bientôt à l’écart et prend sa tête entre ses mains. Ilne gesticule plus, il ne regarde même plus devant lui. Cet état dure peu de temps,une heure environ, puis il se remet à marcher sans but, évitant les autres malades.
Au second tiers mêmes phénomènes de sédation, qui permettent au malade de manger, La potion est terminée à 8 heures du soir sans excitation nouvelle. Mais à 11 heures de la nuit,il se produit une nouvelle attaque très violente pendant laquelle il bat de ses bras et de la tête le bois de son lit.
Après la période de stertor qui se prolonge quelques heures, M. L.. se lève de son lit et se promène jusqu'au matin pieds nus dans le dortoir sans songer à mal envers ses compagnons de dortoir.
Le 11 octobre, nous trouvons M. L.….. dans le même état que la veille. La potion est modifiée dans ce sens:
“Hydrate de chloralttwnx 2 gr. 50.
Sirop de digitale........ k5 — Faust TER ... 90 —
Soit 25 centigr. de feuilles dedigitaleet son effet se maintient assez bien jusqu’au coucher.
Le 12 octobre, à 5 heures du matin, une nouvelle attaque fait reparaître l’agitation que je croyais avoir calmée, et le malade devient agressif pour les gardiens ; illes contrecarre à plaisir, refuse de sortir du dortoir, ne veut pas manger la soupe du premier déjeûner.
À la visite du matin, les doses sont maintenues ; et dans l’après-midi venu pour constater les modifications apportées * dans son organisme par ces trois jours d’agitation, je trouve M. L... très calme, obnubilé, encore plus sansidées que d’habitude.